Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 68 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre XI.

promis pour leur faire plaisir.

 

Quelques jours après je fus à Quebecq, où il vint quelques sauvages

Algoumequins, qui me firent entendre le desplaisir qu'ils avoient de ne

s'estre trouvez à la deffaite de leurs ennemis, & me firent present de

quelques fourrures, en consideration de ce que j'y avois esté & assisté leurs

amis.

 

Quelques jours après qu'ils furent partis pour s'en aller en leur pays, distant

de nostre habitation de 120 lieues, je fus à Tadoussac voir si le Pont seroit

de retour de Gaspé, où il avoit esté. Il n'y arriva que le lendemain, & me dit

qu'il avoit délibéré de retourner en France. Nous resolusmes de laisser un

honneste homme appelé le Capitaine Pierre Chavin, de Dieppe, pour

commander à Quebecq, où il demeura jusques à ce que le sieur de Mons en

eust ordonné.

 

Retour en France, & ce qui s'y passa jusques au rembarquement.

 

CHAPITRE XI.

 

Ceste resolution prinse nous fusmes à Quebecq pour l'establir, & luy

laisser toutes les choses requises & necessaires à une habitation, avec

quinze hommes. Toutes choses estant en estat nous en partismes le premier

jour de Septembre pour aller à Tadoussac, faire appareiller nostre vaisseau,

à fin de nous en revenir en France.

 

Nous partismes donc de ce lieu le 5 du mois, & le 8 nous fusmes mouiller

l'ancre à l'isle Percée.

 

Le jeudy dixiesme partismes de ce lieu, & le mardy ensuivant 18272 du mois

arrivasmes sur le grand banc.

Note 272: (retour)

 

Le mardi était le 15.

 

Le 2 d'Octobre, nous eusmes la sonde. Le 8 mouillasmes l'ancre au Conquet

en basse Bretagne. Le Samedy 10 du mois partismes de ce lieu, &

arrivasmes à Honfleur le 13.

 

Estans desembarqués, je n'y fis pas long sejour que je ne prinse la poste

pour aller trouver le sieur de Mons, qui estoit pour lors à Fontaine-belau où

estoit sa Majesté, & luy representay fort particulièrement tout ce qui s'estoit

passé, tant en mon yvernement, que des nouvelles descouvertures, &

l'esperance de ce qu'il y avoit à faire à l'advenir touchant les promesses des

sauvages appelez Ochateguins, qui sont bons Yroquois. Les autres Yroquois

leurs ennemis sont plus au midy. Les premiers entendent, & ne diferent pas

beaucoup de langage aux peuples descouverts de nouveau, &qui nous

avoient esté incogneus cy devant.

 

Aussitost je fus trouver sa Majesté, à qui je fis le discours de mon voyage, à

quoy il print plaisir & contentement.

 

J'avois une ceinture faite de poils de porc-espic, qui estoit fort bien tissue,

selon le pays, laquelle sa Majesté eut pour aggreable, avec deux petits

oiseaux gros comme des merles, qui estoient incarnats 273, & aussi la teste

d'un certain poisson qui fut prins dans le grand lac des Yroquois, qui avoit

un becq fort long avec deux ou trois rangées de dents fort aiguës. La figure

de ce poisson est dans le grand lac de ma carte Géographique 274.

 

Note 273: (retour)

 

Cette description convient au Pyranga rubra, AUD.

 

Note 274: (retour)

 

La grande carte de 1612. Voir plus haut, p. 190, la description de ce poisson.

 

Ayant fait avec sa Majesté, le sieur de Mons se délibéra d'aller à Rouen

trouver ses associez les sieurs Collier & le Gendre marchands de Rouen,

pour adviser à ce qu'ils avoient à faire l'année ensuivant. Ils resolurent de

continuer l'habitation, & parachever de descouvrir dedans le grand fleuve S. Laurens, suivant les promesses des Ochateguins, à la charge qu'on les

assisteroit en leurs guerres comme nous leur avions promis.

 

Le Pont fut destiné pour aller à Tadoussac tant pour la traicte que pour faire

quelque autre chose qui pourroit apporter de la commodité pour subvenir

aux frais de la despence.

 

Et le sieur Lucas le Gendre de Rouen, l'un des associez, ordonné pour avoir

soin de faire tant l'achat des marchandises que vivres, & de la frette des

vaisseaux, esquipages & autres choses necessaires pour le voyage.

 

Après ces choses resolues le sieur de Mons s'en retourna à Paris, & moy

avec luy, où je fus jusques à la fin de Fevrier: durant lequel temps le sieur

de Mons chercha moyen d'avoir nouvelle commission pour les traictes des

nouvelles descouvertures, que nous avions faites, où auparavant personne

n'avoit traicté: Ce qu'il ne peut obtenir, bien que les demandes &

propositions fussent justes & raisonnables.

 

Et se voyant hors d'esperance d'obtenir icelle commission, il ne laissa de

poursuivre son dessin, pour le desir qu'il avoit que toutes choses reussissent

au bien & honneur de la France.

 

Pendant ce temps, le sieur de Mons ne m'avoit dit encores sa volonté pour

mon particulier, jusques à ce que je luy eus dit qu'on m'avoit raporté qu'il ne

devroit que j'yvernasse en Canadas, ce qui n'estoit pas, car il remit le tout à

ma volonté.

 

Je m'esquipay des choses propres & necessaires pour hyverner à nostre

habitation de Quebecq, & pour cest effet party de Paris le dernier jour de

Fevrier ensuivant, & fus à Honfleur, où se devoit faire l'embarquement. Je

passay par Rouen, où je sejournay deux jours: & de là fus à Honfleur, où je

trouvay le Pont, & le Gendre, qui me dirent avoir fait embarquer les choses

necessaires pour l'habitation. Je fus fort aise de nous voir prests à faire

voile: toutesfois incertain si les vivres estoient bons & suffisans pour la

demeure & yvernement.