Le grand livre de l'hypnose
Le langage verbal
Enfin, on pourra décrire le langage paraverbal qui est l’expression par les soupirs, l’intonation de la voix, la respiration, les rires.
Tout au long de sa vie, Erickson a développé par nécessité personnelle et professionnelle l’art d’influencer les gens de façon indirecte. Le principe consiste à produire des réactions sans que la personne en soit pleinement consciente. Sans aucun doute l’immense capacité d’observation qu’Erickson développa en raison de sa pathologie, ainsi qu’une intuition propre au personnage, lui permit de développer un art de communiquer difficilement imitable.
L’astuce consiste à envoyer un même message sous différentes formes, ou bien d’envoyer des signaux qui, comme dans toute communication, attendent une réponse.
Le langage verbal
LES SUGGESTIONS
Elles sont l’outil de base de la communication hypnotique. Une suggestion est une communication indiquant à un sujet que quelque chose est en train de ou va se produire. Elle diffère de l’instruction ou de l’ordre en ce sens que le quelque chose en question survient de façon non volontaire, sans intention de la part du sujet. Ainsi, comme le propose Irving Kirsch pour illustration, « Levez votre main » est une instruction, alors que « votre main devient de plus en plus légère et commence à s’élever » est une suggestion. La première demande une réponse intentionnelle de la part du sujet, tandis que la deuxième invite à une réponse involontaire.
En dehors du contexte du soin, la suggestion peut devenir manipulation ou prestidigitation. Une suggestion peut être bienveillante ou malveillante. Dans le contexte de l’hypnothérapie, la suggestion a toute légitimité à être utilisée dans une intentionnalité de soulagement.
Dans ce cadre, on veille à ce que la formulation – au sens large du terme – de la suggestion soit orientée positivement. Il ne s’agit pas d’angélisme ou de pensée positive, mais plutôt d’être conscient du fait que pour maintenir l’aiguille de la boussole dans la direction du soulagement, il est toujours préférable de formuler et reformuler ce que l’on veut et ce vers quoi l’on veut tendre, plutôt que ce dont on ne veut pas.
Par ailleurs, chaque idée proposée au patient, même formulée négativement, est intégrée telle quelle : c’est ce principe qui fait dire que « l’inconscient ne comprend pas la négation ». L’exemple caricatural est : « Qu’avez-vous en tête lorsque je vous demande de ne pas penser à un éléphant bleu ? »
La réponse est : « Un éléphant bleu. » Le simple fait d’évoquer cette représentation entraîne une perception de cette représentation, même si l’on use de la formulation négative.
Ce principe est utilisé dans les « suggestions négatives » (voir page 209)
Il n’existe pas de consensus affirmant le bénéfice de proposer une suggestion à tel ou tel moment d’une séance d’hypnose. Certains auteurs proposent de délivrer la suggestion la plus importante en dernier. D’autres proposent les suggestions lorsque la transe est suffisamment profonde. La réponse à la suggestion serait alors meilleure.
Enfin, quelques auteurs proposent d’identifier les signes de la transe et en particulier les mouvements oculaires derrière les paupières, et recommandent de donner les suggestions pendant l’apparition de ces mouvements. La dissociation serait alors particulièrement marquée, et les suggestions seraient plus facilement intégrées.
On distingue la suggestion directe de la suggestion indirecte.
LES SUGGESTIONS DIRECTES
Elles ressemblent à des ordres. Ce sont les premières suggestions utilisées par les hypnotiseurs d’autrefois. Elles sont autoritaires et ne laissent aucun autre choix au patient que d’exécuter la commande.
En ce sens, on peut considérer qu’elles restreignent radicalement la liberté du patient.
Un exemple de suggestion directe serait : « Votre corps est lourd. De plus en plus lourd. Vous dormez. De plus en plus profondément. Au compte de 5, vous irez encore plus profondément dans la transe, et n’entendrez plus que ma voix. »
Ce sont ces suggestions qui sont utilisées dans le monde de l’hypnose du spectacle. L’hypnotiseur choisit ses sujets en proposant à une certaine proportion de spectateurs une série de suggestions directes. Ceux qui répondent à la suggestion sont dits suggestibles et seront sélectionnés pour aller plus loin dans le spectacle. Puisqu’il existe une proportion de personnes très suggestibles (entre 5 et 10 % dans la population), l’artiste est assuré, pour un public de 50 personnes, de pouvoir jouer avec 5 personnes sur scène, qui accepteront les suggestions les plus directes et les plus farfelues sous le regard amusé d’un public ravi.
Sugges ons directes et thérapie
Dans le cadre de la thérapie, les suggestions directes ne respectent pas la capacité d’adaptation du patient. Ce ne sont pas des suggestions qui invitent le patient à s’autonomiser. Pourtant, elles sont parfois utilisées dans le contexte thérapeutique. Certains thérapeutes au grand charisme n’hésitent pas à utiliser des suggestions directes lorsqu’ils sentent que le patient détient les ressources nécessaires pour actualiser la guérison. Un exemple pourrait être « maintenant, vous laissez le passé derrière vous » ou encore « maintenant, vous vous détachez de cette influence néfaste une bonne fois pour toutes. »
Prononcés par un thérapeute congruent, ces mots sont le sésame qui rend au patient sa liberté. Un autre exemple serait : « Vous vous libérez de la cigarette. Elle ne vous intéresse plus. Elle ne vous a
jamais intéressé ». Ou encore : « Votre corps développe une certaine allergie aux aliments gras, sucrés, alcoolisés. »
LES SUGGESTIONS INDIRECTES
Ce sont des suggestions masquées, ou proposées de telle sorte qu’elles ne génèrent aucun sentiment de contrainte chez le patient.
Elles sont donc plus respectueuses et s’appuient souvent sur la liberté de choix du patient dans l’exécution ou la non-exécution de ce qui est proposé.
La suggestion indirecte tend à enlever la pression qui peut reposer sur les épaules du patient, qui pourrait s’inquiéter de ne pas parvenir à exécuter les instructions du thérapeute. La permissivité amenée par la suggestion indirecte court-circuite l’exigence de performance du patient, et lui permet de répondre de la façon la plus adaptée à ce qu’il est ici et maintenant.
Différentes façons de construire des suggestions indirectes :
Les suggestions couvrant toutes les possibilités
Elles consistent à anticiper les réponses possibles à la suggestion et à les proposer.
On donne ainsi un large choix de réponses possibles à la proposition : « Et au fur et à mesure que vous entrez en hypnose, vous pouvez ressentir de la pesanteur, ou de la légèreté, ou de la chaleur, ou de la fraîcheur, ou une sensation d’engourdissement, etc. »
Les suggestions ouvertes
Elles sont les plus permissives car toute réponse de la part du patient sera la bonne. Par exemple, on pourra dire : « Et pendant que vous entrez en transe, vous pouvez ressentir toute sorte de sensation qui vous est personnelle. »
Suggestions composées Elles se composent de plusieurs éléments. On peut par exemple utiliser une suggestion en deux parties : la première partie est une vérité qu’il n’est pas possible de contredire, la seconde partie sera la suggestion à proprement parler, qui aura d’autant plus de chance d’être acceptée que la première partie de la proposition sera indiscutable.
Par exemple : « Vous pouvez entendre les voitures passer au dehors (truisme), et votre corps s’alourdit tranquillement sur le fauteuil ».
Les deux éléments de la phrase sont liés par une conjonction de coordination telle que « et », « donc », « ou », « car ».
La sugges on implicite en trois éléments d’Ernest Rossi
Un type particulier de suggestion composée est la suggestion implicite en trois éléments d’Ernest Rossi : elle consiste à lier l’acceptation d’une suggestion à une réponse observable, permettant à la fois au thérapeute de savoir quand la suggestion est réalisée, mais surtout permettant aussi au patient de constater que quelque chose de très inhabituel se passe, selon le principe même de la ratification.
Ainsi, ce type de suggestions, particulièrement habile, se compose ainsi :
un élément temporel (1) ;
un élément qui est la suggestion thérapeutique (2) ; un élément qui est une réponse motrice à la suggestion (3).
Par exemple : « Quand (1) quelque chose en vous intègre toutes les ressources nécessaires au changement thérapeutique (2), alors votre bras droit devient de plus en plus léger et s’élève tranquillement dans l’air comme s’il était porté par un fil invisible (3) ».
Ou encore : « Quand (1) votre esprit profond est prêt à réaliser ce travail intérieur en toute sécurité (2), alors vos paupières se ferment plus ou moins d’elles-mêmes (3), signalant ainsi que le processus thérapeutique a débuté ».
Ernest Rossi nomme cette suggestion, une « suggestion implicite ». Elle implique que lorsque le patient commence le travail hypnotique, il en informera consciemment ou inconsciemment (le plus souvent) le thérapeute par un signal convenu.
Ce type de signal est appelé « signaling ».
On distingue deux types de signaling.
Le signaling « conscient », c’est le patient qui, très volontairement, fait un signe au thérapeute : « Lorsque vous serez prêt à faire cette expérience, vous pourrez me faire un petit signe avec la main de votre choix ».
Le signaling dit « inconscient », c’est une convention mise en place par le thérapeute afin de s’assurer de la bonne participation de « l’esprit profond » ou de « l’inconscient » thérapeutique du sujet. Cette mise en scène, cette métaphore du travail, tend à convaincre le patient qu’il existe une communication avec une partie de son esprit, une partie à laquelle il n’accède pas consciemment, mais qui semble capable de s’éveiller et de venir au premier plan au cours de la thérapie pour résoudre ses problèmes.
C’est ce type de signaling que Rossi utilise dans la suggestion implicite.
Un autre exemple serait : « Quand votre esprit non conscient active les ressources utiles au changement, il peut me faire un signe en bougeant l’index de votre main gauche ».
Bien sûr, sentir ou voir bouger une partie de soi de façon automatique par ratification entraîne un phénomène de persuasion : en constatant que quelque chose de tout à fait inhabituel est en action, le patient est conforté dans l’idée qu’il est bien dans l’hypnose, et augmente ainsi sa suggestibilité. Sa confiance en la réalité de l’hypnose s’affirme et se développe l’expectation positive d’une issue utile et favorable de l’hypnothérapie.
Les suggestions négatives
Elles utilisent le principe selon lequel l’esprit n’intègre pas les négations, d’une part et le principe selon lequel on a tendance à faire ce que l’on nous demande de ne pas faire, d’autre part. C’est l’exemple du petit garçon à qui l’on interdit d’ouvrir la boîte de gâteaux avant le repas. Il y a de fortes chances pour que l’interdit l’emporte sur la raison.
Les suggestions négatives consistent ainsi à suggérer de ne pas faire ou de ne pas ressentir, ce qui produit paradoxalement l’effet inverse.
Ainsi, « vous n’avez pas à vous détendre, vous n’avez même pas à relâcher les tensions » est une suggestion de relaxation paradoxale (principe développé par Gaston Brosseau) aux effets puissants.
Il n’est pas rare que le patient avoue s’être détendu « malgré lui » pendant la séance alors même que les suggestions proposaient de ne rien faire pour se relaxer.
Dans un sens comme dans l’autre, le thérapeute est gagnant : soit le patient a suivi les instructions et on le félicitera, amplifiant le lien thérapeutique et augmentant sa confiance en sa capacité à faire l’expérience de l’hypnose, soit il se sera détendu malgré lui et en ressentira les bienfaits. L’expérience corporelle l’emportant sur la raison, il sera obligé d’intégrer le bien-être qui se présente à lui, malgré lui, et en gardera peut-être quelque chose d’utile dans la suite de la thérapie.
Quels que soient le moment et la façon dont les suggestions sont employées, le thérapeute ne devra pas craindre de les répéter, ou bien de proposer une même suggestion, une même idée, mais sous des formes différentes (une suggestion directe, indirecte et une métaphore par exemple). La répétition de la suggestion augmenterait les chances de voir la proposition acceptée.
Cependant, si l’exécution n’est pas immédiate, le thérapeute doit garder en mémoire que la réponse aux suggestions est parfois progressive, voire différée.
Cela vaut pour tout phénomène hypnotique pendant la transe, comme pour la guérison elle-même. Le thérapeute fera preuve de patience, de confiance, et fera en sorte que son jeu de suggestions invite à une réponse progressive, positive et respectueuse du rythme du patient. On usera ensuite de la ratification pour renforcer les premiers résultats obtenus, renforçant ainsi l’idée que l’hypnose est efficace et facilitant ainsi la suggestibilité du patient.
Comme toujours, on prendra grand soin de s’adapter au rythme du patient sans le brusquer.
Une séance efficace… à long terme
Philippe, 44 ans, est avocat.
Il consulte car il aimerait bénéficier de l’hypnose pour remettre un peu d’ordre dans son
comportement alimentaire.
Cet homme dynamique est en légère surcharge pondérale, principalement en raison d’un
grignotage excessif et d’une prise d’alcool en quantité raisonnable, mais hélas régulière.
Suite à la première séance d’hypnose, Philippe ne remarque aucun changement dans ses
habitudes. Il revient donc une semaine plus tard, pour une seconde consultation.
Pendant la deuxième séance, Philippe est très gêné par le bruit des travaux qui ont lieu dans
l’immeuble voisin. Il quitte le cabinet furieux et déçu d’avoir perdu son temps.
Un mois plus tard, Philippe revient consulter de lui-même. Il m’explique qu’à son grand
étonnement, c’est seulement quinze jours après la seconde consultation que son comportement
alimentaire a commencé à changer. Il sait que ces modifications sont en lien avec l’hypnose, car
il se surprend à entendre des mots prononcés pendant les séances (malgré les travaux !) et à
retrouver spontanément la sensation de satiété que nous avions travaillée au cours de la seconde
consultation, celle-là même qui l’avait tant déçu.
La séquence d’acceptation ou yes set
Il s’agit de générer chez le patient une série de réponses d’acceptation positive. En faisant cela, la probabilité que la prochaine suggestion soit acceptée augmente fortement.
On dit que l’on utilise un « truisme » (une vérité qui ne peut être contestée) pour introduire une suggestion.
Par exemple (série de truismes) : « vous êtes venu, vous êtes assis dans le fauteuil d’hypnose, vous avez fermé les yeux volontairement. Vous entendez les bruits dans la pièce à côté, vous entendez ma voix… (suggestion thérapeutique) et votre corps devient un peu plus lourd. »
Le saupoudrage
Le saupoudrage consiste à parsemer son discours de mots importants pour la guérison. Il s’agit de répéter régulièrement un terme important pour la thérapie, ou bien d’introduire une véritable suggestion masquée au sein d’un discours a priori sans intention thérapeutique particulière. Cette voie de communication aurait pour intérêt de contourner les résistances du sujet et de faire passer une suggestion de façon non consciente. Lorsque les mots-clés sont prononcés, il est possible de changer de façon subtile l’intonation, ou la direction de la voix, ou encore d’utiliser un même geste pour marquer l’importance de l’instant.
Ainsi, c’est à la fois la communication verbale et non verbale qui participe à la suggestion.
Par exemple la suggestion « vous vous détendez de plus en plus et vous allez de plus en plus profondément en transe » pourrait être proposée de la sorte par saupoudrage : « Vous vous demandez certainement si je vais vous dire détendez-vous pour entrer en hypnose. Je pense que de plus en plus de gens comprennent que cela n’est pas utile de se détendre, et vous allez vous-même constater que de plus en plus, en faisant ces expériences d’hypnose, vous n’aurez pas besoin d’entrer profondément en transe pour obtenir des résultats qui dépassent vos espérances. »
Le principe du renforcement positif
Ce jeu de langage consiste à valoriser l’expérience du patient au sens large du terme. Parce que le patient est son propre guide, accompagné par le thérapeute et parce que ce qu’il perçoit est la seule chose qui compte en hypnothérapie, toute expérience faite par le patient est considérée comme « bonne » et « valable » pour le thérapeute.
Cette perspective fait souvent dire au thérapeute pendant une séance « oui, c’est bien. », « vous faites cela parfaitement », ou encore « voilà. C’est excellent ».
Ce principe, qui repose aussi sur le non-jugement, donne au patient la liberté indispensable à l’ouverture de l’hypnose. L’exigence de performance n’a pas sa place au sein de l’expérience hypnotique où, bien au contraire, le patient doit laisser les choses se faire comme elles viennent. Qu’il se force à vouloir impérativement atteindre un but, ou qu’il se mette en recherche de l’approbation du thérapeute, et c’est la mécanique tout entière de l’hypnose qui s’écroule. Quoi que le patient puisse proposer, quelle que soit sa perception des choses, elle est juste, car c’est la sienne.
Ni jugement ni cri que
En hypnose, on ne juge pas, on ne critique pas, on ne donne pas de leçons de morale ou de bonne conduite. L’hypnothérapeute n’est qu’un passeur d’une perception à une autre. Il se satisfait donc de chacune des expériences qui se vit par le patient dès lors qu’elles sont honnêtes.
Le questionnement
C’est une forme de suggestion indirecte : elle consiste à demander quelque chose à un patient, en lui laissant la possibilité de ne pas exécuter la demande.
Pour exemple, plutôt que de dire « ressentez le dossier du fauteuil », on proposera « pouvez-vous porter toute votre attention sur le dossier du fauteuil ? », ou encore « pouvez-vous laisser votre dos peser lourdement sur le dossier du fauteuil, de sorte que vous n’ayez aucun effort à faire pour maintenir cette position ? »
Le questionnement peut être utilisé spécifiquement dans la technique d’induction par souvenir d’une transe préalable : chaque question amène le patient à rappeler à son souvenir les sensations de l’expérience précédente, les intégrant ainsi à sa perception présente. Le patient refait alors l’expérience de l’hypnose :
« Quand vous commenciez à entrer dans l’hypnose, quelles sensations avez-vous ressenties en premier ?
– C’était une pesanteur dans les bras et les jambes.
– Pouvez-vous ressentir cette pesanteur maintenant ?
– Je sens que ça vient.
– Quelles autres sensations ressentez-vous quand vous allez un peu plus profond dans l’expérience ?
– Je ne sens plus mon corps.
– Pouvez-vous sentir votre corps là maintenant ?
– Non, je commence à ne plus vraiment en sentir les limites… »
LES SUGGESTIONS POSTHYPNOTIQUES
Elles sont des suggestions qui sont délivrées au patient pendant la séance, et qui sont censées être exécutées immédiatement après ou à distance de la séance.
Les tests de suggestibilité illustrent bien ce qu’est une suggestion posthypnotique lorsqu’il est proposé aux sujets qu’ « au réveil, vous aurez une envie irrésistible de prendre le verre d’eau posé en face de vous ». L’exécution ou la non-exécution de la suggestion rend compte du degré de suggestibilité du sujet.
Dans le cadre thérapeutique, il est possible de suggérer au patient qu’après la séance, « il ressentira une vive répulsion pour la cigarette », ou encore qu’après la séance, il aura « une perception très nette de la sensation de satiété », participant ainsi à son propre changement thérapeutique.
L’intérêt d’une suggestion posthypnotique consiste à projeter le patient dans un avenir plus ou moins proche dans lequel il pourra « s’observer se comporter » d’une nouvelle manière, en accord avec les changements désirés. La suggestion posthypnotique est finalement une forme particulière de futurisation, ou d’expectation positive, puisque le patient se projette dans un nouveau mode de fonctionnement qu’il guettera plus ou moins malgré lui dans son quotidien, sitôt sorti de la séance d’hypnose.
La meilleure des suggestions posthypnotiques sera celle qui est le plus facilement réalisable par le patient, voire celle qui ratifie un comportement devenu évident pour le patient par le travail hypnotique réalisé.
La séance d’hypnose thérapeu que agit comme une sugges on posthypno que
L’intention d’aller mieux après la séance, tout à fait explicite, est sous-tendue par l’ensemble du contexte thérapeutique, et génère par anticipation une puissante suggestion indirecte de soulagement. Le patient « réalise la suggestion » en accomplissant la prophétie autoréalisatrice du soulagement que l’hypnose potentialise à chaque séance.
LA SYMBOLISATION
C’est la réification.
Cette technique thérapeutique consiste à proposer au patient, une fois l’induction achevée et une fois dans l’ouverture, de symboliser son problème. Il est possible de le symboliser par quelque chose du registre du réel (comme une barre de métal, pour réifier une douleur lombaire qui traverse le corps) ou quelque chose de totalement abstrait (une forme sombre et glacée qui occupe l’abdomen). Lorsque la représentation symbolique semble dictée par l’esprit logique on pourrait penser que le patient n’a pas quitté le contrôle et la raison, et ne s’est pas installé suffisamment profondément dans l’hypnose. C’est bien l’ouverture en hypnose qui permet une libération de la créativité des patients et débride leur capacité à réinterpréter leurs sensations. Ainsi, si la représentation symbolique manque d’originalité ou semble trop dictée par l’intellect, on cherchera à approfondir l’état hypnotique.
Une fois la représentation symbolique élaborée par le patient (voir chapitre 17, exercice page 286), on lui proposera d’observer ce qui change spontanément à force d’observation, ou bien on proposera d’en changer délibérément certains caractères (forme, couleur, texture, etc.) jusqu’à ressentir que le changement obtenu est satisfaisant.
Une représenta on révélatrice
Olivier a 40 ans. Il consulte en hypnose pour canaliser un tempérament impétueux, qui se
manifeste par des éclats de colère, pas toujours justifiés.
Au sortir d’une séance d’hypnose, alors qu’il a expérimenté une transe relativement profonde, il
me raconte qu’à son grand étonnement, il s’est vu en train de manger de la purée d’avocat,
contenue dans une petite cuillère chinoise. Si dans la pensée rationnelle du quotidien ce genre
de confidence peut surprendre, en hypnose elle prend tout son sens : la situation était
merveilleusement hallucinée par le patient, jusqu’à lui faire ressentir l’étroitesse si
caractéristique de ces petites cuillères incurvées à potage chinois.
Lorsqu’on sait qu’Olivier a entretenu un rapport conflictuel avec son frère pendant des années,
et que ce dernier exerce la profession… d’avocat ( !) la tentation est grande de vouloir
interpréter cette expérience onirique comme une mise en métaphore de la résolution de la colère
entretenue contre son frère pendant la transe hypnotique.
Pourtant, l’hypnose n’a que faire de l’interprétation de ce qui est vécu. La seule chose qui a de
l’importance est le ressenti d’Olivier au sortir de cette expérience de modification perceptive.
Le travail avec Olivier ne s’est pas arrêté là, mais je sais que cette séance a été un tournant
décisif dans l’apaisement de cet homme.
Est-ce à dire que le thérapeute doit inviter systématiquement tout patient en conflit avec un avocat à symboliser ce dernier en guacamole prêt à être dévoré ? ! Certainement pas, puisque le seul guide est la perception du patient lui-même, la mission du thérapeute consiste toujours à laisser faire le travail tout en accompagnant le patient de façon non intrusive. Le thérapeute pourra parfois être bien inspiré de conseiller, non pas par des mots (ou pas toujours) mais par une présence tranquille, et laisser le changement s’installer de lui-même.
Enfin, un dernier conseil relatif à la bonne pratique de la réification. L’erreur fréquemment rencontrée, et qui conditionne hélas l’issue de la thérapie vers un échec, consiste à omettre de réaliser une induction suffisante.
On rappelle souvent, durant la formation en hypnose, que les exercices de modification perceptive ne doivent être proposés qu’une fois le patient dans la phase d’ouverture de l’hypnose. Cela implique que le thérapeute doit accompagner dans l’hypnose, grâce à une induction, observer les signes de dissociation, et enfin proposer les exercices.
Demander à un patient de réaliser d’emblée l’exercice de réification (comme tout autre exercice) en fermant les yeux, revient à rêvasser simplement et n’aura aucun effet thérapeutique.
appel !
Les exercices et les suggestions thérapeutiques doivent être proposés dans la transe hypnotique. Celle-ci, rappelons-le, n’est que la quatrième phase du processus hypnotique. Omettre les trois premières phases induit que l’expérience qui se joue n’est en rien de l’hypnose. La compréhension de ce principe permet de corriger nombre d’erreurs dans la pratique et de respecter le temps de chaque phase, afin d’optimiser l’impact de la technique hypnotique.
ANECDOTE ET MÉTAPHORE
Elles ont toujours pour objectif d’aider à modifier une représentation. Elles reposent sur la capacité du thérapeute à créer des histoires adaptées à la situation du patient, par définition unique.
Il existe différentes façons d’user des anecdotes et des métaphores :
Il est possible de raconter une histoire qui est une mise en métaphore du problème du patient, et dont l’issue révélerait la solution au problème.
Il est possible de proposer une histoire dans laquelle le patient est mis en scène et éventuellement transformé en un autre personnage, et il lui est demandé – dans l’hypnose – de résoudre un problème mis en scène par le thérapeute.
Éric Mairlot neuropsychiatre et président de l’Institut de nouvelle hypnose de Belgique, propose un exercice de métaphore particulièrement
sophistiquée, qu’il nomme Métaphore Progressivement Régressive1.
Expérimentez la Métaphore Progressivement Régressive
Étape 1 : Régression
D’abord, il s’agit d’aider le patient à régresser jusqu’à une époque précédent l’apparition des
symptômes. Ceci n’est donc possible que pour les problèmes secondaires. Ce phénomène
hypnotique permet un premier effet de libération de ces symptômes, grâce au retour à un
fonctionnement dans lequel le problème n’est pas censé exister. Par une reviviscence de son
fonctionnement de l’époque, le patient reprend conscience qu’il possède les capacités à
fonctionner de façon équilibrée, sans symptôme(s) ou sans problème(s), avec l’illusion de vivre
le présent de l’époque « comme si » le problème était résolu. De plus, si la régression est
effectuée dans l’enfance, cela permet de faire appel à des ressources spécifiques de cet âge : de
meilleurs mécanismes d’apprentissage, une créativité plus importante, une force imaginaire
plus grande et une meilleure réceptivité aux nouvelles solutions. Cette technique à elle seule est
très utile dans le traitement des TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) notamment.
À noter que la régression peut être :
– Totale (« vous avez quatre ans… ») ;
– Ou partielle (« souvenez-vous… », « Imaginez-vous lorsque vous aviez quatre ans… »)
Étape 2 : Rencontre
Il s’agit de la création d’une attente d’une situation, d’un objet ou d’un être désiré dont la
recherche aura été faite préalablement dans l’anamnèse. Dans l’exemple du deuxième cas (cité
par Éric Merlot plus loin dans le livre NDA), la patiente avait eu une relation forte avec un
chien dans son enfance, et souhaitait la revivre à l’âge adulte. Le choix de cette situation, chose,
être, est sciemment fait de façon indépendante du problème du patient. Cette évocation favorise
l’éveil d’une motivation positive ; on permet ensuite la rencontre de l’être ou de cet objet.
Ceux-ci peuvent être non désirés et entraîner un rejet lorsqu’un processus de deuil ou
d’autonomisation est recherché. Cependant, si le sujet n’a pas de motivation utilisable dans
notre métaphore, on peut lui suggérer une motivation moins spécifique, par exemple la soif,
comme nous allons le voir dans le premier exemple du bruxisme (même note que plus haut
NDA). Ce choix d’une motivation indépendante du problème ou du traitement, facilite l’accès à
la métaphore.
Étape 3 : Remise en scène
Étape métaphorique avec déplacement du problème
Il s’agit de la remise en scène métaphorique du déplacement du problème qui, cette fois, ne
survient plus chez le patient mais chez l’objet ou l’être rencontré. Ainsi, on produit une
néodissociation du problème par sa mise à distance (deuxième effet de libération du symptôme)
où le patient va nécessairement être touché par cet être qui souffre. Son envie de l’aider émerge
alors de manière d’autant plus forte que cette souffrance entre plus ou moins inconsciemment
en résonance avec la sienne.
En fait, cela permet surtout une distanciation émotionnelle suffisante pour se préparer à un
meilleur recadrage du problème : comme si ce mécanisme projectif permettait une plus grande
liberté d’action du sujet face à son problème. La découverte de la métaphore peut venir de notre
imagination, de notre observation de la vie, ou d’une lecture comme celles utilisées par Milton
Erickson et par d’autres auteurs.
Étape 4 : Résolution du problème
À cette étape, soit le sujet trouve lui-même la solution, soit on l’aide à le faire en lui proposant
plusieurs options. Cette étape est favorisée par le fait que beaucoup de patients investissent
davantage d’énergie à s’occuper des problèmes des autres que des leurs et ressentent ainsi plus
de facilité à aider l’autre sans prendre conscience qu’ils s’aident en réalité eux-mêmes. En effet,
nombreux sont ceux qui s’impliquent dans la relation d’aide et qui sont bien plus créatifs dans
la résolution des problèmes des autres que lorsqu’ils sont coincés « dans » leurs propres
problèmes.
Ratification
Avant de terminer, le thérapeute met l’emphase sur les conséquences positives de la résolution
du problème ainsi que sur les capacités, les ressources et les qualités du sujet quant à
l’obtention de cette réussite.
Un exemple donné par le Docteur Mairlot permet d’illustrer concrètement ce protocole thérapeutique.
Le témoignage du médecin
« À ma consultation ‘psy’ en gynécologie, une patiente m’est envoyée pour infertilité primaire.
Elle se présente comme une angoissée de nature, très impatiente d’avoir un enfant. Elle est en
effet hyper-anxieuse.
Lors de la recherche d’une fonction au symptôme, elle me raconte que, si jamais elle avait des
nausées et des vomissements au début de sa grossesse, elle préférerait avorter ! Je découvre
ainsi une grave phobie de vomir très focalisée sur la ‘saleté’ qui s’ensuit. La patiente en situe
l’origine à l’âge de onze ans : une nuit, elle s’était réveillée en pleurant, se rendant compte Ainsi, on pourra user de contes, d’histoires, de jeux de mots, de devinettes, d’anecdotes ou de nouvelles lues dans le journal ou inventées de toutes pièces, l’astuce consistant à délivrer un message caché sur le ton banal de la discussion. Pendant que l’esprit conscient écoute et peut-être même, analyse la discussion, on suppose qu’à un autre niveau, l’esprit non conscient capte un message qui pourrait agir comme catalyseur du changement. Cependant, même si le sens n’est pas si bien caché qu’on voudrait l’admettre, on peut constater de réelles modifications durables dans l’existence du sujet.
qu’elle avait vomi, il y avait de la ‘saleté’ sur elle et dans son lit. Elle avait ensuite continué de
vomir jusqu’au petit matin. Depuis, elle n’avait plus jamais osé vomir de sa vie. En outre je
savais qu’elle désirait un chien. Je l’ai donc aidée à régresser jusqu’à huit ans, âge précédant le
traumatisme.
Elle promène son petit chien dans la rue, le lâche ; il saute et tombe dans une poubelle remplie
de saletés, et là, il se met à manger des champignons vénéneux. Dans cette remise en scène, elle
va réussir à faire tomber la poubelle et à prendre son chien tout sale dans les bras car elle sait
que, pour le sauver, il faut qu’il vomisse, mais son chien déteste vomir. Après beaucoup
d’efforts impératifs, elle réussit à le faire vomir, il le fait sur elle évidemment. On voit là une
double ‘exposition’ ; la saleté de la poubelle et le vomi du chien. Technique chère aux
comportementalistes. Ainsi par ce recadrage radical, elle est soulagée par le vomissement… du
chien, et elle est très heureuse d’avoir fait revivre son chien grâce aux vomissements… D’avoir
fait ‘renaître’ son ‘petit’ chien.
Puis je renverse une de ces phrases en disant que, si dans l’avenir elle devait vomir pour sauver
l’enfant qu’elle porte en elle, elle le ferait sereinement (double suggestion hypnotique
puisqu’elle implique que sa grossesse surviendra). »2
Enfin, il est possible de proposer plusieurs histoires, anecdotes ou métaphores, intriquées les unes dans les autres. Le principe revient à proposer une série d’histoires porteuses de messages thérapeutiques, comme on emboîte des poupées russes. Cela consiste à raconter une histoire dans laquelle s’imbrique une autre histoire dans laquelle s’imbrique une autre histoire… Dans laquelle se trouve un message caché utile au patient. Plus habile encore, lorsque chacune des histoires comprend un message caché comme autant de suggestions de guérison.
Aujourd’hui, il existe toute une série d’ouvrages consacrés à la bonne façon de construire des métaphores. La difficulté est toujours la même : l’erreur consisterait à substituer l’inspiration qui vient pendant l’hypnose, et qui se révèle souvent décisive pour la thérapie, par des protocoles appris à l’avance. Ainsi, vouloir absolument « placer sa métaphore », ou essayer de « construire différents niveaux logiques au sein d’une même intervention » présente toujours le risque d’éloigner le thérapeute de son patient et de le plonger non pas dans ce qu’il sent de l’expérience hypnotique qui se joue, mais plutôt dans son intellect et ses pensées.
Il faudra donc ici encore une fois être suffisamment expérimenté dans la pratique de ce genre de technique de communication pour pouvoir en user comme une seconde nature, tout en restant totalement présent à la séance d’hypnothérapie.
Le message est passé
En formation d’hypnose, une de mes collègues relate une expérience vécue avec les contes : un
soir, elle décide de raconter une métaphore thérapeutique à son jeune enfant, qui souffre
d’insomnie.
Elle décrit une tribu qui cherche à capturer le mythique papillon bleu, un papillon très rare que
personne n’a jamais réussi à capturer. Les guerriers et les chasseurs les plus aguerris de la tribu
ne sont jamais parvenus à se saisir du mythique papillon, malgré leur expérience et leur adresse.
Dès qu’ils s’apprêtent à capturer le papillon, ce dernier trouve le moyen, au tout dernier
moment, d’échapper à leurs pièges pourtant si efficaces.
Un jour, un petit garçon décide de partir à la chasse au papillon bleu. En pleine nuit, armé d’un
filet à papillon, il croise le magnifique papillon bleu en se promenant dans la forêt. Ce
magnifique papillon brille de mille feux, comme autant de petites étoiles bleutées. On peut voir
toute la magie qui se dégage de cette superbe créature féerique. Devant tant de beauté, le petit
garçon décide que le papillon bleu est trop beau pour être capturé et mis en cage. Alors, il lâche
son filet. Il laisse le papillon s’éloigner et continuer sa route. Plus tard, le petit garçon s’assied à
flanc de colline, pour admirer les reflets de la lune sur le lac des guerriers.
À sa grande surprise, un magnifique papillon bleu, encore plus beau que celui qu’il avait croisé
un peu plus tôt dans la soirée, vient se poser sur son épaule. Plein d’émerveillement et de
gratitude pour ce moment magique, l’enfant sourit et se blottit au coin du feu pour dormir
comme jamais auparavant, protégé par son nouveau compagnon.
Fière de son histoire et du message qu’elle pensait avoir habilement délivré de façon non
consciente, la maman souhaite une bonne nuit à son fils et s’apprête à quitter la chambre quand
l’enfant l’interpelle : « tu sais maman, j’ai bien compris ce que tu essaies de me dire ; pour que
le sommeil vienne, il faut que j’arrête de le chercher ». À la fois agréablement surprise mais
aussi dépitée par la sagacité de son fils, la jeune hypnothérapeute quitte la chambre, persuadée
d’avoir complètement raté ce qu’elle pensait être une magnifique séance thérapeutique à la
volée.
Et pourtant… L’enfant, depuis, dort comme un bienheureux !
Une autre façon d’user de l’histoire et de l’anecdote est de faire vivre au patient une expérience, par l’intermédiaire de l’histoire d’un tiers. D’une manière générale, les gens sont friands d’histoires arrivées aux autres, surtout si ces histoires leur procurent un frisson d’excitation.
Le jeu de dissocia on / associa on
Nombreux sont ceux qui aiment entendre des histoires étonnantes, ou bien des histoires d’autres personnes en mauvaise posture, et qui se sont finalement sorties de ce mauvais pas. Ces histoires semblent un instant permettre de relativiser ses propres soucis en restant à distance dans un premier temps du personnage de l’histoire qui semble en proie à des difficultés certaines, puis dans un second temps, alors que le thérapeute raconte comment finalement tout se termine pour le mieux, le patient tend à s’identifier fortement au personnage. Ce jeu de dissociation / association a tendance à créer une activation de ses propres ressources, par un phénomène humain tout à fait commun qui est celui de l’imitation : tout se passe comme si le patient se disait « mon histoire n’est pas tout à fait la même mais je peux tout de même retirer quelque chose de cette anecdote ».
Cette approche permet souvent de travailler malgré une certaine résistance chez le sujet. Après tout, quel danger y a-t-il à écouter une anecdote ? D’autant que celle-ci apparaît au fil de la discussion sans fanfare ni trompette. C’est à la fois l’étrangeté de l’histoire racontée qui capte l’attention du patient, tout autant que l’apparente banalité avec laquelle elle est racontée qui invite à baisser la garde. Combien de fois écoutons-nous l’histoire des autres, et combien de fois nous a-t-on conté des histoires pendant notre enfance ? Ne continuons-nous pas à nous laisser bercer par les contes lorsque nous regardons la télé, lorsque nous allons au cinéma, lorsque nous puisons dans des fictions ou des faits réels un moyen de nous distraire du quotidien, et peut-être aussi d’apprendre quelque chose des autres comme de nous-mêmes ?
Accompagnée par le support de l’hypnose conversationnelle, ou bien saupoudrée d’éléments destinés à créer de la confusion ou à délivrer des messages thérapeutiques, une métaphore peut donc être un moyen subtil de transmettre des suggestions thérapeutiques. Il est possible aussi de faire que l’anecdote ne soit que le prétexte à la suggestion. Ainsi, Erickson pouvait raconter des histoires longues et ennuyeuses, tellement ennuyeuses qu’elles généraient une certaine confusion chez le patient. Les suggestions pouvaient alors être délivrées grâce aux techniques de communication à plusieurs niveaux, dont Erickson maîtrisait le moindre rouage. Le patient peut parfois être tellement désorienté pendant la séance qu’il ne garde aucun souvenir précis de ce qui a été dit pendant l’hypnose.
Pour conclure ce court chapitre sur les anecdotes et les contes métaphoriques, nous rappellerons que la plupart des erreurs dans l’emploi de ces techniques consistent essentiellement à vouloir imposer au patient son propre système de représentation. Certains thérapeutes construisent leur métaphore sur des représentations symboliques qui se voudraient partagées de façon universelle. C’est malheureusement une erreur puisque nos systèmes de représentation sont le fruit de notre époque, de la société dans laquelle nous évoluons et de ses valeurs, mais aussi de notre culture, de notre éducation, de notre expérience personnelle.
Le thérapeute ne doit jamais oublier que sa propre façon de percevoir n’a guère d’importance dans la résolution du problème : il ne s’agit pas de donner au patient ce que l’on pense être la solution ou la bonne façon de se représenter le problème pour le résoudre. Il s’agit tout au contraire de le rejoindre dans son propre système de représentation, et de déterminer de quelle manière, en prenant appui sur ses propres ressources, il lui est possible de changer ses perceptions de sorte que le problème soit résolu.
Un hypnothérapeute, aussi expérimenté soit-il, n’a pas à imposer de solution au patient. Toute la difficulté dans la construction des anecdotes et des métaphores réside dans la création et le choix d’histoires adaptées au contexte, et dont le seul but consiste à potentialiser la capacité du patient à changer. La manière dont celui-ci changera reste toute personnelle, et le thérapeute n’aura à aucun moment son mot à dire sur la question. Imposer quelque chose à un patient qui s’est rendu disponible à la suggestion du thérapeute, en toute confiance, n’est pas sans risque. Quand bien même ce qui a été imposé le serait sous prétexte du soin.
Trouver la méthaphore adaptée
Comme toutes les techniques d’hypnose donc, la métaphore sera nécessairement unique car adaptée au contexte, au patient, au thérapeute, à la problématique, et à bien d’autres facteurs encore. Elle sera utilisée de façon fluide, naturelle, en usant des différentes techniques de communication verbale, para-verbale et non verbale pour en potentialiser l’impact thérapeutique. Une même métaphore ne pourrait être réutilisée qu’avec la plus grande prudence dans un tout autre contexte thérapeutique. Une chose est sûre, il n’existe pas une métaphore « pour tous », ni même telle métaphore pour « telle indication ». Et cela, malgré ce que nombre d’ouvrages dans le commerce peuvent nous inciter à croire.
Enfin, si la pratique et l’expérience permettent sans nul doute à certains thérapeutes de développer leur capacité à délivrer des histoires thérapeutiques, il faut bien se rendre compte que d’autres ne seront jamais à l’aise avec cette approche. Nombre de collègues ne sont pas des conteurs, et s’épuisent à vouloir à tout prix devenir compétents dans ce domaine. Nous ne pensons pas que cela soit une bonne idée. Chaque hypnotiseur possède une sensibilité propre qui doit l’orienter vers certaines techniques hypnotiques plutôt que d’autres. Cela vaut pour toute technique hypnotique, comme les anecdotes et les métaphores : chacun les approchera avec sa propre sensibilité, et développera un savoir-faire qui lui sera personnel.
SILENCES ET INTERACTION PENDANT LA TRANSE HYPNOTIQUE
Il doit vous apparaître clairement, désormais, que le rôle de l’hypnothérapeute ne consiste pas à délivrer des suggestions au patient qui serait « dans un état second », comme on peut administrer un médicament dans une perfusion.
L’hypnose est un accompagnement. Cet accompagnement implique une communication verbale, para-verbale et non verbale suffisamment explicite entre patient et thérapeute pour que ce dernier puisse continuer à guider le patient vers le soulagement.
Ne pas communiquer, c’est prendre le risque de passer à côté de quelque chose de décisif. De la même manière, trop communiquer, c’est prendre le risque d’empêcher le patient de faire sa propre expérience libératrice.
Notamment, on observe souvent en début d’apprentissage que les hypno-thérapeutes se contentent d’administrer les suggestions une fois le patient en transe, sans chercher de feedback de leur part, de peur de « rompre le charme » de la transe. Il ne faut pas perdre de vue que autant le rythme que les modalités d’interaction seront déterminés par le patient, de même que la façon dont se déroule l’expérience à un instant « t ». Pour se rassurer quant à la sortie éventuelle de transe de son patient, il suffit que le thérapeute se rappelle que l’hypnose est un processus dynamique et que le sujet peut faire des allers-retours constants d’une étape à une autre, et ceci à tout moment de la séance.
Car l’hypnose est quelque chose de non stable. Surtout au début de la pratique. On y va, on en revient, on y repart. Il peut même être utile de faire revenir le patient quelques instants d’une transe peu profonde, car il suffira de lui permettre de repartir dans l’expérience pour que celle-ci s’approfondisse.
On appelle cela la fragmentation de transe, et c’est un moyen d’approfondissement fort efficace.
Il convient de préciser et d’admettre toutefois que certains patients préféreront parfois garder le silence pendant l’expérience pendant que d’autres ressentiront le besoin de partager avec l’hypnothérapeute ce qu’ils sont en train d’expérimenter. En définitive, le moyen le plus simple reste simplement de demander au patient ce qu’il désire faire. Par une question ouverte (voulez-vous me dire comment cela se passe ?) ou une question fermée (voulez-vous communiquer ?), il suffira de s’enquérir des besoins du patient et de ce qui lui rend le plus service à l’instant où se déroule l’expérience.
Un autre moyen de communiquer est l’utilisation du signaling, qui dans ce cadre sera utilisé de façon consciente : « quand vous sentez bien que vous avez pu installer autant de confort que possible dans cette jambe, vous pouvez me faire un signe avec un petit mouvement de la main droite ».
e « double signaling »