Le grand livre de l'hypnose
Faire tout ce qu’il faut
Les enregistrements d’autohypnose sont à manier avec bon sens : autant pour une proportion non négligeable de patients un enregistrement produira les effets escomptés, autant pour la plupart d’entre nous, il conviendra de répéter l’expérience avec ou sans le support audio une fois les étapes intégrées, afin de s’assurer de faire l’expérience à son propre rythme et de bénéficier pleinement de l’expérience hypnotique.
Faire tout ce qu’il faut
Mais alors, si l’on ne peut prendre appui sur un protocole thérapeutique pour telle ou telle indication (comme on sait le faire en médecine ou en psychiatrie), comment choisir ce que l’on doit proposer au patient ?
Si l’expérience est à chaque fois unique et renouvelée, y compris pour un même patient d’une séance d’hypnose à une autre, comment Erickson trouve-t-il les mots adaptés ? Comment choisit-il son approche ? Et comment un patient peut-il changer après quelques séances d’hypnose ?
LE THÉRAPEUTE COMME CATALYSEUR
Certains parleront d’inspiration. D’autres diront qu’il s’agit de magie. Pourquoi pas si l’on considère que ce qui relève de la magie est ce qui n’a pas encore été expliqué de façon scientifique. On peut toujours avancer que le patient change de perception lorsque l’approche est adaptée ou lorsqu’il est prêt à changer, mais cela ne nous avance guère dans la compréhension du phénomène. Ce qui semble fondamental, c’est que le thérapeute serve de catalyseur au changement. Que sa présence soit telle que le changement puisse se faire.
Un des grands principes d’une séance d’hypnose thérapeutique consiste à inviter le patient à lâcher le contrôle. Afin qu’il puisse se permettre une telle chose, il faut l’inviter à lâcher toute volonté de faire quoi que ce soit, et toute exigence de performance. L’apogée de l’expérience se réalise lorsque le patient parvient à abandonner – quel paradoxe ! – la volonté même de guérir.
Pour l’accompagner dans ce laisser-aller, ce laisser-faire propice au changement, le thérapeute prendra soin de ne jamais proposer quoi que ce soit qui génère la moindre pression chez le patient.
Installer une exigence chez un patient qui souffre est le meilleur moyen de saboter une amorce de guérison. Ainsi, selon le contexte, Erickson usera avec prudence de suggestions tantôt directes, tantôt indirectes, pendant la séance de sorte que le patient ne ressente aucune contrainte.
Lorsque le contexte est favorable, le patient lâche quelque chose qui fait que « cela » guérit. Ce n’est plus de l’ordre de la volonté, c’est la guérison qui vient parce qu’elle est devenue nécessaire dans le système de représentation qui s’est mis en place pendant la thérapie, par les modifications perceptives favorisées par l’hypnose. Cette dernière travaille pas à pas avec le patient de sorte que le changement s’installe de lui-même dans l’avenir proche, et survient tout naturellement en réponse aux modifications vécues par le patient tout au long de la thérapie.
Pour Erickson en effet, la thérapie est fondamentalement orientée vers l’avenir. Il répète souvent « la vie se vit au présent et regarde vers l’avenir ». Une fois l’objectif déterminé, il n’utilise pas de techniques spécifiques : il travaille en déterminant où le patient se trouve au moment de la consultation, jusqu’où il peut aller, de quelles ressources il dispose pour mener à bien la transition.
Erickson use alors de la meilleure chose à faire pour faciliter l’apparition des ressources du patient et la réalisation de l’objectif thérapeutique.
Pour cela, pour que le changement se fasse, Erickson adopte des comportements très différents, parfois paradoxaux. Tout est permis dans les respects de l’éthique du contexte de soin. Ainsi, il est capable d’être autoritaire et directif, ou bien de faire preuve de beaucoup d’humour, afin de mettre un peu de légèreté dans la résolution du problème et d’aider le patient à lâcher le contrôle pour qu’un changement puisse avoir lieu.
JUSQU’À LA PROVOCATION
Erickson est aussi capable d’adopter certains comportements choquants. Pourtant, ces derniers ont pour objectif de créer une certaine confusion. Milton Erickson savait utiliser les mots et le verbe de sorte que le langage perde son sens. La confusion, qui consiste à user du langage dans le but que l’on ne puisse plus se servir du langage, est un bon moyen d’inviter le patient à lâcher le contrôle, et à entrer dans la transe thérapeutique. Créer la surprise, créer le trouble, c’est à la fois inviter à lâcher le contrôle et à se laisser aller dans l’expérience.
De la même manière, Erickson semble parfois remettre le patient dans son contexte sans aucun ménagement, pour le plonger dans la réalité. Mais s’il cherche à replacer le patient face à la réalité, c’est parce qu’adhérer à ce qui est, c’est déjà une expérience hypnotique thérapeutique en soit : pour faire le premier pas, le patient doit partir de là où il se trouve, et cesser de fuir la réalité. Parce qu’il est persuadé que les patients apprennent mieux lorsqu’ils agissent, Erickson fait passer le patient par des expériences thérapeutiques adaptées à son système de valeur. Il accepte n’importe quel comportement, y compris la résistance, et l’utilise de façon thérapeutique. Il peut même dramatiser le jeu pour accroître les réactions aux directives données.
a provoca on du thérapeute
Elle est parfois une manifestation de sa bienveillance. Quelle que soit l’approche utilisée, quel que soit le style employé, quels que soient les mots proposés, ils n’ont qu’un seul et même objectif : obliger le patient à faire un choix par rapport à sa propre vie. On pourrait dire qu’au travers de ces approches déconcertantes, Erickson cherche à provoquer la liberté.
Une chose est sûre pour lui : aussi géniales et inventives que soient ses approches, les ressources nécessaires au changement sont présentes chez le patient dès le début de la thérapie. Sa tâche consiste à aider les patients à accéder aux possibilités de changement qu’ils ont en eux mais qu’ils ignoraient jusqu’ici. En agissant de la sorte, Erickson rompt radicalement avec toutes les traditions thérapeutiques préexistantes.