Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 57 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre XVII.

Le sieur de Poitrincourt renvoya tous ses compagnons, & demeura luy

neufieme en l'habitation pour emporter en France quelques bleds qui

n'estoient pas bien à maturité.

 

Le 10 d'Aoust arriva de la guerre Mabretou, lequel nous dit avoir esté à

Chouacoet, & avoir tué 20 sauvages & 10 ou 12 de blessez, & que

Onemechin chef de ce lieu, Marchin, & un autre avoient esté tués par

Sasinou chef de la riviere de Quinibequi, lequel depuis fut tué par les

compagnons d'Onemechin & Marchin. Toute ceste guerre ne fut que pour le

subject de Panounia sauvage de nos amis, lequel, comme j'ay dict cy dessus

avoit esté tué à Norembegue par les gens dudit Onemechin & Marchin.

 

Les chefs qui sont pour le jourd'huy en la place d'Onemechin, Marchin, &

Sasinou, sont leurs fils, sçavoir pour Sasinou, Pememen: Abriou pour

Marchin son père: & pour Onemechin Queconsicq. Les deux derniers furent

blessez par les gens de Mabretou, qui les attrapèrent soubs apparence

d'amitié, comme est leur coustume, de quoy on se doit donner garde, tant

des uns que des autres.

 

Habitation abandonnée. Retour en France du sieur de Poitrincourt & de

tous ses gens.

 

CHAPITRE XVII.

 

L'onsieme du mois d'Aoust partismes de nostre habitation dans une

chalouppe, & rengeasmes la coste jusques au cap Fourchu, où j'avois esté

auparavant.

 

Continuant nostre routte le long de la coste jusques au cap de la Héve (où

fut le premier abort avec le sieur de Mons, le 8 de May 1604.) nous

recogneusmes la coste depuis ce lieu jusques à Campseau, d'où il y a prés de 60 lieues: ce que n'avois encor fait, & la vis lors fort particulièrement, &

en fis la carte comme du reste.

 

Partant du cap de la Héve jusques à Sesambre, qui est une isle ainsi appelée

par quelques Mallouins 163, distante de la Héve de 15 lieues. En ce chemin y

a quantité d'isles qu'avions nommées les Martyres pour y avoir eu des

françois autrefois tués par les sauvages. Ces isles sont en plusieurs culs de

sac & bayes: En une desquelles y a une riviere appelée saincte Marguerite

distante de Sesambre de 7 lieues, qui est par la hauteur de 44 degrez & 23

minuttes de latitude. Les isles & costes sont remplies de quantité de pins,

sapins, boulleaux, & autres meschants bois. La pesche du poisson y est

abbondante, comme aussi la chasse des oiseaux.

 

Note 163: (retour)

 

En souvenir d'une petite île du même nom qui est en face de Saint-Malo. De

Sésambre, on a fait S. Sambre, et les navigateurs anglais, qui ne sont pas fort

dévots aux saints, l'ont appelée simplement Sambro.

 

De Sesambre passames une baye fort saine 164 contenant sept à huit lieues,

où il n'y a aucunes isles sur le chemin horsmis au fonds, qui est à l'entrée

d'une petite riviere de peu d'eau 165, & fusmes à un port distant de Sesambre

de 8 lieues mettant le cap au Nordest quart d'Est, qui est assez bon pour des

vaisseaux du port de cent à six vingts tonneaux. En son entrée y a une isle

de laquelle on peut de basse mer aller à la grande terre. Nous avons nommé

ce lieu, le port saincte Helaine166, qui est par la hauteur de 44 degrez 40

minuttes peu plus ou moins de latitude.

 

Note 164: (retour)

 

Cette baie Saine était appelée par les sauvages Chibouctou. C'est la baie

d'Halifax.

 

Note 165: (retour)

 

C'est, sans doute, pour cette raison que l'auteur l'appelle rivière Flatte, dans son

édition de 1632.

 

Note 166: (retour)

 

Le port de Sainte-Hélène est probablement celui qu'on a appelé plus tard baie de

Théodore, et dont on a fait Jeddore.

De ce lieu fusmes à une baye appelée la baye de toutes isles 167, qui peut

contenir quelques 14 à 15 lieues: lieux qui sont dangereux à cause des

bancs, basses & battures qu'il y a. Le pays est tresmauvais à voir, rempli de

mesmes bois que j'ay dict cy dessus. En ce lieu fusmes contrariez de

mauvais temps.

 

Note 167: (retour)

 

Ce qu'on a appelé, et ce qu'on appelle encore baie de Toutes-Iles, n'est pas à

proprement parler une baie. Dès les premiers temps, on désignait sous ce nom

tout l'archipel qui s'étend depuis la chaîne de la rivière Théodore, jusqu'à

quelques lieues en deçà de la rivière Sainte-Marie; ce qui pouvait faire quatorze à

quinze lieues, comme dit Champlain. Aujourd'hui, ce que l'on appelle baie des

Iles, ne s'étend que du havre au Castor jusqu'à celui de Liscomb; c'est-à-dire que

la baie des Iles d'aujourd'hui n'est pas même la moitié de la baie de Toutes-Iles

d'autrefois.

 

De là passames proche d'une riviere qui en est distante de six lieues qui

s'appelle la riviere de l'isle verte 168, pour y en avoir une en son entrée. Ce

peu de chemin que nous fismes est remply de quantité de rochers qui jettent

prés d'une lieue à la mer, où elle brise fort, & est par la hauteur de 45 degrez

un quart de latitude.

 

Note 168: (retour)

 

Denys, dans sa Description de l'Amérique, t. I, p. 116, dit que la rivière de l'île

Verte «a elle nommée Sainte-Marie par La Giraudière, qui s'y est venu habiter.»

Près de l'entrée de cette rivière, il y a une île appelée Pierre-à-Fusil (Wedge

Island), qui doit avoir porté le nom d'île Verte, que l'on donne aujourd'hui à une

autre île, située à l'entrée du port Sandwich ou Country harbour; et une des

raisons qui viennent à l'appui de cet avancé, c'est l'expression dont se sert ici

Champlain, pour y en avoir une en son entrée. En effet cette île est seule à

l'entrée de la rivière de Sainte-Marie; tandis que celle qu'on appelle aujourd'hui

île Verte ou Green island, est la plus petite des trois qui sont situées à l'entrée du

«cul-de-sac» dont parle l'auteur un peu plus loin.

 

De là fusmes à un lieu où il y a un cul de sac 169, & deux ou trois isles, &

un assez beau port, distant de l'isle verte trois lieux. Nous passames aussi

par plusieurs isles qui sont rangées les unes proches des autres, & les

nommasmes les isles rangées 170, distantes de l'isle verte de 6 à 7 lieues. En

après passames par une autre baye 171, où il y a plusieurs isles, & fusmes

jusque à un lieu où trouvasmes un vaisseau qui faisoit pesche de poisson

entre des isles qui sont un peu esloignées de la terre, distantes des isles

rangées quatre lieues, & nommasmes 172 ce lieu le port de Savalette, qui

estoit le maistre du vaisseau qui faisoit pesche qui estoit Basque, lequel

nous fit bonne chère, & fut tres-aise de nous voir: d'autant qu'il y avoit des

sauvages qui luy vouloient faire quelque desplaisir: ce que nous

empeschasmes.

 

Note 169: (retour)

 

Ce cul-de-sac, à l'entrée duquel il y a trois îles, était appelé autrefois Mocodome.

Aujourd'hui il est connu sous le nom de Country harbour. Le cap qui ferme le

port du côté de l'ouest a seul retenu le nom ancien.

 

Note 170: (retour)

 

Ces îles sont près de la terre ferme, à l'est de l'entrée de la rivière Sainte-

Catherine.

 

Note 171: (retour)

 

Cette baie est évidemment celle qui porte maintenant le nom de Tor bay.

 

Note 172: (retour)

 

Quand l'auteur emploie cette expression nommâmes, il veut dire simplement que

le nom a été donné ou suggéré par quelqu'un de la troupe. Cette fois ce fut à

Lescarbot. «Nous arrivâmes, dit-il, à quatre lieues de Campseau, à un Port où

faisoit sa pêcherie un bon vieillart de Saint-Jean de Lus nommé le Capitaine

Savalet, lequel nous receut avec toutes les courtoisies du monde. Et pour autant

que ce Port (qui est petit, mais tres-beau) n'a point de nom, je l'ay qualifié sur ma

Charte géographique du nom de Savalet. Ce bon personnage nous dit que ce

voyage étoit le quarante-deuxième qu'il faisoit pardela, & toutefois les

Terreneuviers n'en font tous les ans qu'un. Il étoit merveilleusement content de sa

pêcherie, & nous disoit qu'il faisoit tous les jours pour cinquante écus de Morues:

& que son voyage vaudroit dix mille francs. Il avoit seze hommes à ses gages: &

son vaisseau étoit de quatre vints tonneaux, qui pouvoit porter cent milliers de

morues seches. Il étoit quelquefois inquiété des Sauvages là cabannez, léquelz

trop privément & impudemment alloient dans son navire, & lui cmportoient ce

qu'ilz vouloient. Et pour éviter cela il les menaçoit que nous viendrions & les

mettrions tous au fil de l'épée s'ilz lui faisoient tort. Cela les intimidoit, & ne lui

faisoient pas tout le mal qu'autrement ilz eussent fait. Neantmoins toutes les fois

que les pécheurs arrivoient avec leurs chaloupes pleines de poissons, ces

Sauvages choisissoient ce que bon leur sembloit, & ne s'amusoient point au

Morues, ains prenoient des Merlus, Bars, & Flétans qui vaudroient ici à Paris

quatre écus, ou plus. Car c'est un merveilleusement bon manger, quand

principalement ilz sont grands & épais de six doits, comme ceux qui se péchoient

là. Et eût été difficile de les empêcher en cette insolence, d'autant qu'il eût

toujours fallu avoir les armes en main, & la besogne fût demeurée. Or l'honnêteté

de cet homme ne s'étendit pas seulement envers nous, mais aussi envers tous les

nôtres qui passerent à son Port, car c'étoit le passage pour aller & venir au Port-Le 6 Arrivasmes sur le grand banc, où se fait la pesche du poisson vert, par

Royal. Mais il y en eut quelques uns de ceux qui nous vindrent querir, qui

faisoient pis que les Sauvages, & se gouvernoient envers lui comme fait ici le

gend'arme chez le bon homme: chose que j'ouy fort à regret.» Plusieurs raisons

nous font croire que le port de Savalette est celui qu'on appelle aujourd'hui White

haven. Il est à environ quatre lieues des îles Rangées, et à six de Canseau,

comme l'auteur le remarque plus loin. Il est vrai que Lescarbot le met à quatre

lieues seulement de Canseau; mais rien, dans son récit, ne vient confirmer son

avancé: tandis que notre auteur marque séparément la distance du port de

Savalette aux îles Rangées et à Canseau, et que ces deux distances réunies

donnent exactement le nombre de lieues qu'il y a des îles Rangées à Canseau. De

plus, à l'entrée de ce port, il y a plusieurs îles qui sont un peu éloignées de la

terre; et, dans le port même, certains noms que l'on y retrouve, semblent rappeler

la mémoire du vieux voyageur basque, comme l'île du Pêcheur, la pointe au

Pilote.

 

Partant de ce lieu arrivasmes à Campseau le 27 du mois, distant du port de

Savalette six lieues, ou passames par quantité d'isles jusques audit

Campseau, où trouvasmes les trois barques arrivées à port de salut.

Champdoré & l'Escarbot vindrent audevant de nous pour nous recevoir.

Aussi trouvasmes le vaisseau prest à faire voile qui avoit fait sa pesche, &

n'attendoit plus que le temps pour s'en retourner: cependant nous nous

donnasmes du plaisir parmy ces isles, où il y avoit telle quantité de

framboises qu'il ne se peut dire plus.

 

Toutes les costes que nous rengeasmes depuis le cap de Sable jusques en ce

lieu sont terres médiocrement hautes, & costes de rochers, en la pluspart des

endroits bordées de nombres d'isles & brisans qui jettent à la mer par

endroits prés de deux lieues, qui sont fort mauvais pour l'abort des

vaisseaux: Neantmoins il ne laisse d'y avoir de bons ports & raddes le long

des costes Seines, s'ils estoient descouverts. Pour ce qui est de la terre elle

est plus mauvaise & mal aggreable, qu'en autres lieux qu'eussions veus; si

ce ne sont en quelques rivieres ou ruisseaux, où le pays est assez plaisant: &

ne faut doubter qu'en ces lieux l'yver n'y soit froid, y durant prés de six à

sept mois.

 

Ce port de Campseau 173 est un lieu entre des isles qui est de fort mauvais

abord, si ce n'est de beau-temps, pour les rochers & brisans qui sont au tour.

Il s'y fait pesche de poisson vert & sec.

 

Note 173: (retour)

Ce nom de Campseau ou Canseau, que les Anglais écrivent Canso, est sauvage,

suivant Lescarbot (page 221 de la 3e édition). Le P. F. Martin (App. de sa trad.

du P. Bressani, p. 320), après avoir mentionné Lescarbot, au sujet de ce mot,

ajoute: «Thévet, dans un manuscrit de 1586, dit qu'il vient de celui d'un

navigateur français nommé «Canse.» Le passage du manuscrit de 1586 est extrait

mot pour mot de la Cosmographie Universelle de Thévet. Or, en cet endroit

l'auteur parle des Antilles, et non du Canada; et, en second lieu, il n'écrit pas

Canse, mais Cause. Voici le passage en entier: «Quant à l'isle de Virgengorde &

celle de Ricque» (Porto-Rico), «basse & sablonneuse, il vous faut tirer à celle de

Sainct Domingue, & conduire les vaisseaux droit à la poincte de la Gouade» (del

Aguada) «qui est au bout de l'isle» (de Porto-Rico), «puis à celle de Mona,

premièrement que venir aborder & mouiller l'ancre à l'isle Espagnole. Passé

qu'avez, & doublé la haulteur de laditte isle, vous apparoist la terre de Cause, qui

prend son nom de l'un des vaillans Capitaines pilotes, natif d'une certaine

villette, nommée Cause» (Cozes), «en Xainctonge, une lieue de maison de

Madion.» (Cosm. Universelle, verso du fol. 993.) Thévet ne parle donc point de

Canseau, dans ce passage, et son témoignage n'infirme en rien celui de

Lescarbot.

 

De ce lieu jusques à l'isle du cap Breton qui est par la hauteur de 45 degrez

trois quars174 175 de latitude & 14 degrez 50 minuttes de declinaison de

l'aimant y a huit lieues, & jusques au cap Breton 25, où entre les deux y a

une grande baye 176 qui entre quelque 9 ou 10 lieues dans les terres & fait

passage entre l'isle du cap Breton & la grand terre qui va rendre en la grand

baye sainct Laurens, par où on va à Gaspé & isle parcée, où se fait pesche

de poisson. Ce passage de l'isle du cap Breton est fort estroit: Les grands

vaisseaux n'y passent point, bien qu'il y aye de l'eau assez, à cause des

grands courans & transports de marée qui y sont: & avons nommé ce lieu le

passage courant 177, qui est par la hauteur de 45 degrez trois quarts de

latitude.

 

Note 174: (retour)

 

L'extrémité la plus méridionale de l'île du Cap-Breton est à 45° 34', et la latitude

du cap Breton lui-même est de 45° 57' environ.

 

Note 175: (retour)

 

Il est assez probable qu'il faut lire 24° 50'. Aujourd'hui la variation de l'aiguille

au cap Breton est de prés de 24° de déclinaison occidentale.

 

Note 176: (retour)

 

La baie de Chédabouctou, que l'on a appelée quelque temps baie de Milford.

 

Note 177: (retour)

Le passage Courant a pris plus tard le nom de Fronsac, et aujourd'hui on l'appelle

passage ou détroit de Canseau.

 

Ceste isle du cap Breton est en forme triangulaire, qui a quelque 80 lieues

de circuit, & est la pluspart terre montagneuse: Neantmoins en quelques

endroits fort aggreable. Au milieu d'icelle y a une manière de lac178, où la

mer entre par le costé du Nord quart du Nordouest, & du Su quart du

Suest179: & y a quantité d'isles remplies de grand nombre de gibier, &

coquillages de plusieurs sortes: entre autres des huistres qui ne sont de

grande saveur. En ce lieu y a deux ports, où l'on fait pesche de poisson:

sçavoir le port aux Anglois180, distant du cap Breton quelque 2 à 3 lieues: &

l'autre, Niganis, 18 ou 20 lieues au Nord quart du Nordouest. Les

Portuguais autrefois voulurent habiter ceste isle, & y passèrent un yver:

mais la rigueur du temps & les froidures leur firent abandonner leur

habitation.

 

Note 178: (retour)

 

Le Bras-d'or, ou Labrador, dont le nom sauvage était Bideauboch, d'après Bellin.

 

Note 179: (retour)

 

L'auteur, dans sa carte de 1613, indique en effet une communication entre le

Bras-d'Or et les eaux du golfe vers le nord-quart-de-nord-ouest; mais il n'en

marque aucune du côté du sud-est. On sait que le Bras-d'Or ne communique avec

la mer que du côté de l'est par la Grande et la Petite Entrées.

 

Note 180: (retour)

 

Le port de Louisbourg.

 

Le 3 Septembre partismes de Campseau 181.

 

Note 181: (retour)

 

«Nous levâmes les ancres, dit Lescarbot, & avec beaucoup de difficultez

sortimes hors les brisans qui sont aux environs dudit Campseau. Ce que nos

mariniers firent avec deux chaloupes qui portoient les ancres bien avant en mer

pour soutenir notre vaisseau, à fin qu'il n'allât donner contre les rochers. En fin

étans en mer on laissa à l'abandon l'une dédites chaloupes, & l'autre fut tirée dans

le Jonas, lequel outre notre charge portoit cent milliers de Morues, que seches

que vertes. Nous eûmes assez bon vent jusques à ce que nous approchâmes les

terres de l'Europe.» (Liv. IV, ch. XVIII.)

 

Le 4 estions le travers de l'isle de Sable.

la hauteur de 45 degrez & demy de latitude.

 

Le 26 entrasmes sur la Sonde proche des costes de Bretagne & Angleterre,

à 65 brasses d'eau, & par la hauteur de 49 degrez & demy de latitude.

 

Et le 28, relachasmes à Roscou182 en basse Bretagne, ou fusmes contrariés

du mauvais temps jusqu'au dernier de Septembre, que le vent venant

favorable nous nous mismes à la mer pour parachever nostre routte jusques

à sainct Maslo 183 184 , qui fut la fin de ces voyages , où Dieu nous conduit

sans naufrage ny péril.

 

Note 182: (retour)

 

«Nous demeurâmes» à Roscou, dit Lescarbot, «deux jours & demi à nous

rafraîchir. Nous avions un sauvage qui se trouvoit assez étonné de voir les

batimens, clochers & moulins à vent de France: même les femmes qu'il n'avoit

onques veu vêtues à notre mode.»

 

Note 183: (retour)

 

«En quoy je ne puis que je ne loue,» ajoute Lescarbot, «la prévoyante vigilance

de notre maître de navire Nicolas Martin, de nous avoir si dextrement conduit en

une telle navigation, & parmi tant d'écueils & capharées rochers dont est remplie

la cote d'entre le cap d'Ouessans & ledit Saint Malo. Que si cetui ci est louable

en ce qu'il a fait, le capitaine Foulques ne l'est moins de nous avoir mené parmi

tant de vents contraires en des terres inconues où nous nous sommes efforcés de

jetter les premiers fondemens de la Nouvelle France.»

 

Note 184: (retour)

 

Le vaisseau de Chevalier, qui était de Saint-Malo, était rendu à sa destination.

Champlain dut prendre de là le chemin de la Saintonge. Messieurs de

Poutrincourt, de Biencourt et Lescarbot, y demeurèrent encore quelques jours,

pendant lesquels ils visitèrent le Mont-Saint-Michel et les pêcheries de Cancale;

puis ils se mirent dans une barque qui les conduisit à Honfleur. «En cette

navigation,» dit Lescarbot, «nous servit beaucoup l'expérience du sieur de

Poutrincourt, lequel voyant que nos conducteurs étoient au bout de leur latin,

quand il se virent entre les iles de Jersey & Sart» (Serck) «... il print sa Charte

marine en main, & fit le maitre de navire, de manière que nous passames le Raz-

Blanchart (passage dangereux à des petites barques) & vinmes à l'aise suivant la

côte de Normandie audit Honfleur.» (Liv. IV, ch. XVIII.)

 

Fin des voyages depuis l'an 1604, jusques en 1608.