Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 73 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre II.

Le dixseptiesme jour dudit mois je partis de Tadoussac pour aller au grand

saut trouver les sauvages Algoumequins & autres nations qui m'avoient

promis l'année précédente de s'y trouver avec mon garçon que je leur avois

baillé, pour apprendre de luy ce qu'il auroit veu en son yvernement dans les

terres. Ceux qui estoient dans ledit port, qui se doutoient bien, où je devois

aller, suivant les promesses que j'avois faites aux sauvages, comme j'ay dit

cy dessus, commencèrent à faire bastir plusieurs petites barques pour me

suivre le plus promptement qu'ils pouroient: Et plusieurs, à ce que j'appris

devant que partir de France, firent equipper des navires & pattaches sur

l'entreprise de nostre voyage, pensant en revenir riches comme d'un voyage

des Indes.

 

Le Pont demeura audit Tadoussac sur l'esperance que s'il n'y faisoit rien, de

prendre une pattache, & me venir trouver au dit saut. Entre Tadoussac &

Quebecq nostre barque faisoit grand eau, qui me contraignit de retarder à

Quebecq pour l'estancher, qui fut le 21e jour de May.

 

Descente à Quebecq pour faire racommoder la barque, Partement dudit

Quebecq pour aller au saut trouver les sauvages & recognoistre un lieu

propre pour une habitation.

 

CHAPITRE II.

 

Estans à terre je trouvay le sieur du Parc qui avoit yverné en ladite

habitation, & tous ses compagnons, qui se portoient fort bien, sans avoir eu

aucune maladie. La chasse & gibier ne leur manqua aucunement en tout

leur yvernement, à ce qu'ils me dirent. Je trouvay le Capitaine sauvage

appelé Batiscan & quelques Algoumequins, qui disoient m'attendre, ne

voulant retourner à Tadoussac qu'ils ne m'eussent veu. Je leur fis quelque

proposition de mener un de nos gens aux trois rivieres pour les recognoistre,

& ne peu obtenir aucune chose d'eux pour ceste année, me remettant à

l'autre: neantmoins je ne laissay de m'informer particulièrement de l'origine & des peuples qui y habitent: ce qu'ils me dirent exactement. Je leur

demanday un de leurs canots, mais ils ne s'en voulurent desfaire en aucune

façon que ce fut pour la necessité qu'ils en avoient: car j'estois délibéré

d'envoyer deux ou trois hommes descouvrir dedans lesdites trois rivieres

voir ce qu'il y auroit: ce que je ne peu faire, à mon grand regret, remettant la

partie à la première occasion qui se presenteroit.

 

Je fis cependant diligeance de faire accommoder nostredicte barque. Et

comme elle fut preste, un jeune homme de la Rochelle appelé Trefart, me

pria que je luy permisse de me faire compagnie audit saut, ce que je luy

refusay, disant que j'avois des dessins particuliers, & que je ne desirois estre

conducteur de personne à mon prejudice, & qu'il y avoit d'autres

compaignies que la mienne pour lors, & que je ne desirois ouvrir le chemin

& servir de guide, & qu'il le trouveroit assés aisement sans moy. Ce mesme

jour je partis de Quebecq, & arrivay audit grand saut le vingthuictiesme de

May, où je ne trouvay aucun des sauvages qui m'avoient promis d'y estre au

vingtiessme dudit mois. Aussitost je fus dans un meschant canot avec le

sauvage que j'avois mené en France, & un de nos gens. Après avoir visité

d'un costé & d'autre, tant dans les bois que le long du rivage, pour trouver

un lieu propre pour la scituation d'une habitation, & y préparer une place

pour y bastir, je fis quelques huit lieues par terre cottoyant le grand saut par

des bois qui sont assez clairs, & fus jusques à un lac 293, où nostre sauvage

me mena; où je consideray fort particulièrement le pays; Mais en tout ce

que je vy, je n'en trouvay point de lieu plus propre qu'un petit endroit, qui

est jusques où les barques & chalouppes peuvent monter aisement:

neantmoins avec un grand vent, ou à la cirque, à cause du grand courant

d'eau: car plus haut que ledit lieu (qu'avons nommé la place Royalle) à une

lieue du mont Royal, y a quantité de petits rochers & basses, qui sont fort

dangereuses. Et proches de ladite place Royalle y a une petite riviere 294 qui

va assez avant dedans les terres, tout le long de laquelle y a plus de 60

arpens de terre desertés qui sont comme prairies, où l'on pourroit semer des

grains, & y faire des jardinages. Autresfois des sauvages 295 y ont labouré,

mais ils les ont quitées pour les guerres ordinaires qu'ils y avoient. Il y a

aussi grande quantité d'autres belles prairies pour nourrir tel nombre de

bestail que l'on voudra: & de toutes les sortes de bois qu'avons en nos

forests de pardeça: avec quantité de vignes, noyers, prunes, serizes, fraises,

& autres sortes qui sont très-bonnes à manger, entre autres une qui est fort excellente, qui a le goût sucrain, tirans à celuy des plantaines (qui est un

fruit des Indes) & est aussi blanche que neige, & la fueille ressemblant aux

orties, & rampe le long des arbres & de la terre, comme le lierre. La pesche

du poisson y est fort abondante, & de toutes les especes que nous avons en

France, & de beaucoup d'autres que nous n'avons point, qui sont très-bons:

comme aussi la chasse des oiseaux aussi de diferentes especes: & celle des

Cerfs, Daims, Chevreuls, Caribous, Lapins, Loups-serviers, Ours, Castors,

& autres petites bestes qui y sont en telle quantité, que durant que nous

fusmes audit saut, nous n'en manquasmes aucunement.

 

Note 293: (retour)

 

Le lac des Deux-Montagnes.

 

Note 294: (retour)

 

La petite rivière Saint-Pierre.

 

Note 295: (retour)

 

Les sauvages qui avaient cultivé ces terres étaient évidemment ceux que Cartier

y avait trouvés en 1535, dans sa visite à Hochelaga et au Mont-Royal.

«Commençasmes, dit-il, à trouver les terres labourées, & belles grandes

champaignes plaines de bledz de leur terre, qui est comme mil de bresil, aussy

gros ou plus que poix, dequoy vivent ainsi comme nous faisons de fourment; &

au parmy d'icelles champaignes est située la ville de Hochelaga, prés & joignant

une montaigne qui est à l'entour d'icelle, labourée & fort fertile.» (Second

Voyage, fol. 23 b.) Or, selon toutes les apparences, les habitants d'Hochelaga

étaient les mêmes que ceux auxquels plus tard on a donné le nom d'Iroquois.

D'abord ils étaient sédentaires; ce qui était propre à la grande famille huronne-

iroquoise; leurs villages, leurs cabanes avaient absolument la disposition et la

forme qu'ont toujours eu les villages et les cabanes des Hurons et des Iroquois;

tous les mots qui nous ont été conservés de leur langue par les relations de

Cartier, se retrouvent encore dans la langue iroquoise; enfin les traditions qu'ont

pu recueillir les missionnaires et les premiers voyageurs, attestent que les

environs de Montréal et même de Québec étaient le pays des Iroquois. Nicolas

Perrot, si bien instruit des traditions et de l'histoire des sauvages, dit que «le pays

des Iroquois estoit autrefois le Montréal & les Trois Rivieres,» et qu'ils s'en

éloignèrent par suite d'un démêlé survenu entre eux et les Algonquins (Mémoire

de Nicolas Perrot, édit. du P. Tailhan, p. 9); ce qui, explique pourquoi ceux-ci

revendiquaient aussi l'île de Montréal comme le pays de leurs ancêtres (Relations

1642, p. 38, et 1646, p. 34, édit. 1858). Le témoignage du P. Lafitau confirme

encore celui de Perrot: «Les Iroquois Agniers, dit-il, assurent qu'ils errèrent

longtemps sous la conduite d'une femme nommée Gaihonariosk; cette femme les

promena dans tout le nord de l'Amérique, & les fit passer au lieu où est située

maintenant la ville de Québec... C'est ce que les Agniés racontent de leur

origine.» (Moeurs des sauvages, t. I, p. 101, 102.) Ce qu'il paraît y avoir de plus

vraisemblable, c'est que les iroquois ou hurons de Hochelaga furent d'abord

contraints de laisser leur pays aux Algonquins, qui alors avaient l'avantage sur

eux; mais qu'ensuite les Iroquois, s'étant aguerris, finirent par en chasser les

Algonquins, sans toutefois y revenir eux-mêmes, parce que leur nouveau pays

leur offrait autant d'avantages et plus de sécurité. (Voir Histoire de la colonie

française en Canada, t. I, p. 524 et s.)

 

Ayant donc recogneu fort particulièrement & trouvé ce lieu un des plus

beaux qui fut en ceste riviere, je fis aussitost coupper & deffricher le bois de

ladite place Royalle 296 pour la rendre unie, & preste à y bastir, & peut on

faire passer l'eau au tour aisement, & en faire une petite isle, & s'y establir

comme l'on voudra.

 

Note 296: (retour)

 

Cette place Royale que Champlain fit défricher, était sur la pointe à laquelle on

donna depuis le nom de Callières. (Voir la lettre A de la carte du saut Saint-

Louis.)

 

Il y a un petit islet à quelque 20 thoises de ladite place Royalle, qui a

quelques cent pas de long, où l'on peut faire une bonne & forte habitation. Il

y a aussi quantité de prairies de très-bonne terre grasse à potier, tant pour

bricque que pour bastir, qui est une grande commodité. J'en fis accommoder

une partie & y fis une mouraille de quatre pieds d'espoisseur & 3 à 4 de

haut, & 10 toises de long pour voir comme elle se conserveroit durant l'yver

quand les eaux descenderoient, qui à mon opinion ne sçauroit parvenir

jusques à lad. muraille, d'autant que le terroir est de douze pieds eslevé

dessus ladite riviere, qui est assez haut. Au milieu du fleuve y a une isle

d'environ trois quarts de lieues de circuit, capable d'y bastir une bonne &

forte ville, & l'avons nommée l'isle de saincte Elaine297. Ce saut descend en

manière de lac, où il y a deux ou trois isles & de belles prairies.

 

Note 297: (retour)

 

L'auteur paraît avoir nommé ainsi cette île à l'occasion du mariage qu'il venait de

contracter, un peu avant son départ de France, avec Demoiselle Hélène Boullé,

fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la chambre du roi.

 

Le premier jour de Juin le Pont arriva audit saut, qui n'avoit rien sceu faire à

Tadoussac; & bonne compagnie le suivirent & vindrent après luy pour y

aller au butin, car sans ceste esperance ils estoient bien de l'arriére.

Or attendant les sauvages, je fis faire deux jardins, l'un dans les prairies, &

l'autre au bois, que je fis deserter, & le deuxiesme jour de juin j'y semay

quelques graines, qui sortirent toutes en perfection, & en peu de temps, qui

demonstre la bonté de la terre.

 

Nous resolusmes d'envoyer Savignon nostre sauvage avec un autre, pour

aller au devant de ceux de son pays, afin de les faire haster de venir, & se

délibèrent d'aller dans nostre canot, qu'ils doubtoient, d'autant qu'il ne valoit

pas beaucoup.

 

Ils partirent le cinquiesme jour dudit mois. Le lendemain arriva quatre ou

cinq barques (c'estoit pour nous faire escorte) d'autant qu'ils ne pouvoient

rien faire audit Tadoussac.

 

Le septiesme jour je fus recognoistre une petite riviere par où vont quelques

fois les sauvages à la guerre, qui se va rendre au saut de la riviere des

Yroquois298: elle est fort plaisante, y ayant plus de trois lieues de circuit de

prairies, & force terres, qui se peuvent labourer: elle est à une lieue du

grand saut, & lieu & demie de la place Royalle.

 

Note 298: (retour)

 

En remontant la rivière Saint-Lambert, et en suivant celle de Montréal, on arrive

effectivement au bassin de Chambly, c'est-à-dire, au pied du saut de la rivière des

Iroquois.

 

Le neufiesme jour nostre sauvage arriva, qui fut quelque peu pardela le lac

qui a quelque dix lieues de long, lequel j'avois veu auparavant 299, où il ne

fit rencontre d'aucune chose, & ne purent passer plus loin à cause de leur dit

canot qui leur manqua; & furent contraints de s'en revenir. Ils nous

rapportèrent que passant le saut ils virent une isle où il y avoit si grande

quantité de hérons, que l'air en estoit tout couvert. Il y eust un jeune homme

qui estoit au sieur de Mons appelé Louys, qui estoit fort amateur de la

chasse, lequel entendant cela, voulut y aller contenter sa curiosité, & pria

fort instamment nostredit sauvage de l'y mener: ce que le sauvage luy

accorda avec un Capitaine sauvage Montagnet fort gentil personnage,

appelé Outetoucos. Dés le matin led. Louys fut appeler les deux sauvages

pour s'en aller à ladite isle des hérons. Ils s'embarquèrent dans un canot & y

furent. Ceste isle est au milieu du saut300, où ils prirent telle quantité de heronneaux & autres oyseaux qu'ils voulurent, & se rembarquerent en leur

canot. Outetoucos contre la volonté de l'autre sauvage & de l'instance qu'il

peut faire voulut passer par un endroit fort dangereux, où l'eau tomboit prés

de trois pieds de haut, disant que d'autresfois il y avoit passé, ce qui estoit

faux, il fut long temps à debatre contre nostre sauvage qui le voulut mener

du costé du Su le long de la grand Tibie 301, par où le plus souvent ils ont

accoustumé de passer, ce que Outetoucos ne desira, disant qu'il n'y avoit

point de danger. Comme nostre sauvage le vit opiniastre, il condescendit à

sa volonté: mais il luy dit qu'à tout le moins on deschargeast le canot d'une

partie des oyseaux qui estoient dedans, d'autant qu'il estoit trop chargé, ou

qu'infailliblement ils empliroient d'eau, & se perdroient: ce qu'il ne voulut

faire, disant qu'il seroit assez à temps s'ils voyoient qu'il y eut du péril pour

eux. Ils se laisserent donc driver dans le courant. Et comme ils furent dans

la cheute du saut, ils en voulurent sortir & jetter leurs charges, mais il

n'estoit plus temps, car la vitesse de l'eau les maistrisoit ainsi qu'elle vouloit,

& emplirent aussitost dans les boullons du saut, qui leur faisoient faire mille

tours haut & bas. Ils ne l'abandonnèrent de long temps: Enfin la roideur de

l'eau les lassa de telle façon, que ce pauvre Louys qui ne sçavoit nager en

aucune façon perdit tout jugement & le canot estant au fonds de l'eau il fut

contraint de l'abandonner: & revenant au haut les deux autres qui le tenoient

tousjours ne virent plus nostre Louys, & ainsi mourut miserablement302.

Les deux autres tenoient tousjours ledit canot: mais comme ils furent hors

du saut, ledit Outetoucos estant nud, & se fiant en son nager, l'abandonna,

pensant gaigner la terre, bien que l'eau y courust encore de grande vitesse,

& se noya: car il estoit si fatigué & rompu de la peine qu'il avoit eue, qu'il

estoit impossible qu'il se peust sauver ayant abandonné le canot, que nostre

sauvage Savignon mieux advisé tint tousjours fermement, jusques à ce qu'il

fut dans un remoul, où le courant l'avoit porté, & sceut si bien faire, quelque

peine & fatigue qu'il eut eue, qu'il vint tout doucement à terre, où estant

arrivé il jetta l'eau du canot, & s'en revint avec grande apprehention qu'on

ne se vangeast sur luy, comme ils font entre eux, & nous conta ces tristes

nouvelles, qui nous apportèrent du desplaisir.

 

Note 299: (retour)

 

Le lac des Deux-Montagnes. (Conf. p. 242, ci-dessus.)

 

Note 300: (retour)

Cette expression au milieu du saut tranche une difficulté qui se rencontre dans la

carte du Saut St. Louis, où manque la lettre Q, tandis que la lettre P s'y trouve

deux fois: l'île aux Hérons est celle qui y est marquée R, et l'île au Diable, située

au sud-ouest de la première, devrait porter la lettre R. Nous regrettons d'être, sur

ce point, en désaccord avec l'auteur de l'Histoire de la Colonie française en

Canada; mais nous avons du moins la consolation d'être d'accord avec la

tradition.

 

Note 301: (retour)

 

La grand Tibie n'est rien autre chose que la grand Terre. C'est une faute

typographique, que l'auteur a corrigée lui-même dans l'édition de 1632.

 

Note 302: (retour)

 

C'est sans doute en mémoire de la mort de ce jeune Louis, que l'on donna au

Grand-Saut le nom de Saint-Louis, qu'il a toujours porté depuis.

 

Le grand saut St Louis

 

A Petite place que je fis deffricher.

B Petit estang.

G Petit islet où je fis faire une muraille de pierre.

D Petit ruisseau où se tiennent les barques.

E Prairies où se mettent les sauvages quand ils viennent en

ce pays.

F Montaignes qui paroissent dans les terres.

G Petit estang.

H (1) Mont Royal.

I Petit ruisseau.

L Le saut.

M Le lieu où les sauvages passent leurs canots, par terre du

costé du

Nort.

N Endroit où un de nos gens & un sauvage se noyèrent.

O Petit islet de rochers.

P (2) Autre islet où les oyseaux font leurs nids.

Q (3) L'isle aux hérons.

R (4) Autre isle dans le saut.

S Petit islet.

T Petit islet rond.

V Autre islet demy couvert d'eau.

X (5) Autre islet ou il y a force oyseaux de riviere.

Y Prairies.

Z Petite riviere.

2 (6) Isles assez grandes & belles.

3 Lieux qui descouvrent quand le eaux baissent, où il se fait

grands

bouillonnements, comme aussi fait audit saut.

4 Prairies plaines d'eaux.

5 Lieux fort bas & peu de fonds

6 Autre petit islet.

7 Petis rochers.

8 Isle sainct Helaine.

9 Petit islet desgarny d'arbres.

oo Marescages qui s'escoulent dan le grand saut.

 

(1) La lettre H se trouve en double; l'une sur la montagne, et c'est là sa place; l'autre au bas de 1 îlot Normandie. Cette dernière n'est probablement que le chiffre 11, dont le graveur aura fait une lettre. (2) La lettre P est en double. Evidemment, cet autre islet est entre N et 0. (3) La lettre Q ne se trouve pas dans la carte. C'est la lettre H qui est à sa place (voir note 3 de la page 246). (4) Cette lettre devrait être à la place de celui des deux F qui désigne l'île au Diable, c'est-à dire, cette autre île dans le saut qui est au sud-ouest de l'île aux Hérons. (5) x dans la carte. (6) Ce chiffre 2 se trouve tellement placé auprès de l'île Saint-Paul, qu'on le prendrait pour la lettre N.

 

Le lendemain 303 je fus dans un autre canot audit saut avec le sauvage, & un

autre de nos gens, pour voir l'endroit où ils s'estoient perdus: & aussi si

nous trouverions les corps, & vous asseure que quand il me monstra le lieu

les cheveux me herisserent en la teste, de voir ce lieu si espouvantable, &

m'estonnois comme les deffuncts avoient esté si hors de jugement de passer

un lieu si effroiable, pouvant aller par ailleurs: car il est impossible d'y

passer pour avoir sept à huit cheutes d'eau qui descendent de degré en

degré, le moindre de trois pieds de haut, où il se faisoit un train &

bouillonnement estrange, & une partie dudit saut estoit toute blanche

d'escume, qui montroit le lieu le plus effroyable, avec un bruit si grand que

l'on eut dit que c'estoit un tonnerre, comme l'air retentissoit du bruit de ces

cataraques. Après avoir veu & consideré particulièrement ce lieu & cherché

le long du rivage lesdicts corps, cependant qu'une chalouppe assez légère

estoit allée d'un autre costé, nous nous en revinsmes sans rien trouver.

 

Note 303: (retour)