Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 161 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Quelques exercices d’hypnose pratiqués en hypnopédiatrie…

hypnotique. Une bonne connaissance de la culture et de ce qui fait « le buzz » dans le monde des ados est un atout non négligeable dans la prise en charge de ces derniers en hypnothérapie. Il faut toutefois rester authentique et ne pas en faire trop, au risque de passer pour un vieux ringard qui « se la joue jeune ». Enfin, pour l’adolescent également, l’apprentissage de l’autohypnose peut être un plus qui l’accompagnera toute sa vie.

L’enfant a donc ceci de spécifique qu’il a déjà un pied (et parfois les deux) dans l’imaginaire. Il suffit parfois simplement de demander au jeune patient d’imaginer pour qu’il se trouve propulsé dans une expérience hypnotique. Pour lui, le virtuel est déjà le réel. La capacité à s’investir dans un autre monde est beaucoup plus importante que chez l’adulte.

Toutefois, si l’enfant a la capacité de rentrer rapidement dans l’hypnose, il a également tendance à en sortir tout aussi rapidement. Le thérapeute doit donc, et c’est là une autre particularité de l’hypnose en pédiatrie, stimuler en permanence son patient par des suggestions invitant à relancer ou à poursuivre l’expérience hypnotique.

Enfin, et nous en avons parlé, la troisième spécificité de l’hypnose en pédiatrie réside dans la présence du tiers : le ou les parents qui accompagnent dans la demande de soin. On prendra le soin infini d’assigner une juste place à chacun des protagonistes de la thérapie, de délivrer aux parents les informations qui peuvent et doivent être délivrées, de respecter la confidentialité de ce qui se joue au temps de la thérapie avec l’enfant, tout en respectant la présence et le statut du parent. Les hypnothérapeutes rodés à la pratique de l’hypnose avec les enfants font un travail magnifique et obtiennent des résultats remarquables.

 

Quelques exercices d’hypnose pra qués en

hypnopédiatrie…

Voici un exercice qui permet à l’enfant de s’intérioriser et de faire une pause.

Expérimentez l’exercice de la tortue

(Pour la phase scolaire, préscolaire, moyenne enfance)

Imagine que tu es une tortue.

Une tortue qui respire.

Tu vas prendre une belle respiration.

Et tu souffles calmement.

Puis tu prends une autre respiration.

Et tu souffles encore calmement.

Maintenant, mets tes mains sur ton petit ventre de tortue.

Tu vas respirer tranquillement en inspirant par le nez.

Et en soufflant par la bouche.

Pendant que tu fermes les yeux.

Et tu imagines que tu es en train…

… De rentrer la tête…

… Les bras…

… Les jambes…

… Dans ta carapace de tortue !

Et là, dans ta carapace de tortue…

… Rien ni personne ne peut te déranger.

Tu es bien à l’abri.

Tu peux continuer à respirer calmement.

Pendant que tu sens combien tu es protégé dans ta carapace.

Voici un exercice utilisé lorsque l’enfant est confronté à un problème à résoudre, sans en voir la solution clairement.

Expérimentez l’exercice du dessin en trois temps

(âge préscolaire, scolaire, moyenne enfance)

Prends trois feuilles de papier.

Dispose-les toutes les trois devant toi, alignées.

Sur la feuille de gauche, dessine ton problème tel que tu te le représentes aujourd’hui.

Sur la feuille de droite, dessine ton problème résolu, comme tu le souhaites.

Maintenant, fais l’exercice de la tortue.

(…)

Ouvre les yeux.

Sur la feuille du milieu, dessine l’étape intermédiaire : les trois feuilles sont comme trois

images de bande dessinée. C’est à toi de dessiner la case du milieu, qui complète l’histoire entre

la case de gauche et la case de droite.

À présent, fais l’exercice de la tortue.

(…)

Vois maintenant, dans ton imagination, comment tu peux mettre en application les choses de la

seconde case dans ton quotidien.

L’autre possibilité pour le thérapeute est de reproposer les éléments symboliques donnés par

l’enfant pour effectuer la transition du problème à la solution par le biais de métaphores.

Voilà un exercice plus complexe, destiné à des enfants plus grands, facilitant une gestion de l’émotion au travers d’une métaphore corporelle.

Expérimentez l’exercice de la statue

(Moyenne enfance, et adolescence pourvu que le jeune adulte ne craigne pas le jugement du

thérapeute et ne se sente pas ridicule)

Tu es une statue.

Une statue spéciale.

Elle a été sculptée pour exprimer une émotion.

J’aimerais que tu prennes ton temps, et que tu prennes la position qui reflète le mieux ton état

d’esprit ou ton problème.

Symbolise ton problème par cette statue.

Tu peux occuper tout l’espace que tu désires.

Tu peux être debout, allongé, assis, accroupi, roulé en boule… Tout ce que tu désires pour que

cela exprime ton émotion.

(…)

À présent, je vais te demander de changer légèrement de position, sur un tout petit segment, la

position de la tête, un bras, une jambe… Et de voir comment cela change l’émotion que tu

exprimes.

À toi. Tu vas faire plein d’essais.

Expérimente.

Par exemple, si tu lèves la tête, le menton au ciel, ressens dans ton corps si cela change

l’émotion que tu exprimes.

Si ce changement est bon, garde cette position et vois ce que tu peux changer d’autre.

Si ce changement est mauvais, reviens à la position précédente et change autre chose.

S’il n’y a pas de changement, essaie de bouger autre chose.

(…)

L’exercice s’achève lorsque le jeune adulte ressent un soulagement.

 

LA MÉTAPHORE : LE CONTE

Cet exercice consiste à raconter une histoire, que celle-ci fasse partie de notre culture, qu’elle soit une histoire de famille, ou qu’elle soit une histoire inventée de toutes pièces par le thérapeute.

Le conte doit avoir une portée thérapeutique, et pour cela, contenir des messages plus ou moins cachés qui ont une signification particulière pour aider à la résolution du problème.

Le thérapeute se transforme alors en conteur, délivre des suggestions en usant de la boîte à outil de la communication en hypnose (langage verbal, paraverbal et non verbal).

Dans le conte, l’enfant est passif. Il ne participe pas à l’histoire. Il écoute, comme il écouterait un parent lui raconter une belle histoire avant de s’endormir.

La notion de conte imprègne la culture humaine depuis bien longtemps puisqu’elle a participé à la transmission de l’histoire, de l’information, des traditions, lorsque les sages racontaient aux membres de la communauté installés autour d’un feu des choses merveilleuses ou terribles.

Le conte est certainement un des moyens les plus anciens d’enseignement et d’évolution. Il existe toujours une partie de nous qui se délecte en écoutant un conteur talentueux.

 

LA MÉTAPHORE SEMI-ACTIVE

Elle consiste à raconter une histoire à l’enfant, dans laquelle l’enfant devient un personnage (le héros), son problème est symbolisé, mis en scène, et on demande à l’enfant de participer activement à l’aventure en faisant ce qu’il a à faire pour vaincre les obstacles. Cette technique fait appel à l’imagination du thérapeute, à sa capacité à intégrer les éléments du problème et à les mettre en scène dans une histoire qui prend en compte les centres d’intérêt de l’enfant, et enfin à sa capacité à raconter une histoire de façon vivante tout en y intégrant l’enfant.

C’est une sorte de jeu de rôle, qui fait intervenir l’enfant afin de s’enquérir régulièrement de sa perception de ce qui est accessible et de ce qui ne l’est pas.

Annabelle et Scooby-Doo, guérisseurs d’eczéma ! Annabelle a 7 ans. Ses parents l’amènent au centre d’hypnose pour un eczéma généralisé. Les traitements médicamenteux n’y font rien, et les parents ont entendu parler de l’hypnose car un membre de leur famille a été traité avec succès de la sorte, pour un tout autre problème. Lors de l’entretien, Annabelle raconte qu’elle aime bien regarder les aventures de Scooby-Doo à la télé. Je lui propose une histoire dans laquelle Scooby-Doo est malade. Pour guérir, il doit trouver une potion magique cachée dans un coffre au trésor, dans une maison hantée. Accompagné d’Annabelle, je défile le cours de l’histoire dans laquelle Scooby-Doo arpente les couloirs de la maison hantée, accompagné de son fidèle compagnon Samy. Après avoir déjoué quelques obstacles, Scooby-Doo arrive enfin devant le coffre au trésor, l’ouvre sans encombre et en sort la fiole de potion magique.

Au moment de la boire, je suggère à Annabelle, dont les yeux brillent de plaisir, que la potion

magique va guérir pour toujours l’eczéma de Scooby-Doo.

« Ah non ! » proteste Annabelle. Piqué au vif, je lui demande alors comment elle voit la fin de

l’histoire, et elle me dit avec malice : « il sera guéri pendant un mois tout entier ! ».

L’eczéma d’Annabelle disparut suite à cette séance. Et contrairement à ce que l’on aurait pu

penser, son eczéma ne revint pas après un mois. Mais cette intervention de dernière minute est

pleine de sens.

D’abord, cela signifie qu’Annabelle était parfaitement dans l’histoire et investissait celle-ci de

son émotion, tout en mettant plus ou moins consciemment en parallèle son problème avec celui

de son héros. Ensuite, parce que proposer un soulagement temporaire est une magnifique

manière de se garder une porte de sortie. Changer oui, mais peut-être pas complètement, ou pas

pour toujours. On va juste « essayer » voir ce que cela donne.

Tout porte à croire qu’Annabelle a définitivement adopté ce changement pour son plaisir et

celui de ses parents.

Chez l’enfant comme chez l’adolescent, la thérapie symbolique fonctionne merveilleusement. On pourra donc utiliser le protocole de la réification, d’autant que ce travail thérapeutique peut prendre une dimension extrêmement ludique. L’enfant joue l’expérience avec un tel plaisir et une telle intensité que les résultats sont souvent rapides.

 

eu et plaisir