Le grand livre de l'hypnose
La nature de l’acte chirurgical
La première des contre-indications est une opération techniquement non réalisable sous anesthésie locorégionale. En effet, une chirurgie nécessitant une anesthésie générale ne peut être réalisée sous hypnose.
Il est important de comprendre et de savoir que l’utilisation de l’hypnose au bloc ne signifie pas qu’aucun médicament ne sera utilisé, comme cela pouvait être le cas à l’époque où les anesthésiques n’existaient pas et où l’hypnose représentait la seule sédation possible. Aujourd’hui, l’hypnosédation comprend une part d’utilisation d’anesthésiques locaux ou généraux. Il faudra bien s’assurer que le patient l’a compris, et mener la consultation de préanesthésie en conséquence : relever les antécédents opératoires, les allergies connues, etc.
Ce sera au chirurgien de donner à l’anesthésiste son aval, sur l’emploi de l’hypnosédation au cours d’une intervention.
Le profil du pa ent
Comme l’hypnose est un phénomène naturel, nous savons que tout le monde est hypnotisable. Cependant, comme en thérapie, les patients qui ont des difficultés à lâcher prise auront du mal à entrer dans l’expérience hypnotique. Au bloc opératoire plus qu’ailleurs peut-être, il sera nécessaire d’installer une relation honnête et explicite afin que la confiance qui s’installe entre l’anesthésiste et le patient soit de qualité.
Dans le cadre opératoire, la motivation et l’intérêt du patient pour s’adonner à l’hypnose doivent être réels. L’anesthésiste devra, sur le temps qui lui est imparti, se rendre tout à fait disponible pour créer un accordage de qualité avec le patient coopératif au moment voulu sans retenue. Un patient, par exemple, qui garde une position d’observation et d’analyse pendant l’hypnose pour chercher en permanence à comprendre pourquoi le thérapeute lui propose telle ou telle chose, n’a aucune chance d’entrer dans l’expérience hypnotique. Ce sont les patients qui restent dans l’intellect et qui préfèrent, pour des raisons certainement légitimes, garder le contrôle sur tout ce qui se passe et tout ce qui se dit, et ne veulent pas se laisser aller en confiance dans le monde de l’imagination et du rêve.
Si malgré les explications claires et la réponse aux questions légitimes, le patient ou l’anesthésiste lui-même ressentent une gêne ou une appréhension trop grande à faire l’expérience, il sera préférable d’éviter de se prêter à l’expérience de l’hypnose.
hypnose n’est pas le sommeil
Il doit être très clair dans l’esprit du patient que l’hypnose n’est pas le sommeil et qu’à aucun moment il n’y a perte de connaissance. Si le patient demande de la « vraie hypnose qui fait dormir », alors le phénomène n’a pas été bien compris, ou bien expliqué, et il faudra recourir aux moyens d’anesthésie pharmaceutique conventionnelle.
Comme l’hypnose nécessite une participation consciente et volontaire du patient, et la compréhension des consignes données comme la capacité à s’absorber dans une tâche à exécuter, il est légitime d’écarter de cette technique les patients souffrant de troubles cognitifs. Les patients atteints de démence, par exemple, ou les patients souffrant de difficultés de communication du fait d’un trouble de la compréhension et d’un déficit cognitif élevé, ne pourront malheureusement pas bénéficier d’hypnosédation. De même, la surdité est un obstacle évident à l’hypnosédation, puisque tout au long de l’intervention, le patient doit pouvoir entendre les indications de l’anesthésiste afin de vivre l’expérience de la façon la plus appropriée possible.
Enfin, les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères, ou les personnalités borderline sont classiquement des patients qui devront éviter l’hypnose. Autant il est possible de pratiquer certaines techniques hypnotiques avec des patients souffrant de dissociation pathologique, autant les exercices à faire seront des exercices qui réassocient. Or, en hypnoanalgésie, on cherche précisément à dissocier tellement le patient qu’il se trouve coupé des sensations de son corps, lequel peut faire l’objet de l’intervention sans générer la souffrance attendue. Il sera donc de bon sens de ne pas vouloir rajouter de la dissociation, fut-elle artificiellement créée par l’hypnose, à une dissociation préexistante, du fait d’une pathologie psychique.