Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 88 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Le « réveil »

L’attention est donc tout entière portée sur l’expérience perceptive du patient plutôt que sur le lien relationnel ou le thérapeute lui-même. En cela, et parce que l’hypnose recherche à chaque séance un changement de représentations, le terrain n’est pas propice au développement d’un transfert. Si ce dernier s’installe, c’est qu’il faudra recadrer les tenants et aboutissants de la thérapie engagée : le patient est là pour changer, non pour répéter une fois encore son mode de fonctionnement habituel.

 

Le « réveil »

Le dernier temps du processus hypnotique est le retour à l’état de veille ordinaire. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un réveil puisque le patient ne dort pas. Il s’agit de la transition de l’état de veille généralisé à l’état de veille ordinaire. On passe d’un régime de fonctionnement où la sensorialité prédomine à un régime de fonctionnement régi par le contrôle, la maîtrise, la raison.

Bien que le patient puisse lui-même, s’il le désire, mettre un terme à l’expérience hypnotique quand il le souhaite, c’est le plus souvent le thérapeute qui l’invite à rejoindre « l’ici et maintenant ». Ce retour s’effectue classiquement en proposant de laisser les images s’estomper, en proposant de reprendre conscience de la pièce où l’on se situe, d’écouter les bruits extérieurs, de remettre du mouvement conscient dans les extrémités, de prendre le temps de réaliser quelques respirations amples, et enfin d’ouvrir les yeux.

Si le patient se trouvait assez loin dans la transe, on prendra le temps qu’il faut pour que le retour se fasse tranquillement, à son rythme.

 

Rester bloqué »

Il n’y a pas, comme le pensent certains patients avant de commencer l’expérience de l’hypnose, de risque de « rester bloqué » dans la transe indéfiniment. Il est possible, en revanche, que le patient, en allant trop profondément dans l’expérience, et s’il est très fatigué, s’endorme et plonge dans le sommeil. Il n’est alors plus dans l’hypnose mais tout simplement en train de dormir, et il pourra se

réveiller spontanément, ou le thérapeute pourra doucement l’inviter à ouvrir les yeux.

 

Il est nécessaire ici de prendre le temps de réinstaller le patient dans l’état de veille ordinaire, c’est-à-dire de lui demander de revenir tout à fait présent ici et maintenant, de ressentir son corps, de se réassocier à ce dernier, surtout si l’expérience hypnotique a pris une certaine profondeur.

Veiller à ce retour dans le réel permet d’éviter l’impression de flottement qui peut persister quelques dizaines de minutes après l’hypnose, et qui n’est pas très différente de l’impression étrange que l’on peut ressentir lorsqu’on a été réveillé un peu trop rapidement d’une sieste ou d’un sommeil profond.

Le retour à la veille ordinaire, comme le passage à la veille paradoxale, est soumis à une courte période de confusion.

C’est en revenant au régime de fonctionnement usuel que l’expérience thérapeutique s’intègre dans le quotidien ordinaire du sujet. Pour asseoir cette appropriation, le thérapeute pourra adopter deux attitudes diamétralement opposées.

Il peut proposer au patient si celui-ci le souhaite, de relater son expérience dans l’hypnose, et de dire ce que lui évoque ce qui a été vécu dans la transe. Non pas pour analyser ce qui vient d’être vécu, mais plutôt pour ratifier la modification perceptive qui s’est jouée dans ce moment spécial. Certains hypnothérapeutes proposent même des échelles d’évaluation de

confiance dans l’expérience thérapeutique qui vient d’être réalisée3.

Cette échelle sert à la fois d’ancrage pour le patient qui ratifie lui-même la valeur thérapeutique de son expérience, mais aussi pour le thérapeute en tant qu’indice de confiance sur son aptitude à user de ces protocoles.

D’autres thérapeutes, tout au contraire, estiment qu’il n’est pas utile de vouloir faire mettre en mots une expérience qui se situe dans le domaine du perceptif, c’est-à-dire dans le monde du ressenti, du subjectif et de l’indéterminé. Cela reviendrait à vouloir remettre du contrôle conscient par l’analyse et la réflexion dans une expérience qui tire précisément sa puissance de la capacité à mettre le contrôle en suspens pour laisser advenir quelque chose de nouveau. Vouloir rendre compte d’un phénomène qui est d’un tout autre registre que celui de la pensée aurait tendance à remettre du rigide là où une certaine souplesse propice au changement venait de s’installer.