Le grand livre de l'hypnose
La profondeur de transe
interhémisphérique est une caractéristique majeure dans la possibilité d’entrer plus ou moins facilement dans l’hypnose.
La profondeur de transe
La notion de profondeur de transe est directement liée à la notion de suggestibilité : il existe un lien étroit entre hypnose et suggestibilité tout au long de l’histoire du phénomène (Voir Première partie, pages 10 à 11). Il existe l’idée pleine de bon sens selon laquelle si l’hypnose augmente la suggestibilité, alors au plus l’hypnose sera profonde, au mieux le patient répondra à la suggestion. Pour Hull (1933) l’hypnose se caractérise par une amplification de la suggestibilité présente à l’état de veille. Pour nombre d’auteurs, c’est l’intensité de la dissociation qui conditionne la profondeur de la transe.
Il existe au travers de la mesure de la profondeur de la transe, comme dans la mesure de la suggestibilité, la volonté d’objectiver des critères généralisables à tous, permettant d’attester de la réalité du phénomène hypnotique.
Pourtant, la difficulté réside dans la subjectivité de l’expérience telle qu’elle peut être rapportée par le sujet. Ainsi, certains patients pourront rendre compte d’une expérience subjective de profondeur importante pendant l’hypnose, sans pour autant relater les critères retenus dans les échelles de mesure proposées.
Par ailleurs, l’obtention de ces mêmes critères sera, comme tout phénomène hypnotique, fortement influencée par l’hypnotiseur lui-même : le rapport qu’il instaure avec son patient, son mode de communication hypnotique, et sa propre conviction dans la possibilité d’obtention des réponses aux suggestions conditionnent l’issue de l’expérience.
Enfin, le contexte expérimental se trouve à mille lieux du contexte du soin, dans lequel nombre de facteurs non spécifiques conditionnent le succès de l’hypnothérapie.
De même que l’évaluation de la suggestibilité ne présente qu’un intérêt purement expérimental, l’étude de la profondeur de la transe n’a que peu d’intérêt en hypnose clinique. En outre, il n’est pas nécessaire d’expérimenter un phénomène de transe très profonde pour bénéficier des bienfaits de l’hypnose.
L’idée sous-jacente encore une fois, et que l’on comprend bien, serait que plus la transe est profonde plus l’effet thérapeutique est puissant.
Milton Erickson passait un temps considérable, parfois de nombreuses heures, à entraîner certains patients à entrer dans une hypnose que l’on considérerait de moyenne à profonde.
Même dans les cas où il ne consacrait pas 8 à 10 heures d’entraînement à la transe, Rossi précise qu’Erickson ne donnait que rarement des suggestions hypnotiques avant qu’une transe ne se soit développée pendant au moins 20 minutes. Un des articles favoris d’Erickson est
d’ailleurs consacré à la transe profonde1. Ainsi, jusqu’à récemment, beaucoup d’hypnothérapeutes ont associé la nécessité d’une transe profonde à la qualité de la réponse à une suggestion, et donc à l’importance de l’effet thérapeutique de la séance hypnotique.
Pourtant, pour produire une modification perceptive, nul besoin d’une transe profonde ! Mais puisque c’est dans la phase de la transe hypnotique que les représentations se réorganisent et que l’on expérimente une modification perceptive, il est compréhensible que l’on ait pu s’intéresser aux différentes modalités de vécus possibles de ce temps essentiel du processus hypnotique.
L’expérience clinique a cependant montré depuis plusieurs années maintenant qu’il suffit d’une transe légère à moyenne pour réaliser un changement perceptif thérapeutique durable. Il existe de nombreuses techniques développées récemment dans le cadre de la nouvelle hypnose, qui permettent d’obtenir un degré de dissociation suffisant en peu de temps. Dans le contexte de l’urgence, ou dans le contexte hospitalier, dans lequel nous ne disposons hélas que de peu de temps par consultation et par patient, il n’est pas envisageable de chercher à obtenir une transe profonde. Si celle-ci survient spontanément, elle sera bien entendu utilisée à profit pour la thérapie. Mais en aucun cas elle ne sera recherchée comme une nécessité par le thérapeute.