Le grand livre de l'hypnose
Avant l’accouchement
Avant d’envisager la gestion de la douleur au bloc opératoire, l’hypnose peut être utile en accompagnement psychothérapeutique lorsque la perception de la grossesse ou de l’accouchement est une perception délétère. Par exemple, il n’est pas rare que certaines croyances soient profondément ancrées chez une femme du fait de son histoire personnelle ou de l’histoire familiale : « mon accouchement précédent a été tellement pénible, je ne peux pas revivre cela », ou « ma grand-mère et ma mère ont eu des grossesses très difficiles, et cela m’angoisse beaucoup, car elles me disent que depuis plusieurs générations, les femmes de notre famille mettent leur vie en danger pendant la grossesse »…
L’hypnose permet ainsi, par exemple, de travailler sur la perception que l’on se fait de la grossesse, puis de la délivrance.
Il est possible pour cela d’utiliser une technique simple de projection dans le futur. À partir de ce scénario, on peut demander à la patiente si elle peut accepter que ce dernier puisse être le sien, ou si au contraire, elle ne peut y accéder. Il s’agit de découvrir quelles sont les conditions qui lui semblent la mettre en sécurité. Si rien ne vient, on remontera plus loin dans les croyances pour favoriser l’émergence d’une représentation alternative pendant la phase d’ouverture du processus hypnotique.
Trouver le « bon » sou en
Patricia a 27 ans. Elle est enceinte de jumeaux. Elle doit accoucher dans moins d’un mois, et
elle décide de consulter en hypnose car elle développe une peur grandissante du jour de la
délivrance.
À l’entretien, Patricia révèle qu’elle a été soignée pour un cancer gynécologique il y a quelques
années, et qu’à la suite du traitement, les oncologues lui ont confié qu’elle risquait
probablement de ne pas avoir d’enfant.
Patricia a suivi un lourd traitement, et la rémission a été confirmée.
Deux années plus tard, elle tombe enceinte, à la surprise générale. Son gynécologue, le premier
surpris, lui conseille de ne pas trop espérer et de s’attendre à une fausse couche. Pourtant,
malgré l’appréhension, la joie et l’impression de « cadeau du ciel » ne quittent pas Patricia. Sa
surprise devient encore plus grande quand elle apprend qu’elle attend des jumeaux.
L’inquiétude se fait alors croissante dans le corps médical, qui considère que compte tenu des
modifications apportées à la matrice utérine au cours du traitement, la grossesse ne pourra se
réaliser normalement.
Cette fois, l’inquiétude prend le pas sur la joie, et Patricia perd le sommeil. Elle souffre dès lors
de multiples douleurs, nausées, qui l’obligent à consulter régulièrement en urgence un
obstétricien pour s’assurer que le pire ne survient pas.
Si elle est parvenue à gérer son angoisse jusqu’alors, c’est au huitième mois qu’il lui semble
perdre le contrôle. La fatigue liée aux sensations du développement des bébés se mêle aux
projections anxieuses d’une délivrance catastrophique.
Patricia a du mal à entrer dans l’hypnose. Elle présente un degré de contrôle certain qui
l’empêche de se laisser aller dans l’expérience. Lorsque nous en parlons ouvertement, elle me
confie qu’après les traitements lourds qu’elle a subis, elle a du mal aujourd’hui à envisager un
soin quel qu’il soit, sans appréhension.
Notre premier travail est donc l’entraînement à l’induction.
Après quelques exercices simples, et un entraînement régulier à la maison, Patricia parvient à
accéder, à volonté, à une transe de qualité.
Au cours de la troisième consultation, je lui demande de porter toute son attention sur comment
elle s’imagine le jour de l’accouchement. La scène qu’elle évoque est une scène violente,
difficile et pénible. Il ne lui semble pas possible d’imaginer que la délivrance sera tranquille et
naturelle. Sa croyance en des complications nécessaires est forte.
Lorsque je lui demande de laisser venir, en hypnose, une alternative à ce scénario, rien ne
semble accessible.
Et pourtant, après quelques minutes de silence, elle me dit, avec la voix caractéristique de la
transe : « s’il y a du lilas dans ma chambre ».
Pensant avoir mal entendu, je lui demande de répéter : « s’il y a du lilas dans la chambre, cela
devient plus doux. »
Toute la magie de l’hypnose est illustrée dans cette magnifique phrase : il n’y a pas de lien
logique, au premier abord, entre la présence de lilas dans la chambre d’hospitalisation de
Patricia et un accouchement paisible.
Pourtant, dans le mode de perception propre à la transe, la patiente ressent un repositionnement
lorsque cet élément fait partie de l’équation. Il n’est pas nécessaire de demander à Patricia ce
qu’évoque le lilas, ni de chercher à comprendre la signification de tout ceci. Le travail en
hypnose consiste à changer une représentation pour plus de confort.
Qu’à cela ne tienne ! Après quelques mots avec son époux, qui l’accompagne religieusement à
chacune des consultations tout en respectant le colloque singulier de l’expérience hypnotique, il
est convenu que Patricia aura des bouquets de lilas dans sa chambre.
Trois mois après cette séance, Patricia m’envoie un e-mail et une photo de la famille : « Lilas
magnifique, famille heureuse. Merci. »
Il est possible également de tirer des bénéfices de l’hypnose avant même la grossesse : dans les difficultés de conception, on obtient des résultats surprenants par l’intervention hypnotique.
En outre, le travail sur les croyances limitantes permet souvent de débloquer une situation de difficultés de conception qui durent depuis plusieurs années.
Expérimentez la fin d’une croyance avec « la montgolfière »
Étape 1 : induction.
Étape 2 : vous vous retrouvez dans une prairie. Au milieu de cette prairie ensoleillée se trouve
une montgolfière.
Montez dans cette montgolfière. Installez-vous confortablement.
Vous pouvez défaire le nœud qui retient le ballon au sol.
Celui-ci s’élève lentement.
Étape 3 : sentez la légèreté. Profitez du paysage qui s’éloigne au-dessous de vous et du
panorama qui se déploie tout autour de vous. Tout est calme. Le ciel est magnifique. Vous
sentez l’air chaud qui gonfle le ballon vous réchauffer et caresser votre visage.
Vous devez maintenant avancer.
Étape 4 : voyez au fond de la nacelle… Vous observez des petits sacs tout lourds qui lestent le
ballon et l’empêchent de monter plus haut, et d’avancer.
Vous soulevez un de ces sacs. Sur ce sac, il y a une étiquette. Vous lisez. Sur cette étiquette,
voyez inscrite une croyance que vous avez et dont vous souhaitez vous débarrasser.
Étape 5 : jetez ce sac par-dessus bord. Le ballon s’élève soudain, devenant plus léger. Regardez
au sol : il y a d’autres sacs très lourds emplis de vos croyances limitantes.
Vous devez vous en débarrasser.
Étape 6 : à chaque sac que vous jetez par-dessus bord, vous devenez plus léger et vous avancez
vers l’horizon, dans un paysage magnifique.
Prenez plaisir au calme, à la légèreté.
Étape 7 : quand il vous semble que vous vous êtes débarrassé de suffisamment d’éléments
limitants, vous pouvez laisser les images s’estomper et revenir ici et maintenant en respirant,
bougeant et en ouvrant les yeux.
Gardez la sensation de légèreté.
Lorsque la cause des difficultés conceptionnelles est purement organique, c’est-à-dire relevant d’un problème médical identifié, l’hypnose permet d’aider la patiente à percevoir la prise en charge médicale de façon moins menaçante. Elle change la tonalité du contexte, et peut aider à la gestion de la douleur si un acte chirurgical est nécessaire, par exemple. Lorsqu’une procréation médicalement assistée est envisagée, l’hypnose accompagne durant la prise en charge médicalisée, et aide à supporter la pénibilité du traitement.
Si la cause de l’infertilité n’est pas trouvée, on s’oriente parfois vers une approche toute différente : le travail consiste alors souvent, dans un premier temps, à modifier les croyances de la patiente quant au caractère « inévitable » de l’impossibilité à concevoir. L’hypnose invite à installer une attente tranquille et confiante de grossesse plutôt qu’une attente négative et fataliste d’échec.
La thérapie consiste également à modifier la perception que l’on se fait de la nidification, en en changeant la représentation (par réification par exemple) sous hypnose. On est parfois surpris par la représentation peu avenante que certaines femmes entretiennent de leur paroi utérine, pourtant destinée à accueillir l’œuf et à le nourrir tout au long de la grossesse.
Hypnose et FIV
Quelques études se sont intéressées à l’apport de l’hypnose dans le contexte de la fécondation in vitro. Une étude de 2006, notamment, conclut que l’hypnose double les chances de grossesse lors de l’implantation d’embryon (60 % contre 30 % pour les femmes n’ayant pas bénéficié d’hypnose). Il a été demandé par exemple aux femmes, pendant le transfert d’embryon et pour réduire le stress associé à la procédure, de choisir une expérience antérieure « très plaisante » à revivre sous hypnose.
Il a été demandé en outre de percevoir le procédé d’implantation comme la « réception d’invités attendus depuis longtemps et bienvenus ». À l’aide de cette technique, qui invite clairement à un changement de perception de l’acte et de ses conséquences, on compte 52 grossesses chez les femmes ayant bénéficié de l’hypnose contre 29 chez les autres.
Les mécanismes physiologiques exacts qui expliquent l’apport de l’hypnose dans ce cadre ne sont pas clairement définis. Quelques hypothèses avancées seraient la détente de l’utérus favorisant l’implantation de l’embryon, et des changements dans le fonctionnement immunitaire ou hormonal améliorant l’interaction entre blastocystes et endomètre.