Le grand livre de l'hypnose
Expérience pure
Voilà bien une injonction que l’on entend souvent dans la bouche des thérapeutes : « Allez-y ! ». Ou pour le dire différemment : « Cessez d’élaborer, cessez de ressasser, cessez d’imaginer, faites plutôt l’expérience. »
Après, et seulement après, une fois que vous aurez fendu puis fait s’écrouler les parois de votre bulle de perception, nous pourrons en débattre. Mais comme c’est votre perception tout entière qui aura changé, il y a des chances pour que vous ne souhaitiez même plus en débattre. Il y a des chances pour que, plongé dans le bain bienfaisant du soulagement, il vous soit égal d’en connaître le pourquoi ou le comment. Une seule chose vous importera : reproduire à votre guise le phénomène. Pour y plonger et y replonger encore et encore. »
Expérience pure
Alors comment accéder à cette expérience qui permet le passage d’un mode de perception figé restreint à un mode plus global, plus souple, et qui libère de bien des chimères de l’esprit ?
Quels sont les exercices qui permettent d’entrer sur le seuil du soulagement ?
Il existe une série d’exercices simples permettant de couper l’intellect
pour ne laisser que la perception généralisée1.
Se ramener au temps présent, lâcher le passé et se prévenir d’anticiper un avenir incertain, est une des façons d’accéder à ce mode de perception.
Un des exercices à l’effet le plus radical est le suivant :
Expérimentez l’exercice du stylo
Poser un stylo devant vous.
Observez-le.
Vous savez que vous voyez un stylo.
Prenez conscience que vous connaissez cet objet.
À
À présent, observez cet objet jusqu’à oublier que vous le connaissez : pour vous y aider, faites
comme si vous le voyiez pour la première fois, et que vous en ignoriez l’utilité.
Lorsque vous êtes capable de voir la forme, la couleur, les dimensions de l’objet, sans y accoler
l’étiquette de stylo, c’est que vous êtes vraiment dans l’expérience. Vous percevez de façon
globale. Vous vous êtes arrêté au premier temps de la perception : celle qui est vierge de toute
tentative de contrôle et de compartimentalisation de l’intellect.
Si vous faites correctement l’expérience, vous remarquerez que vous êtes dans un état de
flottement qui n’est pas sans vous rappeler l’expérience du point du chapitre 10 (exercice –
Réalisez votre première induction visuelle – page 94).
En réalité, lorsque vous observez le stylo sans le voir, c’est la totalité de votre champ perceptif
que vous réduisez à la perception première : la pensée s’éteint.
L’expérience de la perceptude nous offre donc de retirer les voiles de la subjectivité à la perception première. Elle permet de rendre la perception souple, vierge, plastique, pour y travailler dans un second temps et proposer ainsi une réinterprétation de la perception ou une alternative expérientielle, conformément à notre processus hypnotique.
Ce sont bien là les deux temps de l’hypnose : perdre les coordonnées du temps et de l’espace conduit à l’entrée dans la transe, dans laquelle est potentialisée la modification perceptive par le changement de représentation ou l’émergence des alternatives expérientielles.
Ce sont donc à la fois l’entrée dans la transe et la réinterprétation des perceptions qui permet tent le soulagement. En soi, chacun de ces deux temps a un effet thérapeutique évident, et il est possible de se contenter d’un aller-retour dans la transe pour donner au patient un outil de modification perceptive applicable au quotidien.
Cependant, l’hypnose ouvre un espace de jeux et de possibles certainement illimité, et il existe une multitude d’expériences spécifiques qui peuvent être faites par le patient pour traiter son problème de façon plus spécifique, plus personnalisée.
Car si la transe en elle-même a un effet régulateur incontestable, on s’attache en thérapie le plus souvent à mobiliser la force de l’hypnose sur le point névralgique qui permet de faire basculer le système de représentation du patient.
L’hypnose, donc, permet d’agir sur son propre système de représentation, quelle que soit la réalité objective dont il est question. Pour une maladie donnée, la médecine conventionnelle pourra traiter la lésion ou le dysfonctionnement organique ou physiologique à l’origine du trouble, pendant que l’hypnose pourra s’intéresser à la dimension subjective de la maladie. Ce n’est pas seulement l’anxiété et le stress qui pourront être pris en charge, mais aussi la rumination, le pessimisme, la dramatisation, la projection anxieuse, ou l’interprétation de la maladie.