Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 174 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Chapitre 20 : Psychothérapies : des avatars de l’hypnose ?

Chapitre 20

 

Psychothérapies : des avatars de

l’hypnose ?

 

L ’HYPNOSE EST HISTORIQUEMENT CONSIDÉRÉE COMME LA TEINTURE MÈRE de l’ensemble des psychothérapies. La relation entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé représente la forme la plus ancienne de relation psychothérapeutique. C’est Bernheim qui a proposé en 1891 le terme de « psychothérapie », dans son livre Hypnotisme, suggestion,

psychothérapie1

On compte aujourd’hui plus d’une centaine de techniques psychothérapeutiques, dont la plupart ont vu le jour dans la deuxième moitié du e XX siècle.

 

Une réorganisa on percep ve propre à

toute thérapie

La plupart de ces thérapies peuvent être comprises et lues au travers du processus de l’hypnose tel que proposé par l’AFEHM sous l’impulsion de François Roustang, Jean-Marc Benhaiem et Patrick Richard. Ce schéma met en évidence le fait que l’homme se trouve en permanence en équilibre entre ses perceptions modulées par la cognition (l’état de contrôle, de maîtrise, d’analyse, de réflexion, de connaissance) et la perception première (le non-contrôle, la sensorialité pure, la plasticité, la fluidité, l’indétermination).

C’est le passage de la cognition à la perception qui permet à l’individu de reconfigurer son système de représentation. On considère que tout changement perceptif relève de ce passage d’un mode de fonctionnement à un autre. Cette souplesse est nécessaire à tout individu, afin qu’il se fonde dans son environnement. Lorsque ce passage d’un mode de fonctionnement à un autre ne se fait plus, lorsque l’individu reste « bloqué » dans le mode de contrôle, dans la cognition, la pathologie s’installe. Un des moyens de permettre à l’individu de retrouver sa souplesse et de se laisser aller dans sa vie pour en épouser tous les contours consiste à l’accompagner jusqu’au second régime de fonctionnement, caractérisé par la perception, l’imaginaire. L’hypnose est l’expérience de choix qui pourra être proposée au patient.

L’axe du processus hypno que

En définitive, toutes les thérapies utilisent le même procédé (même si toutes n’ont pas le même potentiel curatif), et l’on peut positionner leur niveau d’intervention sur l’axe du processus hypnotique. L’hypnose permet, au travers du processus hypnotique, de quitter le cognitif (l’état de veille ordinaire) pour retrouver le perceptif (la veille généralisée) dans laquelle les représentations changent et la perception peut se réorganiser. La plupart des thérapies, y compris les thérapies cognitives même si cela ne paraît pas évident, passent par une étape de réorganisation perceptive. Pour qu’un changement puisse s’installer dans le système de représentation d’un patient, il faut mettre du jeu dans le système, changer les coordonnées, et mélanger les cartes. Cette condition est remplie par le passage, par l’ouverture, par le ressenti et par l’abandon du contrôle et des anciennes croyances. Ce n’est pas parce que l’on adhère intellectuellement à une nouvelle idée qu’elle est intégrée. Celle-ci ne devient agissante qu’une fois ressentie comme vraie, et elle ne peut être ressentie comme vraie sans un repositionnement de l’individu vis-à-vis de son environnement. C’est alors tout le système perceptif qui est modifié, et c’est le rapport aux êtres et aux choses qui est contaminé par le changement. Inversement, on pourrait dire que c’est par un changement de positionnement vis-à-vis de la constellation des éléments qui

constituent notre existence que le changement peut s’opérer et que la perception peut être changée.

Dans toutes les sociétés humaines, la thérapie prend des allures qui se conforment au système de croyances et de représentation propres à la culture en vigueur. Certaines cultures valorisent le versant cognitif, la pensée, la réflexion. Pour d’autres cultures, c’est la sensorialité qui sera mise en valeur. Aujourd’hui, dans notre propre société, c’est la cognition qui est valorisée. Rien ne se fait ou ne peut se faire sans que l’on ait usé de pensée, de rationalité, de contrôle, de raison, de logique. Le danger à valoriser seulement ce versant du fonctionnement humain est évident. Nous l’avons étudié tout au long de ce livre, l’excès de contrôle génère nombre de pathologies (stress, burn out, somatisation, névrose, phobie…).

Car l’être humain doit retrouver régulièrement ce régime de fonctionnement dans lequel il se laisse aller à l’imaginaire, à la perception pure, dans laquelle les choses se mêlent, disparaissent, réapparaissent, changent. C’est par ce régime de fonctionnement, qui est tout aussi propre et indispensable à l’humain que l’est la cognition, que se fait le processus de création. L’artiste, par exemple, se plonge régulièrement dans l’ouverture pour créer son œuvre. L’enfant, lui, passe la plupart de son temps dans l’ouverture. La société se chargera de le ramener de plus en plus dans la cognition. Il ne faudra jamais qu’il oublie, devenu homme, de garder cette souplesse, cette capacité à passer d’un pôle à un autre, d’un mode de fonctionnement à un autre.

Car c’est précisément la sensorialité pure qui constitue les fondements de notre statut de vivant : avant d’avoir mis des étiquettes sur les êtres et les choses, avant d’avoir systématisé les connaissances, nous sommes tous venus au monde et avons perçu celui-ci par une sensorialité pure, première, primitive. Cette perception caractérise notre animalité, et conditionne notre capacité adaptative.

C’est donc par l’hypnose que l’adulte revient à l’origine des choses : l’hypnose permet de réaliser le chemin inverse du développement humain au sein de notre société. Celle-ci avait voulu nous couper de notre animalité, de notre imaginaire, de notre capacité à créer et à rêver le réel pour mieux s’y adapter. L’hypnose permet de se replonger dans notre sensorialité pour en ressortir transformé, rafraîchi, plus souple.

Il y a peu, une patiente à l’hôpital m’a dit : « C’est fou. Quand je fais cette expérience, je me sens vivante. J’avais oublié que je suis en vie ». J’ai trouvé la formulation tellement exacte, tellement parfaite, que je lui ai demandé l’autorisation de la reprendre pour ce livre.

Par l’hypnose, l’homme retrouve son statut de vivant.

La vie se charge du reste.

À présenter ainsi le processus hypnotique, on est tenté de vouloir supprimer l’étiquette d’hypnose puisqu’il nous semble nous pencher ici sur une propriété fondamentale de l’homme qui est bien antérieure à la naissance de l’hypnose.

L’hypnose serait donc un moyen d’utiliser cette capacité de l’être humain à passer de la cognition à la sensorialité pour guérir.

Mais nous allons le voir, beaucoup de thérapies – au travers de paradigmes parfois très différents – proposent le même voyage. Au-delà de chaque paradigme, au-delà des protocoles et des règles qui fondent telle ou telle thérapie, il est des facteurs non spécifiques qui conditionnent immanquablement l’issue de la thérapie. Entre autres facteurs, on peut citer la démarche même du patient, qui mobilise une énergie considérable et qui traduit les prémices d’une remise en mouvement de ses perceptions, et la relation thérapeutique qui se noue entre les deux protagonistes de la scène psychothérapeutique : le patient et le thérapeute.

Influence et psychothérapie

Il existe indéniablement un jeu d’influences dans toutes les formes de psychothérapie. Non pas une influence qui relèverait d’un pouvoir quelconque du thérapeute sur le patient, mais plutôt une dynamique qui génèrerait une expectation positive chez le patient, une sorte de prophétie autoréalisatrice positive, qu’il ne pourra que voir se réaliser. C’est par la relation empathique (par l’accordage) qui se développe dans l’enceinte relationnelle, que le patient accepte de se mettre dans une disposition telle (l’ouverture de l’hypnose) qu’il se laisse prendre par le changement (l’émergence des alternatives expérientielles).