Le grand livre de l'hypnose

Grégory Tosti · Chapitre 35 sur 182

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Le grand livre de l'hypnose

Une aptitude propre au vivant

Une ap tude propre au vivant

Ainsi, cet état propice à une réorganisation du système perceptif en vue d’une adaptation à l’environnement n’est ni la veille, ni le rêve, ni le sommeil. Nous le savons depuis les premières études électroencéphalographies de 1949. Il s’agirait plutôt d’un quatrième état

de l’organisme1 propre au vivant (il trouverait ses racines profondes dans l’hypnose animale), propre à la nature animale de l’homme en tant que mammifère, et dont la potentialisation, l’émergence, se trouve favorisée par le contexte et l’interaction relationnelle qui se joue entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé.

 

Un poten el réorganisateur

De même que le sommeil favorise le rêve (phase du sommeil paradoxal) qui se fait dans un déploiement de créativité, l’hypnose favorise ce que François Roustang nomme la veille paradoxale, capable de réorganiser notre rapport au monde. Car c’est bien par les liens avec le monde qu’un individu se définit, non pas comme entité intelligente, mais comme organisme vivant en constante interaction avec l’environnement. Lorsque l’adaptation ne peut plus se faire, lorsque le système relationnel est figé, alors la pathologie est susceptible d’apparaître. L’hypnose consisterait alors à accompagner le patient dans ce régime de fonctionnement qui n’est ni celui de la pensée ni celui de la raison, mais bien au contraire un régime de fonctionnement dans lequel on lâche le contrôle, le « vouloir/comprendre », pour favoriser l’émergence de nouveaux liens au monde. Ainsi, on ressort de l’hypnose un peu plus souple, le monde semble rafraîchi, et la perception tout entière change.

Et c’est par le corps que cela guérit.

Mais pour y accéder, il faut se rendre disponible « à ne plus vouloir, à ne plus penser, à entrer dans la plus grande passivité, à mettre en suspens toute recherche de compréhension, renoncer au contrôle de la conscience

pour laisser advenir l’inédit. »2 Car si ce pouvoir réorganisateur est une caractéristique du vivant, il faut donc pouvoir se défaire de ce à quoi l’humain tient le plus : la pensée, la raison, l’analyse, le contrôle afin qu’il retrouve son statut d’animal. Ainsi, l’hypnotisé laisse le corps et l’esprit travailler de concert. Il ne s’agit plus de séparer ni l’un ni l’autre, il s’agit de se réduire à l’état de vivant pour expérimenter une sensorialité première qui rassemble l’âme et le corps.

Après tout, c’est bien ce que fait le corps à chaque seconde : il maintient une homéostasie de sorte que la vie se poursuive. Pour cela, il s’adapte en permanence, ajuste certaines variables, renouvelle ses tissus, se répare et cicatrise les blessures, les traumatismes, les plaies. Certains avanceront que l’esprit n’a rien à voir avec le corps, ou que tout au plus, il a plutôt à voir avec le cerveau.

La neuroplas cité

Est-il inconcevable d’avancer qu’à son propre niveau, le cerveau réalise la même nécessaire homéostasie ? Est-il inconcevable d’imaginer que l’ordinateur le plus perfectionné au monde (le système nerveux) puisse entretenir un ajustement permanent, de sorte que l’humain puisse s’adapter au mieux à son environnement ? Il y a quelques années encore, nous pensions que le cerveau était figé à partir de la vingtaine. Âge auquel il était censé débuter une lente déchéance jusqu’à la fin de la vie, justifiant ainsi les troubles cognitifs qui pouvaient apparaître chez certains dans la vieillesse. Aujourd’hui, on sait que le cerveau évolue tout au long de la vie, qu’il est capable d’établir de nouvelles connexions entre neurones, capable d’apprendre de nouvelles fonctions à tout âge de la vie. On appelle ce phénomène la neuroplasticité.

L’hypnose n’est donc pas un simple jeu d’imagination, mais

bien une expérience faite par le corps lui-même, le cerveau

lui-même, interface au monde et siège des perceptions et des

représentations.

Qu’il se passe effectivement quelque chose dans le cerveau pendant l’expérience de l’hypnose est chose désormais acquise grâce aux progrès des neurosciences, depuis que les études en imagerie fonctionnelle ont montré des modifications robustes et reproductibles de l’activité cérébrale pendant l’hypnose.