Le grand livre de l'hypnose
Élargir la perception
Faire naître de nouvelles poten alités
L’hypnose thérapeutique repose sur l’intervention du thérapeute. Dans une dynamique d’influence et d’ajustement réciproque, le thérapeute utilisera toutes les techniques qu’il a apprises pour faire surgir dans le présent de nouvelles potentialités. Le but de la cure en hypnose sera de permettre au patient de retrouver sa capacité première à évoluer et à s’adapter à un environnement quel qu’il puisse être, et quel que soit le trauma qui a été vécu. Nulle recherche des causes de la souffrance n’est nécessaire car elle ne permet pas de guérir dans le paradigme de l’hypnose. Au contraire, la compréhension de l’origine de la souffrance tend à augmenter la focalisation et la rumination autour du problème qui amène à consulter. Il s’agit donc plutôt de réactiver l’animalité de l’homme dont le patient s’était coupé, en se replongeant dans un régime de fonctionnement premier, antérieur à l’intervention de la pensée logique, de l’esprit critique, du besoin de contrôle.
Pour retrouver son animalité, et exploiter ainsi tout le potentiel d’adaptation du vivant, le patient sera invité à réaliser certains exercices.
Car si en hypnose on en vient à dire qu’il n’y a pas de règle, c’est en raison de la spécificité et de l’unicité de chaque séance. C’est toujours le contexte, par définition unique au cours d’une thérapie, qui détermine les modalités d’intervention du thérapeute.
Toutefois, il est possible de poser quelques principes thérapeutiques généraux sur lesquels le thérapeute comme le patient pourront s’appuyer pour évoluer vers la guérison.
Une fois l’essence de ces principes comprise, toute technique, tout protocole, toute création, toute intervention sera bonne pour permettre au patient de franchir « les portes de la guérison ».
Élargir la percep on
Lorsque l’attention est fixée sur un point, il se passe une perturbation dans les sens. Si vous vous êtes exercé à l’induction par fixation visuelle du point (page 94), vous avez constaté que la fixation prolongée, ou plus exactement l’absence de mouvement, a des conséquences sur l’ensemble de la perception. On pourrait dire qu’à cause de la fixation, un flou s’installe dans la perception. Vous ne voyez plus les choses comme elles sont dans la réalité partagée. Lorsque le flou apparaît, des éléments du champ visuel disparaissent : les contours, les objets, l’environnement se fondent en une perception plus ou moins distincte. On peut dire qu’on « voit sans voir ».
La même expérience peut être réalisée avec un autre sens : posez la pulpe de l’index sur la table. Restez immobile. Attendez quelques minutes. Ne bougez pas pendant que le temps s’écoule. N’est-il pas vrai qu’au fil du temps, en raison de cette immobilité, vous perdez la perception fine de la température de la table ? De la texture de celle-ci ? De la taille ou même de la position exacte de votre doigt ?
N’est-il pas vrai que pour retrouver une perception qui donne une lecture fidèle de la réalité, il vous faut remettre du mouvement ?
Par exemple, dans l’exercice qui vous a été proposé dans ce livre, en cessant de fixer le point et en balayant votre regard de droite à gauche, les modifications visuelles disparaissent et il vous est possible de voir les limites de la feuille.
Ou bien vous pourriez remettre du mouvement en passant à nouveau le doigt sur la table. N’est-ce pas que le mouvement vous permet de percevoir à nouveau avec précision la texture de la table, sa température ?
Enlever le mouvement crée donc des modifications perceptives subjectives. La fixité provoque des distorsions dans la perception. Si bien qu’un observateur extérieur qui vous verrait faire l’exercice pourrait s’inquiéter des remarques étranges que vous exprimeriez en commentant ce dernier : « c’est flou, le point se dédouble, la feuille disparaît, tout se fond, je ne vois plus rien… »
Supprimer le mouvement fait basculer dans une autre perception. Il faut donc remettre du mouvement pour que les choses redeviennent conformes à la réalité.
eme re du mouvement
Nombre de pathologies proviennent de l’absence de mouvement : la fixation sur une douleur, un traumatisme, la rumination, une obsession, la répétition d’un même geste. Le travail du thérapeute consistera à identifier cette immobilité et à aider le patient à remettre du mouvement. La raison n’y fait rien hélas, comme les bons conseils des amis et de la famille qui enjoignent le patient d’agir, de « se bouger », de « arrêter de ruminer ». Le remède vient rarement de la raison. Parce que la perception est déformée par le prisme de l’immobilité.
Pour vaincre la fixité, il faudra remettre du mouvement dans la perception : se remettre en contact et se laisser traverser par l’ensemble du contexte. La remise en mouvement permet de rouvrir la perception qui s’était restreinte, permet d’élargir la perception pour apercevoir la solution. Remettre du mouvement permet de mieux discriminer les éléments, de percevoir la réalité telle qu’elle est, de mieux identifier les choses et surtout de les replacer dans leur contexte. Cette perception élargie comprend la totalité des liens qu’entretient le patient avec son monde. Comme un élément se définit par son contexte, isoler un élément par la focalisation le sort de celui-ci et l’isole encore un peu plus. Voilà pourquoi on dit souvent que l’hypnose permet de sortir de la plainte : faire cesser la rumination, ou cesser de vouloir « comprendre pourquoi » permet de sortir de l’obsession.
On pourrait donc dire que dans certains cas, la fixité crée la maladie, et que la guérison doit passer par la remise en mouvement.
Cette remise en mouvement nécessitera que l’on lâche les coordonnées figées sur lesquelles on se repose, et qui en un sens pouvaient rassurer par leur stabilité, leur immuabilité. Pour se remettre en mouvement, il faut quitter la zone de confort de la répétition et de la fixation. On peut ainsi s’ouvrir et accueillir de nouvelles représentations, perceptions, interactions, quelles qu’elles puissent être. Remettre en mouvement la perception passe donc par l’acceptation de l’incertitude : ne pas savoir ce qui vient demain, mais être prêt à l’accueillir tel qu’il se présente.
Lorsqu’on remet du mouvement, lorsqu’on remet un balayage dans le faisceau de l’attention, on entre dans un espace plus large de perceptions qui pourrait contenir la réponse d’adaptation au problème. C’est donc par l’ouverture que se fait la guérison.