Le grand livre de l'hypnose
Foire aux questions
Foire aux ques ons
R ÉPONDONS À PRÉSENT AUX QUESTIONS OU IDÉES le plus souvent soulevées en thérapie.
L’HYPNOSE DOIT ÊTRE PRATIQUÉE PAR DES PROFESSIONNELS DU SOIN
Ne nous y trompons pas. Certaines personnes ne font pas partie du domaine de la santé et sont pourtant de très bons hypnotiseurs.
Je pense qu’il est possible d’apprendre les techniques hypnotiques et de devenir un maître dans l’art de produire les phénomènes hypnotiques. Nul besoin d’avoir fait des études de médecine ou de psychologie pour cela. Ainsi, on trouve d’excellents hypnotiseurs de spectacle ou de rue, très habiles et avec une parfaite maîtrise des phénomènes hypnotiques.
La grande différence dans le contexte de l’hypnose médicale est que ces outils doivent être appliqués à un problème de santé (physique ou psychique). Ce n’est pas parce que l’on sait utiliser un scalpel pour trancher une tranche de bifteck que l’on sait opérer une appendicite. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’on sait provoquer une lévitation de la main que l’on sait traiter une dépression. Pour traiter la dépression, il faudra avoir une connaissance académique et clinique (par l’expérience) de la maladie pour être capable de reconnaître les symptômes, de déterminer à quel stade de la maladie se trouve le patient, de savoir identifier ses ressources, l’existence d’un potentiel risque suicidaire, et enfin connaître les tenants et aboutissants de la thérapie pour pouvoir utiliser l’hypnose dans le contexte du soin.
De la même manière, il faut être un anesthésiste pour utiliser l’hypnose pendant une intervention chirurgicale. Je suis médecin, j’exerce l’hypnose depuis plusieurs années et je l’enseigne dans un contexte hospitalo-universitaire, mais je ne me risquerais jamais à utiliser l’hypnose au bloc opératoire car cela demande des connaissances spécifiques que seul un anesthésiste possède par sa formation. Il faut pouvoir évaluer le degré d’analgésie, les constantes vitales, la réponse à l’hypnose, le degré de dissociation, à quel moment faire intervenir l’anesthésie locale, etc.
Dans mon domaine spécifique d’intervention, celui de la douleur chronique, je ne me risquerais pas à employer d’emblée l’hypnose sans m’être assuré qu’il n’existe pas de lésion sous-jacente qui n’aurait pas été détectée par les explorations paracliniques usuelles.
Je me rappelle le cas très concret d’une consœur avec qui je travaillais et qui recevait en consultation un patient qu’un collègue médecin adressait pour prise en charge, par l’hypnose, de crises d’angoisse. Lorsque ma collègue essaya de faire décrire avec précision ce qu’il ressentait pendant ses crises d’angoisse, celui-ci décrit des symptômes typiques d’angine de poitrine. Ma consœur orienta le patient vers une prise en charge hospitalière et une insuffisance coronarienne sévère fut diagnostiquée. Moins de 48 heures après la consultation, il était au bloc opératoire pour la pose de stents. Si ce patient avait été adressé à un hypnothérapeute sans compétence de soignant, il y a fort à parier que le diagnostic aurait été retardé.
Enfin, il est souvent nécessaire de gérer la prise médicamenteuse (et on l’espère, la diminution de celle-ci) en même temps que le patient intègre l’outil de l’hypnose.
L’hypnose ne permet pas de s’abstraire de la réalité clinique. Il faut savoir ce que l’on soigne en hypnose, et comment cela se soigne. Ignorer ces précautions élémentaires peut aboutir à des drames.
LES EXERCICES D’HYPNOSE SEMBLENT TRÈS DIFFÉRENTS D’UN PATIENT
À L’AUTRE, EST-CE NORMAL ?
« Je suis allé voir un hypnothérapeute qui m’a fait faire un exercice bizarre avec mes mains ; elles se rapprochaient toutes seules pendant qu’il me parlait. Une amie à moi est allée voir un autre hypnothérapeute et elle n’a pas du tout fait cet exercice : elle était allongée et vivait une sorte de rêve éveillé. »
Les exercices d’hypnose sont légion. S’il existe quelques bases communes et quelques principes thérapeutiques fondamentaux, il n’en reste pas moins une infinité d’expériences hypnotiques qui peuvent être proposées et expérimentées par le patient. Le type d’exercice proposé en hypnose dépendra du patient, du thérapeute, de la symptomatologie et du contexte dans lequel se fait la rencontre.
Par ailleurs, pour une même intention, une même indication, on propose rarement le même exercice à deux patients différents, ni même deux fois la même expérience, à un même patient. D’abord parce qu’au détour d’une séance d’hypnose, le contexte change. L’hypnose modifie les coordonnées de références du patient. Celui qui revient n’est pas celui qui est venu à la première consultation. L’hypnose change la donne, redistribue les cartes. En ce sens, proposer la même expérience une seconde fois, c’est ignorer ce qui s’est fait et ce qui a été appris pendant la première expérience hypnotique.
Ensuite, proposer deux fois la même expérience pose le risque de laisser au patient la possibilité de développer de façon non consciente une forme de résistance à l’expérience hypnotique. Ce peut être le cas lorsque le patient présente d’emblée un degré considérable de contrôle, et qu’un certain temps s’avère nécessaire avant qu’il n’accepte de laisser aller la volonté de vouloir maîtriser l’expérience et d’en contrôler les tenants et aboutissants. Lorsque le patient fait – enfin – l’expérience de l’hypnose, il est fréquent que l’on observe un changement radical dans la symptomatologie. Lorsque le patient souhaite poursuivre l’hypnothérapie, on sera bien avisé de proposer une nouvelle expérience, afin d’éviter que la partie de l’individu qui contrôle ne cherche à verrouiller l’exercice, anticipant les changements expérimentés durant la première consultation, et empêchant ainsi de se laisser aller dans une nouvelle réorganisation des perceptions.
L’HYPNOSE C’EST DE LA SOPHROLOGIE ?
Peut-être serait-il plus juste, au risque d’être provocateur pour nos amis sophrologues, de dire « la sophrologie, c’est de l’hypnose ». Car si cela n’est pas tout à fait vrai, c’est admettre toutefois qu’historiquement, l’hypnose est antérieure à la sophrologie et que le neuropsychiatre Caycedo a proposé lui-même le terme de sophrologie pour remplacer le terme d’hypnose, trop empreint de connotation ésotérique à son goût.
PENDANT L’HYPNOSE, J’AI VÉCU DES SENSATIONS DÉSAGRÉABLES…
Lorsqu’il existe une charge émotionnelle importante, comme dans le cadre de traumatismes vécus ou de syndrome anxieux important, faire l’expérience de l’hypnose peut générer une abréaction émotionnelle importante. Le patient expérimente alors des émotions négatives et inconfortables. D’abord, le sujet est libre de mettre un terme à l’hypnose si la séance devient trop pénible, ensuite le thérapeute sera présent pour proposer certaines techniques de gestion des émotions pendant la thérapie.
Pour certains patients ayant du mal à lâcher le contrôle, faire l’expérience de la perte de ses repères pendant la transe peut être difficile à vivre. Pour d’autres, il existe une telle accumulation d’émotions négatives à traiter que l’emploi de l’hypnose tend à réactualiser les émotions de façon inconfortable.
Ces situations existent, mais sont rares. Elles signent l’intérêt de faire appel à un professionnel de l’hypnose pour bénéficier d’un accompagnement adapté. De nombreux protocoles d’hypnothérapie sont axés sur la gestion et la métabolisation des émotions pénibles.
GRÂCE À L’HYPNOSE, JE VAIS ENFIN COMPRENDRE L’ORIGINE DE MON
PROBLÈME !
Faux. Et c’est précisément une des clés de la guérison en hypnose : ne pas s’intéresser à la cause du problème. L’hypnose n’a pas besoin de trouver la racine du mal pour le soigner. Elle est tout entière orientée sur le présent et utilise les ressources existantes chez le patient pour basculer de la perception pathogène à une perception généralisée où le système des représentations se réorganise de lui-même. Dans cette reconfiguration, dans laquelle à aucun moment l’intellect n’aura besoin d’être mis à contribution, ni même la volonté de contrôler quoi que ce soit du processus de guérison, le soulagement apparaît comme une conséquence du travail perceptif, et non d’un travail analytique.
L’hypnose est une thérapie de la perception. Elle n’est pas une thérapie cognitive. Elle se définit par cette succession d’étapes (de l’induction à l’ouverture) qui utilise la capacité à s’absorber et à jouer avec le monde des représentations. Elle n’implique pas la compréhension, l’analyse, la raison, la logique. Par ailleurs, il est extrêmement hasardeux d’imaginer trouver la cause d’un problème par une sorte de fouille archéologique de l’inconscient, car rien ne pourra jamais certifier la validité de la cause trouvée hormis la propre interprétation du thérapeute : comment savoir en effet si une phobie de l’ascenseur est causée par le fait d’être resté bloqué toute une matinée dans un ascenseur de parking il y a deux ans de cela ? Ne faut-il pas chercher plus loin la cause, étant donné que certaines des personnes qui se sont retrouvées dans ce même ascenseur, n’ont pas développé la peur paralysant le patient aujourd’hui ? Peut-être est-ce plutôt lié à la fois où le patient est resté coincé entre deux stations de métro pendant plus d’une heure en plein cœur de l’été, à suer à grosses gouttes, oppressé par les passagers qui étaient entassés dans le wagon ? Ou peut-être faut-il remonter à son enfance où il s’est perdu dans un sous-sol à chercher désespérément la sortie avant d’être retrouvé en larmes par des parents inquiets et navrés de la mésaventure ? Mais peut-être faut-il remonter plus loin encore ? Et que dire alors des souvenirs qui ne sont pas formulables car vécus tôt dans la vie ? Que dire des traumatismes de naissance ou périnataux ? Finalement, tout ceci n’est-il pas plutôt lié au fait d’être né prématuré et d’avoir passé du temps enfermé dans une couveuse ?
Comme on le voit dans cet exemple simple, c’est finalement le propre système de représentation du thérapeute qui oriente la thérapie. Si chacune de ces expériences a la même charge émotionnelle, ce sera le thérapeute qui imposera au patient son propre paradigme thérapeutique.
En hypnose, c’est le système de représentation du patient et lui seul qui importe. S’il existe une charge émotionnelle importante liée à un souvenir, on pourra traiter cette charge émotionnelle de diverses manières, mais ce qui importe, c’est la perception du patient et elle seule.
Au contraire de certaines thérapies, l’hypnose considère que la recherche d’une cause et le passage en revue incessant des tenants et aboutissants du problème, entretient le patient dans ce dernier. Dans les principes thérapeutiques de l’hypnose, la rumination est un des facteurs qui entretien la pathologie. On parle de focalisation ou d’obsession. Finalement, que ce soit la recherche de la cause ou l’attention sans cesse portée sur le problème, on peut dire que l’hypnose considère que cette focalisation est en elle-même un des problèmes à traiter. L’hypnose permet de sortir de l’étape de la fixité en remettant du mouvement dans la perception et en intégrant des éléments qui étaient déjà présents dans la constellation des êtres et des choses du patient, mais qui étaient occultés par le champ perceptif réduit au problème seul et à son très proche environnement.
Faire comprendre au patient qu’il va falloir lâcher la recherche de la compréhension n’est pas chose aisée. Nombreux sont ceux qui viennent à l’hypnose précisément avec l’idée de découvrir la cause de leur mal. Nous avons été élevés et portés par une société qui prône les valeurs de la connaissance de soi. Il paraît logique à chacun de considérer que c’est en se connaissant mieux que l’on ira mieux. Rares sont ceux qui acceptent d’envisager l’idée selon laquelle ils peuvent investir leur vie dès maintenant sans avoir à comprendre d’où ils viennent. Encore plus rares sont ceux qui viennent d’emblée avec l’idée d’aller mieux plutôt que de comprendre.
Bien entendu, si le patient est irréductiblement convaincu qu’il lui faut connaitre de la source de son mal pour guérir, il sera difficile de lui faire bénéficier du soulagement que peut procurer l’expérience hypnotique. Il vaut mieux dans ce cas orienter le patient vers une thérapie analytique qui correspondra davantage à sa demande. Certains de ces mêmes patients reviennent nous voir quelque temps après avoir commencé la thérapie en se plaignant d’une aggravation de leurs symptômes et se disent prêts à essayer une autre voie. En hypnose, on use de la capacité animale de l’homme à s’adapter à son environnement et à investir son présent sans aucune réserve. On voit donc bien là la distance immense avec le concept d’exploration du passé ou des choses enfouies.
L’HYPNOSE ME PERMETTRA DE RETROUVER DES SOUVENIRS ENFOUIS
Cette idée reçue est en lien direct avec la précédente. Un motif fréquent de consultation en hypnose est la demande des patients à révéler les choses du passé. L’hypnose ne permet pas de retrouver des souvenirs enfouis.
La première et simple raison à cela réside dans le fait qu’il n’existe aucune possibilité d’attester de la réalité des « souvenirs » qui se présenteraient au patient pendant l’expérience hypnotique. Le souvenir retrouvé en hypnose peut être un souvenir reconstruit ou fantasmé. Fantasmé non pas dans le sens où le patient désire secrètement cette version de la réalité plutôt que le souvenir authentique, mais fantasmé dans le sens « construit de toutes pièces de façon non volontaire ».
Brent Strickland et Frank Keil ont démontré dans une étude récente combien la construction de la mémoire était soumise à un remaniement bien involontaire de notre part, et pourtant bien réel. Dans l’expérimentation en question, on fait visionner à des sujets des séquences vidéo. Sur ces séquences, par exemple, on trouve des sportifs qui s’apprêtent à taper dans un ballon, puis des séquences où l’on voit le ballon dans les airs. À aucun moment il n’est montré sur la vidéo l’instant où le sportif frappe effectivement dans la balle. Pourtant, en toute bonne foi, les sujets qui ont répondu à ce test affirment avoir vu dans la vidéo la séquence entière dans laquelle le joueur tape dans la balle. La mémoire a été reconstruite de sorte à donner un sens de continuité à ce qui a été observé. Tout se passe comme si le cerveau cherchait à remplir les blancs pour donner du sens à ce qui a été vu, en faisant ses propres déductions sur ce qui manque. Interrogés, les sujets affirment se souvenir avoir vu le joueur taper dans la balle. Si notre cerveau est capable de réaliser ce jeu de montage et d’interprétation pour un souvenir quasi immédiat, que dire de souvenirs remontant à l’enfance voire à la petite enfance !
Ce concept des faux souvenirs est aussi bien connu dans le domaine judiciaire lorsqu’il s’agit de relever le témoignage de témoins d’une scène de crime, de délit ou d’un simple accident. Il est courant de rencontrer des témoignages discordants quant à la description des individus impliqués dans l’événement, alors que les témoins relatent les faits en toute honnêteté. Jusqu’à la couleur des vêtements, des cheveux, de la taille voire du sexe de l’individu suspecté qui se trouvent contradictoires. C’est aussi une des raisons pour lesquelles des techniques d’interrogatoires spécifiques ont été développées, afin de limiter la construction de faux souvenirs, imputables parfois à la façon dont les questions sont posées.
Mais si l’on comprend la nécessité d’objectiver des faits dans le domaine judiciaire, pourquoi tant d’empressement et de volonté à vouloir retrouver des souvenirs traumatiques, que le bon sens nous recommanderait plutôt « d’oublier » ?
C’est que notre société actuelle est basée sur la notion de biographie, de continuité du moi, de responsabilité de l’enchaînement des faits de notre existence. La notion de biographie est considérée comme constitutive de l’identité de chacun dans notre culture en ce début du e XXI siècle, partant avoir oublié une partie de son existence est ressenti comme insupportable. Pourtant, il y a un siècle de cela, cette dimension de soi comme continuité de son histoire n’était pas aussi importante. On peut se référer au travail de Pierre Jannet qui, pour traiter les État de Stress PostTraumatique, réalisait de magnifiques séances d’amnésie posthypnotique. Le principe thérapeutique était alors de faire oublier le traumatisme, afin de libérer le patient des conséquences de celui-ci. Il y a fort à parier que ce principe thérapeutique fonctionnerait beaucoup moins bien aujourd’hui, compte tenu de l’influence de notre culture.
Est-ce à dire pour autant que l’on ne travaillera pas avec des souvenirs en hypnose ? On travaillera avec les souvenirs si le contexte le demande, et si nous avons clairement posé les bases explicitées dans ce chapitre afin d’éviter toute confusion.
Par ailleurs, au cours d’une session d’hypnose, il est possible que le patient fasse spontanément l’expérience d’un souvenir pénible. Le thérapeute accompagne alors le patient dans le changement de perception de ce souvenir. On peut donc travailler sur un souvenir mais à dessein, et à visée thérapeutique : ce que l’on cherche à faire n’est pas de retrouver un souvenir pour découvrir une vérité, mais bien encore une fois de changer une perception douloureuse en une perception confortable. On ne s’intéresse pas à la réalité du souvenir, mais seulement à la réaction qu’il génère.
Cette distinction est essentielle. Depuis quelques années, certaines personnes viennent à l’hypnose pour déterminer la réalité d’un épisode incestueux qu’ils soupçonnent dans leur enfance. Si le thérapeute n’a pas la formation ou l’honnêteté nécessaire pour mettre le patient en garde, il s’expose à de graves conséquences : le patient peut faire émerger un « souvenir » sans avoir aucune certitude que ce dernier ne soit pas purement construit. On mesure toute la gravité de la chose, et la gravité des conséquences dans la vie de l’individu si ce dernier tient pour vrai ce qu’il aura expérimenté pendant la session d’hypnose. C’est également la raison pour laquelle en France, l’hypnose n’est pas utilisée dans le cadre judiciaire pour « rechercher une vérité enfouie » dans l’esprit des gens. Utiliser l’hypnose dans le cadre d’une enquête pour suspicion d’agression sexuelle, afin d’identifier l’auteur des faits supposés, serait absolument dramatique.
Cependant, encore une fois, cela ne signifie pas qu’il soit impossible de travailler sur la perception de souvenirs.
Poser un autre regard sur son passé
Hélène, 44 ans, est médecin. Elle réalise une cure analytique depuis quelques années déjà.
Hélène présume qu’elle a été victime d’attouchements durant l’enfance. Elle vient à l’hypnose
afin de s’en assurer.
Dans ce cas clinique qui se présente, il existe deux éléments qui sont pour moi une contre-
indication à la pratique de l’hypnose : le premier de ces éléments est le travail analytique en
cours. L’expérience montre que suivre une analyse ne met pas le patient en disposition de
suivre une thérapie en hypnose. Les patients en analyse apprennent à fonctionner d’une certaine
manière et cet apprentissage tend à formater leurs réactions d’une manière impropre à la
pratique hypnotique. On retrouve en effet souvent une volonté de comprendre et d’interpréter
les expériences faites en hypnose, qui ne doivent précisément pas être intellectualisées pour
porter leurs fruits thérapeutiques. Le second obstacle dans cette présentation est la recherche de
confirmation d’une agression sexuelle. Ceci n’est pas une indication à la pratique de l’hypnose.
Pourtant, l’alliance thérapeutique qui a commencé à se forger entre Hélène et moi m’incite à
aller plus loin. De façon explicite, j’expose à ma consœur toutes les réserves suscitées quant à
la prise en charge par l’hypnose. Hélène m’écoute attentivement et comprend absolument mes
réticences et mes avertissements. Cependant, j’explique qu’il est possible de travailler sur la
perception qu’elle a de son passé, et que sans savoir si ce qu’elle suspecte est vrai ou non, ce
travail perceptif permettra un travail thérapeutique des représentations.
Hélène accepte l’idée selon laquelle c’est la représentation plutôt que la réalité qui sera traitée
par l’hypnose, et donne son accord pour tenter l’expérience.
Il aura fallu trois à quatre séances pour qu’Hélène fasse l’expérience d’un souvenir incestueux
pendant une session d’hypnose. Cette expérience fut riche en émotion et libératrice pour elle. À
aucun moment il n’y aura eu de confusion dans son esprit quant à l’authenticité du souvenir. Ce
qui a été important, aura été sa capacité à changer sa perception du souvenir, par un exercice de
plastie mnésique.
Un tel travail n’est possible que lorsque patient et thérapeute sont très au clair quant aux tenants et aboutissants de la séance. Si chacun a une attente et une représentation différentes de ce qui se passe au cours de l’expérience hypnotique, il y a fort à parier qu’une grande confusion apparaîtra pour chacun des protagonistes.
Dans le paradigme de l’EMDR, que nous étudions au chapitre 20, le thérapeute s’intéresse là encore au changement de perception de l’événement traumatique. Ce qui importe au thérapeute, c’est d’enlever la charge émotionnelle. L’intentionnalité est une fois encore spécifiquement orientée sur le soulagement, et non sur la recherche d’une vérité, quelle qu’en soit la nécessité.
LE THÉRAPEUTE POSSÈDE-T-IL UN POUVOIR SPÉCIAL POUR ENDORMIR
SES PATIENTS ?
Non. Le thérapeute a appris des techniques de communication, des protocoles d’exercices hypnotiques et les principes thérapeutiques de l’hypnose pour pouvoir accompagner le patient vers la guérison. Ceci ne peut se faire sans l’accord du patient, ni sans sa participation consciente. Le thérapeute peut être vu comme un facilitateur du changement. Son rôle consiste à proposer au patient un certain nombre d’expériences hypnotiques qui, si le patient veut bien jouer le jeu, sont susceptibles de résoudre le problème pour lequel il consulte.
Si le patient refuse de suivre les indications du thérapeute, ou si le patient a peur de faire l’expérience et de perdre le contrôle, rien ne se passe.
Souvent, rassurer le patient quant à l’absence de perte de conscience permet de faire tomber les premières craintes.
Ce sera de toute façon la qualité de la relation patient-thérapeute qui déterminera les possibles de la thérapie.
COMMENT SE PASSE UNE SÉANCE D’HYPNOSE ?
En pratique, dans le contexte hypnothérapeutique, une séance d’hypnose dure en moyenne 45 minutes. Il est possible que la première séance dure plus longtemps. En principe, au fur et à mesure que le patient s’habitue à l’expérience hypnotique, la durée de la séance peut être plus courte, car l’induction devient un savoir-faire propre au patient, et ce dernier entre de plus en plus facilement et naturellement dans la transe.
Avant de commencer la séance à proprement parler, le thérapeute réalise un entretien avec le patient afin de ressentir où se situe le problème. Il y a parfois un écart considérable entre ce que le patient verbalise et le point névralgique sur lequel la force de l’hypnose devra être exercée.
Puis, le thérapeute propose au patient une expérience. Cela peut se faire au travers de la conversation (par l’hypnose conversationnelle), ou de façon plus protocolisée en proposant de s’installer confortablement, de fermer les yeux et de réaliser une induction classique.
Pendant la séance, il est attendu que le patient vive une expérience de modification perceptive. On considère que pendant une séance d’hypnose il se passe nécessairement quelque chose. On ne peut entrer dans l’hypnose sans que quelque chose se modifie dans la perception. Le changement est parfois subtil, parfois nié par le patient, mais au sortir de l’expérience, on peut considérer que le patient qui se trouve dans le fauteuil n’est plus celui qui est entré dans le cabinet en début de consultation. Est-ce à dire que le problème qui l’a amené à consulter est réglé ? Pas nécessairement. Mais une ressource nouvelle aura peut-être été installée, permettant lors de la prochaine séance de prendre appui sur un nouveau terrain, un nouveau contexte, une nouvelle souplesse.
ON M’A CONSEILLÉ DE FAIRE DE L’HYPNOSE DE GROUPE, EST-CE
VALABLE ?
Certaines indications de l’hypnose se prêtent bien à la thérapie de groupe : ce peut être le cas, par exemple, du sevrage tabagique. Au préalable, le patient est reçu individuellement par le thérapeute, qui réalise un entretien afin de comprendre les motivations et de percevoir les ressources du patient qui pourront être utiles pendant la thérapie. Puis, le patient rejoint d’autres patients dans une salle d’hypnose de groupe. Après s’être installé convenablement, chaque patient n’a rien d’autre à faire que d’écouter l’hypnothérapeute. Ce dernier propose des exercices pour induire l’état hypnotique, puis des exercices de suggestion pour le sevrage tabagique. Il use également de suggestions personnalisées à partir de l’interrogatoire réalisé au préalable. Cela permet ainsi de répondre à chacun de façon adaptée, et à d’autres patients de bénéficier d’approches thérapeutiques qui sont peut-être tout à fait pertinentes mais auxquelles ils n’avaient pas pensé.
Enfin, la séance se termine. Chacun a vécu la séance en fonction de sa propre personnalité, dans le secret de son for intérieur. Quelques échanges peuvent se faire à la fin de la consultation, mais d’une manière générale, on préfère garder pour soi ce qui vient d’être vécu. Le thérapeute, pendant une séance de groupe, propose à la fois des exercices pouvant s’adapter à tous, et à la fois des exercices spécifiques à chacun, afin que chaque patient puisse utiliser ses propres ressources. Toutefois, ces exercices spécifiques devront être proposés avec suffisamment d’habileté pour que chacun y trouve quelque chose qui pourrait lui être utile. On peut considérer finalement que l’hypnose de groupe est un exercice de style particulier qui prend appui sur la communication à plusieurs niveaux, afin de potentialiser le changement chez chacun des participants.
TOUT LE MONDE PEUT BÉNÉFICIER DE L’HYPNOSE ?
Comme on considère que l’hypnose est un processus naturel qui fait appel à la capacité attentionnelle du patient, alors oui, l’hypnose peut être réalisée par tous.
Toutefois, l’expérience de l’hypnose nécessite un certain lâcher prise et une aptitude à travailler dans la sensation plutôt que dans la logique et l’analyse. Certaines personnes seront plus à l’aise avec des techniques thérapeutiques prenant appui sur la cognition (comme dans le cadre de la thérapie comportementale et cognitive ou TCC par exemple) ou l’analyse (comme la psychanalyse).
Enfin, reportez-vous au chapitre sur les limites et les contre-indications de l’hypnose pour plus de développements.
SI JE NE PERDS PAS CONSCIENCE, CE N’EST PAS DE L’HYPNOSE
Au contraire. Si vous perdez connaissance, ce n’est pas de l’hypnose. C’est du sommeil. En hypnose, on ne dort pas. On est tout entier à une expérience perceptive subjective personnelle. En revanche, on peut y être tellement absorbé qu’un observateur extérieur aura l’impression que l’on dort. Ce n’est pas le cas. C’est pourtant cette caractéristique de l’hypnose, son aspect extérieur, qui a donné son nom au phénomène (hypnos – sommeil).
Il y a donc une réelle confusion dans l’esprit des patients qui viennent pour la première fois faire de l’hypnose. Certains ressortent de la séance déçus car, disent-ils, « je suis resté conscient tout le temps ». Lorsque vous pratiquez l’hypnose, vous ne devez pas vous attendre à vivre une expérience extraordinaire ou une révélation mystique. L’hypnose consiste simplement en un processus attentionnel orienté vers un soulagement thérapeutique.
Hélas, pour rajouter de la confusion, l’hypnose de spectacle continue à véhiculer l’idée selon laquelle l’hypnotisé est « déconnecté» de la réalité, comme une sorte de pantin sans volonté qui exécute sans aucun esprit critique les suggestions de l’hypnotiseur de foire, dont le seul objectif est de distraire la foule.
DOIS-JE ÊTRE ALLONGÉ SUR UN DIVAN POUR FAIRE DE L’HYPNOSE ?
Non. L’hypnose peut être pratiquée allongé, assis, debout… Mais aussi en marchant, en bougeant, etc.
Ce n’est pas la relaxation ou l’immobilité qui caractérise l’hypnose.
Cette idée reçue provient d’images de la pratique de l’hypnose de la moitié du vingtième siècle où la mise en scène de la consultation n’était pas sans rappeler l’image caricaturale du psychanalysé allongé sur le divan du psychanalyste.
En hypnose, la position assise dans un fauteuil est la plus adéquate, car on ne cherche pas à se relaxer ou à s’endormir. Une certaine vigilance est de mise.
PENDANT L’HYPNOSE, LE PATIENT NE PARLE PAS
Faux. Le patient peut échanger avec le thérapeute. Tout dépend du type d’exercice, d’expérience, de la profondeur, mais aussi et surtout de ce que préfère le patient. Le dialogue est utile puisqu’il permet au thérapeute de savoir où se situe le patient pendant l’hypnose. Mais le langage n’est pas indispensable. Si le patient est bien dans le silence, il peut vivre l’expérience dans son for intérieur sans avoir besoin de communiquer. Si communication il y a, on prend en compte les caractéristiques propres à la transe qui changent le rythme de la parole, de la réponse, et les caractères de la voix. Il faut laisser le temps au patient de répondre ou ne pas répondre.
En réalité il n’existe pas de règles précises. Le patient doit se sentir libre de communiquer ou de garder le silence. Lui seul décide de ce qui le rend plus confortable. Parfois la parole n’est pas nécessaire, et on met en place ce que l’on appelle un signaling, un geste que peut faire le patient pour indiquer au thérapeute que tout va bien, ou qu’une suggestion est suivie d’effets. Le chapitre sur la technique hypnotique présente également la notion de signaling idéomoteur, une réponse inconsciente qui prend son sens dans le paradigme dans lequel le thérapeute s’adresse à la partie non consciente de l’esprit du patient.
L’HYPNOSE N’A PAS D’EFFETS DURABLES
La clinique nous montre régulièrement le contraire. Nous suivons parfois des patients sur plusieurs années et les problèmes traités par l’hypnose ne reviennent pas. Cette croyance provient des principes psychanalytiques énonçant que l’on ne peut véritablement résoudre un problème que si l’on en connaît la cause.
N’Y A-T-IL PAS DE DANGER À LÂCHER SES DÉFENSES ? JE RISQUE D’ÊTRE
SUBMERGÉ PAR LES SYMPTÔMES ?
Le thérapeute sent, au moment de la consultation, si le patient est inquiet. S’il se cache une charge émotionnelle tellement importante qu’il sera nécessaire d’avancer pas à pas, le thérapeute le sent également et en tient compte. C’est l’expérience et la capacité de percevoir du thérapeute, qui oriente le travail. Ce dernier doit être réalisé de façon écologique, c’est-à-dire en respectant le rythme et les ressources du patient. Jamais le thérapeute ne force le patient à « tout lâcher ».
On précise par ailleurs que dans de nombreuses situations cliniques, c’est l’hyper-contrôle et l’hypervigilance qui sont à l’origine de certains troubles, ou qui les entretiennent. Souvent aussi, le patient s’use à vouloir contrôler les symptômes en redoublant d’efforts, à vouloir maîtriser des processus qui lui échappent… Sans succès. On propose alors une autre voie qui est celle du non-effort et du non-contrôle. Nombre de symptômes s’en trouvent au moins partiellement améliorés. Dans certains cas, on observe la résolution complète de la symptomatologie par ce principe simple, au grand étonnement du patient, comme du thérapeute.
DE COMBIEN DE SÉANCES AURAIS-JE BESOIN POUR ALLER MIEUX ?
Cela est très variable. Il faut compter cinq séances en moyenne pour traiter le problème qui amène le patient à consulter. Bien entendu, certaines thérapies durent moins longtemps (parfois une seule séance suffit) et d’autres durent plus longtemps (dix séances). Une chose est sûre : l’hypnose est une thérapie brève. Contrairement à certaines techniques psychothérapeutiques de type analytique, il faudra peu de séances pour obtenir un résultat satisfaisant, dès lors que la technique convient au patient.
À QUELLE FRÉQUENCE DOIS-JE CONSULTER ?
Il n’y a pas de règle. Cela dépend du problème à régler, du patient, du thérapeute, de l’expérience qui a été faite pendant la séance, et des effets de celle-ci sur le quotidien.
COMBIEN DE TEMPS DURE UNE SÉANCE ?
S’il n’y a pas de règles, on compte en moyenne 45 minutes pour une séance d’hypnose thérapeutique. Une chose est sûre, pour une première séance, il faut prendre tout le temps nécessaire. La séance d’hypnose est un moment privilégié qui ne peut se soumettre aux impératifs d’horaires. Ce temps peut être beaucoup plus court pour des séances ultérieures au fur et à mesure que de la souplesse est installée dans la perception.
L’HYPNOSE N’A PAS MARCHÉ POUR MOI
Peut-être que l’hypnose n’était pas adaptée au problème. Ou que l’hypnose n’est pas une thérapie qui vous convient. Ou que l’hypnothérapeute n’a pas su trouver pour l’instant le moyen de vous accompagner dans la transe. Ou encore, que ce n’était peut-être pas le moment de changer.
Il est important de communiquer, d’échanger. De dire. D’aborder les choses qui se passent ou qui ne se passent pas pendant la séance. C’est votre perception qui compte. Il ne faut pas non plus se sentir prisonnier de la thérapie. Vous devez faire ce qui fonctionne pour vous.
POURQUOI PROPOSE-T-ON L’AUTOHYPNOSE ?
Essentiellement pour autonomiser le patient. Le thérapeute ne doit être considéré que comme un facilitateur, un catalyseur du changement. Le thérapeute propose un contexte, un paradigme, mais seul le patient réalise l’expérience s’il le souhaite.
Pendant l’hypnothérapie, l’accent est mis sur l’expérience de modification perceptive. Pas sur le thérapeute. En ce sens, la notion de transfert n’a pas lieu d’être. Ce qui compte c’est l’expérience que fait le patient. Pas ce que peut dire ou faire ou être le thérapeute. L’objectif de la thérapie est de permettre au patient de ne plus avoir besoin du thérapeute le plus vite possible.
JE NE SAIS PAS LÂCHER PRISE, DONC JE NE SUIS PAS HYPNOTISABLE
Il est normal d’avoir une certaine appréhension à faire de l’hypnose. La difficulté à se laisser aller dans la transe peut être la conséquence d’une certaine peur ou bien la manifestation d’une résistance plus profonde avec difficulté à lâcher le contrôle.
Que la difficulté à lâcher prise provienne de la peur à faire de l’hypnose ou qu’elle provienne d’un besoin plus profond à vouloir tout contrôler, maîtriser, réfléchir et analyser, il faut savoir qu’il est possible d’apprendre à se laisser aller progressivement. On utilise de nombreux exercices simples en hypnothérapie pour apprendre au patient à lâcher progressivement le contrôle. Guérir nécessite, tôt ou tard dans la thérapie, de laisser quelque chose se faire sans l’intervention du contrôle et de la volonté. Cela implique d’accepter l’aléa et d’accepter que quelque chose se passe sans que nous en maîtrisions tous les tenants et aboutissants. C’est pourtant bien ainsi que la vie évolue : elle se transforme et s’adapte sans cesse, est mouvante, changeante, et épouse les changements pour se renouveler. Mettre trop de contrôle rigidifie le système et empêche la souplesse indispensable à l’adaptation.
Ressentir et reconnaître que l’on a tendance à tout vouloir maîtriser est quoi qu’il en soit la première étape qui conduit à plus de souplesse. Plus difficile est la situation dans laquelle le patient ne ressent et ne reconnaît pas qu’il ne laisse aucune marge à la modification perceptive, en s’efforçant de vouloir contrôler ses sensations, ses perceptions, son passé, son futur.
Une personne qui semble ne pas répondre à l’hypnose dans un premier temps, du fait de la difficulté à lâcher le contrôle, pourrait tout à fait y répondre dans un second temps. L’hypnose est un apprentissage progressif. L’approche indirecte sera certainement à favoriser dans ce genre de situation.
POUR FAIRE DE L’HYPNOSE, IL FAUT Y CROIRE
Faux. Il n’est pas nécessaire d’avoir une foi aveugle en l’hypnose pour bénéficier de ses effets. Il est simplement nécessaire de vouloir sincèrement en faire l’expérience et d’être ouvert aux résultats qui pourraient bien survenir très rapidement.
L’hypnose utilise l’élan du patient qui vient consulter pour catalyser le changement. Le patient avait suspecté qu’une modification était possible et se rend chez le thérapeute pour actualiser ce changement. En ce sens, on pourrait dire que celui qui fait l’effort de consulter est dans une démarche sincère. Ceux qui pensent avec certitude qu’ils n’ont aucune chance de changer avec l’hypnose ne consultent tout simplement pas. Au-delà de cette condition qui est le préalable indispensable à toute thérapie, on peut identifier certains profils de patients en fonction de leur croyance envers l’hypnose.
Certaines personnes accordent à l’hypnose une confiance aveugle, et consultent avec la ferme volonté de changer grâce à cette technique thérapeutique, et rassurent le thérapeute : « L’hypnose, j’y crois ». Hélas, parfois, ces mêmes patients veulent tant changer et ce quel qu’en soit le prix, que derrière cette volonté se cache un désir de contrôle qu’il faudra dans un premier temps relativiser. Vouloir à tout prix être mieux ne permet pas d’aller mieux. Même si l’on croit fortement aux effets de la suggestion ou aux bénéfices attestés de l’hypnose. Il faudra donc d’abord apprendre au patient à lâcher la volonté d’aller mieux, et à utiliser l’extraordinaire enthousiasme dont il fait preuve pour apprendre à se rendre disponible à l’expérience hypnotique.
De même, certains patients viennent à l’hypnose en confiance, après avoir réalisé une impressionnante revue de la littérature, une compulsion d’articles et une analyse critique et comparative de divers reportages traitant du sujet. Il n’y a rien de mal à vouloir s’informer ou à vouloir se rassurer, mais malheureusement dans le contexte de l’hypnose, la compréhension du phénomène ne permet pas de mieux l’expérimenter. Cette énergie dépensée à essayer de comprendre est parfois le masque de la peur à vouloir faire l’expérience de façon effective. Ces patients-là viennent en consultation et assomment le thérapeute de questions avant même de poser la raison de leur venue. Il faudra bien expliquer alors, après avoir donné si on le souhaite quelques éléments de réponses, que l’on pourra revenir plus en détail sur ce que l’on sait scientifiquement de l’hypnose aujourd’hui, mais que pour le moment toute l’énergie devra être orientée vers la thérapie.
Inversement, nombreux sont les patients qui viennent à l’hypnose un peu sceptiques et sans réelle raison d’y croire. Ces patients-là sont de très bons candidats à l’hypnose car ils sont ouverts à l’expérience. Ils veulent bien essayer. Ils considèrent qu’ils n’ont rien à perdre à tenter, d’autant qu’il n’existe pas d’effets secondaires notables si le thérapeute est convenablement formé à cette discipline.
Enfin, il reste cette catégorie de personnes qui « n’y croient pas ». Ces dernières peuvent pourtant bénéficier de l’hypnose, dès lors qu’elles sont ouvertes à l’expérience de modification perceptive. Si elles suivent les consignes du thérapeute en toute bonne foi, il n’est pas possible de ne pas expérimenter quelques modifications dans la perception.
Quel que soit le profil du patient venant à la consultation, il est fondamental de respecter le temps et le rythme de ce dernier. Certains auront besoin de garder le contrôle un certain temps avant de se laisser aller dans l’expérience. D’autres auront besoin de reprendre régulièrement un peu de contrôle sur les changements qui se profilent au cours de la thérapie.
POURQUOI DEMANDE-T-ON DE FERMER LES YEUX PENDANT
L’HYPNOSE ?
Ce n’est pas une nécessité absolue. Il est tout à fait possible de faire de l’hypnose les yeux ouverts. Fermer les yeux permet simplement de se rendre plus disponible à ses propres perceptions, et permet de s’isoler volontairement du monde extérieur, afin de favoriser une certaine dissociation nécessaire à l’expérience hypnotique. L’important, pour le patient, est de faire ce qui rend la séance confortable.
COMMENT SAVEZ-VOUS QUE VOTRE PATIENT EST HYPNOTISÉ ?
Cette question se pose depuis la naissance de l’hypnose, et particulièrement par les détracteurs de l’hypnose, qui ne voudraient y voir qu’une complaisance de l’hypnotisé à faire semblant. La question soulève aussi le sujet de la pérennité des effets positifs obtenus pas l’hypnose puisqu’il semble que rien d’impressionnant ne se soit passé pendant la séance. Beaucoup s’étonnent de l’amplitude des effets obtenus en comparaison de la simplicité de l’expérience hypnotique.
Ces questions sont légitimes parce qu’en hypnose, on passe dans un autre registre. Un autre mode de fonctionnement. Un autre paradigme qui n’est pas soumis à la nécessité de la mesure, de la quantification, du protocole. Les règles de ce paradigme sont tellement fantaisistes et différentes de notre façon de penser le quotidien que l’hypnose dans ses principes comme dans ses effets, donne l’impression de quelque chose de magique. Cette idée reçue laisse à penser que de l’hypnose viendra nécessairement une guérison rapide et spectaculaire.
POURQUOI JE N’AI PAS DORMI PENDANT L’HYPNOSE ?
L’hypnose n’est pas le sommeil. Cependant, lorsqu’on entre dans une transe que l’on pourrait caractériser de profonde, l’importance de la dissociation, une amnésie spontanée et une désorientation temporelle marquée pourraient faire penser au patient qu’il a dormi pendant l’expérience. Il n’en est rien, mais la perception peut être celle de se réveiller d’un sommeil. Toutefois, si le patient était vraiment dans l’hypnose, il pourra attester qu’il ne dormait pas tout à fait. Il était à la fois présent et à la fois absent. Il raconte la dissociation de façon caractéristique. Certains patients viennent à l’hypnose à la recherche de cette mise entre parenthèses, de cette « déconnexion » temporaire. Ce peut être le cas des obsessionnels, de certains patients qui ne peuvent s’empêcher de ressasser les mêmes pensées encore et encore, des insomniaques qui recherchent un effet on/off de l’hypnose, et d’autres encore qui espèrent trouver dans l’hypnose un moyen temporaire de s’extraire de la réalité du quotidien. Il conviendra d’expliquer à ces patients qu’un des versants de l’hypnose thérapeutique est justement non pas de fuir la réalité mais d’y adhérer sans aucune réserve.
Rappelons par ailleurs que pour obtenir des effets thérapeutiques réels et durables, il n’est pas nécessaire d’expérimenter une transe profonde. On pense couramment que plus la transe sera profonde, plus on aura « dormi », plus le pouvoir de l’hypnose aura agi. C’est une croyance limitante qui n’a pas lieu d’être. Si cette croyance n’a pas été remise en question au cours de l’entretien préalable à la séance, il y a fort à parier que le patient ressortira fortement déçu de l’hypnose.
Le témoignage du médecin
Ceci me rappelle un patient en centre antidouleur, avec qui j’ai travaillé en hypnose pour
soulager ses douleurs sciatiques.
Après trois séances et malgré une amélioration notable de sa douleur, le patient demande :
« Quand est-ce qu’on fait de la vraie hypnose ? » Fixé sur les résultats pourtant encourageants
que nous avons déjà installés, je n’ai pas anticipé cette question. Je lui explique que ce que nous
avons fait jusqu’à maintenant relève de l’hypnose, même si la méthode ne présente pas les
caractéristiques qu’il attendait, à savoir la perte de conscience.
Suite à cet éclaircissement, ce patient n’est jamais revenu. Je n’avais pas répondu à son attente :
ce qui m’avait paru à moi un réel progrès (diminuer la perception douloureuse sur le long
terme) n’était pas en corrélation avec ses attentes personnelles.
L’HYPNOSE EST DANGEREUSE
L’hypnose n’est pas dangereuse si elle est pratiquée par un professionnel à la fois formé à la pratique de l’hypnose thérapeutique et à la fois habilité à prendre en charge le genre de troubles qui amènent à consulter. Ce sont le plus souvent des professionnels du soin, tels que psychologues cliniciens, psychiatres, médecins, mais aussi sages-femmes et infirmières qui pratiquent l’hypnose.
Seules la formation et l’expérience en hypnose apprennent au thérapeute quelle est sa juste place, et prévient toute tentation d’amener le patient dans la direction qui n’est pas la sienne. Le thérapeute respecte le rythme du patient, son consentement éclairé. Brusquer l’évolution thérapeutique n’est pas envisageable. Prendre ce risque peut avoir des conséquences nuisibles sur le court terme et sur le long terme, qu’il n’est pas nécessaire de développer ici. Il est essentiel que celui qui envisage de faire appel à l’hypnose dans le cadre d’un soin sache simplement qu’il devra toujours respecter son propre rythme, accompagné et potentialisé par le professionnel du soin qui le prendra en charge. De même, il est primordial que le praticien de l’hypnose qui lit ces lignes sache qu’il devra toujours laisser le patient faire son expérience à son rythme.
De même, imposer au patient son propre système de représentation expose à un double risque. Le premier consiste en un échec de la thérapie, puisque plutôt que de rejoindre le patient où il se trouve le thérapeute tente de le tirer jusqu’à lui pour lui imposer un paradigme. Le second risque consiste à générer chez le patient une réaction négative, car le système de représentation imposé par le thérapeute aura eu un tout autre sens pour le patient.
Au-delà de ces difficultés imposées par le thérapeute lui-même, le dernier risque encouru est une perte de confiance du patient envers l’hypnose et le développement plus ou moins conscient d’une résistance vis-à-vis de cette forme thérapeutique, rendant les tentatives futures infructueuses. Entre de mauvaises mains, l’hypnose aura peut-être, en définitive, provoqué quelques dégâts irréparables chez l’individu, et fermé définitivement l’accès à une technique de soin pourtant grandement efficace.
ENCOURAGER LE PATIENT À DÉBRIDER SON IMAGINATION, N’EST-IL PAS
DANGEREUX ?
L’hypnose consiste à faire une expérience en vue d’un soulagement. Elle consiste à changer quelque chose pour aller mieux. L’hypnose permet de travailler sur le monde de la perception. Il est très important de distinguer le monde de la perception du monde de l’action. Même si en hypnose l’acte imaginé acquiert une telle réalité qu’il semble réellement vécu par le patient, pour un observateur extérieur, resté dans le monde de la réalité partagée, de la réalité consensuelle, le patient n’a rien fait d’autre que de rester assis là, les yeux fermés. L’hypnotisé aura connu une expérience ayant tous les caractères de la réalité, cependant il n’aura rien fait dans le monde réel. Son expérience est pourtant une expérience vécue, enregistrée dans son système nerveux comme telle. Ce qui importe, n’est pas tant que le patient a imaginé prendre sa revanche dans ce souvenir de petit garçon où il avait été battu violemment par ses camarades de classe. Ce qui importe, c’est que le jeune homme, aujourd’hui, a pu revivre la scène pour la réécrire et en faire un apprentissage différent. On parle de plastie mnésique en ce sens où le patient a modelé la mémoire, l’expérience, le vécu, par une simple modification de la représentation. Il n’y a jamais de confusion dans l’esprit des patients quant à la réalité de l’acte qu’ils viennent de réaliser en imaginaire. En hypnose, l’acte paraît réel, mais le patient sait bien, de retour dans le réel partagé, qu’il n’a à aucun moment quitté le fauteuil de l’hypnose. Cette distinction est fondamentale. C’est d’ailleurs sur elle qu’insiste le psychiatre qui travaille en hypnose avec des patients pour lesquels il est difficile de faire la différence entre le réel et l’imaginaire. La relation thérapeutique permet de recadrer à chaque instant la nature de l’expérience du patient, et de rappeler dans quel monde se situe l’expérience : celui de la perception, ou celui de l’action.
L’HYPNOSE PEUT-ELLE AIDER À CHANGER LE COMPORTEMENT DE
CERTAINES PERSONNES CONSIDÉRÉES COMME SOCIOPATHES ? PEUT-
ELLE CHANGER LE COMPORTEMENT DES DÉLINQUANTS OU DES
CRIMINELS ?
Hippolyte Bernheim s’est penché sur la question dans une conférence publiée en 1897 sous le titre « L’hypnotisme et la suggestion dans leurs rapports à la médecine légale ».
Pour Bernheim, la suggestibilité est la propriété physiologique du cerveau humain à réaliser une idée acceptée par lui. Si la suggestion ne peut créer ou détruire un sens moral, elle peut « développer les germes bons ou mauvais existants ». Le criminel serait donc influencé par les suggestions extérieures qui s’imposent à son cerveau et le libre arbitre absolu n’existe pas. C’est une vision toute particulière de la suggestion et de son implication dans les crimes, et Bernheim développe l’idée de réhabilitation par la suggestion. Cette utilisation de la suggestion est tout imprégnée de la culture de l’époque, de l’idée que l’on se faisait alors de l’hypnotisme. On notera un développement intéressant sur les « faux témoignages de bonne foi par l’autosuggestion ». Il recommandait déjà la prudence pour le recueil des témoignages que l’on sait aujourd’hui probablement erronés dans le cadre d’affaires judiciaires.
Dans notre société moderne, la question de la délinquance et de la criminalité est de plus en plus soumise à la question de la psychiatrie. Nous vivons dans une société « psychiatrisante » qui, bien au-delà des pathologies psychiatriques reconnues et diagnostiquées, cherche à identifier, chez les individus qui ne sont pas insérés dans le modèle social et troublent l’ordre public, l’origine psychiatrique de leur comportement. Hélas, il n’existe pas nécessairement de lien entre un comportement délinquant ou criminel et une pathologie psychiatrique.
Pourtant, que ce soit par la psychiatrie ou par la psychothérapie, on cherchera à « soigner » ces individus qui sèment le trouble dans la communauté. Dans le cadre judiciaire, des expertises psychiatriques sont demandées afin de mesurer la dangerosité des suspects, ou de s’enquérir du bien-fondé de leur remise en liberté. Toutefois, et fort heureusement, il existe des situations dans lesquelles les auteurs de faits souffrent effectivement de troubles psychiques accessibles à une prise en charge psychiatrique. Ces individus sont donc orientés par la justice, vers une obligation de se soigner. Dans le cadre de cette injonction de soins, il est demandé au spécialiste de « soigner » le criminel qui a été effectivement reconnu souffrant de troubles psychiques accessibles au soin.
Pourtant, dans ces situations délicates se pose la question de l’attente de l’individu : certaines thérapeutiques sont d’une totale inefficacité s’il n’existe pas de la part du patient une attente de soulagement. Cette dimension très intime et très personnelle de l’intentionnalité dans laquelle patient et soignant doivent se retrouver, fait que l’hypnose n’est pas une thérapie miracle qui permet au judiciaire et au médical de rendre les délinquants moins délinquants, ou les criminels moins criminels.
C’est une délicate question qui soulève une véritable réflexion éthique à la fois sur la responsabilité d’agir sur le comportement d’autrui, et à la fois sur les limites de cette action dans le contexte du soin psychique.
L’HYPNOSE PEUT-ELLE SE COMBINER À UNE PRISE MÉDICAMENTEUSE ?
Dans une intentionnalité de soin, un médecin peut absolument mêler hypnose et médicament. L’un n’est pas exclusif de l’autre. Si le médecin prévoit l’action thérapeutique de la synergie de l’hypnose et du médicament, il n’y a aucune raison de s’opposer à une prescription médicamenteuse. Bien entendu, ici encore, le contexte déterminera la conduite à tenir.
L’hypnose s’associe aussi merveilleusement à toutes les autres techniques thérapeutiques : qu’elles soient chimiques, physiques (chirurgie), rééducatives (kinésithérapie), ou autres (homéopathie, acupuncture).
L’hypnose étant une aptitude naturelle partagée par tous, il n’existe pas d’interaction néfaste comme cela pourrait être le cas si l’on multipliait les prescriptions pharmacologiques.
On pourrait dire que l’hypnose, associée au médicament, rend au patient une participation active et personnelle à son propre traitement. Action et participation qui lui avaient en quelque sorte été volées par la prescription médicamenteuse. Par le médicament, on enlève au patient son aptitude propre à se soigner, à aller mieux, à participer à son soulagement : c’est la molécule qui soulage, non le patient lui-même. Or, par l’hypnose, ce dernier a la possibilité de retrouver un rôle actif et une responsabilité dans son propre soulagement.
L’hypnose permet aussi de développer la capacité attentionnelle, et permet d’appuyer, au cours d’un traitement, la perception de ce qui va pour la développer au détriment de la perception de ce qui ne va pas. L’exemple caractéristique que l’on pourrait certainement citer est celui de l’accompagnement par l’hypnose d’un traitement par chimiothérapie.
La chimiothérapie utilisée pour la cure des cancers est souvent composée de traitements qui peuvent avoir des effets secondaires inconfortables. Si les progrès ne cessent de se développer en ce domaine, permettant de mettre au point de nouvelles molécules et de nouveaux protocoles de traitement beaucoup moins agressifs, il n’en reste pas moins que nombre de patients peuvent être perturbés par les effets de la cure.
L’hypnose aide le patient à changer sa représentation du traitement. Elle permet d’appuyer les effets positifs attendus de ce dernier (la destruction des cellules cancéreuses) et de diminuer la survenue des effets secondaires possibles.
Le témoignage du médecin
Une amie psychologue, soignée pour un cancer du sein, avait l’habitude de visualiser ses
perfusions de chimiothérapie comme des perfusions de propolis, un produit de ruche utilisé
pour ses propriétés anti-infectieuses, anti-inflammatoires, et cicatrisantes.
Une de mes patientes utilisait un enregistrement d’autohypnose que je lui avais confié pendant
les perfusions de chimiothérapie. Elle était tellement détendue pendant la séance qu’elle
n’avait, le plus souvent, pas conscience de la présence de l’infirmière qui venait brancher la
perfusion. C’était sa fille qui devait lui dire que le traitement était terminé, et elle revenait de la
transe facilement, très détendue, très confortable.
Est-ce à dire que l’hypnose permet d’annuler les effets secondaires des traitements lourds ? Une
chose est sûre : elle permet de les diminuer fortement et parfois même de façon spectaculaire.
L’hypnose, par ailleurs, rend plus paisible un contexte de soin agressif. Elle permet de replacer
dans le contexte du soulagement à court ou moyen terme les perceptions du patient.
On avait diagnostiqué, chez une autre de mes patientes, une récidive d’un lymphome, un cancer
du sang. Elle avait été traitée pour cette maladie durant son enfance et on lui avait annoncé une
récidive deux années après la fin du traitement. L’idée même de retourner à l’hôpital pour un
nouveau traitement lui était insupportable. L’hypnose l’a aidée à travailler sur le retour au
contexte hospitalier. Il a fallu également accompagner la jeune femme dans un changement de
perception : dépasser l’idée selon laquelle le cancer est une maladie que l’on s’auto-inflige (ce
que son entourage, certainement de bonne foi, lui avait inculqué).
Je ne serai jamais assez critique envers cette perspective dangereuse, cette pensée magique.
Faire croire au patient que le cancer est auto-induit en raison d’une humeur dépressive, d’une
tristesse, d’un stress trop important, ou de conflits psychiques non résolus est une idée
extrêmement dangereuse. Elle sape le moral, culpabilise les patients, épuise les forces
nerveuses et n’offre aucune porte de sortie. Le cancer est une maladie multifactorielle qu’il
convient de traiter de façon rationnelle. Que l’on travaille parallèlement sur la motivation du
patient et que l’on favorise la diminution d’hormones de stress en utilisant des techniques de
visualisation, de relaxation ou d’hypnose est une bonne chose qui ne peut qu’aider à la
rémission. Mais faire croire aux patients qu’ils doivent résoudre leurs problèmes psychiques
pour guérir n’apporte que découragement et culpabilité. Ce sont ces points que nous avons dû
travailler dans un second temps, avec ma jeune patiente.
Enfin, au cœur du traitement, alors qu’elle avait dû subir une greffe de moelle et se trouvait
sous administration morphinique en environnement stérile, elle a pu user de quelques
techniques d’autohypnose pour trouver un peu d’apaisement.
L’hypnose aura accompagné modestement cette jeune femme pendant toute la durée du
traitement. Lorsque nous nous sommes revus suite au protocole, elle avait utilisé son
extraordinaire créativité pour composer une chanson, qui permit un recadrage de l’expérience
pénible qu’elle avait vécue.
En définitive, l’hypnose rend au patient son pouvoir autocuratif. Dans le traitement de maladies graves, le médicament est l’intermédiaire par lequel se fait le soulagement. Il dépossède le patient de sa capacité à se soulager activement. Pire, lorsqu’il existe des effets secondaires marqués, le patient est encore un peu plus relégué au statut de celui qui doit « subir ». L’hypnose restitue au patient ses propres compétences.
Il existe même des domaines où le patient est capable d’utiliser son aptitude à modifier ses perceptions de façon tout aussi efficace que les médicaments : c’est le domaine de l’anxiété, du stress, de la tristesse, de l’insomnie. Les substances chimiques utilisées dans ces contextes cliniques ont elles-mêmes un effet de modification de la perception ! D’ailleurs, les toxicomanes qui recherchent des moyens de « faire un trip » ne sont pas dupes et ont développé des réseaux de marché noir de médicaments psychotropes, antalgiques, hypnotiques. La France est le premier consommateur de médicaments psychotropes en Europe. Cela signifie que les traitements qui sont le plus demandés et le plus prescrits en France, sont précisément les médicaments qui modifient la perception : anxiolytiques, hypnotiques et antalgiques. Le patient se remet entre les mains d’une substance, sans imaginer un seul instant qu’il pourrait lui-même participer activement au changement de son système de représentation. Et lorsque l’on sait que les placebos sont capables de reproduire statistiquement les mêmes effets que les antalgiques et les psychotropes, on est en droit de réfléchir et de revendiquer notre propre aptitude à modifier nos perceptions.
Notre société attribue à la substance, et à elle seule, le pouvoir de changer les perceptions. À aucun moment, lors de la prescription ou de l’ingestion du médicament, on ne s’intéresse à la représentation qu’a le patient de son mal, du soulagement, et du médicament lui-même. Pourtant, s’intéresser à la perception qu’entretient le patient de la substance ingèrérée, peut participer grandement à sa guérison. C’est là toute la question de la suggestion du contexte qui crée l’expectation du mieux-être, quel qu’en soit le médium.
Les homéopathes ont bien compris l’importance de la personnalisation de la substance dans le traitement d’une maladie lorsqu’ils prennent le temps d’interroger longuement le patient afin de déterminer la substance qui conviendra tout à fait et qui sera tout indiquée pour guérir. C’est une parfaite personnalisation du médicament, censée prendre en considération toutes les spécificités de l’individu.
La démarche classique en médecine allopathique est tout autre : une fois les symptômes relevés, les signes cliniques compilés, nous avons dans notre trousse de soins le médicament indiqué. La thérapeutique pharmaceutique ne porte pas attention à un individu pour créer un remède singulier. C’est la clinique qui détermine le traitement. Pire, on donne aujourd’hui des « génériques », qui suscitent beaucoup de méfiance chez les patients.
Non seulement le médicament dépossède l’individu de sa singularité et de ses propres capacités à guérir ; mais voilà qu’il devient potentiellement une substance au pire néfaste ou au mieux inactive.
Dans un tel contexte, on ne doit pas s’étonner de la transformation du rapport du patient à la médecine moderne et la perte de confiance envers la pharmaceutique.
Que se passerait-il si, au contraire, on portait son attention sur la représentation que l’on se fait de la guérison et de l’action bénéfique attendues du médicament, plutôt que de lire plusieurs fois par jour la liste des effets secondaires sur la notice ?
Que se passerait-il si vous portiez toute votre attention sur les effets attendus du médicament à chaque prise de celui-ci ? N’est-ce pas une merveilleuse autosuggestion à chaque fois renouvelée ? Suggestion qui va naturellement potentialiser l’effet pharmacologique de la molécule, conformément aux développements de l’effet placebo valable pour toute substance active ou inactive.
En respectant les représentations du patient de son traitement, on prend en compte la subjectivité indissociable à toute expérience humaine. On s’était fourvoyé en croyant que la molécule seule agissait sur le devenir du patient. On avait pensé que la chimie seule était toute puissante à régler les problèmes du corps comme de l’esprit. C’était sans compter sur la dimension nécessairement subjective de toute expérience humaine, et c’était se départir d’une aptitude humaine fondamentale qui pourtant permet de donner à la guérison et au médicament une toute autre dimension. Homme et science agissent alors de concert par l’hypnose : le patient respecte ses représentations, affirme son intention de guérison et la molécule modifie la biochimie du corps humain pour amener la guérison.
Le rapport de l’individu à la substance pose bien évidemment la question du rapport de l’homme face aux drogues. Que celles-ci soient des drogues dites « douces » ou « dures », un des moyens de travailler au sevrage avec les patients consiste à explorer en hypnose les effets attendus de la substance. En hypnose, il est tout à fait possible d’explorer les effets de la drogue en guidant le processus attentionnel du patient.
Le patient réalise alors qu’il est capable de reproduire les effets de la substance en se plongeant dans son propre système perceptif. Un travail très productif peut être réalisé en autonomisant progressivement le sujet, qui prend conscience qu’il n’a pas besoin de la substance. La substance n’a plus lieu d’être consommée lorsque les effets peuvent être explorés par l’expérience hypnotique. Ces effets peuvent être décortiqués et une réorganisation du système de représentation du patient peut se faire en toute sécurité. Ce n’est en définitive pas la substance qui compte, mais bien l’effet qu’elle génère : il s’agit de déterminer si l’on peut lâcher le besoin de ressentir cet effet, ou le cas échéant de se familiariser avec lui afin de le provoquer différemment. Finalement, la drogue n’est qu’un médium, et l’expérience hypnotique rend au patient le pouvoir qui est le sien : modifier ses propres perceptions sans la nécessité d’un intermédiaire.
Ce travail efficace ne peut bien évidemment être réalisé que s’il existe un lien thérapeutique de qualité, et une enceinte relationnelle sécurisante. Le traitement d’une addiction est l’affaire d’une prise en charge pluridisciplinaire et nécessite un étayage motivationnel constant, surtout s’il existe une forte dépendance organique à la substance, nécessitant également une prise en charge médicamenteuse transitoire.
Vous consommez du tabac ? Expérimentez cet exercice…
Réalisez une induction de votre choix.
Préparez votre cigarette dans votre imaginaire.
Voyez ce qu’il y a à voir, touchez la substance, sentez les odeurs du tabac et de la résine
mélangée.
Prenez soin de réaliser tous les gestes, comme vous le feriez dans la réalité.
À présent, prenez votre briquet ou vos allumettes et allumez votre cigarette.
Sentez vos lèvres sur le papier. Aspirez.
Soyez très attentif. Que ressentez-vous ?
Comment sentez-vous la fumée dans la bouche, la gorge ?
Qu’est-ce qui fait du bien dans cet acte de fumer ?
Essayez de ressentir précisément la sensation que vous trouvez agréable.
Est-ce le geste ? l’odeur ? le mouvement ?
Qu’y a-t-il autour de vous ? êtes-vous seul ? accompagné ?
Est-ce que vous vous sentez stimulé ? calmé par la cigarette ?
Portez votre attention sur tous ces éléments. Comme si vous vouliez n’en oublier aucun.
Comme si vous vouliez percevoir la moindre perception de cette expérience de fumer votre
cigarette.
À présent, comment pourriez-vous générer la même perception (stimulation, calme, etc.)
autrement ?
Un souvenir ? Une activité que vous connaissez et qui génère la même émotion ? Une activité
que vous suspectez pourrait générer la même émotion ?
Pouvez-vous lâcher la cigarette ? L’écraser ?
Qu’est-ce que cela génère comme émotion ? Comme sensation ? Est-ce agréable ?
Comment vous sentez-vous après avoir fumé ? Calme ? Fier ? Coupable ?…
Cet exercice de déploiement des perceptions peut se poursuivre à loisir, l’intérêt étant d’être
attentif à ce que vous vivez. Ne vous mettez aucune pression pour changer quoi que ce soit.
Faites-le si cela vous vient et si vous en avez l’envie, mais cette expérience de focus
attentionnel est surtout destinée à vous familiariser avec la capacité de votre cerveau à faire une
expérience dans le secret de votre esprit.
Enfin, n’oublions jamais que le médicament n’est pas le seul médium thérapeutique par lequel viennent le soulagement et la guérison. Quelle que soit la nature de ce dernier, l’hypnose peut toujours contribuer à sa propre guérison.
Aimer ce corps étranger
Rémi a 28 ans. Sportif, il se fracture les deux os de l’avant-bras lors d’une compétition de judo.
En raison de la gravité de la fracture, Rémi est opéré en urgence et du matériel dit
« d’ostéosynthèse » est mis en place pour aider les os à consolider.
Il est immobilisé, plâtré. Rémi souffrant dès sa sortie de l’hôpital, le chirurgien orthopédique le
rassure et lui explique qu’il est normal de ressentir quelques douleurs suite à l’intervention, le
temps que les tissus traumatisés dégonflent. La douleur devient alors insupportable. Malgré les
antalgiques, Rémi ne supporte plus les sensations pénibles et a l’impression que son bras va
« éclater ».
De retour à l’hôpital, des radiographies de contrôle sont réalisées, et l’on s’assure qu’il n’existe
pas d’œdème des tissus qui, comprimés dans le plâtre, pourraient expliquer les douleurs
ressenties.
Le bilan est rassurant. Le matériel d’ostéosynthèse est en place, et le plâtre est tout à fait adapté.
En somme, rien ne cloche. Sauf que le jeune homme souffre.
C’est dans ce contexte que je reçois Rémi.
Après un bref interrogatoire, je propose un exercice très simple d’induction. Rémi semble tout à
fait sensible puisque le voilà présentant des signes de dissociation assez marqués.
Une fois une hypnose confortable installée, je propose à Rémi de porter son attention sur son
bras. Il grimace et confie ressentir un pic de douleur insupportable. Je demande à Rémi
d’essayer de délimiter les contours de cette douleur. Au bout de quelques minutes
d’autoexamen, il me dit que la douleur semble provenir du matériel métallique, qu’il perçoit
comme quelque chose d’étranger, de menaçant, de froid et d’agressif.
Dans l’hypnose, je propose à Rémi divers exercices afin de faire tomber cette sensation de
menace, provenant de ces corps étrangers.
Après plusieurs suggestions et quelques métaphores, Rémi parvient finalement à changer sa
représentation du matériel d’ostéosynthèse : celui-ci est devenu une sorte de tuteur naturel,
comme on peut en mettre sur les rosiers afin qu’ils poussent droit. Le métal perd son côté
menaçant et clous et vis prennent alors une connotation « bénéfique », « d’aide », et de
« protection » le temps que le corps se répare de lui-même.
Je demande à Rémi de porter toute son attention sur cette perception bénéfique, jusqu’à être
certain qu’elle sonne vraie dans ses tripes.
Je n’ai revu Rémi qu’une fois, car cette unique séance a été décisive : sa perception a été
complètement changée. La douleur a complètement disparu en quelques jours.
Il s’est parfaitement remis.
Vous pouvez donc tirer bénéfice d’un travail sur vos représentations quelle que soit la thérapeutique dont vous bénéficiez (kinésithérapie, médicaments, etc.).
Portez régulièrement votre attention sur les effets bénéfiques attendus en projetant le soulagement.
Attendez de percevoir viscéralement, honnêtement, que le traitement est bon pour vous. Qu’il est là pour vous faire du bien, vous soutenir, vous protéger et vous régénérer.
Faites cet exercice régulièrement et notez en quoi cela potentialise votre guérison.
PEUT-ON DEVENIR DÉPENDANT À L’HYPNOSE ?
Il n’est pas possible de devenir dépendant de l’hypnose. Celle-ci ne peut devenir une addiction, puisque l’hypnose est une expérience naturelle. Ce qui pourrait devenir addictif serait l’envie de fuir la réalité, en prenant appui sur la capacité de l’hypnose à nous dissocier de l’environnement.
Le témoignage du médecin
J’ai eu une patiente qui consultait pour état dépressif chronique. Tout, dans son environnement
personnel, participait à sa tristesse. En outre, elle ne supportait pas son mari. Rentrer chez elle
le soir, après le travail, devenait un vrai calvaire. L’idée de devoir affronter son compagnon,
pour qui elle n’avait aucun sentiment, broyait ma patiente.
Après une première séance d’hypnose réussie, le réflexe de ma patiente a été de réutiliser cet
outil à son profit… Non pas pour installer les sensations agréables de l’expérience dans son
quotidien, mais plutôt pour s’enfuir dans le virtuel que son imaginaire avait déployé pour elle.
J’avais réellement manqué mon objectif : je pensais lui donner la capacité d’activer des
ressources intérieures pour qu’elle s’y appuie, afin de mieux habiter son quotidien, et bien au
contraire ma patiente avait saisi au vol cette opportunité de se couper du monde extérieur. Cette
femme utilisait l’hypnose pour fuir le réel, et elle devenait dépendante de cette fuite…
Hélas, fuir la réalité ne lui a plus suffi et elle a dû accepter d’emprunter une autre voie pour
retrouver une position confortable dans sa vie. Au bout de quelques séances supplémentaires,
elle a appris à transposer ses ressources dans le présent, plutôt que de fuir ce dernier.
S’il n’est pas possible de devenir dépendant de l’hypnose, il est possible, en revanche, de
développer une dépendance au thérapeute. Si ce dernier donne l’impression de détenir un
pouvoir quelconque et que lui seul peut sortir la personne de sa souffrance, le patient ne pourra
jamais s’autonomiser. Il est de la responsabilité du thérapeute de restituer au patient sa capacité
à vivre le soulagement. Là encore, l’honnêteté dans la relation permettra de faire tomber les
croyances et de rendre à chacun la place qui est la sienne, dans la thérapie.
PEUT-ON FAIRE DE L’HYPNOSE AVEC LES MEMBRES DE SA FAMILLE ?
Comme pour toute intervention en hypnose, les limites seront déterminées par le thérapeute (est-il à l’aise à l’idée de faire de l’hypnose avec des membres de sa famille ?), le patient (y a-t-il une demande ?) et le contexte (quelle est l’indication ?). Il est possible d’accompagner un proche dans une expérience hypnotique en usant de l’hypnose conversionnationnelle, en portant toute son attention sur les représentations de l’interlocuteur, sans pour autant entrer dans une transe classique et caractérisée. Il suffira d’être clair dans les intentions de l’intervention pour éviter tout désagrément, et mettre fin à l’expérience dès qu’elle déborde le champ de travail qui avait été préalablement défini.
En ce qui me concerne, je suis partisan de la maxime « nul n’est prophète en son pays » et je ne me risquerais pas à essayer de soigner un problème important chez un proche par l’hypnose. En revanche, il est tout à fait possible de réaliser une séance d’hypnorelaxation, ou encore de donner quelques trucs et astuces pour pratiquer soi-même l’autohypnose.
QUID DE L’HYPNOSE DE SPECTACLE ?
Certains amuseurs publics utilisent des techniques d’hypnose pour faire des spectacles. Ce sont des techniques d’hypnose réelles et efficaces, mais dédiées au contexte du music-hall. Une fois encore, c’est le contexte qui agit. Ce contexte est celui de la foule, du spectacle, de l’excitation, de l’anticipation anxieuse, du bruit, qui génèrent une suggestion massive de sensibilité au type d’hypnose utilisé par l’hypnotiseur. Autant ce type d’hypnose autoritaire (un deux trois dormez !) aurait de quoi choquer en thérapie, autant cette directivité est attendue et encouragée par les spectateurs présents.
C’est donc le contexte qui potentialise la suggestibilité des personnes qui montent sur la scène, et il suffit qu’un spectateur très suggestible tombe sous les imprécations autoritaires de l’hypnotiseur pour que grandisse chez tous ceux présents la croyance en un pouvoir irrésistible auquel nul ne pourra échapper. L’hypnotiseur aura, par ailleurs et au préalable, réalisé quelques tests de suggestibilité sur les personnes sélectionnées pour déterminer les sujets les plus influençables, et pourra occuper une bonne partie de son spectacle à s’amuser de ces individus. Après tout, puisque 5 % de la population sont hypersuggestibles, sur un public de 200 spectateurs venus assister au spectacle, l’hypnotiseur pourra donc compter sur 10 personnes au moins qui accepteront les suggestions très facilement et donneront ainsi un spectacle très divertissant.
Cependant, pratiquer l’hypnose de cette manière est irrespectueux et dangereux. Pratiquée sur des patients prédisposés à une certaine fragilité psychique, l’hypnose expose à un risque non négligeable de décompensation.
Autant l’hypnose thérapeutique est une hypnose qui soigne et qui vise à rendre au patient son autonomie et sa compétence de vivant, à trouver le soulagement au travers d’une expérience propre à l’humain, autant l’hypnose de foire n’a aucun autre but que d’amuser la foule en se moquant des sujets choisis et en les transformant en pantins dépourvus de volonté. On peut également parler de manipulation. Les mentalistes, qui sont très à la mode, utilisent de nombreuses techniques de manipulation mentale pour réaliser des tours surprenants dans lesquels ils semblent pouvoir deviner les pensées d’autrui ou influencer le libre arbitre. La manipulation est aussi utilisée par les sectes, bien entendu.
Ce qui différencie l’hypnose thérapeutique de l’hypnose de spectacle réside en définitive dans l’intentionnalité et le contexte bienveillant du soin. C’est également la raison pour laquelle nous recommandons toujours vivement au patient de se renseigner sur la formation des praticiens, avant de s’en remettre à un thérapeute en hypnose.
Il m’est arrivé plus d’une fois de recevoir en hypnothérapie des patients qui n’allaient pas bien depuis une expérience d’hypnose de spectacle. S’ils avaient donné le change au moment du spectacle, ils n’ont pas tardé à développer par la suite quelques troubles qu’il a fallu prendre en charge avec prudence. L’obstacle à prendre en compte est alors la méfiance plus ou moins consciente qui engendre un degré certain de résistance à l’approche hypnotique, malgré le contexte désormais thérapeutique. Soit l’hypnose de scène avait été pratiquée chez un patient borderline et avait décompensé une pathologie sous-jacente jusqu’alors tout à fait contrôlée, soit l’hypnose provoquait une sorte de traumatisme qui engendrait des troubles caractéristiques de type hypervigilance, hypercontrôle, se traduisant par une symptomatologie des plus variées.
Enfin, on citera le développement récent de « l’hypnose de rue » (street hypnosis, en anglais). Un hypnotiseur se promène dans les rues d’une ville, accompagné d’une caméra, et soumet les passants à diverses expériences d’hypnose de foire. Le principe reste celui de l’hypnose de music-hall, et les dangers restent les mêmes.
Je ne peux que conseiller au lecteur avisé de ne jamais se porter volontaire pour ce genre d’amusement public.
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