Oeuvres de Champlain
A MONSIEUR DE CHAMPLAIN Sur son livre & ses cartes marines.
A MONSIEUR DE CHAMPLAIN
Sur son livre & ses cartes marines.
ODE.
Que desire tu voir encore
Curieuse témérité:
Tu cognois l'un & l'autre More,
En ton cours est-il limité?
En quelle coste reculée
N'es-tu pas sans frayeur allée?
Et ne sers tu pas de raison?
Que l'ame est un feu qui nous
pousse,
Qui nous agite et se courouce
D'estre en ce corps comme en
prison?
Tu ne trouves rien d'impossible,
Et mesme le chemin des Cieux
À peine reste inaccessible
A ton courage ambitieux.
Encore un fugitif Dédale,
Esbranlant son aisle inégale
Eut l'audace d'en approcher,
Et ce guerrier qui de la nue
Vid la jeune Andromede nue
Preste à mourir sur le rocher.
Que n'ay je leur aisle asseurée,
Ou celle du vent plus léger,
Ou celles des fils de Borée
Ou l'Hippogriphe de Roger.
Que ne puis-je par characteres
Parfums & magiques mysteres
Courir l'un & l'autre Element.
Et quand je voudrais l'entreprendre
Aussi-tost qu'un daimon me rendre
Au bout du monde en un moment.
Non point qu'alors je me promette
D'aller au sejour eslevé
Qu'avec une longue lunette
On a dans la lune trouvé;
Ny d'apprendre si les lumières
D'esclairer au ciel coustumieres,
Et qui sont nos biens & nos maux,
D'humides vapeurs sont nourries,
Comme icy bas dans les prairies
D'herbe on nourit les animaux.
Mais pour aller en asseurance
Visiter ces peuples tous nuds
Que la bien heureuse ignorance
En long repos a maintenus.
Telle estoit la gent fortunée
Au monde la première née,
Quand le miel en ruisseaux fondoit
Au sein de la terre fleurie
Et telle se voit l'Hetrurie
Lors que Saturne y commandoit.
Quels honneurs & quelles louanges
Champlain ne doit point esperer,
Qui de ces grands pays estranges
Nous a sçeu le plan figurer
Ayant neuf fois tenu la sonde
Et porté dans ce nouveau monde
Son courage aveugle aux dangers,
Sans craindre des vents les haleines
Ny les monstrueuses Baleines