Le grand livre de l'hypnose
Faire l’expérience du dépouillement
Jusqu’à la taille des individus présents sur la scène, jusqu’à la couleur de leurs cheveux, ou de leurs vêtements, de leurs véhicules, etc., qui peuvent changer.
Parce que nous vivons le monde au travers du filtre de notre subjectivité, nous pouvons dire que chacun expérimente le monde au travers de son propre filtre. Chacun expérimente le monde objectif dans sa propre sphère, sa propre bulle d’expérience subjective.
L’expérience de la transe pure, ou hypnose sèche, a ceci de fascinant qu’elle tend à dissoudre les filtres de la subjectivité pour ne laisser qu’une expérience perceptive globale, totale, pure, généralisée. C’est la perceptude dans laquelle tout se fond, tout se mélange, tout n’est plus qu’un.
Faire l’expérience du dépouillement
Faire l’expérience de l’hypnose, c’est faire l’expérience du dépouillement. On se débarrasse de la pensée, on se débarrasse de l’émotion, on se libère du passé et on se préserve du futur. Il ne reste rien que l’absence, le vide, le néant.
en r le vivant
Dans sa forme la plus achevée, l’hypnose ne laisse rien de plus qu’une expérience de sentir le vivant. L’hypnose pure, la transe, la perceptude, c’est cette expérience dans laquelle l’homme n’est rien qu’un organisme perceptif, qu’un système neurologique ouvert à l’ensemble des informations sensorielles qui lui parvient. Il s’agit d’un état antérieur à l’intervention organisatrice de la cognition, qui dans un second temps fragmente la perception généralisée en autant d’éléments qu’il est possible d’identifier, interpréter, contrôler, ranger, pour mieux interagir avec chacun.
En ce sens, l’hypnose dépouille l’individu de tous ces attributs que l’homme bien-pensant revendique pour ne laisser que le vide, le rien, le ça, le corps… Non pas le corps intellectualisé mais le corps qui sent, le corps comme vivant.
La transe hypnotique, c’est une perception de tout à la fois et de partout à la fois, qui se mélange, qui se fond, et qui engloutit l’hypnotisé.
Il ne reste alors plus qu’à le sentir.
Et l’espace de cette fraction de temps dans laquelle il n’y a rien d’autre que « sentir le vivant », les peurs, les phobies, les angoisses, les projections anxieuses et les traumatismes passés n’existent plus.
Par l’expérience de la transe, la paroi de la bulle d’expérience subjective s’est fendue, brisée, et a volé en éclats.
L’expérience pure. Pour la première fois peut-être, le patient fait l’expérience d’un rapport au réel non biaisé, non déformé, non vicié par le psychisme.
Peut-on s’étonner alors, qu’une fois l’expérience terminée, celui qui sort de la transe ne peut pas tout à fait retrouver la bulle subjective qu’il connaissait ? Peut-on s’étonner si cet élément phobique, par exemple, perd de sa force et de son caractère inéluctable lorsque le patient a plongé une fois, deux fois, trois fois dans le creuset de la transe pour percevoir l’objet de sa phobie pour ce qu’il est : un simple objet ?
« Trop simple. » diront certains. « La phobie existe depuis trop longtemps. Elle ne peut disparaître ainsi. »
C’est pourtant l’expérience que vient de faire le patient. Il s’est consciencieusement laissé guider avec confiance par le thérapeute, dans un espace expérientiel dans lequel l’objet de son malheur n’est plus qu’un simple objet. L’erreur fondamentale serait de renier cette expérience.
« Dans ce cas cela va revenir. Le soulagement ne peut durer ».
Certes, l’homme pourra certainement revenir à son ancien mode de fonctionnement / de perception, reconstruisant les parois de son ancienne bulle.