Le grand livre de l'hypnose
L’apport de l’hypnose dans le contexte du stress et de l’anxiété chronique
L’individu se retrouve donc soumis à une source de stress supplémentaire qui aggrave les conséquences du stress préexistant en détériorant le corps comme l’esprit.
L’apport de l’hypnose dans le contexte du
stress et de l’anxiété chronique
Parce que l’hypnose change la perception, et invite au repositionnement au sein de la constellation d’êtres et de choses qui composent notre univers expérientiel, elle est un outil de choix pour apprendre à désamorcer l’état de tension interne, la tendance à tout vouloir contrôler, et pour inverser la « tension » naturelle qui s’installe et aurait tendance à se chroniciser.
Dédramatiser, recadrer une perception, défocaliser, accepter tous les éléments sans en rejeter aucun, sont des techniques parmi d’autres pour permettre au patient de s’affranchir de la cascade de stress qui semblait avoir pris une vie propre.
Comme dans toute cure hypnotique, quelle qu’en soit l’indication, la première étape sera toujours d’accepter ce qui est, de rentrer en contact avec la réalité pour ce qu’elle a de plus cru et de plus cruel : accepter tous les éléments sans en rejeter aucun.
Ne rien fuir, ne rien rejeter de la situation ou des émotions que l’on éprouve suffit en soi à désamorcer une grande part d’anxiété et de stress. C’est OK de ressentir ce que l’on ressent. Il est même sain de se poser et d’admettre que la situation génère un stress et un sentiment d’angoisse. Être honnête avec soi-même et ses ressentis permet de se garantir le meilleur soutien que l’on puisse avoir : le sien propre.
Le témoignage du médecin
Je me rappelle, il n’y a pas si longtemps, avoir porté mon activité professionnelle à un degré
d’exigence extrêmement inconfortable. Je partageais mon temps entre mes activités habituelles
en centre de santé, en centre antidouleur, en enseignement, mais j’assurais aussi une vacation en
médecine légale, en semaine et le week-end, et je devais parallèlement travailler à la réussite de
ma qualification de médecin légiste. Les semaines étaient plus que remplies, et la fatigue
aidant, je me retrouvais vite dans un état de stress évident. Mon sommeil était perturbé, mon
anxiété permanente, et je savais que le problème se situait simplement dans la charge de travail,
que pourtant, je ne pouvais changer dans l’immédiat.
Malgré tout l’inconfort de la situation, j’ai pris un moment afin de l’accepter entièrement pour
ce qu’elle était : inconfortable, et pour reconnaître et ressentir le stress qu’elle générait dans
mon quotidien. Cela n’a allégé en rien mon emploi du temps. Mais prendre le temps de
reconnaître ma réalité m’a fait faire deux choses essentielles : gérer la fatigue différemment
(notamment, mieux profiter de chaque moment de repos), et planifier une réorganisation de
mon emploi du temps sur un plus long terme. Je suis ressorti cabossé de cette expérience, mais
certainement beaucoup moins que si je m’étais menti à moi-même et avais foncé tête baissée
dans le rythme infernal, sans prendre le temps de me regarder dans le miroir.
Faire cesser l’exigence absurde de la performance, accepter la difficulté de la situation et la perturbation émotionnelle qu’elle engendre n’est rien d’autre que du bon sens. Pourtant, pris dans la spirale de stress, nombreux sont celles et ceux qui ne parviennent pas à réaliser ce premier pas. L’exigence de performance s’est même étendue à eux-mêmes : devant le miroir, le patient se sent soumis à la même pression de devoir « être parfait » et de « faire face ».
Pourtant, nous sommes humains. L’erreur est humaine. Et la vie n’est pas toujours simple. L’accepter, le ressentir comme la réalité effectivement vécue, permet de poser ses chaussures là où on se trouve.
Alors, agir devient étrangement plus simple : on n’a rien changé à ce qui est, mais on semble plus apte à faire face, en prenant en compte les paramètres réels plutôt que ceux que l’on aimerait être vrais. En revendiquant la réalité pour ce qu’elle est, on réalise une remobilisation des forces qui étaient jusqu’alors dispersées dans le déni ou la volonté de changer ce qui ne pouvait l’être.
Nombreux sont les protocoles d’hypnose qui peuvent aider au changement de perception de la situation présente. Ces protocoles seront utilisés dans un cadre psychothérapeutique, au moment des rencontres avec un thérapeute. Mais il existe un autre outil qui a fait ses preuves dans la gestion du stress au quotidien.
L’autohypnose pourra être un support important dans la gestion du stress au quotidien, dès lors que le patient accepte de libérer 10 petites minutes de son temps quotidien pour prendre soin de lui.
Je conseille souvent au patient de pratiquer l’expérience de laisser le corps guérir et se régénérer (exercice de base proposé en page 100) car cet exercice ne demande aucun effort de visualisation. En réalité, cet exercice invite à lâcher la volonté de contrôle. Pour le réaliser correctement, il est nécessaire de laisser faire ce qui se fait. La ficelle est grossière, et l’on objectera qu’il suffira donc de lâcher prise pour aller mieux. C’est certes vrai – en partie – mais inviter quelqu’un à lâcher prise se solde souvent par un échec lorsque le patient a passé tant de temps à vouloir, bien malgré lui, essayer de maîtriser les éléments de son existence qui échappent à son contrôle conscient.
Passer par le corps, en demandant de ressentir ce dernier et de le laisser fonctionner à son rythme pendant quelques minutes, en en sentant toutes les sensations, qu’elles soient agréables ou désagréables, est un excellent moyen de goûter à l’expérience du lâcher prise.
Car comme souvent en hypnose, on ne peut faire une partie de l’expérience sans la faire en totalité : ainsi, en demandant de laisser faire, le patient se retrouve rapidement dans un état d’abandon total qui invite au repos absolu. Même la relaxation n’est pas nécessaire. Gaston Brosseau, dans son induction paradoxale « Ne Rien Faire » invite magnifiquement à l’expérience en répétant sans cesse « vous n’avez pas à vous relaxer ».
Le plus souvent, le travail de la gestion du stress par l’hypnothérapie ne consiste pas à anesthésier complètement le patient en le rendant totalement insensible à ce qui se passe dans sa vie.
L’hypnose permet d’abord de revendiquer la situation comme sienne, et ainsi d’éviter de succomber à des réactions automatiques face aux situations de crise. Ensuite, le patient apprend à ressentir l’inconfort mais à ne plus lui laisser autant de place. On pourrait dire que le patient apprend à remettre les choses dans leur contexte, et à défocaliser de la source de stress. Ainsi, il reste sensible à ce qui se passe, et continue à ressentir des perturbations, mais il constate qu’au fil du temps les éclats d’émotions tendent à s’estomper, les colères s’apaiser, les réactions de fuite ou d’attaque se faire plus rare. Le patient a l’impression de « reprendre le contrôle », tout en admettant que les difficultés sont toujours présentes (à moins que la source du stress ne disparaisse). Finalement, le patient sera effectivement, et souvent à son étonnement, de moins en moins perturbé par le contexte, et il lui semblera avoir acquis une sérénité tout à fait nouvelle. Il n’y a alors plus de réaction de stress, ou bien celle-ci devient négligeable, tout en survenant tout à fait consciemment.
Expérimentez le « ne faites rien » en cas de stress
Étape 0 : le préalable
Face à une difficulté demandez-vous : « Puis-je y faire quelque chose, là, tout de suite ? »
Si la réponse est oui…
Agissez ! Si vous pouvez vraiment là, tout de suite, faire quelque chose pour résoudre ou
commencer à résoudre votre difficulté, faites-le immédiatement, n’attendez pas demain. Une
fois que vous avez agi, reconnaissez-le et reposez-vous ! Vous n’avez plus à stresser. Soit votre
problème est résolu, soit vous avez commencé à le résoudre. Vous avez droit à du repos, et à
récupérer vos forces nerveuses.
Passez maintenant à l’étape 1.
Si la réponse est non…
Eh bien si vous ne pouvez rien faire pour changer le problème, cessez de vous en faire ! Cela ne
résoudra rien ! Au contraire, cela sape vos forces nerveuses, cela vous fatigue et vous déprime
même peut-être un peu.
Passez à l’étape 1.
Étape 1 : entrez en hypnose.
Usez d’une induction de votre choix.
Étape 2 : évoquez la situation qui vous stresse.
Si c’est une personne, évoquez-la en imagination jusqu’à ressentir sa présence dans la pièce. Si
c’est une situation, évoquez-la comme si vous y étiez plongé avec acuité, dès maintenant.
Étape 3 : attendez d’être tranquille face à l’objet de stress.
Laissez-le être présent. Ne jugez pas. Simplement, désintéressez-vous. Attendez que le stress
tombe de lui-même. Ne donnez pas prise. Acceptez la présence de l’objet perturbateur, et
attendez de pouvoir manifester de l’indifférence à son égard. Vous pouvez avoir l’impression
que l’angoisse se détache toute seule ou que le stress glisse sur vous comme la pluie sur un
imperméable.
Vous ne gagnez rien à vous angoisser pour résoudre un problème ou à vous tendre pour
affronter quelqu’un qui vous perturbe. Au contraire. Plus vous serez serein, tranquille, plus
vous rassemblerez vos forces. Face à l’agitation, le calme impressionne toujours positivement
et permet d’agir la tête froide.
Étape 4 : renouvelez l’exercice.
Il est important de le faire autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que vous ressentiez bien la
différence dans votre quotidien.