Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 159 sur 182

Pages du PDF

Le grand livre de l'hypnose

Hypnose et pédiatrie

Ceci illustre l’action des mots sur la physiologie et leur conséquence sur nos représentations du monde, au travers de notre anticipation et de notre imagination.

En voulant avertir le patient à la survenue d’une sensation désagréable, on augmente le vécu douloureux.

Prenons donc garde, nous soignants, aux mots employés. Il ne s’agit à aucun moment de « nier la réalité », mais plutôt, comme toujours en hypnose, de partir de cette dernière pour la percevoir différemment : avec l’expérience, on apprend à choisir ses mots en fonction de la réponse qu’ils sont susceptibles d’engendrer : – « Attention je pique » devient « j’y vais » ;

– « Ne vous agitez pas » devient « vous pouvez être tout à fait tranquille » ;

– « Je retire l’aiguille » devient « c’est fini »…

 

Hypnose et pédiatrie

Comme le suggère l’étude de Patrick Richard quant à la mise en parallèle de l’hypnose et du processus ontogénique, l’enfant représente le stade d’évolution de l’être humain qui accède le plus facilement à l’expérience hypnotique.

Pour l’enfant, l’imaginaire est réel. L’enfant a ceci de spécifique qu’il oscille en permanence entre le réel et l’imaginaire, et l’adulte doit bien souvent redoubler d’effort pour le ramener à la réalité partagée. L’imaginaire a tellement de place dans le monde de l’enfant que ce dernier demande souvent à ses parents : « dis, est-ce que c’est vrai ? ».

Parce qu’il est encore en apprentissage de la différence entre réel et imaginaire, l’enfant possède ce don merveilleux de basculer en un temps très bref dans le processus hypnotique.

La pratique de l’hypnose en pédiatrie s’en trouve merveilleusement facilitée. L’induction se réduit à quelques mots, une proposition, une image. À peine l’évocation de l’imaginaire est-elle faite que l’enfant se lance dans l’hypnose. Je me souviendrai toujours de cet enfant hospitalisé en neuropédiatrie à qui on avait simplement proposé d’enfiler un pantalon magique imaginaire qui rend la peau totalement insensible, et de remonter bien haut cette culotte afin qu’elle protège bien le bas du dos. La ponction lombaire qui s’ensuivit fut totalement indolore, alors que l’hypnose n’avait duré que quelques minutes seulement.

Il existe ainsi des spécificités de l’hypnose chez les enfants qu’il conviendra de prendre en compte si l’on souhaite réaliser un travail thérapeutique rapide et efficace. La première des spécificités réside dans la relation. L’hypnothérapeute doit non seulement rejoindre le patient dans sa perception comme il sait le faire pour un adulte, mais il doit porter une attention particulière pour adapter sa perception et sa communication à l’âge de l’enfant. Même s’il est amené par ses parents et que la demande vient essentiellement de leur part, il est indispensable de ne pas oublier de demander à l’enfant ce qu’il attend de sa rencontre avec le thérapeute.

La demande de l’enfant

Il est souvent surprenant de constater l’écart considérable entre la demande des parents et celle formulée par l’enfant. Ce dernier devra, quelle que soit sa demande, être respecté comme un individu à part entière, et on sera bien prudent de ne pas répondre à la demande de certains parents qui souhaitent que l’hypnose change tel ou tel comportement de leur enfant, comme on pourrait reprogrammer un ordinateur. La métaphore peut heurter, mais cette situation est malheureusement monnaie courante. Bien entendu, cette démarche est sous-tendue par les meilleures intentions. Elle est en partie la conséquence d’une méconnaissance de l’hypnose et de ses modes de fonctionnement, entretenue par les médias, le music-hall et les films.

Une fois la demande éclaircie, l’entretien avec l’enfant permettra en outre de mieux connaître ses occupations, ses jeux, ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas, autant de ressources qui seront utilisées par le thérapeute pour accompagner le jeune patient vers un changement de représentations.

L’accordage doit, comme chez l’adulte, être d’une excellente qualité, et on veillera à prendre tout le temps nécessaire pour faire de l’enceinte relationnelle un lieu privilégié.

Parmi les motifs de consultation les plus fréquents en hypnopédiatrie, on pourra citer l’énurésie (pipi au lit), l’hyperactivité, les comportements colériques, les troubles du comportement alimentaire, l’échec scolaire, la phobie sociale, l’addiction (tabac, cannabis, mais aussi drogues pour les adolescents) et les comportements asociaux (refus d’aller à l’école, repli sur soi, conflits).

Comme toujours la technique utilisée en hypnose dépend évidemment de l’enfant, du thérapeute, de l’indication, du contexte, et de ce qui se passe au moment de la séance. Toutefois, on peut évoquer un certain nombre d’approches ou d’exercices qui seront spécifiques à l’âge de l’enfant. On considère que les capacités hypnotiques sont maximales entre 8 et 12 ans. En hypnopédiatrie, l’autohypnose aura une place de choix pour autonomiser l’enfant et lui apprendre quelques exercices qui pourront lui être utiles toute sa vie d’adulte (gérer le stress, faire une pause dans le quotidien, s’évader dans un imaginaire pendant un soin douloureux, etc.) La notion d’apprentissage prend une valeur encore plus grande que chez l’adulte, et avoir l’opportunité de faire l’expérience de l’hypnose à un jeune âge peut constituer un véritable atout pour la vie tout entière.

Le témoignage du médecin

Je me rappelle de Lucas, ce jeune patient d’une quinzaine d’années que j’avais suivi pour des

céphalées de tensions à mes débuts en hypno-thérapie. Je m’étais contenté de lui enseigner un

exercice d’auto- hypnose qui lui permettait de relâcher la pression dans la nuque et les tempes

avant que la douleur ne devienne trop forte. La maman, initialement trop présente et mettant

involontairement la pression à son fils qui « devait absolument faire ses exercices d’hypnose

pour aller mieux », avait parfaitement compris qu’elle devait laisser une enceinte de liberté

autour de son enfant. En confiance, mon jeune patient avait réalisé finalement que tout ne tenait

qu’à lui et qu’il devait décider si oui ou non, il donnait une chance à l’outil de l’autohypnose

dans un objectif de mieux-être au quotidien. Je ne revis plus Lucas après la quatrième séance

d’hypnose.

Huit ans plus tard, je le croisai par un presque hasard, accompagnant sa petite amie au centre

antidouleur. Il m’avait cherché sur Internet et avait décidé d’accompagner son amie dans ce

centre, pensant bien qu’elle pourrait bénéficier de l’hypnose comme cela avait été son cas,

quelques années auparavant.

Le jeune homme alors âgé de 23 ans me confia qu’il n’avait jamais cessé de se servir de

l’autohypnose et que celle-ci lui permettait de gérer la pression de l’école d’ingénieurs dans

laquelle il était rentré. Il n’avait qu’un seul regret : ne pas être parvenu à apprendre la technique

qui lui avait été tellement utile à son amie.