Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 167 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

La phobie

C’est l’hypnose qui permet de sortir de cette boucle de négativité. L’hypnose permet d’accompagner le patient au travers de toutes petites modifications perceptives. Il n’est pas question de tout changer de façon radicale, mais une fois encore d’utiliser l’expérience du focus attentionnel de l’hypnose pour valoriser de toutes petites modifications perceptives de tonalité plus positive. En ce sens, on parle de « remise en mouvement » de la perception.

Le premier pas, comme dans toutes les indications de l’hypnose, consiste à rejoindre le patient là où il se trouve. Là, le thérapeute – rodé par ailleurs à prendre en charge la pathologie dépressive – usera de son expérience et de son savoir technique hypnotique pour déterminer sur quel élément (ressource), même minime, il sera possible de prendre appui pour commencer un subtil basculement de la perception.

 

a transe thérapeu que !

Elle permet une remise en mouvement et une sortie de la phase de dissociation pathologique par l’ouverture qu’offre l’état hypnotique. Par les jeux de modifications perceptives, le patient découvre que ses représentations sont loin d’être figées, mais au contraire qu’elles sont susceptibles d’être modifiées par l’hypnose.

 

Le traitement doit se faire pas à pas, et le thérapeute posera les objectifs progressivement, recadrant les perceptions négatives du patient, redéfinissant ses attentes et développant une ouverture vers l’avenir. La thérapie sera donc une thérapie essentiellement axée sur le recadrage des perceptions présentes, la potentialisation des ressources, et la projection dans un futur vierge des ruminations du passé. L’alliance thérapeutique doit bien évidemment être d’une grande qualité.

 

La phobie

Le patient phobique, lorsqu’il est confronté à l’objet de son trouble, entre dans une transe pathologique. Son champ perceptif se rétrécit (il est obsédé par l’objet de sa peur), il se sent coupé de son environnement ou de ses amis qui lui disent qu’il n’a rien à craindre (dissociation) et il vit une sorte d’idéation autonome qui consiste en une projection catastrophique d’un futur imminent. Il existe une véritable distorsion de la perception lorsque dans ce contexte le moindre bruit devient menaçant, qu’un point sur le mur devient une araignée, ou qu’un craquement dans un ascenseur signifie que celui-ci va tomber. La pensée rationnelle s’éteint puisque le patient est passé dans le registre de la transe dans laquelle l’expérience perceptive, ici pathogène, prend le pas sur l’objectivité du réel partagé.

 

QUELS EXERCICES ?

Une façon d’aborder le traitement d’une phobie par l’hypnose consiste à ramener le patient à la réalité, à cesser la projection anxieuse, à accepter l’aléatoire, et à enlever l’émotion en installant par exemple de l’indifférence.

À titre d’exemple, on peut proposer au patient une fois dans l’hypnose, d’attendre que l’émotion retombe. On propose de mettre autant de distance que nécessaire entre soi-même et l’objet de la phobie jusqu’à ce qu’il soit possible de ressentir une indifférence vis-à-vis de ce dernier. Puis, on diminue progressivement la distance par rapport à celui-ci, jusqu’à ce que le patient soit capable d’être ouvertement confronté à l’objet de ses peurs sans ressentir le moindre inconfort, ou mieux encore, en acceptant une certaine dose d’inconfort mais sans en être paralysé.

Cette technique n’est pas très différente de la technique d’exposition progressive en Thérapie comportementale et cognitive (TCC), dans laquelle le patient va se rendre physiquement sur place (accompagné si possible du thérapeute) pour s’exposer progressivement à l’objet de sa peur, et apprendre à gérer différemment les processus de pensées qui génèrent la phobie. Par l’hypnose, la mise en situation passe par l’imaginaire qui, dans la transe, devient réalité virtuelle.

Un autre exercice destiné à faire tomber la peur consiste à devenir, une fois dans l’hypnose, quelque chose qui est dénué d’émotions. Le patient phobique de l’avion peut s’imaginer devenir un siège dans l’habitacle, une fenêtre, une roue d’avion, une aile de ce dernier… Ou un chariot transporté d’un point à l’autre de l’avion pour distribuer boissons et victuailles. Si l’exercice est bien réalisé, si une hypnose de qualité est réellement installée, le patient ressent le plaisir de n’avoir rien à faire et rien à contrôler dans un contexte anxiogène. Il est présent, tout simplement.

Car dans la phobie comme dans certains TOCs (troubles obsessionnels compulsifs), un des leviers du changement consiste à inciter le patient à lâcher la volonté de contrôle. La phobie se développe et s’entretient lorsque le patient ne peut accepter l’aléa du contexte (l’ascenseur peut rester bloquer, le chien peut mordre, l’eau peut submerger, l’avion peut tomber, etc.) Ressentir que les éléments échappent au contrôle augmente l’angoisse. Et si le patient développe des stratégies pour essayer de garder un degré maximal de contrôle, la phobie ne fait qu’empirer car de fait, il existe toujours un élément échappant au contrôle conscient. L’exemple typique est celui du patient qui cherche à maîtriser les symptômes d’angoisse qui commencent à apparaître. Plus le patient cherche à calmer les palpitations, les sueurs froides et la sensation de perte de force dans les jambes, plus l’angoisse monte. Elle aboutit souvent à une attaque de panique.

« Quelque chose a lâché »

Tout exercice permettant au patient de lâcher prise et d’accepter l’aléatoire de la situation pourra ainsi participer grandement à la guérison. Il n’y a pas de bon ou de mauvais exercice pour inviter au lâcher du contrôle, et la meilleure des expériences en hypnose sera celle qui entraîne le patient tout entier dans l’expérience jusqu’à ce que le soulagement s’impose de lui-même comme une évidence. Les patients relatent alors l’impression que « quelque chose a lâché », comme si quelque chose qui s’était accroché à eux venait d’abandonner la partie et de se laisser retomber au sol. Une impression de légèreté accompagne le plus souvent cette étape importante de la guérison.

Le travail pourra également consister à redonner au patient la confiance en ses propres capacités à gérer un aléa, et à laisser se dérouler ce dernier en imaginaire pour déployer les conséquences d’une perte de contrôle. Ce simple exercice permet souvent au patient de réaliser à quel point ses craintes sont surestimées et en inadéquation avec la réalité.

Un autre exercice pour traiter les phobies consiste à laisser le contexte prendre vie en hypnose, puis d’en changer certains éléments. Ces changements sont destinés à faire tomber l’angoisse. Ils peuvent paraître logiques parfois (comme cette jeune patiente phobique de la conduite sur l’autoroute, et qui en hypnose imagine son professeur d’auto-école à ses côtés, ce qui fait immédiatement tomber l’angoisse), mais souvent ces modifications de contexte pourront surprendre le thérapeute comme le patient (comme cette autre jeune patiente qui découvre que s’imaginer en robe rouge lui permet de faire tomber la peur de parler en public).

Il est possible aussi, en hypnose, de laisser l’imagination se déployer pour jouer avec chaque élément du contexte, et vivre ainsi toute sorte de scénarios afin d’apprivoiser les perceptions de la peur.

Enfin, lorsque la phobie naît d’une situation réelle qui a laissé une empreinte traumatique, l’hypnose permettra de revisiter l’expérience traumatique afin d’en changer les perceptions, conformément aux protocoles utilisés dans le cadre du soin d’un état de stress posttraumatique.

Iden fier le réel obstacle

Émilie doit prendre le métro. Elle vit à Paris et emprunte, du fait de son lieu de résidence, une

des lignes du métro parisien les plus fréquentées. À certaines heures du jour, les gens sont

extrêmement serrés les uns contre les autres dans le métro, de sorte que l’on a l’impression de

pouvoir à peine respirer.

Un jour, au cœur de l’été, alors que la chaleur est accablante dans la rame du métro, Émilie est

en retard pour se rendre à son travail. Déjà stressée et répétant dans sa tête que la réunion va

bientôt commencer sans elle, elle entre dans le wagon. Deux stations plus tard, la rame est

bondée. Les gens sont serrés les uns contre les autres. Émilie étouffe. Elle ne se sent pas bien,

ne peut pas bouger. Hélas, en raison d’un problème technique, le métro s’arrête entre deux

stations, en plein tunnel. Émilie perd connaissance. Elle se réveille quelques minutes plus tard.

Des gens l’ont sortie du wagon et elle se retrouve sur le quai du métro, entourée de quelques

personnes qui ont bien voulu prendre soin d’elle.

Depuis, Émilie est incapable de prendre le métro. Non seulement la ligne en question, mais

toutes les autres. Elle s’est même acheté une moto pour se rendre au travail. Elle qui était

inconfortable à l’idée de conduire ne serait-ce qu’une voiture dans les rues de Paris, préfère

affronter l’idée de conduire un deux-roues dans la circulation agitée de la capitale plutôt que de

redescendre dans les tunnels du métro.

En hypnose, Émilie a beaucoup de mal à s’imaginer dans un wagon. Mais après quelques

minutes d’approfondissement de l’expérience, elle parvient à s’imaginer dans un wagon vide

sur la ligne fatidique. Elle ressent un réel inconfort mais le fait qu’elle dispose d’autant