Le grand livre de l'hypnose
Quand la science rejoint l’empirisme ?
Ainsi, ces études mettent en évidence une modification dans le traitement des informations sensorielles et émotionnelles qui constituent l’expérience subjective de la douleur.
Enfin, contrairement à l’imagerie mentale volontaire qui s’accompagne de la perception subjective de contrôler volontairement le mécanisme de visualisation par un effort mental, les hallucinations hypnotiques sont expérimentées comme « autonomes et venant de l’extérieur ».
C’est la perte du « je-en-tant-qu’agent-de-l’expérience-que-je-réalise » et cette perception subjective que l’expérience vécue se réalise sans participation volontaire est ce que l’on appelle le sentiment d’automaticité. C’est une caractéristique de l’hypnose, qui se définit comme une altération de la représentation de soi en tant qu’agent responsable des changements perceptifs, moteurs et cognitifs produits en réponse à différentes formes de suggestions hypnotiques.
Pour Rainville, ces modifications de la représentation de soi pourraient être en lien avec certains changements dans l’activité des cortex préfrontaux et pariétaux ou dans une altération de la communication entre ces zones corticales.
Quand la science rejoint l’empirisme ?
Si les neurosciences nous permettent d’observer les modifications d’activité au cœur même de notre système nerveux, certaines études s’intéressent également à l’objectivation de l’expérience empirique des hypnotiseurs par la science moderne.
e regard du sujet hypno sé
Voici une étude originale réalisée en Finlande par une équipe de chercheurs de l’Université de Turku et Alto, qui étudie la spécificité si souvent décrite du regard du sujet pendant l’hypnose. Ils utilisent pour cela une méthode qui traque le comportement oculomoteur (eye
tracking) et démontrent que la façon de regarder d’une personne en état d’hypnose ne peut pas être reproduite par un comédien. Cette étude va dans le sens d’une spécificité neurologique de l’état hypnotique, et de façon anecdotique, confirme la pertinence de la description empirique du regard vague, fixe, des patients lorsqu’ils se prêtent à une expérience d’hypnose les yeux ouverts.
L’ensemble de ces études tendent à rassurer le médecin puisqu’elles permettent d’observer que des mécanismes neurologiques sont impliqués dans le processus hypnotique, et d’affirmer que la diminution de la douleur vécue par les patients sous l’effet des suggestions hypnotiques, n’est pas simplement un changement dans leur propension à rapporter verbalement des niveaux plus bas de douleur, mais témoignent au contraire d’une modification dans les traitements de l’information de la douleur au niveau cérébral. Nous n’avons pas abordé dans cet ouvrage la totalité des études réalisées, telles que la réduction de l’effet stroop par suggestion hypnotique de Raz et ses collaborateurs, les effets de la suggestion hypnotique sur la mémoire étudiée par Mendelsohn et ses collaborateurs, ou encore les études de Stuart Derbyshire et de son équipe sur la perception douloureuse.
Ces résultats sont possibles grâce aux progrès remarquables des neurosciences depuis le début du e XXI siècle.
Le système nerveux fonctionne de façon hiérarchisée sur divers niveaux, et l’ensemble de ces niveaux fonctionne de façon cohérente. C’est précisément l’imagerie fonctionnelle qui a permis de mettre en évidence l’organisation en réseaux de certaines fonctions cérébrales. Ainsi, on peut identifier un réseau de repos, distribué au niveau du cerveau médian et un réseau de l’attention, de distribution plutôt périphérique. L’imagerie fonctionnelle permet de mettre en évidence la modification d’équilibre de ces réseaux pendant l’expérience hypnotique.
À l’état de veille, les réseaux de l’attention sont activés, et les réseaux responsables de la relaxation ne le sont pas.
Pendant le sommeil, le réseau de la relaxation est activé, alors que le réseau de l’attention ne l’est pas. L’activation d’un cerveau relaxé crée une désinhibition des contenus de la conscience, facilitant la survenue de pensées, images et rêves en tous genres. Hélas, le circuit attentionnel étant inactif, la vigilance du sujet est effondrée et ce dernier expérimente le sommeil.
Pendant l’hypnose, on observe la combinaison d’activité d’un cerveau en état de relaxation et d’un cerveau concentré. Les contenus désinhibés de la conscience, en présence d’une vigilance active, favorisent l’émergence des expériences alternatives.
Les modifications dans l’activité cérébrale observée pendant l’hypnose s’accompagnent d’un sentiment de relaxation et d’absorption mentale. Les changements cérébraux qui s’observent suggèrent une diminution de la compétition des représentations mentales. Ces changements sont compatibles avec un élargissement du potentiel expérientiel. C’est certainement par ce biais que l’hypnose permet la réinterprétation des expériences perceptives, et l’émergence de représentations alternatives.
Certainement que les progrès dans les techniques d’imagerie fonctionnelle et des outils d’exploration des neurosciences permettront d’ouvrir une nouvelle ère de l’hypnothérapie par une compréhension nouvelle des mécanismes de l’induction, du rôle de la suggestion, et peut-être même celui de la relation dans l’enceinte thérapeutique. D’ici là, les études permettent de cibler de façon plus précise les modifications qui s’opèrent dans les réseaux du système nerveux et qui rendent possible la réinterprétation des perceptions et des représentations.
Avec l’hypnose, on reste conscient, mais c’est l’information
perceptive qui est intégrée différemment.
Dans le cadre de la douleur aiguë, par exemple, contrairement à l’anesthésie pharmacologie qui plonge le patient dans un sommeil profond, l’hypnose permet de conserver la vigilance du patient et par le biais de suggestions ciblées, de moduler certains des aspects spécifiques de l’expérience hypnotique.
La pratique clinique empirique nous l’avait déjà démontré : faire de l’hypnose, c’est agir sur les représentations au travers d’une expérience perceptive.