Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 49 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Quand le changement devient possible

Il peut exister des réticences de la part de certains à laisser ainsi se faire quelque chose en dehors de la volonté.

Cette réticence peut même, dans certains cas, se muer en peur. On rencontre cette peur chez les patients comme chez les thérapeutes en cours de formation à l’hypnose.

Pourtant, la peur alors éprouvée est le prélude à la transformation recherchée. Dans l’hypnose, lorsqu’on s’approche du point où l’on ressent, de façon intuitive, la possibilité de faire l’expérience du changement, lorsqu’on soupçonne la possibilité de se mettre en condition pour recevoir et laisser changer son existence, la peur peut apparaître. C’est la peur d’aller trop loin, la peur de lâcher le contrôle. Toutefois, cette peur est l’indice que l’on s’approche d’une transformation essentielle. En ce sens, la peur ne doit pas être considérée comme un obstacle, mais comme un signe que l’expérience est sur le point de se faire. Au plus on s’apprête à lâcher le contrôle, au plus la peur se développe. Or, c’est lorsque le contrôle sera mis de côté que le changement prendra le patient tout entier pour le conduire vers la libération qu’il est venu chercher.

Ressentir la peur, c’est se trouver sur le seuil de la guérison.

 

Quand le changement devient possible

Mais avant de ressentir la peur-prélude-à-la-transformation, il aura fallu que le patient soupçonne la possibilité du changement.

C’est en réalité là le tout premier point. Celui qui initie le mouvement.

On pourrait dire que lorsque le patient se sent rigide, figé dans son problème, lorsqu’il ne voit en aucun cas comment la moindre chose pourrait bouger, il ne consulte pas. « On ne peut rien y faire », « j’ai déjà tout essayé », « ce n’est pas le moment », « à quoi bon »…

Mais lorsqu’il entrevoit l’existence d’une souplesse nouvelle, comme lorsqu’un jeu – à peine perceptible – apparaît dans une mécanique dont l’ensemble semblait jusqu’à présent bien vissé, figé, rigidifié, alors vient le moment de consulter.

On peut dire que le patient se présente au thérapeute avec une perception – ne serait-ce qu’infime – de souplesse. C’est que quelque chose a déjà changé dans son système perceptif. Il a entrevu, par un événement inattendu ou d’une manière non consciente, que quelque chose est envisageable. Quelque chose de l’ordre du changement, de la guérison.

Alors le thérapeute exploite cet assouplissement, cette ouverture, ce jeu nouveau dans la mécanique, pour accompagner le patient via de petits changements rendus possibles par l’existence de cette potentialité. C’est là le seul rôle du thérapeute : il joue le rôle de facilitateur du changement. Il adoube le patient pour le changement.

Il est même des fois où le thérapeute n’est que prétexte au changement.

Se laisser changer, au-delà de toute résistance

Marie-Françoise, 43 ans, consulte pour sevrage tabagique.

Elle fume plus d’un paquet par jour depuis l’âge de 20 ans. Le jeune homme qui lui a proposé

de fumer sa première cigarette est devenu, par la suite, son mari. Après un entretien visant à

déterminer les motivations qui sous-tendent l’arrêt de la cigarette, Marie-Françoise me confie

qu’elle craint que la tâche ne soit difficile. Elle a arrêté de fumer de nombreuses fois, mais a

toujours rechuté quelques semaines plus tard. Lorsque je lui demande si son entourage et son

mari en particulier, est d’accord avec ce changement, elle rit, surprise par ma question, et me

répond qu’évidemment, qui ne voudrait pas que ses proches cessent de jouer leur vie avec un

poison aussi insidieux que le tabac ?!

Suite à cette première séance d’hypnose, je n’ai plus de nouvelles de Marie-Françoise.

Quelques mois plus tard, elle se présente à nouveau en consultation pour apprendre

l’autohypnose, afin de gérer le stress au travail. Lorsque je lui demande comment cela se passe

avec la cigarette, Marie-Françoise me répond dans un sourire resplendissant, et sur le ton de la

confidence, que grâce à l’hypnose, elle a compris que si elle n’y était pas arrivée jusqu’à

maintenant, c’était parce qu’elle ne pouvait abandonner la cigarette alors que son mari

continuait à fumer. Elle ne pouvait s’empêcher de culpabiliser à l’idée de casser ce rituel qui

avait été à l’origine de leur rencontre !

« Grâce à l’hypnose », me dit-elle, « j’ai pu me laisser changer. C’est vraiment étrange mais

cela s’est fait en dehors de ma volonté, c’est parfait ! »