Le grand livre de l'hypnose
Chapitre 10 : Deuxième étape : l’induction
Chapitre 10
Deuxième étape : l’induc on
L ’INDUCTION CONSISTE À INITIER LE PROCESSUS HYPNOTIQUE. Pour que l’induction puisse être proposée et pour qu’elle soit suivie d’effet (en l’occurrence l’entrée dans le processus hypnotique), il aura fallu entrer en lien avec le patient, en lui portant une attention bienveillante. Il aura peut-être fallu également reformuler l’attente, et démystifier quelque peu l’hypnose.
Disons qu’à présent, patient comme thérapeute sont au clair sur l’objectif à atteindre par le biais de l’hypnothérapie.
L’hypnose peut débuter.
induc on
L’induction est la seconde étape du processus hypnotique, mais c’est elle qui initie l’entrée dans l’hypnose. Pour cela, elle va dans un premier temps permettre au patient de sortir de la perception ordinaire, dominée par la logique, la maîtrise et la raison.
Bien qu’il existe de nombreuses techniques pour induire l’hypnose, le principe de base est la saturation des différents canaux sensoriels, habituellement par un stimulus monotone. C’est ce que l’on nomme l’absorption, ou la focalisation.
Dans la fixation d’un point lumineux, nous dirons que toute l’attention est volontairement portée sur la seule modalité sensorielle visuelle. Cette absorption a pour effet de couper le patient des modalités auditives, tactiles, olfactives et gustatives. Cette fixation a tendance également à réduire le dialogue interne et à provoquer un ralentissement de la pensée. L’induction se traduit sur le schéma du processus par un mouvement de fermeture : c’est toute la perception qui se réduit et qui se ferme sur un point.
Ainsi, toutes les techniques d’induction, quelles qu’elles puissent être, consistent en une focalisation de l’attention sur une seule perception.
James Braid usait de la fixation visuelle, en proposant de fixer intensément l’extrémité d’un instrument lumineux.
Lorsqu’un point est fixé avec attention, et lorsqu’on prolonge cette fixation, la perception que l’on a de ce point se transforme. Bien entendu, le point lui-même ne change pas. Pourtant, on observe des changements de forme, de luminosité, le point se dédouble… Cette expérience, pourtant très simple, est fascinante par la richesse de son enseignement.
L’hypnose consiste en un apprentissage d’utilisation du
processus attentionnel.
C’est un entraînement à la modification perceptive, essence même de l’expérience hypnotique.
L’hypnothérapie consiste à accompagner le patient de la
souffrance au soulagement par la transformation de la
perception.
L’attention soutenue entraîne une modification des perceptions. Dans le cadre expérimental, ce jeu de fixation permet d’installer des états légers d’hypnose, et d’apprivoiser la capacité à générer du flou dans les perceptions. En clinique, ce principe de base est utilisé dans l’intention du contexte du soulagement.
Lorsque l’on voit les étrangetés perceptives qui naissent de la simple fixation d’un point noir sur une feuille blanche, on ne s’étonne pas des situations insolites parfois rencontrées dans le cadre de la thérapie, puisque le processus attentionnel sera utilisé tout au long de l’expérience pour modifier ce qui était figé afin de lui rendre du mouvement. Mais ici aussi, il n’y a rien à juger. Le travail du thérapeute consistera à accompagner le patient pour favoriser les changements perceptifs, sans chercher à interpréter quoi que ce soit au cours de l’expérience.
Ces expériences de fixation de l’attention intéressent l’hypnothérapeute car elles sont suivies d’un bref intervalle de confusion : à force de fixer l’attention sur un point, la perception devient confuse. On regarde sans voir. Pour contrôler ce que l’on perçoit, il faut alors remettre du mouvement dans le regard. Accepter de laisser la confusion s’installer dans les sens c’est volontairement accepter de ne plus contrôler sa perception le temps de l’expérience. Qu’il suffise de savoir que rien de nocif ne peut venir de cette expérience pour se rassurer et se laisser aller plus avant.
Car c’est précisément la confusion qui permet le relâchement de la logique, de la cognition, du contrôle.
C’est cette confusion qui favorise la mise en sommeil de la
pensée logique basée sur les associations cognitives, pour
permettre l’émergence de nouvelles associations.
C’est précisément ce premier temps de l’induction qui est responsable du relâchement des fonctions supérieures permettant l’émergence de sensations, représentations, images nouvelles.
Si vous souhaitez expérimenter vous-mêmes ce que sont ces états un peu particuliers, il existe sur internet de nombreux sites qui proposent des jeux d’illusion d’optique. Ces jeux déclenchent toujours une modification perceptive générant une certaine confusion.
Car lorsque l’on fixe, lorsque l’on est vraiment dans l’expérience proposée, on expérimente l’arrêt de la pensée logique.
Il est en effet impossible de faire à la fois l’expérience de la confusion des sens générée par l’exercice et penser avec acuité.
Voilà la brèche, l’ouverture, qui était nécessaire pour commencer à envisager une autre perception. Jusqu’à présent, parce que la pensée était omniprésente, le patient ne pouvait s’ouvrir à un milieu beaucoup plus large de perceptions alternatives.
Il peut être intéressant de présenter ces illusions au patient comme autant de jeux permettant l’exercice de la concentration. Les plus résistants auront parfois quelques difficultés ou appréhensions à entrer d’emblée dans l’hypnose. Passer par ces expériences ludiques est un moyen d’assouplir la perception, et souvent l’occasion de retrouver le plaisir du jeu et de la nouveauté, que la gravité du quotidien nous enlève trop facilement.
Quelques précau ons à prendre
Nous allons à présent proposer divers exercices utilisables en hypnose : des techniques d’induction, mais aussi un peu plus loin dans le texte, quelques exercices pour la phase dite de l’ouverture, propices à la modification perceptive.
Il est indispensable d’avoir toujours à l’esprit qu’une bonne séance d’hypnose sera toujours faite « sur mesure ». Ainsi, un thérapeute de talent n’aura nul besoin d’utiliser les techniques qui vont vous être présentées. Ou s’il les utilise, c’est uniquement pour les adapter au contexte de la thérapie qui se joue.
Un thérapeute d’expérience n’aura parfois qu’à rendre le patient présent à l’endroit même où se joue le problème, pour laisser la force de la transe faire éclater toutes les interrogations et faire épouser le mouvement avec une simplicité redoutable d’efficacité. Mais avant d’en arriver là, les hypnothérapeutes doivent passer par l’apprentissage méthodique des techniques permettant l’obtention des phénomènes hypnotiques. C’est seulement dans un second temps que ces techniques seront assimilées dans la pratique et l’expérience, et donneront naissance à une pratique hypnotique personnalisée, de plus en plus proche du but recherché avec le patient, au moment voulu.
Pourtant, puisque ce livre parle d’hypnose et de sa technique, je pense qu’il est intéressant de présenter quelques expériences que vous pourrez vous-même réaliser, de façon ludique, toujours dans un esprit léger de jeu et de curiosité, pour approcher peut-être un peu mieux ce qu’est l’expérience hypnotique.