Le grand livre de l'hypnose
Protocole 1 - Votre programme quotidien d’autohypnose : l’exercice de base
Deuxième étape : autoévaluez-vous
Comme vous êtes seul embarqué dans l’aventure, il va falloir être d’une rigoureuse honnêteté
envers vous-même pour ne pas vous fourvoyer, ni perdre votre temps.
Évaluez après chaque exercice d’hypnose…
… L’indice de confiance dans l’exercice réalisé, de 1 à 10 :
– 1 : vous pensez qu’il ne s’est rien passé ;
– 10 : vous sentez qu’il s’est passé quelque chose pendant l’exercice.
… L’indice de bénéfice de l’exercice pratiqué au bout de quinze jours de pratique, de 1 à 10 :
– 1 : les choses n’ont pas bougé depuis l’exercice ;
– 10 : les choses ont changé depuis l’exercice.
Notez vos progrès.
Tenez un journal de vos « indices de confiance ».
Soyez honnêtes avec vous-même.
Cet outil simple est un feedback honnête, qui guide vos progrès.
Protocole 1 - Votre programme quo dien
d’autohypnose : l’exercice de base
Considérez que l’hypnose est un mode d’emploi pour apprendre à utiliser certaines fonctions de votre système nerveux que vous n’utilisez pas habituellement.
Par l’hypnose, vous prenez le contrôle de l’ordinateur le plus perfectionné au monde : votre cerveau.
Si l’on enregistrait l’activité de votre système nerveux pendant que vous faites ces exercices d’hypnose, on remarquerait des changements robustes et reproductibles dans votre activité cérébrale.
Nous pourrions dire que par l’hypnose, vous allez réinitialiser votre
système nerveux1.
Vous êtes né fluide, plastique et souple. Vous êtes venu au monde avec une capacité d’adaptation au monde environnant tout à fait remarquable. Votre système biologique a été créé pour s’orienter en tout temps et en permanence vers la guérison, la réparation, la cicatrisation, l’adaptation. Cette faculté, vous la partagez avec tous les êtres vivants. Pourtant, votre pensée rationnelle, votre besoin de contrôler et de comprendre les choses a tendance à réduire la capacité d’évolution spontanée de votre organisme.
Permettez-moi de répéter : votre corps, votre système nerveux, votre cerveau, la totalité de votre organisme biologique a été programmé dès la naissance pour s’adapter, évoluer et se réparer tout au long de la vie.
C’est la fonction première de la vie : proliférer et s’adapter.
C’est la raison pour laquelle, lorsqu’on se coupe, la peau cicatrise toute seule. Cela est vrai que vous soyez âgé d’une semaine ou de quatre-vingt-quinze ans.
C’est aussi la raison pour laquelle lorsque quelque chose dysfonctionne dans le corps, l’ensemble de l’organisme cherche un moyen de maintenir l’homéostasie, c’est-à-dire de maintenir un équilibre de sorte que la vie continue à circuler dans chacune de vos cellules le temps que l’organe qui dysfonctionne soit réparé.
Parfois, pour des raisons diverses et variées, ce cercle vertueux semble s’enrayer. L’humain rencontre alors des difficultés. Certaines semblent même insurmontables tant elles durent ou tant elles sont violentes et graves.
Pourtant, la capacité du corps à tendre vers la vie est toujours présente.
LES CROYANCES ACQUISES CONDITIONNENT NOS POSSIBLES
Chaque expérience d’hypnose, et en particulier l’exercice de base que vous allez pratiquer dans quelques minutes, rend au système nerveux la souplesse nécessaire pour remodeler les croyances limitantes. Si notre cerveau fonctionne comme un ordinateur, nous pourrions dire que les croyances sont les programmes qui permettent d’exécuter telle ou telle action. Les croyances sont ce qui nous permet de réaliser des choses et aussi ce qui nous empêche d’en réaliser d’autres, et nous empêchent parfois d’essayer.
Mais nous parlons ici d’un type particulier de croyances. Il ne s’agit pas de croire en quelque chose en dépit de toute preuve matérielle, comme on peut croire en un dieu sans en avoir la preuve matérielle. Il s’agit de croyance en tant qu’expérience acquise, c’est-à-dire assimilée comme connaissance expérientielle.
a connaissance expérien elle
Cette notion est capitale : ce que nous accumulons comme expérience personnelle constitue une connaissance qui ouvre sur un champ de possibilités ou d’impossibilités. C’est précisément cette conviction profonde, basée sur nos expériences passées, qui conditionne nos gestes et nos actes. Nous nous comportons de telle ou telle manière parce que nous savons que nous pouvons nous comporter ainsi. Nous n’essayons même pas de changer ou de nous comporter autrement parce que nous savons que nous ne le pouvons pas.
EN RÉALITÉ, NOUS NE LE SAVONS PAS
Nous savons que dans le passé nous avons réussi à faire telle chose et échoué à faire telle autre. C’est à partir de ces expériences du passé que nous avons tendance à généraliser nos aptitudes et nos inaptitudes. Le problème réside dans le fait que nous ne savons pas si nous pouvons faire quelque chose si nous n’essayons pas.
À titre d’exemple, si je fais de façon répétée l’expérience selon laquelle je peux nager un maximum de 500 mètres avant d’être fatigué, j’ai tendance à généraliser cette expérience en me disant que je ne peux nager guère plus loin que 500 mètres : « je me fatigue à partir de 500 mètres ». Pourtant, il existe bien des raisons qui pourraient me pousser à voir les choses autrement. Je sais par expérience que mon corps est capable de nager 500 mètres. Voilà la conviction que j’entretiens, qui est une connaissance née de l’expérience d’avoir nagé facilement 500 mètres à plusieurs reprises. Ce n’est pas une croyance. C’est un savoir. Je sais peut-être aussi, par expérience, qu’il fut un temps où je ne pouvais pas tout à fait nager 500 mètres. J’ai accumulé l’expérience selon laquelle en m’entraînant, mon corps a pu progresser dans la nage. Je sais, par cette connaissance, que le corps est capable de progresser.
Si je ne sais pas si je suis capable de nager un kilomètre, je peux, en revanche, m’appuyer sur le savoir certain selon lequel mon corps peut évoluer et gagner en force, et en endurance.
Si des croyances limitantes, telles que « je suis trop vieux pour progresser » ou « à cause ma hanche, je ne peux pas nager », ne viennent pas entraver ma perception précédente, ou si au contraire j’use d’autres croyances pour gonfler la perception du progrès possible (« j’ai un ami plus vieux que moi qui continue à progresser », « un kilomètre, ce n’est rien en natation, c’est tout à fait accessible »…), alors j’ai de fortes chances de transformer ma perception de ce que je peux faire ou ne pas faire.
L’idée sous-jacente est la suivante : nous n’essayons quelque chose de nouveau que si nous avons la conviction qu’il existe une possibilité même minime que nous pouvons y arriver.
L’exemple peut paraître simpliste, mais il illustre assez bien comment nous nous limitons et n’envisageons que rarement d’élargir le champ de nos possibles. Combien de fois avez-vous renoncé à suivre un régime parce que « vous savez bien que vous craquez toujours » ou que « vous êtes d’une constitution à prendre du poids » ? Combien de fois avez-vous renoncé à essayer d’arrêter de fumer parce que « de toute façon vous replongez toujours » ? Combien de fois avez-vous essayé de vous imposer en réunion pour faire machine arrière puisque « vous savez que de toute façon cela fait des années que vous fonctionnez comme ça, ce n’est pas maintenant que cela va changer » ?
Comment changer ces programmations, ces connaissances, ces convictions dès lors qu’elles semblent irrémédiablement ancrées dans nos fonctionnements quotidiens ? Il existe, en réalité, plusieurs voies possibles.
PLUSIEURS VOIES POSSIBLES…
La plupart des techniques de développement personnel, si l’on en décortique la mécanique, consistent à changer ce que la personne pense possible ou non. Notre nature humaine fait que nous n’essayons presque jamais de faire ce qui nous semble hors de notre portée.
Des techniques de travail sur les changements des croyances, comme dans certains protocoles que propose la PNL, sont efficaces. La difficulté consiste à manier suffisamment bien l’outil pour cibler les bonnes croyances à l’origine de la difficulté.
D’autres thérapies reposent sur le démantèlement systématisé et organisé des croyances limitantes du patient, par le biais de la logique et la raison.
aison et émo on
L’erreur est toujours la même : la raison est à mille lieux de l’émotion. La connaissance de nos capacités et de nos incapacités est d’une nature profondément émotionnelle. La raison n’y fait rien. J’aurai beau me répéter 1001 fois que « je peux nager 1 kilomètre », cette belle phrase n’aura pas le moindre effet sur moi à moins que quelque chose en moi ne bouge et qu’au niveau émotionnel j’intègre l’idée que c’est possible pour moi.
Voilà pourquoi la pensée positive n’a que des effets limités ou peut même parfois provoquer l’inverse de ce qui est affirmé : « je suis calme » répété ad nauseum peut générer un conflit émotionnel en mettant un patient devant le fait accompli de son impulsivité, et produire ainsi l’effet inverse de celui recherché. De même, se dire « je mange en petites quantités et je me sens rassasié » peut inciter à porter son attention sur la fringale permanente et le constat que « décidément, je n’y arrive pas ». Ce qui est intégré émotionnellement comme capacité n’est pas ce qui est désiré (je mange en petites quantités et je me sens rassasié) mais ce qui est vécu comme expérience (j’ai toujours faim et je me goinfre en permanence).
Et si nos expériences vécues donnent naissance à nos croyances limitantes, c’est bien parce que c’est par le corps que s’installe la véritable connaissance.
C’est par le corps que nous apprenons. La connaissance qui passe par la chair est la connaissance qui reste gravée en nous, au travers de l’interface des cinq sens et intégrée dans le système nerveux, et qui influence à jamais nos gestes et nos actes. À moins qu’une nouvelle connaissance ne vienne élargir le champ des possibles.
Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à regarder toutes ces choses que nous apprenons avec le corps et que nous n’oublions jamais. J’ai appris à faire du vélo à l’âge de 8 ans, je suis très rarement monté sur un vélo depuis. Mais si je me remets en selle demain matin, il ne me faudra que quelques minutes pour que mon corps se remette dans le mouvement, aussi aisément que si je n’avais jamais arrêté de faire du vélo.
De même, c’est parce que les gestes de la conduite sont intégrés au corps que je suis capable de reprendre une voiture et me rendre d’un point A à un point B tout en pensant à autre chose, même si je n’ai pas conduit depuis des années.
Mieux : parfois, en reprenant un geste que l’on n’a pas pratiqué depuis des années, on se surprend à l’exécuter avec encore plus d’élégance, comme si la chair avait continué à assimiler et faire sienne l’action en dehors de toute intervention de la pensée consciente.
L’apprentissage se fait par le corps, au travers du système nerveux, et la connaissance reste dans la chair.
Voilà pourquoi l’hypnose passe par le corps. Réinitialiser le système nerveux n’est pas seulement une belle métaphore : en faisant l’expérience de l’hypnose, le corps retrouve un fonctionnement premier libéré des programmations et des apprentissages de ses nombreuses années de vie. L’hypnose permet à l’homme de se réduire à la sensorialité première, généralisée, dans laquelle le corps n’a rien d’autre à faire que de vivre.
Pendant la transe, la chair retrouve un fonctionnement vierge de tout conditionnement. Cette expérience n’est pas et ne peut pas être conscientisée (sinon, ce ne serait plus une expérience de sensorialité généralisée), mais nul besoin qu’elle le soit puisque c’est bien dans le corps que se jouent les drames de nos succès et de nos échecs. C’est la raison pour laquelle il est tellement inutile de passer des heures et des heures à convaincre les patients que l’hypnose marche. Ni même à discourir sur le comment elle marche. À ceux qui viennent nous voir en demandant à comprendre d’abord avant de faire l’expérience, nous disons : faites l’expérience d’abord, et plus tard, si vous y tenez toujours, nous parlerons du pourquoi et comment vous avez changé. Le plus souvent, une fois que les patients vont mieux, ils ne se préoccupent absolument plus du pourquoi, ni du comment.
Par l’hypnose, la chair oublie : elle redevient vierge de toute
croyance et se met un instant à rêver à de nouveaux
possibles.
L’hypnose, même si elle est une expérience temporaire, permet de réinitialiser le système nerveux humain. C’est bien cette réinitialisation, même temporaire, qui rend l’imprégnation des croyances moins certaine.
Débarrassé pendant un instant de la connaissance viscérale de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas, le corps s’ouvre à de nouvelles alternatives.
Il suffit de cette brèche, ou mieux encore de sa répétition, pour donner à des alternatives expérientielles l’opportunité de s’installer dans cette chair neuve et avide d’expériences.
Voilà donc l’expérience de l’autohypnose : veiller à entretenir une souplesse dans le système nerveux, de sorte que la perception ne se fige pas en des possibles prédéterminés, mais au contraire, qu’elle reste ouverte au plaisir de l’expérimentation de nouvelles limites, de nouvelles expériences, et continue ainsi à développer une vie riche en succès et en échecs.
PROTOCOLE 1 : L’EXERCICE DE BASE
L’exercice ci-dessous est l’exercice de base qui vous permettra de potentialiser, quotidiennement, la capacité à rétablir l’équilibre dans votre fonctionnement en tant que vivant.
C’est un exercice qui permet à la vie de circuler et de s’exprimer en vous.
C’est un exercice qui vous permet d’utiliser la capacité d’homéostasie du corps, du système nerveux, du cerveau, et de rétablir ainsi un mieux-être immédiat.
Vous n’avez pas besoin de souffrir d’un problème précis pour réaliser cet exercice. Au contraire : autant cet exercice participe à la guérison naturelle de votre corps et de votre esprit, autant il constitue également un incroyable exercice préventif pour éviter que la mécanique s’enraye.
Il vous est donc conseillé de pratiquer cet exercice au moins une fois par jour, au moment qui vous paraîtra le plus adapté, avec ou sans autre programme d’autohypnose associé.
Prenez la position la plus adaptée, celle qui vous convient, celle qui vous plaît. Si vous vous endormez, cela n’a pas d’importance, vous vous réveillerez naturellement. Mais essayez de rester vigilant tout au long de l’expérience, et d’être vraiment présent à l’exercice.
Réalisez l’exercice de base : dans la peau d’un arbre
Asseyez-vous ou allongez-vous.
Posez votre corps et imaginez que vous faites un pas en arrière pour le laisser là où il est.
Vous laissez le corps, vous le déposez, et vous l’observez si vous le souhaitez, mais vous ne
faites rien d’autre que de l’observer.
Ne cherchez pas à détendre le corps, ou à faire quoi que ce soit.
Cet exercice va commencer à s’activer lorsque vous vous installez dans une passivité totale.
Vous devez, à partir de maintenant, laisser le corps fonctionner en pilotage automatique.
Laisser le corps s’autoréguler.
Laisser le corps peser.
Poser le corps.
Ne pas se relaxer.
Le laisser faire.
Le laisser faire comme ça se fait.
Peut-être bien, peut-être mal.
Ça fait comme ça peut.
Une chose est sûre, la vie circule.
Vous êtes vivant.
Sentez que malgré les problèmes, vous vivez.
Vous êtes là et vous vivez.
Ressentez intensément cela : vous êtes vivant. En tant qu’organisme biologique.
Avec ses qualités et ses défauts.
Ses forces et ses faiblesses.
Votre corps vit.