Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 25 sur 182

Pages du PDF

Le grand livre de l'hypnose

Le mode de représentation

Mieux, il n’est parfois même pas utile de questionner le patient, ni même de l’examiner. Certains diagnostics peuvent être faits en l’absence du patient lui-même : on peut par exemple faire le diagnostic d’une hépatite par une simple prise de sang, ou d’une infection urinaire par une analyse d’urine. La maladie est alors objectivée sans même passer par l’individu en tant que tel, mais seulement par une partie constitutive de ce dernier.

Une fois la maladie diagnostiquée, il suffit d’appliquer le protocole thérapeutique en vigueur, protocole dicté par les autorités en santé, et élaboré à partir d’études rigoureuses.

Le patient consulte, un diagnostic est posé, et pour un diagnostic donné, un protocole de traitement permet de soigner la maladie.

Ainsi s’est développée la médecine moderne. Les progrès des techniques d’exploration diagnostique en font une médecine toujours plus pointue, toujours plus précise, mais… toujours plus éloignée de l’individu dans sa globalité. Pour le dire autrement, à force de fragmenter l’individu en autant d’éléments qui seront utiles au diagnostic ou au traitement, on s’éloigne de ce qu’il est : un individu singulier, unique, avec son propre mode de représentation et sa propre façon de percevoir les choses.

Lorsque j’étais étudiant, un de mes maîtres en médecine générale avait pour habitude de dire qu’une bonne prise en charge du patient ne se résume pas à l’examen, au diagnostic et au traitement, mais à la réponse aux questions suivantes : que sait le patient de sa maladie ? que veut le patient, qu’est ce qui est le plus adapté pour lui aujourd’hui ? Ainsi, une entorse de la cheville ne se traitera pas de la même façon chez un jeune sportif ou chez une personne âgée ayant des difficultés à se déplacer.

L’hypnose permet de pousser plus loin le raisonnement. Car au-delà de la pertinence à adapter la prise en charge au profil et au mode de vie du patient, il est indispensable de prendre en compte son mode de représentation.

 

Le mode de représenta on

Chacun de nous perçoit différemment chaque chose. Chacun de nous interprète différemment les événements. Notre mode de perception et de représentation est unique. Propre à chacun. Et parfois même pour des choses qui paraissent a priori tout à fait objectives.

Ainsi, l’hypnose s’intéresse avant tout au mode de représentation du patient plutôt qu’à l’objectivité de ce qu’il vit. L’expérience en hypnose est avant tout une expérience de modification perceptive. Si le patient souffre, qu’il existe ou non une objectivation possible de la maladie, qu’un diagnostic puisse être ou non posé, l’hypnose s’intéresse à la prise en charge de cette souffrance : l’hypnose permet au thérapeute de rejoindre le patient dans sa propre perception, pour l’aider à la faire évoluer. Il n’existe donc pas un protocole d’hypnose pour une pathologie donnée.

Ce qui nous intéresse n’est donc pas tant d’objectiver la pathologie que de comprendre ce que perçoit le patient.

 

ntrer dans le système percep f

Ce n’est pas une compréhension basée sur une démarche logique ou analytique, il s’agit plutôt d’une adhésion à ce système de représentation pour pouvoir dans un second temps l’orienter vers un système plus confortable. Pour adhérer à ce système de représentation, il est nécessaire de ne pas s’arrêter à l’étiquette de la pathologie qui a été accolée au patient mais d’aller plus loin et d’entrer dans son système perceptif. Ce n’est pas « la phobie » que je traite, c’est « la perception du patient face à cet objet qui génère de la peur ». Ce n’est pas cette douleur insupportable du coude gauche (qui pourtant malgré les examens est tout à fait sain), c’est « la perception qu’a ce patient qui fait qu’il existe une douleur intolérable ».

 

Cette façon d’accompagner l’autre dans la maladie apporte une réponse à la prise en charge des patients à qui l’on dit « vous n’avez rien ». Nous reparlerons au chapitre des indications de l’hypnose des symptômes médicalement inexpliqués : là où la médecine dit « il n’y a rien, vous allez bien », là où les analyses biologiques, les radiographies et autres examens d’exploration ne trouvent aucune anomalie, là, plus qu’ailleurs il faudra accompagner le patient dans son mode de représentation pour tenter de lui proposer une autre façon de se positionner face au problème.