Le grand livre de l'hypnose
Tout est dans la suggestion
Pour Liébeault et Bernheim, c’est la suggestion qui fait tout. Ils fondent l’École de Nancy, une des deux grandes écoles qui ont contribué au développement de l’hypnose en France de 1882 à 1892. Cette école, qui acquiert une réputation mondiale, surpasse celle de La Salpêtrière. L’hypnotisabilité, pour l’École de Nancy, n’a pas de lien avec l’hystérie comme l’avance l’École de La Salpêtrière. Tout le monde est hypnotisable bien qu’à des degrés divers.
Tout est dans la sugges on
C’est en 1884 que Bernheim expose ses théories dans « De la suggestion dans l’état hypnotique et dans l’état de veille ». Pour lui, les phénomènes de suggestion sont uniquement fonction des propriétés physiologiques du cerveau et par conséquent on peut obtenir des effets de la suggestion à l’état de veille. C’est ce que l’on appelle la suggestibilité. Ainsi, les effets obtenus par la suggestion ne sont dus ni à un fluide magnétique, ni à un état hypnotique, ni à un sommeil provoqué. On voit là une théorie de l’ordre de l’arc réflexe : de la même manière qu’une stimulation donnée sur le tendon rotulien provoque une extension de la jambe, en raison de la « réponse réflexe » du système nerveux, une suggestion donnée provoque une réponse à cette suggestion de la part du cerveau. Pour certains, l’hypnose a pour objectif de favoriser la réponse à la suggestion. Pour Bernheim, le fait d’imaginer tel ou tel état psychique, physiologique, sensoriel, tend à entraîner la réalisation effective de cet état. Il finira même par affirmer que tous les phénomènes obtenus par la suggestion peuvent être provoqués directement à l’état de veille sans passer par l’hypnose ou le sommeil. Tout est dans la suggestion dit-il. Sur ce point, il restera en désaccord avec Liébeault qui estime l’état d’hypnose nécessaire à la guérison.
Pourtant bien loin de la conception du magnétisme animal, il est intéressant de noter que Liébeault écrit un article dans le journal du magnétisme d’Hector Durville qu’il intitule « Extériorisation de la force neurique », et dans lequel il propose que l’on prenne en considération la possibilité d’une action magnétique, parallèlement aux phénomènes de la suggestion tels qu’il les a exposés, car seule la prise en compte de ces deux mécanismes permet d’expliquer certaines guérisons qui ne peuvent s’expliquer par seulement l’une ou l’autre de ces hypothèses.