Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 173 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Les contre-indications

Il est de la responsabilité du thérapeute de ne pas alimenter une telle confusion dans l’esprit des patients, et d’être très clair sur les possibilités de la thérapie par l’hypnose. Il est légitime d’utiliser l’hypnose pour potentialiser l’optimisme d’un patient qui se bat contre une maladie grave, mais il est criminel de bercer un patient dans l’illusion que l’hypnose va le guérir d’une maladie incurable.

 

Ces précautions étant prises, lorsque l’hypnose est proposée par un professionnel de la santé diplômé et formé à cette discipline, il n’existe pas de réelle limite en ce sens qu’il est toujours possible d’agir sur le monde des représentations. L’hypnose, rappelons-le, est une expérience intrinsèquement humaine qui n’a besoin d’aucun produit chimique ni d’aucun appareillage particulier pour être réalisée.

Changer une perception est une capacité humaine indépendante de l’environnement immédiat, des circonstances, des événements, mais aussi du corps et des pathologies dont il peut souffrir.

En définitive, quel que soit le problème rencontré par le patient, on peut toujours proposer un accompagnement par l’hypnose.

 

Les contre-indica ons

Est-ce à dire que l’hypnose peut être proposée tout le temps, en toutes circonstances, et en tout lieu ?

Pas tout à fait. S’il existe un interdit en hypnose, celui-ci sera directement lié à la compétence du soignant à pouvoir prendre en charge le problème que présente le patient, ainsi que sa capacité à s’adapter à l’expérience perceptive du patient.

C’est la raison pour laquelle, nous le rappelons, dans le cadre de psychose ou de dissociation pathologique, l’hypnose n’est pas recommandée. On ne rajoute pas de la dissociation à une dissociation existante. Toutefois, et nous avons suffisamment insisté sur ce point, le patient atteint de troubles dissociatifs pathologiques peut bénéficier d’une hypnose thérapeutique si celle-ci est pratiquée par le corps de métier formé à prendre en charge ce genre de pathologies. Par exemple, certains exercices en hypnose consistent à réassocier le patient à son corps, au réel, à l’environnement. La prise en charge se fera préférentiellement dans le contexte hospitalier ou médicalisé, permettant une surveillance adaptée.

Chacun son mé er

Un dentiste ne s’improvise pas psychiatre, et un psychiatre ne s’improvise pas anesthésiste. La compétence à prendre en charge un certain type de patients et un certain type de pathologie ne dépend pas de la formation en hypnose mais d’un savoir-faire né de l’expérience professionnelle des soignants et de l’apprentissage du terrain. C’est lorsque l’on se confronte à autrui au quotidien que l’expérience relationnelle propre au terrain se développe. L’hypnose ne permet pas d’exercer un métier du soin, mais permet de l’exercer différemment. En outre, elle donne à la relation une qualité particulière qui potentialise l’accompagnement vers le soulagement.

Par ailleurs, il ne peut y avoir d’hypnose s’il n’existe pas de demande et d’attente de la part du patient à vouloir changer ses perceptions. Cela est vrai dans le contexte de l’hypnothérapie, clairement nommée dans le contexte dans lequel elle s’emploie, mais c’est vrai aussi pour les sessions d’hypnose « à la volée », comme dans le cadre du soin aigu, du bloc opératoire avant une anesthésie générale, contextes dans lesquels, même si l’on ne prononce pas le terme d’hypnose, il est indiscutable qu’il existe une intention commune, chez le patient comme chez le soignant, à modifier les perceptions en vue d’un soulagement. Cette modification perceptive peut se faire par l’hypnose, plutôt que par les médicaments.

Cette attente de la part du patient, cette demande – même tacite – est une intention partagée par le thérapeute. Soulager. Accompagner vers le soulagement. Mais pour que cet accompagnement puisse se faire, il est indispensable de passer par la relation. Si celle-ci est inexistante, ou si elle n’est pas stable, il n’y a pas de communication possible entre les deux acteurs du changement. En aucun cas, et à aucun moment, il ne s’agira de « manipuler » le patient afin d’imposer un changement « pour son propre bien ». Jouer dans ce registre va d’abord totalement à l’encontre de toute éthique et est, ensuite, extrêmement dangereux.

appel !

L’absence d’intention commune et l’absence de communication sont des contre-indications évidentes à l’expérience hypnotique.

 

Au-delà de l’absence d’intention commune, qui met en échec certain la thérapie, il existe des situations évidentes dans lesquelles la communication entre patient et thérapeute ne peut exister du fait d’un trouble cognitif marqué, d’un état confusionnel, ou de toute incapacité physique ou psychique compromettant l’échange et la compréhension de l’information. On précise toutefois que même dans de tels cas, il est parfois possible de définir un canal de communication au travers duquel entrer en relation avec le patient. Si le thérapeute est habile, il est possible de réaliser une modification perceptive, même dans ces situations difficiles.

Enfin, la prise en charge en hypnose est contre-indiquée dans le contexte médicojudicaire, en particulier si le thérapeute est l’expert lui-même. Il n’est pas possible d’objectiver des faits dans le cadre d’une démarche juridique ou judiciaire, et dans le même temps, de délivrer un soin à la victime. Une telle chose entraînerait une confusion qui rendrait caduque l’expertise, et qui ferait dans le même temps perdre à la démarche thérapeutique toute sa valeur.

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