Le grand livre de l'hypnose
Troisième partie: L’hypnose qui soigne : le principe de guérison
TROISIÈME PARTIE
L’HYPNOSE QUI SOIGNE : LE
PRINCIPE DE GUÉRISON
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Chapitre 16
Nouveaux éclairages, nouvelles
stratégies thérapeu ques
L ’HYPNOSE THÉRAPEUTIQUE EST UNE EXPÉRIENCE RELATIONNELLE qui met en jeu des mécanismes neurophysiologiques permettant à un individu de mieux vivre, d’atténuer ou de supprimer un trouble ponctuel ou chronique.
L’étude de l’hypnose propose également, au travers de la grille de lecture du processus, de redéfinir les mécanismes d’installation de la pathologie, et de proposer des stratégies thérapeutiques novatrices. Jean-Marc Benhaiem et François Roustang, dans L’Hypnose ou les portes de la
guérison, proposent une réflexion avancée sur ce thème1.
Quand le processus hypno que nous éclaire sur le
mécanisme d’installa on de la
pathologie
L’étude de l’hypnose a permis aux équipes de l’association Française de l’Étude de l’Hypnose Médicale de modéliser le phénomène hypnotique non pas comme un état mais comme un processus. La connaissance et la compréhension de chacune de ces phases permettent une compréhension transversale de l’hypnose et de ses modes d’action beaucoup plus complète que d’autres modèles précédents.
Mieux, une telle modélisation permet non seulement de comprendre ce qui peut se passer par l’hypnose, mais également de donner quelques éclairages sur l’installation de certains états pathologiques, notamment chroniques. Jean-Marc Benhaiem développe ce concept.
Certains événements de la vie, pénibles, violents ou perçus comme tels, confrontent le patient à une succession de phases semblables à celles du processus hypnotique, mais dans un contexte pénible et autoritaire.
Ainsi, autant le contexte d’empreinte dans la pathologie douloureuse ou traumatique se fait dans un contexte pénible et violent, autant le passage dans le processus hypnotique se fait dans un contexte bienveillant de soin.
Lors d’un traumatisme, d’un choc, d’un événement de vie brutal, menaçant l’intégrité physique ou psychique, mais aussi lors de l’apparition d’une douleur qui s’installe dans le temps, l’attention du patient est tout entière, bien malgré lui, captée par la pénibilité de ce qui est vécu.
C’est une focalisation sur une perception (première étape du processus hypnotique), mais c’est une perception qui est douloureuse. On parle de sidération, qui n’est pas sans rappeler la sidération de la proie face à la menace que représente le prédateur : la victime est immobilisée par le contexte menaçant.
À force de fixer son attention sur la souffrance, il s’installe une confusion (seconde étape du processus hypnotique). De même qu’un point fixé devient flou, l’objet de la focalisation fait que l’ensemble de la perception du patient se brouille, et il lui devient impossible d’analyser le problème objectivement : raison et logique ne parviennent pas à appréhender le problème autrement. La bonne volonté de guérir n’y fait rien non plus : plus on pense au problème, plus on cherche à le comprendre, plus on l’explore, plus il devient flou et insaisissable. La perception même de l’objet douloureux prend une ampleur démesurée, et les conséquences du traumatisme perturbent ainsi la perception de tous les autres champs de la vie du patient.
Le patient semble figé, prostré, sa capacité imaginative se réduit, il répète en boucle les mêmes idées, les mêmes sensations. Le voici bloqué bien malgré lui dans la rumination, l’obsession. Il peut même présenter divers troubles neurovégétatifs tels qu’hypervigilance, irritabilité, insomnie, entraînant fatigue et réduisant davantage les capacités d’adaptation de l’individu face au problème. On retrouve dans la classification de l’état de stress posttraumatique de la classification internationale certains de ces symptômes, qui caractérisent l’arrêt du mouvement vital des patients victimes d’un événement traumatique.