Le grand livre de l'hypnose
Techniques, exercices et protocoles
L’université avait séparé le corps et l’esprit en confiant à la médecine le soin du corps, et en confiant à la psychologie le soin de l’esprit… Voilà que l’hypnose réconcilie les deux et prend en charge l’individu comme un être entier, chez lequel esprit et chair ne font qu’un.
Une sensibilité spécifique
Pour prendre en compte la globalité de l’individu, le thérapeute doit apprendre à percevoir différemment. Ce n’est pas un relevé de signes fonctionnels et cliniques qui compte, mais une sensibilité toute spécifique qui permet au soignant de déterminer qui est l’individu qui se trouve en face de lui. En école d’hypnose, on utilise de nombreux exercices destinés à développer cette sensibilité. Il s’agit de ne pas rester enfermé dans son protocole, mais d’ouvrir ses sens pour ressentir qui se trouve en face de soi, ressentir la tonalité de ce qui est dit, déterminer où se trouve le patient dans l’expérience hypnotique et dans le cours de la thérapie. Enfin s’adapter pour l’accompagner dans la valse de l’hypnose.
Techniques, exercices et protocoles
Au-delà de cet apprentissage, il est nécessaire bien sûr d’apprendre les exercices, les techniques, les protocoles de l’hypnose. Il est intéressant d’avoir une connaissance large des différents courants thérapeutiques qui développent spécifiquement un aspect de l’hypnose plutôt que de prendre appui sur l’essence de cette dernière. Ainsi, on identifie l’hypnocognitivisme, l’hypnoanalyse, l’hypnose ericksonnienne, la nouvelle hypnose… L’hypnose est extrêmement polymorphe et s’adapte autant au patient qu’au thérapeute, et à l’époque. Mais ne confondons pas le fond et la forme. Il n’existe en réalité aucun modèle thérapeutique qui prévaut.
Rien ne remplace l’expérience Il existe cependant une constante, que l’on retrouve quels que soient le type d’hypnose pratiquée et son domaine d’application : c’est l’expérience du thérapeute qui rend l’hypnose de plus en plus efficace. Les plus grands thérapeutes sont ceux qui ont su sortir des modèles pour développer leur propre technique, leur propre savoir-faire, leur propre pratique.
Malgré tout, il est impossible de minimiser l’importance des techniques hypnotiques. Il est indispensable de les apprendre pour ensuite les oublier. Elles sont apprises de façon protocolaire et ont tendance à se mélanger dans un second temps pour donner naissance à une pratique plus personnalisée, prenant en compte la sensibilité du thérapeute. Les techniques sont comme des feuilles qui tombent d’un arbre, pourrissent au sol, pénètrent celui-ci pour donner un terreau riche qui voit grandir des plantes magnifiques. De la même manière, les techniques apprises s’insinuent dans l’esprit profond du thérapeute, tombent dans l’oubli, se mêlent à ce qu’il est, et donnent naissance à une hypnose personnelle et unique. C’est alors que la pratique devient particulièrement efficace.
Avant d’en arriver à ce stade, les formations diplômantes permettent d’acquérir les protocoles et les exercices de base en hypnothérapie. L’école d’hypnose devient alors un laboratoire d’expérimentation indispensable dans lequel les thérapeutes peuvent s’exercer entre eux et explorer dans un contexte sûr le monde de la perception.
Souvent, les étudiants en hypnose viennent en formation avec l’idée d’y acquérir la technique parfaite. Il n’existe pas de technique parfaite en hypnose. Ce sera à force d’étude, de travail, de réflexion et d’expérience que l’hypnothérapeute deviendra compétent.
L’enseignement de l’hypnose thérapeutique est, en définitive, un terrain d’entraînement pour que chaque thérapeute se sente à l’aise avec l’ensemble des techniques du parler hypnotique, avant de choisir ce qui lui semble le plus accessible, le plus confortable. Mais on peut dire qu’une grande part de la formation en hypnose repose sur l’apprentissage de la sensibilité : le soignant apprend à lâcher sa position d’observateur critique qui analyse pour se laisser prendre par l’expérience de l’hypnose et s’ouvrir au monde des perceptions.
Faire l’expérience de l’hypnose
Le thérapeute doit nécessairement faire lui-même l’expérience de l’hypnose avant de pouvoir prétendre exercer l’hypnose, quelle qu’en soit l’indication. D’abord parce qu’il doit vivre lui-même l’expérience qu’il désire faire vivre au patient, et ensuite parce qu’il n’y a pas d’hypnothérapie si le thérapeute lui-même n’entre pas dans cet état de disponibilité propre à l’expérience hypnotique.
Ainsi apprend-on aux élèves à se laisser rentrer en transe, à se laisser ressentir l’autre, à laisser tomber les a priori… Si le thérapeute vit cette expérience honnêtement, le patient le ressent nécessairement. Le phénomène de résonance embarque alors le patient et l’invite à s’ouvrir à de nouveaux possibles, en laissant lui aussi tomber les certitudes, les croyances, les émotions, les exigences…
C’est une expérience d’assouplissement que chaque thérapeute doit renouveler, à chaque consultation, chaque jour. L’entretien de cette ouverture et l’exercice de la sensibilité sont un travail que doit mener régulièrement le thérapeute, afin que son expérience et ses connaissances se mêlent en un tout capable de rendre l’hypnose juste. Si le thérapeute se sent limité, il renverra au patient cette image de fermeture qui risque de gripper la mécanique de la thérapie.
Or, la difficulté principale à laquelle se heurte la majorité des hypnothérapeutes au début de leur activité est la volonté de trop bien faire et de bien appliquer les protocoles. La peur de l’échec limite la créativité et l’adaptabilité du soignant. Paradoxalement, c’est en lâchant la volonté de bien faire que le thérapeute devient plus efficace : il se rend alors totalement disponible, sa sensibilité se déploie, et sa créativité est exemplaire.
Il doit finalement appliquer à lui-même ce qu’il ne cesse de recommander à ses patients : laisser tomber la volonté de performance. C’est bien entendu en entrant lui-même en hypnose que le thérapeute retrouve sa souplesse et son efficacité. C’est par l’hypnose qu’il potentialise également la créativité du patient et sa disponibilité au changement.
Un autre avantage de la pratique en école d’hypnose est l’apprentissage de l’expérience de l’hypnose dans des conditions qui ne sont pas idéales.
Il est fréquent que les élèves en formation se plaignent, lors de leurs premières expériences hypnotiques, des conditions : la salle est bruyante, la chaise n’est pas confortable, il y a du bruit à l’extérieur… Finalement, le thérapeute apprend à faire avec et expérimente des transes de plus en plus productives. Il découvre que l’environnement n’est pas le facteur essentiel conditionnant l’issue de l’expérience hypnotique.
Dans le contexte professionnel, thérapeute et patient doivent souvent composer avec l’environnement. Les bruits de la rue, de la salle d’à côté, les portes qui claquent, les bruits propres à l’hôpital… Le fauteuil n’est pas toujours confortable, la pièce peut être trop éclairée, la température n’est pas idéale. Et pourtant, parce que l’hypnose n’est pas la relaxation, elle peut tout à fait être expérimentée dans ces conditions. Mieux, le terrain devient une métaphore de la vie réelle : nous faisons avec. Avec l’agitation, le bruit, l’inconfort, les contraintes. Nous apprenons à nous rendre insensibles à ces perturbations pour faire l’expérience en temps réel, vivre le présent et se rendre attentif à ce qui compte vraiment.
es intervisions
Il existe enfin, dans le cadre de la formation continue en hypnose, ce que l’on nomme les intervisions. Ce sont des sortes de staff cliniques supervisés par un professeur ou un hypnothérapeute d’expérience, et qui consiste à travailler sur des situations cliniques réelles qui posent problème pour le thérapeute. L’expérience se fait le plus souvent en hypnose, pour que le thérapeute ouvre son champ des possibles, accompagné par le superviseur.
Ce sont des moments très riches qui changent souvent radicalement la façon de percevoir et d’exercer du praticien.
Ce sont également des lieux d’échanges, de réflexion et d’expérience sur l’hypnose, permettant une recherche permanente de la compréhension du phénomène.
Depuis quelques années, on assiste à un regain d’intérêt important pour l’hypnose. De nombreux congrès médicaux intègrent cette alternative thérapeutique et il n’est pas rare que l’hypnose soit présentée par des experts plusieurs fois au cours d’un même congrès. La médecine, de plus en plus technicisée, se heurte à une limite et aux effets collatéraux de cette hypertechnicisation : l’hypnose se présente alors comme le chaînon manquant ouvrant sur une prise en charge différente, prenant en compte le patient dans sa globalité, et respectant son système de représentation.
Il existe aujourd’hui plusieurs diplômes universitaires qui ont été créés en France et qui enseignent aux professionnels de la santé l’hypnose thérapeutique et médicale. Ces DU sont réservés aux soignants (médecins, chirurgien-dentiste, psychologues, sages-femmes, etc.)
Il existe également plusieurs instituts validés par la fondation Milton Erickson, qui forment des thérapeutes à l’hypnose. On peut pratiquer l’hypnose sans être médecin ou psychologue mais ce sera certainement dans des indications qui ne sont pas celles du recrutement médical.
A en on !
Je pense avoir suffisamment insisté dans ce livre sur la nécessité de rester dans son domaine de compétence et d’y intégrer l’hypnose comme un savoir-faire étendant le champ des possibles. Encore une fois, un dentiste ne s’improvise pas psychiatre et un psychiatre ne s’improvise pas anesthésiste sous prétexte de savoir-faire de l’hypnose.
J’ai reçu trop de patients en consultation qui ont été mal accompagnés en hypnose pour ne pas rappeler une fois encore cette règle élémentaire.
Je conseille donc fortement au patient souhaitant faire l’expérience de l’hypnose de se renseigner au préalable sur la formation du thérapeute qu’il désire consulter. La plupart des organismes formateurs tiennent un annuaire des professionnels formés dans leur structure, et peuvent orienter le cas échéant vers une personne qualifiée.
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