Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 134 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Jusqu’à quel point êtes-vous motivé ?

Et il y a tellement d’autres choses que vous pouvez faire, dès lors que vous prenez le temps d’avancer à votre rythme, et que vous usez de l’hypnose pour élargir vos possibles tout en respectant votre individualité et vos spécificités.

 

Jusqu’à quel point êtes-vous mo vé ?

Mettez en application le petit changement jusqu’à ce qu’il devienne une habitude.

 

appelez-vous

Vous cherchez à remplacer une programmation par une nouvelle programmation. C’est votre motivation à changer qui fera que vous aurez à cœur de répéter le nouveau comportement quotidiennement, d’autant que vous en retirerez du plaisir. Soyez aimable avec vous-même : ne soyez pas trop exigeant. Permettez-moi de le répéter car c’est important : soyez gentil avec vous-même. Soyez bien conscient que vous faites ce que vous pouvez. Vous êtes un humain, pas une machine. Vous allez certainement flancher, parfois tomber, et aussi vous poser des questions quant à vos capacités à évoluer. C’est normal. Je me permets encore de le répéter : vous êtes normal(e).

Si vous êtes patient avec vous-même, si vous prenez le temps

de travailler à votre changement, vous êtes sûr de gagner la

partie.

Quand vous étiez enfant et que vous avez appris à marcher, vous êtes tombé plusieurs fois. Êtes-vous resté(e) au sol à vous plaindre ? Ou vous êtes-vous relevé(e) et relevé(e) encore et encore jusqu’à assurer quelques pas de façon stable ?

Imaginez-vous ce que serait votre vie si vous étiez resté au sol au premier ou au second essai ? Vous disant « c’est inutile, je ne parviendrai jamais à marcher. Autant rester par terre. »

Les deux obstacles au changement sont les suivants.

Ne pas essayer (il me semble que vous avez dépassé ce stade puisque vous lisez cet ouvrage, cela signifie donc que quelque chose en vous a soif de transformation, même minime).

Se décourager. Il est possible de se décourager en cours de route parce que les résultats tardent à venir. Pour pallier cela, prenez soin de ressentir du plaisir à chaque étape, de sorte que vous puissiez vous satisfaire de chaque petit changement. Si les petits changements eux-mêmes tardent à venir, tâchez de trouver du plaisir dans l’expérience même de l’hypnose, c’est-à-dire dans le plaisir à vous réserver une bulle de calme quotidienne, au milieu de l’agitation et des exigences que les autres vous imposent et que vous vous imposez à vous-même.

Il est possible aussi de se décourager lorsque l’on rechute dans l’ancien mode de fonctionnement. Cela peut arriver. Vous devez être franc et admettre que ce n’est pas un vrai retour à la case départ, car tout ce que vous avez mis en place jusque-là est valable. Même si vous avez repris la cigarette, vous n’êtes plus tout à fait le même. Vous n’êtes plus celui que vous étiez avant de vous lancer dans l’aventure de l’hypnose pour arrêter de fumer : votre système nerveux a appris. Il a appris à rester des heures sans fumer. Il a appris à commencer à lâcher la cigarette. Il a appris à vous rendre votre indépendance et votre volonté. Dès lors, tout à fait non consciemment, vous allez pouvoir vous appuyer sur ce que vous avez déjà réussi à faire. Et plus important que tout, vous allez vous appuyer sur la rechute pour évoluer plus loin : consciemment, cela se fera en identifiant les facteurs qui ont fait que vous avez rechuté, et non consciemment cela se fera naturellement en continuant l’autohypnose au quotidien.

 

VOUS ÊTES MERVEILLEUX !

Si vous êtes honnête avec vous-même, si vous voulez découvrir quelle merveille de la nature vous êtes, car vous l’êtes ne vous y trompez pas, alors vous irez jusqu’au bout de l’aventure. Et au bout du chemin, vous pourrez vous asseoir, ressentir une grande satisfaction, une grande fierté, et vous saurez qu’à tout âge et à tout moment, il ne tient qu’à vous de continuer à élargir votre potentiel.

Un exemple vous permettra de mieux saisir la mécanique de cette expérience.

Étape par étape… Jusqu’à l’éclosion

Katherine, 56 ans, ne parvient pas à finir sa thèse.

Elle est en doctorat de Langues étrangères et travaille sur sa thèse depuis deux ans. Elle n’arrive

pas à avancer.

Le retard qu’elle a accumulé génère chez elle une anxiété croissante, et à présent, la simple idée

de s’y remettre et d’allumer son ordinateur déclenche chez elle palpitations et impression de

malaise.

Lorsqu’elle consulte, je lui propose en hypnose de déterminer la première action qu’elle

pourrait faire pour aller dans le sens de l’achèvement de sa thèse. En premier lieu, rien ne vient,

si ce n’est l’inquiétude que génère l’immensité de la tâche à accomplir.

Je lui propose donc d’aller plus loin dans l’hypnose, et de laisser émerger quelque chose qui lui

semble accessible.

Après quelques minutes de silence, il semble possible à Katherine de classer la documentation

dont elle dispose déjà selon le plan de son projet.

Je lui propose de s’asseoir dans cette situation et de la vivre pendant quelques minutes dans

l’hypnose, jusqu’à ce qu’elle soit certaine que cette étape lui est accessible.

Elle ressort de la séance apaisée.

Je lui demande, comme exercice d’autohypnose, de se mettre à la tâche le soir même, et les

jours suivants, pour vérifier si son intuition était juste.

Une semaine plus tard, elle m’annonce fièrement qu’elle a pu classer ses documents. Elle s’est

même surprise à ressentir un peu de fierté pour avoir réussi à retoucher, malgré un fond

d’angoisse, à ces papiers qu’elle n’avait même pas le courage de regarder à nouveau.

Il faudra six séances d’hypnose pour que Katherine se sente capable d’écrire, jour après jour,

une page.

Elle est consciente de la tâche qui l’attend, mais grâce à l’exercice d’auto-hypnose, elle a réussi

à avancer étape par étape, sans angoisse.

Katherine a finalement réussi à écrire sa thèse. Elle me dira, après la remise de son diplôme,

« je pense que l’hypnose m’a permis de me focaliser sur une étape à la fois sans être envahie

par la sensation d’échec. »

Un exercice simplifié permet de tirer profit de notre radar intérieur du réalisable, et d’avancer une fois encore étape par étape.

Expérimentez un exercice simplifié, découvrez votre « radar à étapes »

Étape 1 : Posez votre objectif.

Qu’est-ce que vous faites déjà aujourd’hui, qui est vrai, et qui est une partie de l’objectif ou une

étape ou une version simplifiée ? Si rien ne vous vient, trouvez une toute petite chose.

Étape 2 : Est-ce vraiment vrai ? Ressentez que c’est vrai. C’est une réalité.

Étape 3 : Appuyez-vous là-dessus : entrez en hypnose et vivez cette étape 2 en ressentant bien

que c’est quelque chose de réel, de réalisable, de vrai, et de non imaginé.

Étape 4 : Appliquez dans votre quotidien cette petite étape en y portant toute votre attention.

Vous allez vivre une plus grande facilité et un sentiment d’évidence à réaliser cet acte. Vous

prenez conscience que vous êtes capable, déjà, de faire quelque chose en ce sens, même

quelque chose de minime.

Étape 5 : Dès que vous vous sentez suffisamment solide, étendez votre expérience : entrez en

hypnose. Comment pouvez-vous légèrement varier votre façon de faire de l’étape 2, de sorte de

vous rapprocher un peu plus de votre objectif ?

Étape 6 : Attendez de ressentir que c’est accessible. Vous devez simplifier au maximum le

changement de sorte qu’il soit vraiment facile. Visualisez-le. Vous devez en faire un scénario

virtuel que vous vivez dans votre imagination pendant l’hypnose. Voyez au travers de vos

propres yeux, entendez ce qu’il y a à entendre, touchez ce qu’il y a à toucher. Vous devez vous

sentir tranquille en faisant cette expérience : ressentir que cela est tout à fait évident et

accessible et ne génère aucune tension. Si vous sentez que « cela bloque », reprenez l’étape 5.

Si vous sentez que ce changement est accessible, vivez-le au travers de l’étape 4.

Dès que vous êtes parvenu à atteindre votre objectif, prenez le temps de répéter l’expérience en

phase 4, et cette fois, félicitez-vous de constater que pour votre système nerveux, votre but est

désormais quelque chose d’atteint, de reproductible, et d’évident.

Tout ceci est possible car vous avez avancé pas à pas en prenant appui sur la plasticité de votre

perception.

Lorsque le changement sera naturel, vous pourrez reprendre à l’étape 5.

Un exemple clinique vous aidera à utiliser ce processus de façon concrète.

Tâtonner pour trouver le juste objec f

Sophie a 15 Kilos à perdre. C’est ainsi qu’elle pose l’objectif, avant même de s’asseoir dans le

fauteuil d’hypnose.

Alors qu’elle s’est consacrée, après la première séance d’hypnose, à la pratique de

l’autohypnose au quotidien, elle revient quinze jours plus tard en consultation. Elle admet

qu’elle se sent moins anxieuse grâce à la pratique de l’exercice, bien qu’elle ait du mal à

trouver le meilleur créneau dans la journée pour s’offrir la bulle de 10 minutes d’autohypnose

nécessaire.

Au cours de la seconde rencontre, je demande à Sophie, une fois l’hypnose induite, de me

décrire ce qu’elle fait aujourd’hui au quotidien et en pratique pour ne pas peser 20 kilos de plus.

Sur son visage passe une expression de dégoût alors que derrière ses paupières fermées, ses

yeux s’agitent de droite à gauche. Après quelques minutes elle me dit « il y a un moment où

mon pantalon devient trop serré. Je me sens gonflée. Cela me coupe l’appétit car je

culpabilise ».

Je propose à Sophie de porter toute son attention sur la sensation de gonflement, de

ballonnement qui suit un gros repas, en se remémorant la dernière fois qu’elle a vécu cette

expérience. J’insiste sur le fait qu’il n’est pas intéressant de ressentir de la culpabilité. Il est

simplement utile de se concentrer sur ce qui déclenche effectivement l’arrêt du remplissage.

Après une bonne demi-heure de transe moyenne dans laquelle elle ressent jusqu’à

l’insupportable cette sensation de dilatation qui caractérise l’après-repas et l’oblige à arrêter de

se remplir, Sophie revient ici et maintenant. Elle est surprise par l’intensité des sensations

éprouvées pendant l’expérience.

Je lui demande, dans les jours qui vont suivre, et le soir-même en réalité, d’être très attentive à

cette sensation qui lui sert de déclencheur pour éviter de se remplir.

Une semaine plus tard, Sophie revient souriante en consultation. Elle confie que le premier soir,

elle était tellement attentive à son corps et à son ventre qu’il lui était impossible de se remplir

d’aliments jusqu’à la sensation de ballonnement. Elle se surprend donc elle-même à diminuer

sa ration. Le lendemain hélas, dès le midi, prise dans la tourmente de l’agitation

professionnelle, elle ne réalise pas qu’elle engloutit un paquet de gâteaux, plusieurs biscuits, et

se sert plusieurs verres de soda entre ses nombreuses réunions et debriefings.

Le soir-même, dans le métro, elle culpabilise à nouveau et ressent une vive déception vis-à-vis

de l’hypnose.

Pourtant, « perdu pour perdu » comme elle le dit en me racontant tout cela, Sophie décide en

rentrant chez elle de rejouer le jeu : elle redevient attentive à son corps et détecte aisément la

sensation de lourdeur et de ballonnement. La magie opère encore une fois, et la voici qui réduit

sa ration alimentaire, sortant plus vite de table que de coutume, et s’activant à du rangement et

du nettoyage pour remettre du mouvement dans son corps.

Lors de la troisième consultation, alors que je demande à Sophie ce qu’elle pourrait ajouter à

cette astuce pour lui donner plus de force et l’aider à encore mieux contrôler la prise de poids,

elle pouffe de rire et suggère, toujours sous hypnose et après de longues minutes de silence, de

resserrer les crans de sa ceinture pour être plus sensible encore à la sensation de ballonnement.

Je conseille à Sophie de ne pas oublier que l’autohypnose constitue au moins la moitié du

traitement hypnotique, et je l’incite à pratiquer, dans la journée, si elle a la possibilité de s’isoler

dans un bureau, cinq minutes d’autohypnose par un exercice dont nous convenons ensemble.

Deux mois plus tard, Sophie a perdu trois kilos. Ce n’est pas énorme, mais, dit-elle : « c’est la

première fois en un an que je perds du poids ».

Sophie a trouvé que l’autohypnose lui permettait de prendre du recul par rapport au stress du

quotidien, et de ne pas se laisser submerger par l’agitation ambiante et l’esprit de compétition

qui fait loi au travail.

Elle s’en félicite car ses patrons trouvent qu’elle est plus posée en réunion et que ses

présentations sont de meilleure qualité.

Au cours de cette nouvelle séance d’hypnose, elle trouve un autre moyen d’exploiter cette

sensibilité neuve au remplissage. Elle décide de passer en revue les aliments qui génèrent une

impression de satiété, tels que le chocolat, le beurre, les glaces et le soda sucré. C’est donc elle

qui fait le lien spontané et, lui semble-t-il, accessible entre la sensation de ballonnement qui suit

un repas et l’impression de « lourdeur » conférée par certains aliments qui, dit-elle « la

remplissent plus que d’autres ».

Deux mois plus tard, Sophie a perdu 8 kilos. Elle poursuit l’autohypnose quotidiennement, en

rentrant du travail, pour « passer à autre chose » et entre midi et deux, si l’occasion se présente.

Elle se sent moins anxieuse, moins perméable au stress. Elle a spontanément réduit sa portion

alimentaire et reste attentive à la sensation de gonflement. Elle a en outre éliminé de son

alimentation les sodas sucrés (ainsi que les lights) et le pain qui, dit-elle « la remplit trop vite

pendant le repas ». Elle n’a pas éliminé les sucreries car elle se permet, en fin de repas, de

manger un dessert en quantité raisonnable, tel qu’un carré de chocolat, un cookie ou un yaourt.

Elle ne pratique pas de sport mais sa nouvelle hygiène de vie lui convient merveilleusement

bien.

Après une évaluation de sa motivation, il me semble qu’elle ne désire pas pousser plus loin.

Elle confirme mon intuition, en me confiant que la perte de ces 8 kilos en six mois est pour elle

quelque chose de tellement merveilleux et inespéré qu’elle ne veut pas « risquer de tout foutre

en l’air en étant trop exigeante. »

J’applaudis cette lucidité et je l’accompagne dans notre dernière séance d’hypnose, au cours de

laquelle je lui demande de vivre une journée normale avec sa nouvelle hygiène de vie, en

prenant le soin de ressentir de façon aiguë chaque prise alimentaire, et d’être très attentive aux

interrupteurs qui lui permettent de maintenir sa vigilance : la sensation de satiété, l’impression

de lourdeur de certains aliments, et le plaisir de sa nouvelle image, ainsi que du calme nouveau

qui l’accompagne dans son quotidien.

Avancer pas à pas en partant de ce qui est vrai revient à s’assurer de prendre appui sur un socle solide, afin de gravir une première marche. Si vous tombez, ou si la première marche s’écroule, vous ne risquez rien d’autre que de retomber sur votre socle.

C’est la capacité d’ouverture et de création de l’hypnose qui permet de construire de nouvelles marches, en prenant appui sur les expériences (ressources) précédemment acquises.

Le processus se répète jusqu’à ce que l’ensemble des ressources et expériences soient intégrées par le système nerveux.

Ce principe d’évolution écologique prend appui sur la souplesse acquise au travers de l’expérience hypnotique.

Cette dernière est intéressante car non seulement elle permet d’avancer pas à pas en décomposant les tâches à accomplir, mais elle permet surtout, par l’hypnose, d’installer une suggestion posthypnotique de réalisation de la tâche qui imprègne progressivement le corps.

 

PROTOCOLE 6 : CHANGER UN COMPORTEMENT

Cet exercice est spécifiquement adapté au remplacement d’un comportement par un nouveau mode de fonctionnement.

Expérimentez un changement de comportement

Prenez conscience de votre cinéma mental.

Choisissez un comportement que vous souhaitez changer. Vous avez dans votre cinéma mental

un petit film qui représente ce comportement. Regardez ce film : c’est vous dans ce

comportement que vous voulez changer. Vous vous voyez de l’extérieur, comme sur un écran

au cinéma.

Identifiez les déclencheurs de ce comportement. Rembobinez. Identifiez-les à nouveau.

Ressentez s’il y a un rapport de cause à effet.

Commencez par faire un autre film.

À présent, créez un film de vous avec le nouveau comportement destiné à remplacer le

précédent.

Prenez le temps. Voyez-vous de l’extérieur : voyez vos gestes, entendez votre voix. Qu’est ce

qui a changé ? En spectateur extérieur, posez-vous la question : qu’est ce qui est différent ?

Plongez maintenant dans la scène : c’est vous, vous jouez votre nouveau rôle dans cette scène.

Soyez dans votre propre peau. Et posez-vous à nouveau la question : qu’est-ce qui est

différent ?

Prenez conscience que ce nouveau film remplace l’ancien.

Reprenez le nouveau film et prenez soin de bien y intégrer les déclencheurs de l’ancien

comportement, mais cette fois-ci ils enchaînent sur le nouveau film. La nouvelle version.

Ressentez de la satisfaction.

Répétez autant de fois que nécessaire.

 

PROTOCOLE 7 : LA RÉIFICATION

La réification consiste à transformer en chose le problème, et à en modifier certains attributs jusqu’à ressentir un soulagement.

Réifier vient du latin Res, chose et Facere, faire.

Nous réifions à chaque fois que nous utilisons des images ou des métaphores. L’astuce consiste à ne pas laisser la parole à l’esprit rationnel qui tend à donner une description objective du problème et de la réalité, mais de laisser s’exprimer la partie de nous qui aime jouer et raconter des histoires. C’est aussi cette partie de nous qui parle par analogie.

Par exemple, la façon la plus simple de chercher à réifier un symptôme consiste à utiliser la phrase « c’est comme si… »

Le « comme si » libère la parole métaphorique et encourage l’esprit de jeu, créatif et curieux.

À titre d’exemple, si je demande à un patient souffrant de hernie discale de se représenter son mal, il pourrait répondre : « Je me représente deux vertèbres qui écrasent un disque, qui devient rouge et inflammatoire. »

Ce n’est pas une réification. C’est faire appel à la connaissance et à la logique pour expliquer ce dont on souffre. Il en va de même si quelqu’un de phobique me dit « je ne représente comme être bloqué dans un ascenseur, qui ne peut plus sortir ».

Ces représentations sont trop proches de la représentation littérale des choses pour inviter au jeu.

Aussi dramatique que soit la situation, il est toujours possible de faire appel à cette partie de l’esprit qui aime imaginer. En homéopathie, il existe un dictionnaire des symptômes « comme si » d’une extraordinaire richesse, permettant à l’homéopathe d’être au plus proche de la représentation de ses patients.

Le comme si est le sésame qui permet de débrider cette part de nous qui n’ose pas se mettre en avant, tant la situation semble sérieuse.

Ainsi, notre douleur sciatique pourrait devenir « comme si on m’enfonçait un couteau chauffé à blanc dans le bas du dos, qui se soude à tout le bas de mon dos » et la phobie de l’ascenseur pourrait devenir « comme si j’étais enfermé dans un cercueil en métal, avec des aiguilles pointées vers moi, et de tous petits trous pour sortir. »

La réification est donc un outil qui permet de travailler sur la représentation du problème, et non le problème lui-même.

C’est l’inspiration du patient qui donne la bonne métaphore.

Une fois la bonne représentation identifiée, on prend un temps pour en changer certains caractères, dans la perspective d’un soulagement.

Expérimentez la réifica on

Détermination d’objectif : vous devez cibler un problème ; il peut s’agir d’un blocage, d’une

gêne, d’une mauvaise habitude, d’une pulsion…

L’hypnose : Utilisez un exercice d’induction de votre choix.

Une fois dans l’hypnose, laissez venir une représentation symbolique de votre problème en

répondant vous-même à la question suivante :

– « mon problème, ce serait comme… »

– « s’il avait une forme ce serait…

– s’il avait une couleur ce serait…

– s’il avait une texture ce serait…

– s’il avait une température ce serait… »

– s’il avait un poids ce serait… »

– s’il avait un contenu ce serait… »

Au final, cette représentation doit vous donner le même feeling que lorsque vous pensez à votre

problème.

Laissez votre intuition vous guider pour répondre. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise

réponse. Laissez-vous représenter votre problème comme un enfant fait un dessin ou comme un

artiste sculpte la glaise : faites comme cela vient. Ressentez simplement que votre choix semble

coller à peu près avec ce que vous ressentez.

Si vous ne parvenez pas à mettre en symbole, ou si votre réponse est trop ancrée dans le réel (je

me représente ma douleur sciatique comme un nerf coincé par deux vertèbres) alors replongez

dans l’hypnose : faites une induction.

Et reprenez l’exercice.

Une fois que la représentation vous paraît adéquate :

Choisissez le petit changement qui vous paraît accessible pour que cette représentation soit

moins inconfortable :

– « qu’est-ce que vous pourriez changer pour que cela soit mieux ?

– la forme ?

– la couleur ?

– la texture ?

– la température ? »

Laissez-vous le temps de répondre, c’est-à-dire, laissez-vous le temps de suspecter que le

changement est réalisable.

Si un changement que vous aviez envisagé n’est pas possible, attendez qu’une autre possibilité

vous vienne.

Puis réalisez le changement en question. Ressentez si cela procure une sensation plus

confortable.

Continuez ainsi étape par étape, jusqu’à ce que vous sentiez que vous ne pouvez plus changer

quoi que ce soit à la forme.

Une fois l’expérience terminée, ouvrez les yeux et revenez ici et maintenant.

Voyez dans votre quotidien que devient votre problème.

Il existe en pratique deux façons de changer le symbole : le premier est d’observer. Le fait de s’absorber dans cette représentation a tendance à en modifier les caractères, conformément au principe de distorsion lié à la focalisation prolongée d’une part, et à l’ouverture des alternatives expérientielles d’autre part.

La seconde façon de changer la représentation consiste à en modifier délibérément tel ou tel critère.

L’intuition du patient sera le seul guide quant à la juste modification. Le thérapeute accompagne le patient dans l’expérience jusqu’à ce que la représentation soit plus confortable. Peu importe la modification retenue, même si elle paraît contraire à la logique, seul le patient orientera l’issue de l’exercice.

De la froideur à la douceur

Magalie a 37 ans, elle souffre de colopathie fonctionnelle.

Elle consulte en hypnose car on lui a fait comprendre que les douleurs abdominales et les

troubles du transit qu’elle présente relèvent certainement de la psychosomatique.

Magalie se présente à la première consultation un peu dépitée par le diagnostic qui a été posé.

Elle se sent mal comprise et pense que sa souffrance est minimisée « lorsqu’on la traite de

folle ».

Il faudra une longue discussion pour faire comprendre à Magalie que le stress, l’émotion et la

tension, sont capables de modifier le fonctionnement de l’organisme de sorte que se

développent plusieurs troubles, qui peuvent être très invalidants.

Magalie comprend qu’elle a tout intérêt à réorienter les possibilités de son esprit vers le

soulagement puisque son corps semble réagir à sa perception des choses.

Je lui propose, en hypnose, de laisser venir une représentation de son colon qui pose tant de

problème.

Après quelques minutes de silence, pendant laquelle la transe s’approfondit suite à l’induction

choisie, Magalie ressent son colon comme une masse mouvante, froide, lisse, molle, qui n’est

pas sans rappeler un reptile peu avenant.

Après quelques minutes d’exploration, elle parvient à réchauffer la masse qui à sa grande

surprise perd son côté lisse pour devenir quelque chose de cotonneux, de souple, de doux.

La surprise de Magalie, devant une modification spontanée de sa représentation, la sort de

transe et lui fait ouvrir les yeux.

Quinze jours plus tard, Magalie n’a plus de douleurs. Les troubles du transit persistent. Mais

elle ne ressent plus de brûlure dans son abdomen. Elle a laissé la place à une sensation de

douceur et de calme.

La réification utilise l’imagination et l’effet potentialisateur de l’hypnose pour générer une représentation alternative du mal. L’émergence des alternatives expérientielles causées par la transe provoque souvent des modifications spontanées de la représentation.

 

PROTOCOLE 8 : CE QUI SOULAGE (POUR UNE DOULEUR PHYSIQUE OU

MORALE)

 

Poten aliser ses ressources pour soulager une douleur

Installez-vous confortablement.

Pratiquez un exercice d’induction.

Ciblez le problème de santé dont vous souffrez.

Répondez mentalement et honnêtement à la question suivante : est-ce que quelque chose me

soulage ?

 

Si la réponse est oui

Trouvez un geste, une position, une température, une action, ou toute autre chose que vous

connaissez et qui a pour effet d’apaiser le symptôme.

Par exemple, si vous souffrez d’une douleur, vous pourriez trouver qu’une certaine position

vous soulage. Ou qu’une douche chaude vous fait du bien. Peut-être au contraire est-ce

l’application de froid qui calme la souffrance. Ou bien même, vous prenez un médicament et

vous pouvez en décrire les effets dans votre corps avant même que cela ne calme la douleur. Ou

encore, il peut soudain vous paraître évident qu’en peignant, vous n’avez plus de douleur,

même si cela n’est que temporaire.

Si vous souffrez d’un eczéma, vous pourriez avoir découvert que, vous exposer au soleil, calme

l’irritation et la démangeaison. Ou que vous baigner dans l’eau de mer chaude calme

l’inflammation.