Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 156 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Quelle prise en charge ?

Pour illustrer ce problème, il suffit d’imaginer une douleur légère, notée sur l’échelle visuelle analogique à 3/10, causée par une entorse bénigne du poignet.

Si la douleur s’installe dans le temps, une nouvelle composante se rajoute à l’intensité initiale : le ras-le-bol de devoir supporter quotidiennement une douleur – même si son intensité n’est pas si importante.

Ainsi, le patient pourra parfois faire la part entre l’intensité de la douleur (qui dans notre exemple pourrait rester à 3/10) et la pénibilité de la douleur, qui pourrait être cotée à 8/10.

Si la douleur persiste, la tendance du patient pourrait être de consulter Internet pour trouver des personnes souffrant du même mal, ou pour chercher à comprendre ce qui lui arrive. Cette étape, qui se justifie par une volonté de comprendre la situation, tend à créer la composante cognitive de la douleur en développant chez le patient des croyances négatives quant à son mal : il peut se comparer aux autres patients qui lui assurent qu’ils « vivent un enfer » et prendre à son compte des informations erronées que sans connaissance médicale, il ne peut discriminer.

Enfin, pour compléter le tableau, la douleur persistante installe un comportement spécifique, tel que la sous-utilisation du membre douloureux, provoquant dans un second temps un endolorissement du membre et une perte d’amplitude articulaire, susceptible d’aggraver le tableau clinique.

 

Quelle prise en charge ?

Les centres antidouleur sont des services hospitaliers ambulatoires pluridisciplinaires qui proposent une prise en charge globale, prenant en compte chacune des composantes de la douleur. Ainsi, le médecin s’occupera en particulier de la voie physiologique de la douleur, en proposant des traitements médicamenteux qui permettront de diminuer la composante sensori-discriminative de la douleur.

Souvent, le médecin spécialiste assure à partir de l’étude du dossier la coordination des différents intervenants qu’il estime utiles dans le cas particulier de chacun des patients. Ainsi, on pourra proposer une prise en charge psychothérapeutique lorsque la dimension émotionnelle est particulièrement importante, et qu’il existe un terrain anxieux ou dépressif susceptible d’aggraver la perception de la douleur. Une aide psychologique peut être proposée également par le biais de la Thérapie comportementale et cognitive (ou TCC) qui permet de mettre en place diverses stratégies destinées à faciliter la gestion du quotidien et à mieux vivre avec la douleur. La kinésithérapie, ou la médecine de rééducation, s’intéressera par exemple à la composante comportementale telle qu’une attitude corporelle involontaire en réaction à la douleur, risquant paradoxalement d’aggraver la douleur sur un plus long terme.

Bien entendu, les portes d’entrée du traitement ne sont pas exclusives, et chaque intervenant prend en compte chacune des composantes dans son travail.

Les réunions de service, ou staffs, sont le moment de rencontre de chacun des professionnels de la santé qui interviennent auprès du patient afin d’obtenir le meilleur résultat possible dans le traitement et la gestion de la douleur. L’échange d’informations de chaque praticien est d’une grande utilité, et permet à chaque intervenant d’ajuster sa prise en charge.

L’hypnose a ceci de particulier qu’elle permet de travailler sur chacune des dimensions de la douleur.

 

Danziger

On savait depuis le travail de Danziger (1998) que des suggestions d’analgésie sont capables d’inhiber le réflexe de retrait du membre inférieur soumis à un stimulus douloureux. Cette étude démontre qu’il existe une action descendante qui semble venir inhiber l’information douloureuse remontant le long des nerfs, dans la moelle épinière : la suggestion fait que le cerveau envoie un signal descendant le long de réseaux de neurones de la moelle, venant inhiber l’information de la douleur.

 

Mais depuis les études de Pierre Rainville datant de quelques années déjà, on sait que selon la nature des suggestions employées pendant l’expérience hypnotique, l’hypnose est capable de modifier de façon sélective l’activité des régions cérébrales impliquées dans le traitement de l’information sensori-discriminative, ou bien dans le traitement de la pénibilité de la douleur (système limbique).