Le grand livre de l'hypnose
Hypnoanalgésie et délivrance
Une prochaine grossesse pourra alors être envisagée sans appréhension ni mauvais souvenir. Dans certains cas, on peut même parler d’état de stress post-traumatique : si un événement particulièrement violent survient, ou menace l’intégrité physique ou mentale de la mère ou du bébé, on pourra voir se développer un véritable ESPT qu’il sera nécessaire de traiter à court ou moyen terme. Dans le cas contraire, tout élément qui rappellera le contexte sera susceptible de réactiver l’angoisse et le malaise vécu pendant l’expérience traumatique. Les sensations d’une prochaine grossesse, l’odeur de l’hôpital, la vue de la blouse blanche, la table d’examen et ses étriers, seront capables de perturber profondément le fonctionnement organique et psychique de la femme enceinte. Il sera donc nécessaire de traiter le traumatisme pour envisager une nouvelle grossesse paisible et vierge de toute appréhension.
Enfin, la prise en charge du célèbre « baby blues » pourra bénéficier de l’apport de l’hypnose, en incitant la patiente à être attentive à ses perceptions, et en l’invitant à changer ses représentations. Ce travail passera nécessairement par l’intégration des nouveaux liens qui sont créés du fait de la venue au monde d’un nouveau membre de la famille, et l’acceptation du repositionnement de chacun dans une constellation d’êtres et de choses qui s’en trouve totalement modifiée.
En prenant en compte la nouvelle configuration avec laquelle il va falloir composer, la patiente peut envisager plus sereinement la suite des événements, et sentir se déployer de nouvelles potentialités jusqu’alors inconnues dans sa vie future.
Hypnoanalgésie et délivrance
Comme dans le domaine chirurgical, l’utilisation de l’hypnose à visée analgésique dans le contexte de l’accouchement date du début du e XIX
siècle.
Si les traitements médicamenteux, notamment l’anesthésie par voie péridurale, permettent d’obtenir une excellente analgésie, il est nécessaire de prendre en compte la composante émotionnelle et cognitive de la douleur, propre à chaque patiente.
La douleur de l’accouchement a ceci de particulier qu’elle est socialement admise, transmise, et parfois même encore valorisée : « c’est un moment douloureux, mais ensuite tu n’y penses plus et c’est le plus beau jour de ta vie », « ça fait mal, mais c’est quelque chose rien qu’à nous, que les hommes ne connaissent pas », « cela fait partie de l’ordre des choses », « c’est comme ça depuis la nuit des temps »…
L’hypnose invite la patiente à mobiliser ses propres ressources afin de modifier la perception douloureuse de la délivrance. L’hypnose permettra surtout de changer quelque chose de la composante cognitive et émotionnelle de la douleur, comme on pourrait le faire dans le contexte de la douleur chronique. Car si la douleur de l’accouchement n’a rien de chronique, les projections anxieuses qui ont pu se développer depuis les premiers mois de grossesse et les choses racontées par la famille ou les amies depuis peut-être quelques années, ont alimenté une certaine représentation de la douleur de l’accouchement depuis bien longtemps.
A contrario de la douleur chronique, qui naît de la composante sensori-discriminative pour être ensuite complétée par une composante émotionnelle (la pénibilité de la douleur) et cognitive, voire comportementale, la douleur de l’accouchement naît d’abord de l’anticipation émotionnelle, avant même que la douleur n’existe.
Cette particularité confère à l’hypnose toute son efficacité, puisqu’elle est une technique de choix pour modifier les représentations. En hypnose, on prend appui sur ce qui est perçu. Prétendre qu’il n’y a pas à avoir peur car « ce n’est que de l’imagination », n’aide pas la patiente dans cette représentation anxiogène de l’accouchement.
Puisque la douleur est déjà imaginée, c’est que, à un certain niveau de son expérience, la patiente la vit dès à présent. C’est une projection négative de l’accouchement. La future maman n’a pas encore accouché, et pourtant elle se représente déjà les douleurs de l’accouchement. À un niveau subtil, le corps souffre par anticipation.
La présence bienveillante du thérapeute revêt toute son importance pour accompagner la patiente dans cette expérience perceptive et en modifier les composantes. C’est bien, en effet, la modification d’une anticipation dont il s’agit, et cette modification conditionnera le moment de la délivrance. C’est donc toujours au moment présent que les choses se jouent, y compris lorsque les douleurs de la délivrance sont « imaginées » ou « dans la tête ». En termes d’expérience perceptive, toute expérience imaginée est réelle. Ce sera au thérapeute d’aider la patiente à modifier ses représentations et ainsi, à créer une anticipation positive du moment tant attendu.
L’hypnothérapeute aura donc pour rôle d’aider la patiente à porter attention à cette représentation, et à vivre cette imagination afin d’explorer les possibilités de modifications perceptives.
Ces techniques sont utilisées lors de la préparation à l’accouchement, en amont de la délivrance.
À cette occasion, il est possible d’apprendre à la patiente la meilleure technique d’autohypnose à utiliser le jour de l’accouchement. Cette technique ne sera efficace que si elle est personnalisée. Dans le cas contraire, il n’est pas rare que la patiente ne retrouve ni les mots ni le chemin pour accéder à l’état hypnotique, une fois le travail commencé.
Si cela s’avère possible en termes d’organisation, l’hypnose peut être utilisée au moment même de l’accouchement, par un hypnothérapeute, en salle de naissance. La patiente n’a pas nécessairement besoin d’avoir fait l’expérience de l’hypnose au préalable. En complément ou à la place de l’analgésie par péridurale, elle peut être proposée explicitement ou au travers de l’hypnose conversationnelle.
a méthode du balancement
On peut citer, parmi les techniques utilisées, la méthode du balancement qui invite la patiente à porter son attention sur des mouvements oscillatoires du corps, et qui est une méthode d’absorption par le mouvement. Au travers du prisme de l’hypnose, cette technique permet à la fois de ramener la patiente au temps présent en la réassociant à son corps, et à la fois d’absorber ses sens dans une modalité sensorielle spécifique (kinesthésique) propice à calmer les tensions et la projection anxieuse du moment. Certaines équipes avancent que le mouvement du balancement en lui-même