Oeuvres de Champlain
Chapitre II.
Note 9: (retour)
L'auteur, à cette époque, n'avait encore «sur la fin de la grande riviere de
Canada» que les renseignements qu'il avait pu obtenir de quelques sauvages.
Note 10: (retour)
Il s'agit ici de la commission de 1608.
Description de l'isle de Sable: Du Cap Breton; De la Héve; Du port au
Mouton; Du port du Cap Negre: Du cap & baye de Sable: De l'isle aux
Cormorans: Du cap Fourchu: De l'isle Longue: De la baye saincte Marie:
Du port de saincte Marguerite: & de toutes les choses remarcables qui sont
le long de cette coste.
CHAPITRE II.
L 11 e sieur de Mons, en vertu de sa commission , ayant par tous les ports &
havres de ce Royaume fait publier les defences de la traitte de pelleterie à
luy accordée par sa Majesté, amassa environ 120 artisans, qu'il fit
embarquer 12 en deux vaisseaux: l'un du port de 120 tonneaux, dans lequel
commandoit le sieur de Pont-gravé: & l'autre de 150, où il se mit avec
plusieurs gentilshommes.
Note 11: (retour)
Cette première commission de M. de Mons est du 8 novembre 1603. Elle est
citée par Lescarbot, liv. IV, ch. I.
Note 12: (retour)
Lescarbot donne, sur cet embarquement, quelques détails de plus: «Le sieur de
Monts,» dit-il, liv. IV, ch. II, «fit équipper deux navires, l'un souz la conduite du
Capitaine Timothée du Havre de Grâce, l'autre du Capitaine Morel de Honfleur.
Dans le premier il se mit avec bon nombre de gens de qualité tant gentils-
hommes qu'autres... Et le sieur de Poutrincourt s'embarqua avec ledit sieur de
Monts, & quant & lui fit porter quantité d'armes & munitions de guerre.»
Le septiesme d'Avril mil six cens quatre, nous partismes du Havre de grace,
& Pont-gravé le 10, qui avoit le rendes-vous à Canceau13 20 lieues du cap
Breton 14. Mais comme nous fusmes en pleine mer le sieur de Mons
changea d'advis & prit sa route vers le port au Mouton, à cause qu'il est plus
au midy, & aussi plus commode pour aborder, que non pas Canceau.
Note 13: (retour)
Ce mot, que les Anglois écrivent Canso, est d'origine sauvage, suivant
Lescarbot.
Note 14: (retour)
Il s'agit ici du cap qui a donné son nom à l'île du Cap-Breton, «En cette terre,»
dit Thévet (Grand Insulaire), «il y a une province nommée Campestre de Berge,
qui tire au Sud-Est: en ceste province gist à l'est le cap ou promontoire de
Lorraine, ainsi par nous nommé; & autres lui ont donné le nom de Cap des
Bretons, à cause que c'est là que les Bretons, Biscains & Normands vont &
costoyent allans en terre-neuve pour pescher des moluës.»
Le premier de May nous eusmes cognoissance de l'isle de Sable, où nous
courusmes risque d'estre perduz par la faute de nos pilotes qui s'estoient
trompez en l'estime qu'ils firent plus de l'avant que nous n'estions de 40
lieues.
Ceste isle est esloignée de la terre du cap Breton de 30 lieues, nort & su, &
contient environ 15 lieues. Il y a un petit lac. L'isle est fort sablonneuse &
ny a point de bois de haute futaie, se ne sont que taillis & herbages que
pasturent des boeufz & des vaches que les Portugais y portèrent il y a plus
de 60 ans, qui servirent beaucoup aux gens du Marquis de la Roche: qui en
plusieurs années qu'ils y sejournerent prirent grande quantité de fort beaux
renards noirs, dont ils conserverent bien soigneusesment les peaux. Il y a
force loups marins de la peau desquels ils s'abillerent ayans tout discipé
leurs vestemens. Par ordonnance de la Cour de Parlement de Rouan il y fut
envoié un vaisseau pour les requérir: les conducteurs firent la pèche de
mollues en lieu proche de ceste isle qui est toute batturiere és environs.
Le 8 du mesme mois nous eusmes cognoissance du Cap de la Héve, à l'est
duquel il y a une Baye 15 où sont plusieurs Isles couvertes de sapins; & à la
grande terre de chesnes, ormeaux & bouleaux. Il est joignant la coste
d'Accadie par les 44 degrez & cinq minutes de latitude, & 16 degrez 15 minutes de declinaison de la guide-aimant, distant à l'est nordest du Cap
Breton 85 lieues, dont nous parlerons cy aprez.
Note 15: (retour)
Cette baie est formée par l'embouchure de la rivière de La Hève.
Le 12 de May nous entrasmes dans un autre port, à 5 lieues du cap de la
Héve, où nous primes un vaisseau qui faisoit traitte de peleterie contre les
defences du Roy. Le chef s'appeloit Rossignol,16 dont le nom en demeura au
port, qui est par les 44 degrez & un quart de latitude.
Note 16: (retour)
Le port Rossignol porte aujourd'hui le nom de Liverpool.
Le 13 de May nous arrivasmes à un très-beau port, où il y a deux petites
rivieres, appelé le port au Mouton 17, qui est à sept lieues de celuy du
Rossignol. Le terroir est fort pierreux, rempli de taillis & bruyères. Il y a
grand nombre de lappins, & quantité de gibier à cause des estangs qui y
sont. Aussi tost que nous fusmes desembarquez, chacun commença à faire
des cabannes selon sa fantaisie, sur une pointe à l'entrée du port auprès de
deux estangs d'eau douce. Le sieur de Mons en mesme temps depescha une
chalouppe, dans laquelle il envoya avec des lettres un des nostres, guidé
d'aucuns sauvages, le long de la coste d'Accadie, chercher Pont-gravé, qui
avoit une partie des commoditez necessaires pour nostre hyvernement. Il le
trouva à la Baye de Toutes-isles fort en peine de nous (car il ne sçavoit
point qu'on eut changé d'advis) & luy presenta ses lettres. Incontinent qu'il
les eut leuës, il s'en retourna vers son navire à Canceau, où il saisit quelques
vaisseaux Basques qui faisoyent traitte de pelleterie, nonobstant les
defences de sa Majesté; & en envoya les chefs au sieur de Mons: Lequel ce
pendant me donna la charge d'aller recognoistre la coste, & les ports propres
pour la seureté de nostre vaisseau.
Note 17: (retour)
Lequel ils appelèrent ainsi, dit Lescarbot, «à l'occasion d'un mouton qui s'étant
noyé revint à bord, & fut mangé de bonne guerre.» Il n'est qu'à trois petites lieues
du port du Rossignol.
Port de la Haie
Les chifres montrent les brasses d'eau.
A Le lieu où les vaisseaux mouillent l'ancre.
B Une petite riviere (1) qui asseche de basse mer.
C Les lieux où les sauvages cabannent(2).
D Une basse à l'entrée du port (3).
E Une petite isle couverte de bois.
F Le Cap de la Héve (4).
G Une baye où il y a quantité d'isles couvertes de bois.
H Une riviere qui va dans les terres 6 ou 7, lieues, avec peu
d'eau.
I Un estang proche de la mer.
(1) La petite rivière de Chachippé, ou simplement La Petite-Rivière. Quelques auteurs ont étendu ce nom au port lui-même, et, d'après une lettre du P. Biard, La Hève aurait encore été appelé port Saint-Jean.—(2) Cette lettre C manque dans la carte; mais le dessin des cabanes y supplée.—(3) La lettre D manque; mais la basse est suffisamment reconnaissable.—(4) Cette lettre, dont le graveur a fait un E, doit être à la pointe de l'île la plus avancée du côté du large, au moins suivant la tradition; mais, comme l'auteur place le port de la Hève à l'entrée de la Petite-Rivière, il semble que ce qu'il appelle cap La Hève est la pointe la plus rapprochée de l'entrée de ce port.
Port du Rossignol
Les chifres montrent les brasses d'eau.
A Riviere qui va 25 lieues dans les terres.
B Le lieu où ancrent les vaisseaux.
C Place à la grande terre où les sauvages font leur logement.
D La rade où les vaisseaux mouillent l'ancre en attendant la
marée.
E L'endroit où les sauvages cabannent dans l'isle.
F Achenal qui asseche de basse mer.
G La coste de la grande terre.
Ce qui est piquoté démontre les basses.
Desirant accomplir sa volonté je partis du port au Mouton le 19 de May,
dans une barque de huict tonneaux, accompaigné du sieur Raleau son
Secrétaire, & de dix hommes. Allant le long de la coste nous abordâmes à
un port très-bon pour les vaisseaux, où il y a au fonds une petite riviere qui entre assez avant dans les terres, que j'ay appelé le port du cap Negre, à
cause d'un rocher qui de loing en a la semblance, lequel est eslevé sur l'eau
proche d'un cap où nous passames le mesme jour, qui en est à quatre lieues,
& à dix du port au Mouton. Ce cap est fort dangereux à raison des rochers
qui jettent à la mer. Les costes que je vis jusques là sont fort basses
couvertes de pareil bois qu'au cap de la Héve, & les isles toutes remplies de
gibier. Tirant plus outre nous fusmes passer la nuict à la Baye de Sable 18,
où les vaisseaux peuvent mouiller l'ancre sans aucune crainte de danger.
Le lendemain nous allâmes au cap de Sable, qui est aussi fort dangereux,
pour certains rochers & batteures qui jettent presque une lieue à la mer. Il
est à deux lieues de la baye de Sable, où nous passames la nuict précédente.
De là nous fusmes en l'isle aux Cormorans 19, qui en est à une lieue, ainsi
appelée à cause du nombre infini qu'il y a de ces oyseaux, où nous primes
plein une barrique de leurs oeufs. Et de ceste isle nous fismes l'ouest
environ six lieues travarsant une baye 20 qui fuit au Nort deux ou trois
lieues: puis rencontrasmes plusieurs isles21 qui jettent 2 ou trois lieues à la
mer, lesquelles peuvent contenir les unes deux, les autres trois lieues, &
d'autres moins, selon que j'ay peu juger. Elles sont la pluspart fort
dangereuses à aborder aux grands vaisseaux, à cause des grandes marées, &
des rochers qui sont à fleur d'eau. Ces isles sont remplies de pins, sapins,
boulleaux & de trembles, un peu plus outre, il y en a encore quatre. En l'une
nous vismes si grande quantité d'oiseaux appelez tangueux22, que nous les
tuyons aisement à coups de baston. En une autre nous trouvâmes le rivage
tout couvert de loups marins, desquels nous primes autant que bon nous
sembla. Aux deux autres il y a une telle abondance d'oiseaux de différentes
especes, qu'on ne pourroit se l'imaginer si l'on ne l'avoit veu, comme
Cormorans, Canards de trois sortes, Oyees, Marmettes Outardes, Perroquets
de mer, Beccacines, Vaultours, & autres Oyseaux de proye: Mauves,
Allouettes de mer de deux ou trois especes; Hérons, Goillans, Courlieux,
Pyes de mer, Plongeons, Huats23 24 , Appoils, Corbeaux, Grues, & autres
sortes que je ne cognois point, lesquels y font leurs nyds. Nous les avons
nommées, isles aux loups marins. Elles sont par la hauteur de 43 degrez &
demy de latitude, distantes de la terre ferme ou Cap de Sable de quatre à
cinq lieues. Après y avoir passé quelque temps au plaisir de la chasse (&
non pas sans prendre force gibier) nous abordâmes à un cap qu'avons
nommé le port Fourchu 25; d'autant que sa figure est ainsi, distant des isles aux loups marins cinq à six lieues. Ce port est fort bon pour les vaisseaux
en son entrée: mais au fonds il asseche presque tout de basse mer, fors le
cours d'une petite riviere, toute environnée de prairies, qui rendent ce lieu
assez aggreable. La pesche de morues y est bonne auprès du port. Partant de
là nous fismes le nort dix ou douze lieues sans trouver aucun port pour les
vaisseaux, sinon quantité d'ances ou playes tresbelles, dont les terres
semblent estre propres pour cultiver. Les bois y sont tres-beaux, mais il y a
bien peu de pins & de sappins. Ceste coste est fort seine, sans isles, rochers
ne basses: de sorte que selon nostre jugement les vaisseaux y peuvent aller
en asseurance. Estans esloignez un quart de lieue de la coste, nous fusmes à
une isle, qui s'appelle l'isle Longue, qui git nort nordest, & sur surouest,
laquelle faict passage pour aller dedans la grande baye Françoise 26, ainsi
nommée par le sieur de Mons.
Note 18: (retour)
Aujourd'hui baie de Barrington.
Note 19: (retour)
Probablement celle qui porte aujourd'hui le nom de Shag Island.
Note 20: (retour)
Cette baie est appelée un peu plus loin la baie Courante, et ce que l'auteur dit ici,
en parlant des îles de Tousquet, nous donne la raison qui a fait donner ce nom à
la baie: c'est qu'elle est «dangereuse aux grands vaisseaux à cause des grandes
marées,» et de la violence des courants. Elle porte aujourd'hui le nom de baie de
Townsend.
Note 21: (retour)
Les îles de Tousquet.
Note 22: (retour)
De là le nom d'île aux Tangueux que lui donne l'auteur dans la carte de 1632.
Note 23: (retour)
Pour Huars, Huards.
Note 24: (retour)
Suivant Vieillot, Apoa est une espèce de canard.
Note 25: (retour)
Le cap Fourchu.
Note 26: (retour)
Aujourd'hui la baie de Fundy. Cette baie paraît avoir porté le nom de
Norembègue, comme nous verrons plus loin, p. 31 note 4. «On ne peut deviner,»
dit M. Ferland (Cours d'Histoire, I, p. 65, note 2) «pourquoi les Anglais l'ont
nommée baie de Fundy. Auraient-ils traduit par Bay of Fundy les mots que
portent d''anciennes cartes: Fond de la Baie?»
Ceste isle est de six lieues de long: & a en quelques endroicts prés d'une
lieue de large, & en d'autres un quart seulement. Elle est remplie de quantité
de bois, comme pins & boulleaux. Toute la coste est bordée de rochers fort
dangereux: & n'y a point de lieu propre pour les vaisseaux, qu'au bout de
l'isle quelques petites retraites pour des chalouppes, & trois ou quatre islets
de rochers, où les sauvages prennent force loups marins. Il y court de
grandes marées, & principalement au petit passage de l'isle, qui est tort
dangereux pour les vaisseaux s'ils vouloyent se mettre au hasard de le
passer.
Du passage de l'isle Longue fismes le nordest deux lieues, puis trouvâmes
une ance où les vaisseaux peuvent ancrer en seureté, laquelle a un quart de
lieue ou environ de circuit. Le fonds n'est que vase, & la terre qui
l'environne est toute bordée de rochers assez hauts. En ce lieu il y a une
mine d'argent tresbonne, selon le raport du mineur maistre Simon, qui estoit
avec moy. A quelques lieues plus outre est aussi une petite riviere, nommée
du Boulay, où la mer monte demy lieue dans les terres à l'entrée de laquelle
il y peut librement surgir des navires du port de cent tonneaux. A un quart
de lieue d'icelle, il y a un port bon pour les vaisseaux où nous trouvâmes
une mine de fer que nostre mineur jugea rendre cinquante pour cent 27.
Tirant trois lieux plus outre au nordest, nous vismes une autre mine de fer
assez bonne, proche de laquelle il y a une riviere environnée de belles &
aggreables prairies. Le terroir d'allentour est rouge comme sang. Quelques
lieues plus avant il y a encore une autre riviere qui asseche de basse mer,
horsmis son cours qui est fort petit, qui va proche du port Royal. Au fonds
de ceste baye y a un achenal qui asseche aussi de basse mer, autour duquel
y a nombre de prez & de bonnes terres pour cultiver, toutesfois remplies de
quantité de beaux arbres de toutes les sortes que j'ay dit cy dessus. Cette
baye peut avoir depuis l'isle Longue jusques au fonds quelque six lieues.
Toute la coste des mines est terre assez haute, decouppée par caps, qui paroissent ronds, advançans un peu à la mer. De l'autre costé de la baye au
suest, les terres sont basses & bonnes, où il y a un fort bon port, & en son
entrée un banc par où il faut passer, qui a de basse mer brasse & demye
d'eau, & l'ayant passé on en trouve trois & bon fonds. Entre les deux pointes
du port il y a un islet de caillons qui couvre de plaine mer. Ce lieu va demye
lieue dans les terres. La mer y baisse de trois brasses, & y a force
coquillages, comme moulles coques & bregaux. Le terroir est des meilleurs
que j'aye veu. J'ay nommé ce port, le port saincte Marguerite 28. Toute ceste
coste du suest est terre beaucoups plus basse que celle des mines qui ne sont
qu'à une lieue & demye de la coste du port de saincte Marguerite, de la
largeur de la baye, laquelle a trois lieues en son entrée. Je pris la hauteur en
ce lieu, & la trouvé par les 45 degrez & demy, & un peu plus de latitude29,
& 17 degrez 16 minuttes de declinaison de la guide-aymant.
Note 27: (retour)
«Il y a de la mine de fer & d'argent,» dit Lescarbot; «mais elle n'est point
abondante, selon l'épreuve qu'on en a fait par delà & en France.» (Liv. IV, ch.
III.)
Note 28: (retour)
Dans sa carte de 1632, l'auteur indique le port de Sainte-Marguerite à peu près en
face du Petit-Passage de l'île Longue. Il lui donna ce nom parce qu'il y entra
probablement le 10 de juin, jour de la fête de sainte Marguerite.
Note 29: (retour)
Le fond de la baie Sainte-Marie n'est guère au-delà de 44° et demi, même suivant
la grande carte de l'auteur.
Après avoir recogneu le plus particulierement qu'il me fut possible les
costes ports & havres, je m'en retourné au passage de l'isle Longue sans
passer plus outre, d'où je revins par le dehors de toutes les isles, pour
remarquer s'il y avoit point quelques dangers vers l'eau: mais nous n'en
trouvâmes point, sinon aucuns rochers qui sont à prés de demye lieue des
isles aux loups marins, que l'on peut esviter facilement: d'autant que la mer
brise par dessus. Continuant nostre voyage, nous fusmes surpris d'un grand
coup de vent qui nous contraignit d'eschouer nostre barque à la coste, où
nous courusmes risque de la perdre: ce qui nous eut mis en une extresme
peine. La tourmente estant cessée nous nous remismes en la mer: & le
lendemain 30 nous arrivasmes au port du Mouton, où le sieur de Mons nous attendoit de jour en jour ne sachant que penser de nostre sejour, sinon qu'il
nous fust arrivé quelque fortune. Je lui fis relation de tout nostre voyage &
où nos vaisseaux pouvoyent aller en seureté. Cependant je consideré fort
particulièrement ce lieu, lequel est par les 44 degrez de latitude.
Note 30: (retour)
C'était vers la mi-juin. «En ce port,» dit Lescarbot, «ilz
attendirent un mois.» Or on était arrivé au port au Mouton le 13 de mai.
«Tandis,» ajoute-t-il, «on envoya Champlein avec une chaloupe plus avant
chercher un lieu propre pour la retraite, & tant demeura en cette expédition, que
sur la délibération du retour, on le pensa abandonner.» (Liv. IV, ch. II.)
Port au mouton.
Les chifres montrent les brasses d'eau.
A Les lieux où posent les vaisseaux.
B Le lieu où nous fismes nos logemens.
C Un estang.
D Une isle à l'entrée du port, couverte de bois.
E Une rivière qui est assez basse d'eau.
F Un estang(l).
G Ruisseau assez grand qui vient de l'estang f.
H 6 Petites isles qui sont dans le port.
L Campagne où il n'y a que des taillis & bruyères fort
petites(2).
M La coste du costé de la mer.
(1) Dans la carte la lettre F est remplacée par f.—(2) La lettre L manque dans la carte; mais le dessin y supplée, l'auteur y ayant représenté des roseaux.
Le lendemain le sieur de Mons fit lever les ancres pour aller à la baye
saincte Marie, lieu qu'avions recogneu propre pour nostre vaisseau,
attendant que nous en eussions trouvé un autre plus commode pour nostre
demeure. Rengeant la coste nous passames proche du cap de Sable & des
isles aux loups marins, où le sieur de Mons se délibéra d'aller dans une
chalouppe voir quelques isles dont nous luy avions faict récit, & du nombre
infini d'oiseaux qu'il y avoit. Il s'y mit donc accompagné du sieur de
Poitrincourt & de plusieurs autres gentilshommes en intention d'aller en l'isle aux Tangueux, où nous avions auparavant tué quantité de ces oyseaux
à coups de baston. Estant un peu loing de nostre navire il fut hors de nostre
puissance de la gaigner, & encore moins nostre vaisseau: car la marée estoit
si forte que nous fusmes contrains de relascher en un petit islet, pour y
passer celle nuict, auquel y avoit grand nombre de Gibier. J'y tué quelques
oyseaux de riviere, qui nous servirent bien: d'autant que nous n'avions pris
qu'un peu de biscuit, croyans retourner ce mesme jour. Le lendemain nous
fusmes au cap Fourchu, distant de là, demye lieue. Rengeant la coste nous
fusmes trouver nostre vaisseau qui estoit en la baye saincte Marie. Nos gens
furent fort en peine de nous l'espace de deux jours, craignant qu'il nous fust
arrivé quelque malheur: mais quand ils nous virent en lieu de seureté, cela
leur donna beaucoup de resjouissance.
Deux ou trois jours 31 après nostre arrivée, un de nos prestres, appelle
mesire Aubry 32, de la ville de Paris, s'esgara si bien dans un bois en allant
chercher son espée laquelle il y avoit oublyée, qu'il ne peut retrouver le
vaisseau: & fut 17 jours 33 ainsi sans aucune chose pour se substanter que
quelques herbes seures & aigrettes comme de l'oseille, & des petits fruits de
peu de substance, gros comme groiselles, qui viennent rempant sur la terre.
Estant au bout de son rollet, sans esperance de nous revoir jamais, foible &
débile, il se trouva du costé de la baye Françoise, ainsi nommée par le sieur
de Mons, proche de l'isle Longue, où il n'en pouvoit plus, quand l'une de
nos chalouppes allant à la pesche du poisson 34, l'advisa, qui ne pouvant
appeller leur faisoit signe avec une gaule au bout de laquelle il avoit mis
son chappeau, qu'on l'allast requérir: ce qu'ils firent aussi tost &
l'ammenerent. Le sieur de Mons l'avoit faict chercher, tant par les siens que
des sauvages du païs, qui coururent tout le bois & n'en apportèrent aucunes
nouvelles. Le tenant pour mort, on le voit revenir dans la chalouppe au
grand contentement d'un chacun: Et fut un long temps à se remettre en son
premier estat.
Note 31: (retour)
Lescarbot dit:«Après avoir sejourné douze ou treze jours.» Mais, si Messire
Nicolas Aubry se perdit pendant qu'on était à la baie Sainte-Marie, et que M. de
Monts le fit chercher lui-même, comme le dit l'auteur quelques lignes plus loin,
ce ne pouvait être que deux ou trois jours après l'arrivée en cette baie; puisque
M. de Monts en partit le l6 de juin, avec la barque (voir ci-après, p. 17), et qu'on
ne dut pas y arriver avant le 12 ou le 13, suivant Lescarbot lui-même.