Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 85 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Au Roy.

ET DESCOUVERTURES

 

FAITES EN LA NOUVELLE

 

France, depuis l'année 1615. jusques

à la fin de l'année 1618.

 

Par le Sieur de Champlain Cappitaine ordinaire pour

le Roy en la Mer du Ponant.

 

Où sont descrits les moeurs, coustumes, habits, façons de guerroyer,

chasses, dances, festins, & enterrements de divers peuples Sauvages, & de

plusieurs choses remarquables qui luy sont arrivées audit païs, avec une

description de la beauté, fertilité & temperature d'iceluy.

 

A PARIS,

 

Chez CLAUDE COLLET, au Palais, en la gallerie des Prisonniers.

 

M. D. C. XIX.

 

Avec privilège du Roy.

 

AU ROY.

 

ire,

 

Voicy un troisiesme livre contenant le discours de ce qui s'est passé de plus

remarquable aux voyages par moy faits en la nouvelle France, à la lecture

duquel j'estime que V. M. prendra un plus grand plaisir qu'aux précédents, d'autant qu'iceux ne designent rien que les ports, havres, scituations,

déclinaisons, & autres matières plus propres aux Nautonniers, & Mariniers,

que non pas aux autres. En celuy-cy vous y pourrez remarquer plus

particulièrement les moeurs & façons de vivre de ces peuples, tant en

particulier que générale leurs guerres, munitions, façons d'assaillir, & se

desfendre, leurs expéditions, retraicte en plusieurs particularités, servant à

contenter un esprit curieux; Et comme ils ne sont point tant sauvages,

qu'avec le temps, & la fréquentation d'un peuple civilizé, ils ne puissent

estre rendus polis: Vous y verrés pareillement quelle & combien grande est

l'esperance que nous avons de tant de longs & pénibles travaux que depuis

quinze ans nous soustenons, pour planter en ce pais l'estendart de la Croix,

& leur enseigner la cognoissance de Dieu, & gloire de son Sainct Nom,

estant nostre desir d'augmenter la Charité envers ses miserables Créatures,

qui nous convient supporter patiemment plus qu'aucune autre chose, &

encore que plusieurs n'ayent pas pareil dessein, ains que l'on puisse dire

que le desir du gain est ce qui les y pousse: Neantmoins on peut

probablement croire que ce sont des moyens dont Dieu se sert pour plus

faciliter le sainct desir des autres: Que si les fruicts que les arbres portent

sont de Dieu, à celuy qui est Seigneur du Sol, ou ils sont plantez, & qui les

a arrousez, & entretenus, avec un soing particulier, V. M. se peut dire

légitime Seigneur de nos travaux, & du bien qui en reussira, non seulement

pour ce que la terre vous en appartient, mais aussi pour nous avoir protegé

contre tant de sortes de personnes qui n'avoyent autre desseing qu'en nous

troublant empescher qu'une si saincte délibération ne peust reussir, & nous

ostant la permission de pouvoir librement negotier, en partie de ses païs, &

mettre le tout en confusion, qui seroit en un mot tracer le chemin pour tout

perdre, au prejudice de vostre estat, vos sujects ayant employé à cet effect

tous les artifices dont il se sont peu adviser, & tous les moyens qu'ils ont

creu nous y pouvoir nuire, qui tous ont esté loués par V. M. assistée de son

prudent Conseil, nous authorisant de son nom, & soustenants par ses

arrests qu'elle a rendus à nostre faveur. Cest un occasion pour accroistre en

nous le desir qu'avons dés long-temps d'envoyer des peuplades & colonnies

par delà, pour leur enseigner avec la cognoissance de Dieu, la gloire & les

triomphes de V. M. de faire en sorte qu'avec la langue Françoise ils

consoivent aussi un coeur, & courage françois, lequel ne respirera rien tant

aprés la crainte de Dieu, que le desir qu'ils auront de vous servir: Que si

nostre desseing reussit, la gloire en sera premièrement à Dieu, puis à V. M. qui outre mille benedictions quelle en recevra du Ciel, en recompense de

tant d'âmes ausquelles elle en donnera par ce moyen l'entrée, son nom en

sera immortalisé pour avoir porté la gloire, & le sceptre des François,

autant en Occident que vos devanciers l'ont estendu en Orrient, & par toute

la terre habitable: ce fera augmenter la qualité de Tres-Chrestien qui vous

appartient par dessus tous les Rois de la terre, & montrer qu'elle vous est

autant deue par mérite, comme elle vous est propre de droit, ayant esté

transmise par vos predecesseurs depuis qu'ils se l'acquirent par leurs

vertus, d'avoir voulu embrasser avec tant d'autres importans affaires le

soing de celle-cy grandement négligée par cy-devant, estant une grâce

specialle de Dieu d'avoir voulu reserver sous vostre regne l'ouverture de la

prédication de son Evangille, & la cognoissance de son Saint Nom à tant de

nations qui n'en avoient jamais ouy parler, qu'un jour Dieu leur fera la

grace, comme nous, de le prier incessamment qu'il accroisse son empire, &

donne mille benedictions à vostre Majesté.

 

SIRE

 

Vostre tres-humble, tres-fidelle & obéissant serviteur & subject,

 

CHAMPLAIN.