Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 44 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Faire l’expérience de la sensorialité

Mais que faire si mon sommeil continue à se dégrader malgré les somnifères, si mes enfants sont plus désobéissants que jamais, si mes collègues préfèrent partir travailler ailleurs, et si mon corps continue à m’échapper en se recouvrant d’eczéma et en me harcelant de crises de palpitations qui me laissent au bord du malaise plusieurs fois par jour ?

Peut-être pourrais-je redoubler d’efforts pour contrôler mieux ?

Je peux prendre cette voie. Et beaucoup la prennent.

Pourtant, il existe d’autres moyens de s’accommoder de situations qui échappent à notre contrôle direct.

 

Faire l’expérience de la sensorialité

La notion de « lâcher prise » est très en vogue aujourd’hui. On trouve plusieurs guides du lâcher prise dans les rayons des librairies grand public.

On nous enseigne qu’il est bon de savoir lâcher prise, de savoir lâcher le contrôle, et d’accepter les événements tels qu’ils surviennent. Ces méthodes nous invitent à accepter le moment présent tout en faisant ce qu’il est possible de faire pour résoudre les problèmes.

Sage conseil.

Pour ce qui nous intéresse dans ce livre, le lâcher prise, ou le fait d’accepter de ne plus contrôler pendant un instant, est un nécessaire à l’entrée dans l’expérience hypnotique. On ne peut faire l’expérience de la sensorialité si on ne lâche pas le désir de contrôler l’expérience.

Hélas, certaines personnes, usées par une pratique permanente à vouloir tout contrôler, même ce qui ne relève pas de leur pouvoir, montrent une certaine résistance à lâcher la maîtrise et à se laisser aller dans l’expérience de l’hypnose.

Parfois, malgré une bonne volonté de faire l’expérience, il paraît impossible à certains de quitter cet état de maîtrise, qui semble nous donner pouvoir sur nous-mêmes ou sur les choses. Tout se passe comme si la machine à contrôler s’était emballée, et refusait désormais de se mettre sur pause.

Car voici bien le paradoxe : parfois, à vouloir tout contrôler, on ne contrôle plus rien. Pas même la capacité à choisir sur quel élément nous décidons de poser notre contrôle.

Toute une éduca on à reme re en ques on

Isabelle a 32 ans. Elle est adressée au centre antidouleur par un confrère pour traiter des

douleurs invalidantes de la cuisse, qui sont apparues suites à une opération bénigne : une

exérèse d’un lipome. Depuis, la souffrance est constante et envahissante. Isabelle ne vit plus.

Elle ne supporte plus le contact des vêtements sur la peau de sa cuisse, elle ne peut ni marcher

trop vite, ni faire de sport, et elle se fait violence pour continuer à mener un semblant de vie

sociale malgré la douleur, parfois intense, qui ne la quitte pas.

Au cours de la première séance d’hypnose, pendant laquelle je lui propose plusieurs petits

exercices destinés à évaluer son lâcher prise et sa capacité imaginative, Isabelle constate qu’elle

garde un grand degré de contrôle pendant les expériences. Elle m’explique qu’elle a été élevée

par des parents qui ont toujours mis en avant la supériorité de la volonté et du contrôle. Ainsi,

durant son enfance, il ne lui était littéralement pas permis de se plaindre, de pleurer, d’avoir

mal, ou de manifester le moindre inconfort. Elle me raconte combien pleurer provoquait de

violentes crises de colère chez son père.

Cherchant de façon réflexe, puisque c’est ainsi qu’elle a été éduquée, à garder le contrôle de la

douleur et de ses manifestations, Isabelle s’épuise nerveusement et mentalement dans ce

combat qui de toute évidence, ne tourne pas en sa faveur. Elle ne dort plus, ne mange plus, et se

maintient en constante activité physique comme pour « garder encore un certain contrôle sur sa

vie ».

Isabelle et moi convenons qu’apprendre à lâcher le contrôle serait peut-être une bonne chose et

une première étape au soulagement. Je lui explique que ce lâcher prise permettrait peut-être au

corps de fonctionner avec moins de tension, et donc moins de dépense d’énergie… Énergie

qu’elle pourra utiliser à sa propre guérison. En entendant ces mots, Isabelle semble soulagée.

Cette vignette clinique illustre à quel point la difficulté à lâcher prise est souvent bien involontaire.

Pour ces patients qui ont perdu « le contrôle du contrôle », puisqu’ils sont incapables de lâcher le contrôle lui-même (c’est-à-dire le mettre en veille lorsque c’est nécessaire), apprendre à lâcher prise est en soi une expérience d’une grande richesse, qui participe parfois en très grande partie au soulagement.

Passer par l’hypnose est en soi un apprentissage au lâcher prise. Il est en effet possible de réaliser une expérience simple en hypnose tout en gardant un certain degré de contrôle. Autant on pourrait dire qu’il est nécessaire de lâcher le contrôle pour faire l’expérience de l’hypnose autant on peut affirmer que l’entraînement à l’hypnose permet un apprentissage progressif au lâcher prise.