Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 171 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Accompagner le changement de perception

Accompagner le changement de percep on

Pourquoi le patient s’était-il rendu sourd et aveugle à la nocivité de son objet d’addiction ? Si une addiction s’est installée dans la vie du patient, c’est bien que, d’une manière ou une autre, l’objet de l’addiction est apparu à un moment donné d’un réel intérêt. À un moment de la vie, l’objet d’addiction a été d’une aide réelle. Peut-être a-t-il joué le rôle de stimulant, de calmant, de divertissement, de remède contre l’ennui, la solitude, la peur, la tristesse ou encore la faim ?

La confusion permet au toxique de s’installer

La société, l’industrie, la publicité, parfois même la famille ont joué également un rôle pour endormir la méfiance du consommateur. On crée une véritable confusion dans l’esprit de la personne qui ne perçoit plus le toxique comme une menace, ce que son corps lui hurle pourtant de façon évidente (qui n’a pas toussé lors de sa première bouffée de cigarette ? Qui n’a pas grimacé lors de sa première gorgée d’alcool ?). La confusion, en endormant le sens vital du patient, a permis au toxique de s’installer durablement dans sa vie. L’objet d’addiction devient alors une béquille, sur laquelle le patient prend appui dans son quotidien pour affronter tantôt le stress, tantôt l’ennui, tantôt la fatigue…

C’est lorsque le patient commence à ressentir avec sa propre chair, même intuitivement, qu’il y a peut-être eu méprise, et que l’objet d’addiction n’est pas le bon ami qu’il paraît être, qu’une ouverture commence à se faire et que la consultation est envisagée.

Pour rejoindre le patient dans sa perception, il faudra identifier le service rendu de l’objet de l’addiction. Non pas pour moraliser le patient, mais pour comprendre quelle est la représentation qu’il s’en fait.

Très souvent, la notion de plaisir est fortement associée au comportement addictif.

Le thérapeute pourra, une fois le patient en hypnose ou en hypnose conversationnelle, chercher si le plaisir est réel et total. Souvent, le patient admet qu’il existe des effets collatéraux qui ne sont pas vraiment à son goût (tels que l’odeur du tabac froid, les cendres dans les cendriers, l’essoufflement, la perte de l’odorat, les doigts jaunis, la culpabilité, etc.) Lorsque le patient en est à ce stade, le plaisir est déjà gâché. Il suffit en hypnose d’appuyer sur la perception déjà présente selon laquelle le plaisir n’est qu’un masque qui a permis au toxique d’entrer dans la vie du sujet et de s’accrocher à lui comme un parasite.

Expérimentez la modifica on du rapport addic f à un objet

Choisissez un objet d’addiction, quelque chose qui a un effet sur le corps (cigarette, cannabis,

alcool, aliments gras, sucrés, alcoolisés, etc.)

Étape 1 : l’induction de votre choix.

Étape 2 : scannez votre corps et trouvez quelle est la partie du corps qui souffre le plus de votre

addiction (la gorge ou les poumons pour la cigarette ? le ventre, les cuisses pour les excès

alimentaires ? le foie pour l’alcool ?)

Étape 3 : une fois que vous avez trouvé, montez le son. Imaginez que vous donnez la parole à

cette partie de votre corps. Entendez ce qu’elle a à vous dire. Ressentez le ras-le-bol. Soyez

sensible à la souffrance de cet organe.

Étape 4 : désormais, vous êtes cet organe. À chaque fois que vous vous apprêtez à succomber à

l’addiction, prenez une seconde pour ressentir l’organe qui est devenu votre guide.

Vous vous étiez coupé de votre corps, vous vous étiez rendu sourd à ses plaintes et sa

souffrance. C’est le moment de reprendre contact avec votre chair et de l’écouter. Elle a droit au

chapitre. C’est elle qui est empoisonnée, or, vous avez besoin d’elle pour vivre. 3

Les patients qui viennent à l’hypnose pour mettre un terme à leur addiction ont souvent déjà réalisé qu’ils ont en réalité perdu le contrôle. Leur libre arbitre n’existe plus dès lors qu’il s’agit de leur objet d’addiction. Ce ne sont plus eux qui décident de fumer, c’est la cigarette qui leur impose de courir les bureaux de tabac, de sortir du restaurant en plein hiver dans les rues glacées, pour fumer… Ils réalisent qu’ils ne sont plus les décideurs. C’est la substance qui commande pour eux. La rébellion devant cette perte de liberté est un levier utile que le thérapeute pourra utiliser au cours de la séance. En définitive, on pourrait dire que le patient a toutes les chances de guérison par l’hypnose puisqu’il a déjà démontré sa suggestibilité en succombant à l’influence des médias, de l’industrie, de la culture qui ont installé suffisamment de confusion dans ses sens pour que s’installe l’addiction.

Certainement que le meilleur moyen de quitter une addiction est de réintégrer son corps, sans aucune réserve. Reproches, culpabilité et exigence ne feront qu’aggraver le problème. La solution encore et toujours ne se trouve pas dans l’émotion, mais dans la réintégration de sa vie et de ses composantes. La première de ces composantes vivantes est le corps lui-même.

Ressentir chaque partie, chaque organe, chaque artère, les poumons, la gorge, le ventre… Permet de réinvestir son corps et l’instant présent. Redevenant sensible à ce à quoi il s’était rendu sourd si longtemps, le patient ne peut que ressentir – parfois violemment – l’empoisonnement, la blessure, la souffrance dans sa propre chair. Tout se passe comme s’il avait été anesthésié pendant longtemps par l’illusion du faux remède, et que l’anesthésie s’estompait soudain. Dans cette expérience, on assiste parfois à une guérison instantanée.

L’hypnose ouvre le champ perceptif en élargissant le focus attentionnel : en se rendant sensible à l’ensemble de ses constituants, l’individu ressent que l’objet d’addiction n’apporte pas que de la satisfaction ou du plaisir.

À titre d’exemple, un exercice intéressant peut être réalisé dans le cadre du traitement d’un trouble du comportement alimentaire : réintégrer son estomac et travailler avec la sensation de satiété permet de se réapproprier la sensation de faim qui devient un merveilleux guide pour le contrôle du poids.

Expérimentez « la pause de 60 secondes »

Avant de vous jeter sur les aliments, systématiquement, faite une pause pour ressentir les parties

du corps qui souffrent des excès alimentaires.

Touchez si cela vous aide : votre ventre, vos cuisses, votre cou. Il ne s’agit pas de vous

culpabiliser, seulement de vous coller au réel. De vous ramener au temps présent.

Dans cette même minute, ressentez votre estomac : identifiez la sensation de faim.

Elle sera votre guide pendant cette prise alimentaire. Tant que vous ressentez la faim, mangez.

Dès que vous ne la ressentez plus, arrêtez votre repas.

Si vous avez faim plus tard, vous pourrez prendre une collation.

Finalement, votre corps devient votre meilleur allié pour vous orienter vers des comportements

bénéfiques.

Une autre façon de soigner les addictions consiste à faire tomber la passion. C’est par la boucle d’excitation – assouvissement – plaisir que l’addiction s’entretient. Le patient ressent du désir pour l’objet d’addiction. Il ressent une certaine excitation et un besoin d’assouvir le plaisir que cela procure. Il passe alors à l’acte, et l’assouvissement procure un plaisir malheureusement temporaire, puisque l’acte sera répété régulièrement. Voilà le propre de l’addiction.

Une des pistes de guérison pourrait consister à attendre que le plaisir tombe.

Expérimentez l’indifférence

Étape 1 : induction.

Étape 2 : imaginez l’objet de l’addiction devant soi. On peut même le poser sur une table ou

une chaise devant soi pour bien le représenter et le rendre présent.

Étape 3 : attendez que vienne l’envie, l’excitation.

Étape 4 : plongez plus profond en hypnose et attendez que l’envie se détache d’elle-même.

Attendez que la passion s’éteigne. Jouez la carte de l’indifférence.

Étape 5 : faites ce que vous avez à faire pour installer une indifférence vis-à-vis du produit. On

attend que cela vienne. Vous allez ressentir à un moment donné que l’envie se détache de vous

comme un parasite se détache de son hôte. Cela va « glisser » sur vous. Se détacher de vous. Et

vous laisser dans une profonde indifférence et une grande tranquillité.

Il n’y a rien à forcer. Cela va tomber tout seul. Comme un chaton qui plante ses crocs dans

votre main pour jouer. Si vous restez immobile, indifférent, le chaton va se désintéresser et se

détourner. Si vous forcez, il va plonger plus profondément ses griffes et ses crocs.

Étape 6 : ressentez bien cette indifférence. Prenez du plaisir à l’indifférence.

Répétez l’expérience s’il le faut. Répétez régulièrement jusqu’à ce que vous soyez capable de

faire tomber l’envie à la demande.

En installant l’indifférence, le patient interrompt la boucle d’excitation – assouvissement – plaisir. Il installe une nouvelle boucle, celle de l’excitation/indifférence, qui restitue son libre arbitre de consommer le produit ou de ne pas le consommer. Retirer la passion rend au patient sa liberté. Il n’est plus sous le contrôle des émotions. C’est alors le corps qui peut parler librement. On rétablit un fonctionnement naturel. Ce n’est plus la cigarette qui décide, c’est le corps. Le patient peut se tranquilliser car il n’y a aucune élaboration mentale complexe à réaliser. Il lui suffit de ressentir sa chair et de la laisser prendre la bonne décision.

Enfin, si vous souffrez d’une addiction et que vous avez quelques difficultés à vous convaincre de tenter l’expérience de l’hypnose, voici un exercice qui peut vous intéresser. Il ne s’agit pas de vous forcer à faire quoi que ce soit, mais au contraire de vous encourager à faire ce que vous voulez vraiment faire.

Si vous voulez tenter l’expérience, suivez le protocole suivant. Peut-être alors viendrez-vous ensuite aux exercices plus spécifiques du traitement des addictions.

Évoluer à son rythme

Étape 1 : induction.

Étape 2 : ressentez votre corps dans son ensemble. Ne forcez rien. Laissez-vous peser sur votre

support.

Étape 3 : retrouvez un moment de votre vie où vous avez pris une décision importante. Ce doit

être une décision que vous avez prise parce que, vous le sentiez dans vos tripes, c’était le

moment de prendre cette décision. Ce doit être ce genre de décision que vous prenez – peut-être

contre l’avis de tous – parce que vous avez senti, dans votre ventre, dans votre chair, dans vos

boyaux, que c’était la bonne décision pour vous.

C’est une situation dans laquelle vous avez répondu très honnêtement à votre propre instinct.

Cette décision était une évidence. À aucun moment vous n’avez eu de doute. Ou si doute il y

avait, vous avez bien senti au fond de vous que… C’était le moment.

Et vous avez bien fait. C’est ce genre de décision où vous êtes entièrement satisfait de vous-

même après coup. Quelles qu’en soient les conséquences, vous saviez que c’était ce qu’il fallait

faire. Que c’était le moment. Cela correspondait à qui vous étiez à cet instant. Vous étiez en

harmonie, en adéquation avec vous-même. Pas avec les autres, pas pour faire plaisir aux autres.

Avec vous-même.

Étape 4 : posez-vous la question suivante : « Est ce que je sens dans mes tripes, là maintenant,

que c’est le moment de lâcher cette addiction ? »

– « Est-ce que je le ressens comme une évidence ? »

– « Est-ce que je sens que c’est le moment ? »

– « Est-ce que je ressens que, même si je sais que ce ne sera pas facile, c’est le moment pour

moi, que cela correspond à ce que je suis aujourd’hui, et à mon évolution, aujourd’hui ? »

– « Est-ce que je ressens bien que la réponse à ces questions est dictée par mon intuition, mes

tripes, mon instinct, et non pas par l’esprit logique, critique, rationnel qui sait très bien que je

dois arrêter ? »

Si la réponse à ces questions est un OUI sans aucun doute possible : vous êtes prêt à lâcher.

C’est le moment. Respectez-vous. Soyez fidèle à votre intuition. Si vous sentez, sans trop

savoir ni pourquoi ni comment, que c’est le moment, alors allez-y ! Vous avez fait 99,99 % du

travail.

Usez alors d’un exercice d’autohypnose de votre choix pour valider les 0,01 % qu’il vous reste.

Si vous avez répondu NON ou JE NE SUIS PAS SÛR à l’une des questions ci-dessus, répondez

aux questions suivantes :

– « Est-ce que, en définitive, je ressens dans mes tripes que j’ai encore besoin, pour l’instant, de

la cigarette ? »

– « Est-ce que je suis d’accord pour dire que pour le moment, je ne le sens pas. Ça ne va pas le

faire ? »

– « Est-ce que je suis d’accord pour dire que je ne sais pas ce dont demain sera fait, ni si un jour

je vais arrêter, mais que pour le moment, je préfère garder cette addiction en dépit de toute

logique ? »

– « Est-ce que l’objet de mon addiction me procure aujourd’hui plus de plaisir que de

désagrément ? »

– « Pour être honnête, j’ai envisagé d’arrêter parce que mon esprit rationnel sait que je dois

arrêter ? »

Si la réponse est OUI à ces questions, respectez votre chemin : ce n’est pas le moment. Vous

pourrez y revenir plus tard, mais pour l’instant, pour des raisons qui vous échappent encore,

vous n’êtes pas prêt à lâcher votre objet d’addiction. Vous pouvez tout de même préparer votre

sevrage en jouant à faire les exercices proposés ci-dessus, mais ne vous y trompez pas. C’est

quand vous sentirez sans aucun doute que, facile ou pas facile, c’est le bon moment pour vous

lancer que vous arrêterez, en dépensant le moins d’énergie possible.

Bienvenue dans la plus belle des aventures : le respect de vous-même.

 

1. Je propose quelques-unes de ces expériences dans le livre « L’Hypnose ou les portes de la

guérison » de J.M. Benhaiem et F. Roustang, dans le chapitre consacré à la porte du temps.

2. G. Bossereau, L’Hypnose, une réinitialisation de nos cinq sens, Interéditions, 2012.

3. Cet exercice a initialement été proposé par Jean-Marc Benhaiem.

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