Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 128 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre Iiii.

 

J 216 e partis de Tadoussac pour aller à Québec, & passasmes prés d'une isle

qui s'appelle l'isle aux Lievres, distante de 6 lieues dudit port, & est à deux

lieues de la terre du nort, & à prés de 4 lieues 217 de la terre du sud. De l'isle

aux Lievres, nous fusmes à une petite riviere qui asseche de basse mer, où à

quelque 700 à 800 pas dedans y a deux sauts d'eau. Nous la nommasmes la

riviere aux Saulmons 218, à cause que nous y en prismes. Costoyant la coste

du nort, nous fusmes à une pointe qui advance à la mer, qu'avons nommé le

cap Dauphin 219, distant de la riviere aux Saulmons trois lieues. De là

fusmes à un autre cap que nommasmes le cap à l'Aigle 220, distant du cap

Dauphin 8 lieues. Entre les deux y a une grande ance, où au fonds y a une

petite riviere qui asseche de basse mer 221, & peut tenir environ lieue &

demie. Elle est quelque peu unie, venant en diminuant par les deux bouts. A

celuy de l'ouest y a des prairies & pointes de rochers, qui advancent quelque

peu dans la riviere: & du costé du surouest elle est fort batturiere, toutesfois

assez agréable, à cause des bois qui l'environnent, distante de la terre du

nort d'environ demie lieue, où il y a une petite riviere qui entre assez avant

dedans les terres, & l'avons nommée la riviere platte, ou malle baye 222,

d'autant que le travers d'icelle la marée y court merveilleusement: & bien

qu'il face calme, elle est tousjours fort emeue, y ayant grande profondeur:

mais ce qui est de la riviere est plat, & y a force rochers en son entrée, &

autour d'icelle. De l'isle aux Couldres costoyans la coste, fusmes à un cap,

que nous avons nommé le cap de Tourmente, qui en est à sept lieues 223, &

l'avons ainsi appellé, d'autant que pour peu qu'il face de vent, la mer y

esleve comme si elle estoit pleine. En ce lieu l'eau commence à estre douce.

De là fusmes à l'isle d'Orléans, où, il y a deux lieues, en laquelle du costé du

sud y a nombre d'isles, qui sont basses, couvertes d'arbres, & fort agréables

remplies de grandes prairies, & force gibbier, contenans à ce que j'ay peu

juger, les unes deux lieues, & les autres peu plus ou moins. Autour d'icelles

y a force rochers, & bases fort dangereuses à passer, qui sont esloignez

d'environ deux lieues de la grande terre du sud. Toute ceste coste, tant du

nort, que du sud, depuis Tadoussac, jusques à l'isle d'Orléans, est terre montueuse, & fort mauvaise, où il n'y a que des pins, sapins & bouleaux, &

des rochers tres-mauvais, & ne sçauroit-on aller en la plus-part de ces

endroits.

 

Note 216: (retour)

 

Le 30 juin 1608.

 

Note 217: (retour)

 

Près de trois lieues.

 

Note 218: (retour)

 

Probablement la rivière du port à l'Équille, ou port aux Quilles. (Voir 1613. P.

145, note 3.)

 

Note 219: (retour)

 

Le cap au Saumon.

 

Note 220: (retour)

 

Aujourd'hui le cap aux Oies.

 

Note 221: (retour)

 

En reproduisant ici le texte de 1613, on a passé, dans l'édition de 1632, ce qui

suit: «Du cap à l'Aigle fusmes à l'isle aux Couldres, qui en est distante une bonne

lieue...»

 

Note 222: (retour)

 

Ces mots «& l'avons nommée la riviere platte ou malle baye» devaient être, dans

la pensée de l'auteur, placés quelques lignes plus haut, et le contre-sens que l'on

remarque ici, est évidemment le fait de l'imprimeur. Pour que l'on puisse mieux

en juger, nous remettrons en entier le passage de l'édition de 1613, tel que

Champlain a du vouloir le corriger: «Entre les deux y a une grande ance, où au

fonds y a une petite riviere qui asseche de basse mer, & l'avons nommée la

riviere platte ou malle baye. Du cap à l'Aigle fusmes à l'isle aux Couldres qui en

est distante une bonne lieue, & peut tenir environ lieue & demie de long. Elle est

quelque peu unie venant en diminuant par les deux bouts: A celuy de l'Ouest y a

des prairies & pointes de rochers, qui aduancent quelque peu dans la riviere: &

du costé du Surouest elle est fort batturiere; toutesfois assez aggreable, à cause

des bois qui l'environnent, distante de la terre du Nort d'environ demie lieue, où

il y a une petite riviere qui entre assez avant dedans les terres, & l'avons nommée

la riviere du gouffre, d'autant que le travers d'icelle la marée y court

merveilleusement, & bien qu'il face calme, elle est tousjours fort esmeue, y ayant

grande profondeur: mais ce qui est de la riviere est plat & y a force rochers en

son entrée & autour d'icelle...» (Voir 1613, p. 146, note 2.)

Note 223: (retour)

 

Environ huit lieues.

 

Or nous rangeasmes l'isle d'Orléans du costé du sud, distante de la grande

terre une lieue & demie, & du costé du nort demie lieue, contenant de long

six lieues, & de large une lieue, ou lieue & demie par endroits. Du costé du

nort elle est fort plaisante, pour la quantité des bois & prairies qu'il y a, mais

il y fait fort dangereux passer, pour la quantité de pointes & rochers qui sont

entre la grand terre & l'isle, où il y a quantité de beaux chesnes, & des

noyers en quelques endroits, & à l'emboucheure 224 des vignes & autres bois

comme nous avons en France.

 

Note 224: (retour)

 

A l'entrée du bois.

 

Ce lieu est le commencement du beau & bon pays de la grande riviere, où il

y a de son entrée 120 lieues. Au bout de l'isle y a un torrent d'eau du costé

du nort, que j'ay nommé le sault de Montmorency, qui vient d'un lac 225 qui

est environ dix lieues dedans les terres, & descend de dessus une coste qui a

prés de 25 toises de haut 226, au dessus de laquelle la terre est unie &

plaisante à voir, bien que dans le pays on voye de hautes montagnes, qui

paroissent de 15 à 20 lieues.

 

Note 225: (retour)

 

Le lac des Neiges.

 

Note 226: (retour)

 

Le saut Montmorency a environ 40 toises de haut.

 

Arrivée de l'Autheur à Quebec, ou il fit ses logemens. Forme de vivre des

Sauvages de ce pays là.