Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 108 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Le principe de l’expectation positive

Bien entendu, la limite de cette méthode est qu’elle tend, si elle n’est pas assimilée comme une pratique naturelle, à éloigner le thérapeute du patient. Si le thérapeute s’attache à identifier à tout prix les canaux de communication de son patient, il risque fort de perdre en pertinence puisque sa focalisation ne portera pas tout entière sur l’instant qui se joue, ni sur le patient.

 

Le principe de l’expecta on posi ve

Créer une attente positive, ou « expectation » positive (anglicisme à partir du verbe to expect, s’attendre à en anglais) est un principe essentiel en hypnose qui joue un rôle dans l’obtention des phénomènes hypnotiques, mais aussi dans chaque étape du processus et certainement d’une manière plus large qui conditionne l’issue même de la thérapie.

Le jeux des mots, des suggestions, jusqu’au contexte tout entier, tend à créer chez le patient une attente positive quant à la possibilité de faire une expérience décisive par l’hypnose. Fondamentalement, au travers de l’ensemble des techniques utilisées quelles qu’elles puissent être, l’hypnose est le facilitateur qui permet au patient de réaliser la transition de ce qui lui paraissait à peine plausible, à ce qui pourrait devenir réel.

En ce sens, l’hypnose installe de façon puissante une sorte de prophétie auto-réalisatrice confiante et positive.

 

a prophé e autoréalisatrice

La prophétie autoréalisatrice est une prophétie qui modifie des comportements de telle sorte que ces derniers finissent par faire advenir ce que la prophétie annonçait initialement. C’est à Frigyes Karinthy, un écrivain hongrois du début du e XX siècle, que l’on doit le concept moderne de prophétie auto-réalisatrice. Mais l’expression en tant que telle est proposée vingt ans plus tard par le sociologue Robert K. Merton : « C’est au début, une définition fausse de la

situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie ».

 

Des exemples de prophéties autoréalisatrices ont été décrits dans différents domaines.

Dans le domaine de l’éducation notamment, on décrit l’effet Pygmalion, qui consiste en ce que la performance d’un individu est directement influencée par l’attente que l’on nourrit à son égard. Plus on s’attend à ce que quelqu’un soit efficace, et plus il le devient. Malheureusement, la réciproque est vraie.

En 1968, Robert Rosenthal, un psychologue américain professeur à l’Université de Californie, confie à des étudiants deux groupes de rats. Il annonce au premier groupe que les rats en question ont été sélectionnés pour leurs capacités extraordinaires et que l’on devrait s’attendre à d’excellents résultats des expériences menées sur ces mammifères (trouver son chemin dans un labyrinthe par exemple).

Il confie ensuite à un second groupe d’étudiants un second groupe de rats et leur annonce que ces derniers, du fait de leur héritage génétique, auront probablement des résultats médiocres.

En réalité, les deux groupes de rats étaient tout à fait identiques : choisis de façon aléatoire, les rats n’avaient nullement été sélectionnés pour leur intelligence ou leur médiocrité à réussir les tests dont il était question.

Peut-être suspectez-vous les résultats de cette étude ? Les rats du groupe 1 ont obtenu d’excellents résultats aux tests, conformément à ce qu’ils étaient supposés faire, et le groupe 2 a obtenu de mauvais résultats aux tests, certains n’ayant même pas franchi la ligne de départ.

On pose l’hypothèse que l’attention et le comportement des étudiants ont différé en fonction de ce qu’ils croyaient vis-à-vis de ces animaux pourtant semblables d’un groupe à l’autre, et voici que ce comportement non-conscient a infléchi le comportement de chaque groupe de rats de sorte que ce dernier se comporte comme il avait été dit qu’il se comporterait.

On peut aisément se demander en quoi une expérimentation animale pourrait avoir quelque chose à faire avec le comportement humain.

C’est que l’expérience est reproduite avec des enfants à Oak School aux États-Unis : il est confié de façon subtile à des professeurs que certains élèves se sont vus attribuer aux tests de QI un score particulièrement élevé, contrairement à d’autres étudiants. En réalité, comme pour les groupes de rats, il n’y avait rien de particulier pour les étudiants « surdoués ». Leurs scores n’étaient en rien différents de celui des élèves de l’autre groupe. Et pourtant, à la fin de l’année, lorsque les tests de QI ont été soumis aux mêmes étudiants, les résultats ont été stupéfiants : ceux à qui l’on avait attribué de façon fausse un QI plus élevé qu’il ne l’était ont vu augmenter de 5 à 25 points leur performance aux tests d’intelligence. Cela laisse supposer que le comportement des professeurs, pour une raison ou une autre, a fait en sorte que les élèves se comportent conformément à l’attente qu’ils avaient : leur intelligence devait être supérieure à la norme des étudiants présents.

Un contrôle au bout de deux ans confirme que certains élèves continuent à améliorer leurs résultats au test d’intelligence.

Ce principe appliqué à l’hypnose fait suspecter à quel point la croyance que l’on entretient quant à la capacité du patient à répondre à une suggestion ou plus généralement à la thérapie, joue un rôle dans la qualité de la réponse que l’on obtient au travers de la cure hypnotique.

D’abord le thérapeute posera donc l’hypothèse de départ selon laquelle le patient est déjà guéri ou peut guérir, c’est-à-dire qu’il est déjà dans la vie dont il se croyait séparé.

Ensuite, de façon pratique, à chacun des phénomènes hypnotiques observés, le thérapeute fait suffisamment confiance en sa technique et en son expérience pour s’attendre à une réponse positive de la part du patient, et potentialiser ainsi, en allant de ratification en ratification, les probabilités de guérison.

 

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À aucun moment il ne s’agira de faire semblant. Seule l’anticipation honnête soutient le phénomène. C’est la croyance authentique des étudiants envers l’intelligence supérieure de leurs rats qui conduit ces derniers à dépasser leur performance, conformément à l’attente sincère des expérimentateurs.

De même, c’est l’authentique attente émotionnelle en l’intelligence supérieure de certains élèves, qui induit un changement de performance de ces derniers aux tests de QI réalisés.

 

Il y a certainement quelque chose de fondamental dans cette notion d’attente authentique. Nous utilisons l’adjectif « émotionnel » afin d’appuyer le fait qu’il ne s’agit pas d’une attente intellectuelle ou rationnelle. Il s’agit d’une certitude, d’une conviction viscérale, émotionnelle, que telle chose va se produire. Ou du moins, a une certaine probabilité de se produire.

Ne pas se laisser décourager par l’ampleur de la tâche

Hélas, si la prédiction autoréalisatrice peut influencer une thérapie, cela peut être dans les deux sens.

Voilà une des raisons fondamentales pour lesquelles le thérapeute doit se départir de toute idée préconçue et de toute croyance vis-à-vis de l’issue de la thérapie.

Autant il est possible de favoriser l’issue positive d’une thérapie en partant du postulat que la guérison est possible, voire certaine, autant il n’est pas rare que le thérapeute sabote lui-même un travail thérapeutique s’il suppose qu’il ne pourra rien apporter au patient, ou s’il se laisse décourager par l’ampleur de la tâche qui se présente à lui. Là encore, il ne s’agit pas de « simuler une croyance », car il s’agirait d’une construction intellectuelle. Il s’agit de se libérer en tant que thérapeute de toute croyance pour laisser place à une possibilité qu’il pourrait bien se passer quelque chose. Pour le thérapeute comme pour le patient, le seul moyen de parvenir à cette vacuité est le passage par la transe. Elle seule permettra de laisser le rien dont émergera la possibilité de quelque chose. Tout autre