Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 69 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Chapitre 11 : Troisième étape : la dissociation

Chapitre 11

 

 

Troisième étape : la dissocia on

 

O N APPELLE DISSOCIATION L’EXPÉRIENCE PERCEPTIVE dans laquelle une partie d’un individu fonctionne distinctement et indépendamment d’une autre partie.

Ce peut être une dissociation entre la pensée et l’émotion (vivre un souvenir sans l’émotion pénible qui y est associée), entre la pensée et le corps (se percevoir trop gros alors que le corps est maigre), entre le corps et l’environnement (sentir son corps mais ne plus percevoir l’environnement immédiat).

Il se passe dans la dissociation un ensemble de modifications dans le fonctionnement cognitif qui tend à séparer la volonté consciente de certaines activités qui deviennent autonomes. Les parties dites « dissociées » fonctionnent ainsi avec un certain degré d’indépendance par rapport au reste de la personne.

 

La dissocia on dans l’hypnose

Ceci est à l’origine de la sensation que ce qui est vécu ou expérimenté en hypnose est indépendant du « moi-je en tant qu’agent opérateur de ce qui se produit ». Hilgard nomme l’expérience « le phénomène de l’observateur caché ». Par exemple, dans l’expérience d’une lévitation du bras, l’hypnotisé pourra rapporter : « Mon bras bouge tout seul sans mon intervention consciente ».

 

hypnose selon Pierre Rainville

Pour Pierre Rainville, chercheur en neurosciences, « l’expérience hypnotique culmine par un sentiment d’automaticité accompagné d’une modification de l’activité cérébrale suggérant une altération des mécanismes d’autorégulation (ou monitoring) des réponses volontaires. »

 

Dans le domaine médical, et plus spécifiquement celui de la psychiatrie, le terme de dissociation comporte une connotation péjorative puisque celle-ci caractérise plusieurs tableaux cliniques psychopathologiques. Ce sont par exemple les troubles dissociatifs tels que les troubles de la personnalité, ou encore les sentiments de déréalisation. Pourtant, bien au-delà de la dissociation pathologique, l’expérience d’activités autonomes spontanées fait partie de notre mode de fonctionnement normal et quotidien, sans même avoir à passer au préalable par l’hypnose. Ce sont les états dissociatifs communs ou transes quotidiennes communes.

À chaque fois que nous nous attelons à une tâche de façon mécanique, sans y prêter attention, en ayant la tête ailleurs, nous faisons l’expérience d’une certaine forme de dissociation. C’est également ce qui nous permet de réaliser deux tâches à la fois, sans avoir à être particulièrement présent à l’une d’entre elle.

Un pilotage automa que

L’exemple le plus fréquemment exposé en atelier d’hypnose pour illustrer les états de transe quotidiens est le trajet en voiture. Nous expérimentons tous ces trajets pendant lesquels nous conduisons de façon machinale d’un point A à un point B. Comme tous les gestes sont connus, y compris les automatismes de priorité, de contrôle de la circulation, etc., il n’est pas rare de constater que nous nous retrouvons au point B sans avoir été présents à la conduite pendant la totalité du trajet. Tout s’est passé comme si nous avions la capacité d’activer une sorte de pilotage automatique du système nerveux. Ce pilotage automatique est capable non seulement de réaliser des tâches répétitives (nul besoin d’être mentalement présent pour faire la vaisselle), mais également d’utiliser les connaissances non conscientes et quelques fonctions supérieures,

comme dans l’exemple de la conduite automobile sur un trajet connu.

Ainsi, nous sommes capables de dissocier l’activité mentale (la pensée, la rêverie) de l’activité physique lorsque celle-ci s’inscrit dans un automatisme acquis. De la même manière, lors d’une réunion ennuyeuse, nous aurons bien du mal à rester présents à ce qui s’y passe. Nous expérimenterons peut-être une certaine forme de dissociation : l’esprit part se balader dans une rêverie pendant que le corps reste présent dans la pièce, à percevoir la voix de l’orateur comme un ronronnement sonore qui nous invite à nous dissocier plus encore.

La transe quotidienne n’a cependant que peu de rapport avec la transe utilisée en hypnose, si ce n’est le caractère tout à fait physiologique de ce mode de fonctionnement.

Dans le contexte de l’hypnose, cette capacité cérébrale de fonctionner sur plusieurs niveaux simultanément est sollicitée et potentialisée par le thérapeute lors de la séance, pour induire une transe adaptée au contexte.

Mais même si elle n’est pas celle de l’hypnose thérapeutique, la transe quotidienne commune nous permet de mieux saisir la perception subjective de l’expérience dissociative hypnotique.

Si on entre dans une pièce dans laquelle un enfant regarde son dessin animé préféré à la télévision, on comprend mieux l’intensité de la fascination hypnotique, et ce que peut être un état dissocié.

L’enfant est à la fois présent et absent. En fait, il est tout à fait absent de son environnement immédiat mais incroyablement présent à son dessin animé.

L’hypnose agit de même.

Si l’induction a été bien conduite et bien suivie, le patient semble coupé de la réalité extérieure : d’abord son corps semble figé, immobile, insensible. S’il a les yeux fermés, on pourrait jurer qu’il est en train de dormir. Peut-être la respiration est-elle plus lente ? Peut-être ses membres sont-ils agités de petits soubresauts involontaires ?

Ensuite, il semble tout à fait indifférent aux stimulations extérieures parasites : quand bien même y aurait-il des bruits parasites d’une certaine intensité, ou des conditions environnementales désagréables, cela ne semblerait en rien l’affecter. Mieux : on pourrait réaliser un geste chirurgical localement, et le patient s’en rendrait à peine compte.

En fait, le patient est tellement présent à ce qui se passe dans

l’expérience de la veille paradoxale, que le voilà absent de

son environnement immédiat.

Et pourtant, le patient expérimente en hypnose une hyperprésence à ce qui se joue dans l’expérience perceptive : il s’agit de jouer avec l’imaginaire, et sa présence à ce dernier se fait avec une telle intensité qu’il lui semble – le temps de l’hypnose – vivre quelque chose de tout à fait réel.

On pourrait donc dire que la dissociation en hypnose consiste en tout premier lieu en cette dualité caractéristique du phénomène :

je suis à la fois présent – et à la fois absent ;

je suis à la fois extrêmement présent à mon expérience perceptive – et à

la fois totalement absent à mon environnement.

Et au plus je suis présent à mon expérience perceptive, au plus je m’absente de mon environnement.

On comprend bien que l’hypnose au bloc opératoire prend appui sur la dissociation en hypnose.

On pourrait également rajouter que l’hypnose permet au patient de se dissocier d’un ensemble de croyances, d’automatismes, de réflexes acquis, afin de laisser émerger de nouveaux modes de fonctionnement plus adaptés au contexte.

La dissociation est donc à la fois une expérience caractéristique de la transe hypnotique, et un moyen de défaire certains liens pour en créer de nouveaux.

Hypnose et troubles dissocia fs du pa ent

Bien entendu, on prendra garde au travail en hypnose avec les patients souffrant de troubles dissociatifs au sens psychiatrique du