Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 82 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

L’amnésie

L’amnésie est l’oubli de ce qui a été vécu, que ce soit une expérience, une pensée, une obsession, un souvenir. À l’époque de Charcot, l’amnésie de la séance elle-même était recherchée comme témoin de la réalité de l’hypnose vécue par la patiente. Aujourd’hui, l’observation clinique, et certainement la manière d’accompagner dans l’hypnose, montrent que l’amnésie n’accompagne pas systématiquement l’expérience.

Cependant, on peut observer deux types d’amnésie en hypnose : il s’agit de distinguer l’amnésie spontanée qui a tendance à apparaître au détour d’une hypnose profonde, de l’amnésie provoquée dans un but thérapeutique.

Dans le premier cas, le patient aura du mal à se rappeler ce qui s’est dit ou ce qui a été perçu avec précision pendant la séance d’hypnose. Pourtant, il sera évident qu’il n’était pas endormi, mais il pourra décrire l’expérience comme étant confuse, et décrira la perception subjective de la séance comme une perception dissociée (« une partie de moi vous entendait, Docteur, mais en même temps j’étais très loin »).

Il s’agit plutôt d’une sorte de flou : on était à la fois présent et absent, et les détails de ce qui s’est dit restent indistincts. Ce type d’amnésie ne se retrouve pas de façon systématique. Inversement, un patient qui serait capable de retranscrire avec force détails ce qui s’est dit pendant la séance mettrait en avant un certain contrôle et une difficulté à lâcher l’intellect et la volonté de rester maître de soi pendant l’expérience.

Ce premier type d’amnésie ne présente pas d’intérêt particulier en thérapie, si ce n’est de vivre l’expérience de la dissociation et éventuellement de ratifier l’hypnose.

Le second type d’amnésie est provoqué à visée thérapeutique. Ce pourrait être simplement l’effet d’une proposition du thérapeute de « ne pas vraiment se rappeler de ce qui s’est passé comme expérience, et même de tout oublier », pour éviter que le patient cherche à mettre du contrôle et de la logique dans une expérience thérapeutique d’un tout autre registre. Cela peut donc être une invitation à ne plus penser à la séance pour laisser les choses se faire spontanément sans que s’en mêle la pensée rationnelle.

Mais il pourrait s’agir aussi de faire littéralement oublier un élément dont la présence génère un trouble : tel qu’un souvenir traumatique. Pierre Janet en particulier, traitait les traumatismes psychiques par les techniques d’amnésie hypnotiques. Dans les années 60, il était courant d’user des techniques d’amnésie pour faire oublier des événements traumatiques. S’ensuivait une amélioration de la symptomatologie posttraumatique.

Aujourd’hui, le rapport de notre culture à la mémoire a profondément évolué. Nous sommes dans une société qui chérit la mémoire, et dans laquelle nous construisons notre identité sur nos souvenirs et nos expériences passées. Nous sommes à l’ère de l’enregistrement à outrance, de l’archivage numérique, de la modélisation informatique de nos savoirs, etc. Les patients ne consultent plus pour oublier, mais bien au contraire pour se rappeler.

Retrouver un événement passé

Il n’est pas rare en effet que certains consultent en hypnose pour retrouver un événement passé dont ils n’ont gardé aucun souvenir. Ils pensent alors, peut-être à raison, que quelque chose a eu lieu, qui fait que leur esprit a décidé d’oublier, et que ce quelque chose est aujourd’hui la cause de leur malaise.

Par exemple, certains patients consultent dans l’optique de déterminer s’ils ont subi des sévices durant l’enfance.

L’utilisation de l’hypnose à cette fin n’est pas envisageable.

D’abord parce que les souvenirs qui peuvent ressurgir au travers de l’hypnose ne sont pas de vrais souvenirs. Les souvenirs qui reviennent en hypnose sont la perception que l’on se fait non consciemment de ce souvenir. Ainsi, ce dont on se rappelle en hypnose peut être totalement construit et très éloigné des faits tels qu’ils se sont déroulés objectivement.

Ces explications étant données, on comprend que l’hypnose n’est pas un outil pour explorer le passé.

La démarche de savoir « si on m’a fait du mal » ne s’inscrit pas dans le contexte d’une thérapie, mais dans un contexte de recherche de vérité, qui pourrait initier ou compléter une démarche judiciaire, dont les implications sont trop graves pour se permettre de compter avec l’aléa de la reconstruction du souvenir sous hypnose.

En revanche, une bonne indication de l’hypnose consisterait à vouloir non pas savoir quelle est la vérité dans ce qui est perçu, mais à vouloir changer la perception d’un événement si cette perception génère une souffrance. On comprend alors que ce qui importe est de changer la représentation que l’on a d’un événement, afin que les conséquences pathologiques disparaissent spontanément une fois la perception changée.

Ainsi, aujourd’hui, on n’utilise que très rarement les techniques amnésiques pour traiter des traumas. On préférera utiliser les techniques de plastie mnésique, qui consistent à changer la perception que l’on a d’un événement.

Et si amnésie il y a, il s’agit non pas d’oublier un élément, mais d’oublier la représentation que l’on s’en fait pour la remplacer par une autre.

Corinne Van Loey et le traitement des microtrauma smes psychiques

Corinne Van Loey, psychologue, victimologue et conférencière, est hypnothérapeute spécialisée dans le traumatisme psychique. Elle a développé à partir de son expérience de clinicienne une méthode de traitement des microtraumatismes psychiques d’une redoutable efficacité. Le principe repose sur le changement de perception d’un événement que le patient a vécu comme traumatique, quand bien même cette scène de vie pourrait paraître anodine. Notre façon de vivre les événements conditionne la représentation que l’on se fait de ces derniers. Lorsque les patients souffrent de manifestations psychiques ou physiques qui ne sont pas sans rappeler les symptômes de l’état de stress posttraumatique, le changement de perception de l’événement initial résout la symptomatologie de façon radicale. À aucun moment Corinne Van Loey ne fait « oublier » au patient. Elle le rejoint dans sa perception subjective et l’aide à en changer la représentation délétère. L’EMDR, ou Eye