Le grand livre de l'hypnose
Une juste utilisation du contrôle
Par l’hypnose, et s’il accepte de laisser de côté la logique, le fumeur se laisse aller dans un état de flottement où il est invité à percevoir de façon instinctive le rapport à la cigarette. C’est tout son corps qui ressent. Qu’est-ce qui, dans cet état qui ne fait pas appel à la raison, peut être senti ? Rien d’autre en vérité que ce qui était déjà : le goût du tabac froid dans la bouche, la mauvaise odeur sur les vêtements, la blessure dans la gorge irritée, le souffle court. L’expérience peut être orientée et guidée par l’expérience de l’hypnothérapeute, mais c’est bien le patient qui fait l’expérience. Rendu au statut de vivant, le fumeur vit l’expérience de la réalité : la cigarette est une plante vénéneuse (une métaphore proposée par le Dr Benhaiem).
Comme tout vivant, il lui suffit alors de se laisser adopter la position la plus adaptée vis-à-vis du poison : s’en tenir éloigné.
De retour à la veille ordinaire, régie par la logique, l’ancien fumeur est embarrassé pour expliquer exactement pourquoi il a lâché la cigarette. Et pourtant, il est ressorti changé de l’expérience. Les croyances, les habitudes, le geste social, le plaisir de l’identification à un groupe (celui des fumeurs) se sont effacés pour laisser la place à la perception généralisée de l’être vivant dans ce qu’il a de plus animal : face à un poison, il n’y a pas d’autres choix que de s’en tenir éloigné.
Cette difficulté à rendre compte, cette difficulté à expliquer ce qui s’est passé de décisif pendant la transe, traduit bien l’écart qui existe entre la sensorialité (expérimentée dans la transe) et la pensée (maniée à l’état de veille ordinaire). Voilà bien pourquoi il est fréquent d’entendre « la guérison est venue toute seule », « je ne sais pas pourquoi j’ai guéri », ou encore « mais c’est magique ! Cela s’est fait sans ma volonté ».
Une juste u lisa on du contrôle
Le point de départ du processus est donc la veille ordinaire. C’est cet état de vigilance et de contrôle qui caractérise le fonctionnement de l’adulte. C’est ici que les premières difficultés apparaissent, puisque bien des personnes éprouvent quelques réticences à perdre – momentanément – le raisonnement, la logique, le contrôle, la maîtrise. C’est là notre mode de fonctionnement quotidien qui nous permet d’interagir avec le monde. C’est ce mode de fonctionnement qui nous permet de composer avec notre environnement pour interagir avec les choses plus ou moins logiques de notre vie quotidienne.
Ne sommes-nous pas issus d’une culture dans laquelle on nous enseigne que pour vivre, pour survivre, pour valoir quelque chose et être quelqu’un, il est nécessaire de savoir contrôler : contrôle des pensées (sois attentif !), contrôle des actes (cela ne se fait pas), contrôle de nos émotions (être en colère est mal) ?
Ne nous y trompons pas. Le contrôle est nécessaire. Il est même indispensable. La raison, la logique et la maîtrise nous permettent de planifier notre quotidien, d’adopter des comportements raisonnables et adaptés à une vie en groupe, de déduire et de réfléchir pour résoudre nombre de problèmes, et pour prendre soin de notre famille et de nos proches.
Pourtant, il est indéniable que bien des éléments échappent à notre contrôle. Il ne s’agit pas tant de climat, de temps qui passe ou d’économie mondiale que d’éléments de notre quotidien : certaines personnes ne se comportent pas comme nous le souhaiterions. Nos enfants ne se conforment pas à l’éducation que nous souhaitons leur inculquer, nos collègues de travail ne nous respectent pas assez, nos résultats professionnels ne sont pas ceux que nous visons, jusqu’à notre corps qui nous joue des tours lorsque notre sommeil nous échappe, notre digestion se dérègle, ou lorsqu’une maladie s’impose à nous alors que nous ne demandons que la paix.
Comment agir face à tant de désordre ? Le contrôle, qui nous réussit si bien dans notre accomplissement d’homme moderne, peut-il dans ce cas nous être d’une quelconque utilité ? Il peut bien me venir l’idée de vouloir mettre mon sommeil sous mon contrôle en décidant à quel moment je dois m’endormir, par l’intermédiaire de somnifères. Je peux mettre sous mon contrôle mes enfants en redoublant d’autorité et en montrant qui est « le maître » dans la maison. Je peux imposer mon contrôle lorsque je donne des ordres à mes collègues de travail pour me faire respecter.