Le grand livre de l'hypnose
Quelques thérapies en détail
La sophrologie
S’il est une thérapie par laquelle nous devrions commencer ce chapitre comparatif entre l’hypnose et les autres techniques thérapeutiques, c’est bien la sophrologie.
Combien de fois entendons-nous en thérapie les patients s’interroger « mais, ce que l’on vient de faire là c’est de la sophrologie, non ? »
Combien de fois avons-nous entendu des sophrologues dénigrer l’hypnose et la caractériser de forme « primitive » de la sophrologie qui se voudrait, elle, plus « sophistiquée » et mieux adaptée à notre époque ?
Ce sont des remarques que l’on peut faire légitimement. Penchons-nous un instant sur l’histoire pour essayer d’y comprendre quelque chose.
QUELQUES MOTS D’HISTOIRE
En pleine période de déclin de l’hypnose en Europe, le neuropsychiatre Alfonso Caycedo (né le 19 novembre 1932), propose le terme de sophrologie pour remplacer le terme d’hypnose au VIe congrès international de psychologie médicale de Vienne en 1961.
hypnose selon Caycedo
Pour Caycedo, d’une part le terme d’hypnose n’était pas approprié au phénomène observé, puisque la terminologie renvoie au sommeil, et d’autre part le mot était trop connoté de mystère, créant ainsi un obstacle à la pratique de cette technique dans le cadre du soin. En proposant le terme de sophrologie, il entend également combattre le mauvais usage qui est fait de l’hypnose, et la rendre au domaine médical, domaine dont elle est issue au travers du magnétisme animal proposé par Mesmer deux siècles plus tôt.
À l’origine, donc, même si l’on parle de sophrologie, il s’agit pourtant toujours d’hypnose. L’étiquette seule change.
Cela ne suffit pas hélas pour donner à la sophrologie autant d’ampleur que l’hypnose en a eue depuis sa découverte. Caycedo insiste pourtant sur les spécificités qui font de sa méthode quelque chose de bien différent de l’hypnose. Pourtant, les techniques de sophrologie sont les mêmes que celles de l’hypnose : en outre, certains exercices consistent à focaliser l’attention du patient jusqu’à le dissocier suffisamment de son environnement et lui proposer divers exercices, qui ne sont pas sans rappeler certaines suggestions complexes, hypnotiques.
Toutefois, il faut reconnaître que si la sophrologie naît de l’hypnose, elle ne se résume pas à cette dernière, mais se veut initialement exhaustive dans l’étude de l’ensemble des techniques de modification de l’état de conscience. Caycedo fait donc rapidement de la sophrologie un travail de synthèse remarquable qui s’inspire ainsi non seulement de l’hypnose, mais également de la relaxation, du training autogène de Schultz, mais aussi de la transe sous toutes ses formes, du yoga, de la méditation zen…
La sophrologie connaît un succès considérable dans les années 70. Pourtant, l’hypnose ne disparaît pas. Des chercheurs continuent à l’étudier dans le contexte clinique et expérimental, et la sophrologie ne parvient pas à susciter leur intérêt.
Malgré sa volonté de substituer la sophrologie à l’hypnose (Caycedo en 1974 parle même d’abolir le terme d’hypnose au symposium de Bruxelles), la sophrologie n’a jamais éclipsé cette dernière, et ne s’y est jamais substituée. L’engouement pour la sophrologie s’estompe progressivement, même si la méthode ne disparaît pas.
Ne parvenant finalement pas à entrer dans le champ de la science comme elle était destinée à le faire, et se substituer ainsi à l’hypnose, elle s’éloigne de son travail de synthèse sur la conscience humaine et devient une mise en méthode du cheminement personnel de son créateur.
En se voulant exclusive et en revendiquant sa spécificité et son unicité, la sophrologie s’est éloignée du champ de la science, de la recherche et de la clinique.
L’hypnose, elle, est spécifiquement revenue dans le champ de la médecine comme un outil thérapeutique qui a bénéficié des apports rigoureux d’évaluation de la recherche. Au vu des résultats qu’elle permet d’obtenir et des études publiées dans les revues de référence, elle regagne l’intérêt de la psychologie et de la médecine. Par ailleurs, l’hypnose n’est plus considérée aujourd’hui comme un moyen d’influence, reproche souvent mis en avant par les sophrologues, mais comme un moyen de communication permettant d’induire un changement de perception thérapeutique.
QUELQUES POINTS COMMUNS
Lorsqu’on étudie la sophrologie, on retrouve des éléments fortement similaires à l’hypnose. Les méthodes dites de sophronisation, sont des protocoles destinés à « abaisser le niveau de conscience » et sont similaires aux inductions hypnotiques.
Les éléments de communication paraverbale qui jouent un rôle non négligeable dans l’induction hypnotique (tonalité de la voix, rythme, etc.) sont regroupés sous le terme de terpnos logos dans la sophrologie.
Comme l’hypnose, la sophrologie s’applique aux domaines de la santé. On la nomme «sophrologie clinique». Les indications sont les mêmes que celles de l’hypnose médicale.
Les contre-indica ons de la sophrologie
Elles sont également les mêmes que celles de l’hypnose : classiquement, les sophrologues mettent en garde quant à la prise en charge de patients atteints de pathologies psychiatriques graves, et reconnaissent que la prise en charge clinique de patients atteints de pathologies graves, organiques ou psychiques, doit faire l’objet d’une coordination avec les soignants aptes à traiter ces pathologies.
On retrouve en sophrologie les mêmes axes de thérapie que ceux que l’hypnose a mis en évidence. Dans son livre « l’hypnose ou les portes de la guérison », Jean-Marc Benhaiem expose ces axes comme autant de portes que le patient aurait à pousser pour accéder à la guérison. Ces portes sont les portes du temps, de la pensée, de l’espace, du symptôme. Ces portes ne sont pas propres à l’hypnose mais sont plutôt considérées comme les conditions du changement que l’hypnose permet de remplir.
En sophrologie, les protocoles d’exercices proposés empruntent ces mêmes portes pour permettre au patient une guérison, une libération, un mieux-être. En outre, les exercices qui consistent à se ramener au temps présent existent en sophrologie comme en hypnose. Pour cela, on propose en sophrologie des exercices qui permettent au patient de réinvestir leur corps, comme le veut un des principes thérapeutiques de base de l’hypnose thérapeutique. On retrouve également des protocoles d’exercices reposant sur la projection dans le futur, mais aussi des régressions en âge permettant de changer la représentation d’un événement passé.
Comme en hypnose, la sophrologie utilise l’imagination dans de nombreux exercices.
Enfin, la notion de lâcher prise, autre notion clé de la thérapie en hypnose, est également un axe du travail en sophrologie.
QUELQUES DIFFÉRENCES
L’hypnose ne passe pas par la relaxation, contrairement à la sophrologie qui propose de nombreuses techniques pour relaxer le corps, l’esprit et les émotions. En hypnose, on a peu recours à la relaxation pour les raisons déjà exposées. En revanche, la relaxation est une conséquence de l’expérience hypnotique, que patients et thérapeutes savent apprécier.
« Une totale liberté est nécessaire pour rester aux aguets et
ne rien perdre des éléments livrés par les patients qui
montrent une voie possible pour la guérison »2.
L’hypnose n’est jamais protocolisée. Elle l’est artificiellement pour enseigner aux futurs hypnothérapeutes des techniques de modification perceptive, ou encore pour donner aux patients des pistes d’exercices à faire dans le cadre de l’autohypnose. Mais la meilleure des expériences hypnotiques est brodée au moment même de la consultation. C’est la raison pour laquelle on parle de valse ou de danse hypnotique. Une séance d’hypnose thérapeutique consiste à partir de la perception propre du patient pour l’amener à une perception plus confortable. Cela ne peut se faire en imposant au patient de suivre un protocole qui pourrait ne correspondre en rien à son système de représentation.