Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 144 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre V.381

 

Note 381: (retour)

 

Chapitre VI de la première édition.

 

N 382 ous partismes de Honnefleur le 24e jour d'Aoust 1615, avec quatre

Religieux 383, & fismes voile avec vent fort favorable, & voguasmes sans

rencontre de glaces, ny autres hazards, & en peu de temps arrivasmes à

Tadoussac le 25e jour de May, où nous rendismes grâces à Dieu, de nous

avoir conduit si à propos au port de salut.

 

Note 382: (retour)

 

Le 24 avril. (Voir 1619, p. 9, note l.)

 

Note 383: (retour)

 

Voir 1619, p. 7, 8, 9, où il y a d'intéressants détails sur l'arrivée de ces religieux.

 

On commença à mettre des hommes en besongne pour accommoder nos

barques, afin d'aller à Québec, lieu de nostre habitation, & au grand Sault

Sainct Louys, où estoit le rendez-vous des Sauvages qui y viennent

traitter384 385 . Incontinent que je fus arrivé au Sault, je visitay ces peuples,

qui estoient fort desireux de nous voir, & joyeux de nostre retour, sur

l'esperance qu'ils avoient que nous leur donnerions quelques-uns d'entre

nous pour les assister en leurs guerres contre leurs ennemis, nous

remonstrans que mal aisément ils pourroient venir à nous, si nous ne les

assistions, parce que les Yroquois leurs anciens ennemis, estoient tousjours

sur le chemin, qui leur fermoient le passage; outre que je leur avois

tousjours promis de les assister en leurs guerres, comme ils nous firent

entendre par leur truchement. Sur quoy j'advisay386 qu'il estoit tres-

necessaire de les assister, tant pour les obliger davantage à nous aimer, que

pour moyenner la facilité de mes entreprises, & descouvertures, qui ne se

pouvoient faire en apparence que par leur moyen, & aussi que cela leur

seroit comme un acheminement & préparation pour venir au Christianisme, en faveur de quoy je me resolus d'y aller recognoistre leurs pays, & les

assister en leurs guerres, afin de les obliger à me faire voir ce qu'ils

m'avoient tant de fois promis.

 

Note 384: (retour)

 

Il est bon de remarquer qu'on a omis, dans l'édition de 1632, tous les détails qui

ont rapport aux Pères Récollets. Ici, l'édition de 1619 s'étendait assez au long sur

ce qui se passa à leur arrivée (Conf. 1619, p. 9-14). Il faut se rappeler de plus,

qu'au moment où cette édition de 1632 se publiait, les Récollets faisaient

d'inutiles efforts pour venir reprendre leurs missions. Maintenant, en jetant un

coup-d'oeil sur ces passages de 1619 auxquels nous renvoyons, on comprend

aisément, à voir l'obscurité et l'embarras de la narration, qu'il n'y avait que

Champlain lui-même qui pût ou compléter le récit, ou le remettre dans un ordre

plus clair, et tout autre que Champlain devait renoncer à débrouiller le chaos. De

sorte que, tout bien considéré, il semble que l'édition de 1632 n'ait pas été faite,

ou surveillée, par l'auteur lui-même, et de plus qu'elle ait été confiée à un père

jésuite ou à un ami de leur ordre, comme on peut encore en trouver d'autres

raisons ailleurs.

 

Note 385: (retour)

 

Vers le 20 de juin (1619, p. 14, note l).

 

Note 386: (retour)

 

L'édition de 1619 porte: «Sur quoy ledit du Pont & moy advisasmes» (p. 14, note

2).

 

Je les fis tous assembler pour leur dire ma volonté, laquelle entendue, ils

promirent nous fournir deux mil cinq cents hommes de guerre, qui feroient

merveilles, & qu'à ceste fin je menasse de ma part le plus d'hommes qu'il

me seroit possible: ce que je leur promis faire, estant fort aise de les voir si

bien délibérez. Lors je commençay à leur descouvrir les moyens qu'il falloit

tenir pour combattre, à quoy ils prenoient un singulier plaisir, avec

demonstration d'une bonne esperance de victoire. Toutes ces resolutions

prises, nous nous separasmes, avec intention de retourner pour l'exécution

de nostre entreprise. Mais auparavant que faire ce voyage, qui ne pouvoit

estre moindre que de trois ou quatre mois, il estoit à propos que je fisse un

voyage à nostre habitation, pour donner ordre, pendant mon absence, aux

choses qui y estoient necessaires. Et le jour ensuivant387, je partis de là pour

retourner à la riviere des Prairies, avec deux canaux de Sauvages388.

 

Note 387: (retour)

L'édition de 1619 porte; «Et.....le jour de.....ensuivant.» Vraisemblablement le 23

de juin. (Voir 1619, p. 16, note 1.)

 

Note 388: (retour)

 

Ici encore, l'édition de 1619 renferme d'assez amples détails sur les Récollets, et

sur les premières messes qu'ils dirent dans ce pays (p. 16-19).

 

Le 9 dudit mois 389 je m'embarquay moi troisiesme, à sçavoir l'un de nos

truchemens, & mon homme, avec dix Sauvages, dans lesdits deux canaux,

qui est tout ce qu'ils pouvoient porter, d'autant qu'ils estoient fort chargez &

embarrassez de hardes, ce qui m'empeschoit de mener des hommes

davantage.

 

Note 389: (retour)

 

Le 9 de juillet 1615. (Voir 1619, p. 19.)

 

Nous continuasmes nostre voyage amont le fleuve Sainct Laurent environ

six lieues, & fusmes par la riviere des Prairies, qui descharge dans ledit

fleuve, laissant le sault sainct Louys cinq ou six lieues plus à mont, à la

main senextre, ou nous passasmes plusieurs petits sauts par cette riviere,

puis entrasmes dans un lac390, lequel passé, r'entrasmes dans la riviere, où

j'avois esté autrefois, laquelle va & conduit aux Algoumequins, distante du

sault sainct Louis de 89 lieues391, de laquelle riviere j'ay fait ample

description cy-dessus 392. Continuant mon voyage jusques au lac des

Algoumequins 393 394 , r'entrasmes dedans une riviere qui descend dedans

ledit lac, & fusmes à mont icelle environ trente-cinq lieues, & passasmes

grande quantité de sauts, tant par terre, que par eau, & en un pays mal

agréable, remply de sapins, bouleaux, & quelques chesnes, force rochers, &

en plusieurs endroits un peu montagneux. Au surplus fort desert, sterile, &

peu habité, si ce n'est de quelques Sauvages Algoumequins, appeliez

Otaguottouemin 395, qui se tiennent dans les terres, & vivent de leurs chasses

& pescheries qu'ils font aux rivieres, estangs, & lac, dont le pays est assez

muny. Il est vray qu'il semble que Dieu a voulu donner à ces terres affreuses

& desertes quelque chose en sa saison, pour servir de rafraischissement à

l'homme, & aux habitans de ces lieux. Car je vous asseure qu'il se trouve le

long des rivieres si grande quantité de blues 396, qui est un petit fruict fort

bon à manger, & force framboises, & autres petits fruicts, & en telle

quantité, que c'est merveille: desquels fruicts ces peuples qui y habitent en font seicher pour leur hyver, comme nous faisons des pruneaux en France,

pour le Caresme. Nous laissasmes icelle riviere qui vient du nort 397, & est

celle par laquelle les Sauvages vont au Sacquenay pour traitter des

pelleteries, pour du petum. Ce lieu est par les 46 degrez 398 de latitude, assez

agréable à la veue, encores que de peu de rapport.

 

Note 390:(retour)

 

Le lac des Deux-Montagnes.

 

Note 391: (retour)

 

Lisez: 8 à 9 lieues. (Voir 1619, p. 19, 20.)

 

Note 392: (retour)

 

Livre IV, chapitre I, II et III.

 

Note 393: (retour)

 

Le lac des Allumettes. (Voir 1619, p. 20, note 4.)

 

Note 394: (retour)

 

La rivière Creuse, qui est une partie de l'Outaouais. (1619, p. 20, note 5.)

 

Note 395: (retour)

 

Outaoukotouemiouek suivant la Relation de 1650, et Kotakoutouemi suivant

celle de 1640. (Voir 1619, p. 20, note 6.)

 

Note 396: (retour)

 

Voir 1619, p. 21, note 1.

 

Note 397: (retour)

 

Voir 1619, p. 21, note 2.

 

Note 398: (retour)

 

Voir 1619, p. 21, note 3.

 

Poursuivant nostre chemin par terre, en laissant ladite riviere des

Algoumequins, nous passasmes par plusieurs lacs, où les Sauvages portent

leurs canaux, jusques à ce que nous entrasmes dans le lac des

Nipisierinij 399, par la hauteur de quarante-six degrez & un quart de latitude.

Et le vingt-sixiesme jour dud. mois 400, après avoir fait tant par terre, que par les lacs vingt-cinq lieues, ou environ. Ce fait, nous arrivasmes aux cabannes

des Sauvages, où nous sejournasmes deux jours avec eux. Ils nous firent

fort bonne réception, & estoient en bon nombre. Ce sont gens qui ne

cultivent la terre que fort peu. A, vous monstre l'habit de ces peuples allans

à la guerre. B, celuy des femmes, qui ne diffère en rien de celuy des

montagnars, & Algommequins, grands peuples, & qui s'estendent fort dans

les terres 401.

 

Note 399: (retour)

 

Le lac Nipissing.

 

Note 400: (retour)

 

Le 26 de juillet. Cette phrase, évidemment, doit se rattacher à la précédente.

 

Note 401: (retour)

 

Voir les figures indiquées par les lettres A et B.

 

Durant le temps que je fus avec eux, le Chef de ces peuples, & autres des

plus anciens, nous festoyerent en plusieurs festins, selon leur coustume, &

mettoient peine d'aller pescher & chasser, pour nous traitter le plus

délicatement qu'ils pouvoient. Ils estoient bien en nombre de sept à huict

cents âmes, qui se tiennent ordinairement sur le lac, où il y a grand nombre

d'isles fort plaisantes, & entr'autres une qui a plus de six lieues de long, où

il y a trois ou quatre beaux estangs, & nombre de belles prairies, avec de

très-beaux bois qui l'environnent, & y a grande abondance de gibbier, qui se

retire dans cesdits petits estangs, où les Sauvages y prennent du poisson. Le

costé du Septentrion dudit lac est fort agréable. Il y a de belles prairies pour

la nourriture du bestail, & plusieurs petites rivieres qui se deschargent

dedans.

 

Ils faisoient lors pescherie dans un lac fort abondant de plusieurs sortes de

poisson, entre autres d'un très-bon, qui est de la grandeur d'un pied de long,

comme aussi d'autres especes, que les Sauvages peschent pour faire secher,

& en font provision. Ce lac402 a en son estendue environ 8 lieues de large,

& 25 de long, dans lequel descend une riviere403 qui vient du norouest, par

où ils vont traitter les marchandises que nous leur donnons en trocq, &

retour de leurs pelleteries, & ce avec ceux qui y habitent 404, lesquels vivent de chasse, & de pescherie, parce que ce pays est grandement peuplé tant

d'animaux, oiseaux, que poisson.

 

Note 402: (retour)

 

Le lac Nipissing.

 

Note 403: (retour)

 

La rivière aux Esturgeons. (Voir 1619, p. 23, notes 2 et 3.)

 

Note 404: (retour)

 

Les Outimagami, qui demeuraient vraisemblablement au lac Timiscimi, les

Ouachegami, les Mitchitamou, les Outurbi, et les Kiristinons, ou Cris. (Voir

Relat, 1640, ch. x.)

 

Après nous estre reposez deux jours avec le Chef desdits Nipisierinij, nous

nous r'embarquasmes en nos canaux, & entrasmes dans une riviere 405 par

où ce lac se descharge, & fismes par icelle environ 33 lieues, &

descendismes par plusieurs petits sauts, tant par terre, que par eau, jusques

au lac Attigouantan. Tout ce pays est encores plus mal agréable que le

précèdent, car je n'y ay point veu le long d'iceluy dix arpents de terre

labourable, sinon rochers, & montagnes. Il est bien vray que proche du lac

des Attigouantan 406 nous trouvasmes des bleds d'Inde, mais en petite

quantité, où nos Sauvages prirent des citrouilles, qui nous semblerent

bonnes, car nos vivres commençoient à nous faillir, par le mauvais mesnage

des Sauvages, qui mangèrent si bien au commencement, que sur la fin il en

restoit fort peu, encores que ne fissions qu'un repas le jour: & nous aidèrent

beaucoup ces blues & framboises (comme j'ay dit cy dessus) autrement

nous eussions esté en danger d'avoir de la necessité.

 

Note 405: (retour)

 

La rivière des Français.

 

Note 406: (retour)

 

Le lac Huron. (Voir note 2 de la page suivante et note 3 de la page 249.)

 

Nous fismes rencontre de 300 hommes d'une nation que nous nommasmes

les cheveux relevez, pour les avoir fort relevez & ageancez, & mieux

peignez que nos Courtisans, & n'y a nulle comparaison, quelques fers & façons qu'ils y puissent apporter: ce qui semble leur donner une belle

apparence. A. C. monstre la façon qu'ils s'arment allant à la guerre. Ils n'ont

pour armes que l'arc & la flesche, fait en la façon que voyez dépeints, qu'ils

portent ordinairement, & une rondache de cuir bouilly, qui est d'un animal

comme le bufle407. Quand ils sortent de leurs maisons ils portent la massue.

Ils n'ont point de brayer, & sont fort découpez par le corps, en plusieurs

façons de compartiment: & se peindent le visage de diverses couleurs,

ayans les narines percées, & les oreilles bordées de patenostres. Les ayant

visitez, & contracté amitié avec eux, je donnay une hache à leur Chef, qui

en fut aussi content & resjouy, que si je luy eusse fait quelque riche present.

Et m'enquerant sur ce qui estoit de son païs, il me le figura avec du charbon

sur une escorce d'arbre: & me fit entendre qu'ils estoient venus en ce lieu

pour faire secherie de ce fruict appellé blues, pour leur servir de manne en

hyver, lors qu'ils ne trouvent plus rien.

 

Note 407: (retour)

 

Conf. 1619, p. 25. Tout ce passage a été remanié, dans l'édition de 1632.

 

Le lendemain nous nous separasmes, & continuasmes nostre chemin le long

du rivage de ce lac des Attigouantan 408, où il y a un grand nombre d'isles,

& fismes environ 45 lieues, costoyant tousjours cedit lac. Il est fort grand,

& a prés de trois 409 cents lieues de longueur de l'Orient à l'Occident, & de

large cinquante 410; & à cause de sa grande estendue, je l'ay nommé la mer

douce. Il est fort abondant en plusieurs especes de très-bons poissons, tant

de ceux que nous avons, que de ceux que n'avons pas, & principalement des

truittes qui sont monstrueusement grandes, en ayant veu qui avoient jusques

à quatre pieds & demy de long, & les moindres qui se voyent sont de deux

pieds & demy. Comme aussi des brochets au semblable, & certaine manière

d'esturgeon, poisson fort grand, & d'une merveilleuse bonté. Le pays qui

borne ce lac en partie est aspre du costé du nort, & en partie plat, & inhabité

de Sauvages, quelque peu couvert de bois, & de chesnes. Puis après nous

traversasmes une baye411, qui fait une des extremitez du lac, & fismes

environ sept lieues 412, jusques à ce que nous arrivasmes en la contrée des

Attigouantan 413 414 , à un village appelle Otouacha, qui fut le premier jour

d'Aoust, ou trouvasmes un grand changement de pays, cestuy-cy estant fort

beau, & la plus grande partie deserté, accompagné de force collines, & de plusieurs ruisseaux, qui rendent ce terroir agréable. Je fus visiter leurs bleds

d'Inde, qui estoient lors fort advancez pour la saison.

 

Note 408: (retour)

 

Attignouantan, ou Attignaouantan; c'est le lac Huron, ou mer Douce. Les

Attignaouantan, nation des Ours, formaient l'une des tribus huronnes les plus

considérables, et demeuraient plus proche du lac que les autres tribus.

 

Note 409: (retour)

 

L'édition de 1640, pour se conformer sans doute à celle de 1619, a remis dans le

texte comme à la marge: «quatre cents.» Le lac Huron n'a environ que quatre-

vingts lieues de longueur; mais, dans son immense contour, on peut bien compter

quatre cents lieues, et c'est peut-être ce que Champlain a voulu dire, ou ce que lui

auront dit les sauvages. Il est possible aussi que le manuscrit portât en toutes

lettres quatre vint, et que le typographe ait lu quatre cent.

 

Note 410: (retour)

 

L'édition 1640 ajoute le mot «lieues.»

 

Note 411: (retour)

 

La baie de Matchidache.

 

Note 412: (retour)

 

C'est-à-dire, la traverse même de cette baie de Matchidache. (Voir 1619, p. 26,

note 2.)

 

Note 413: (retour)

 

La contrée des Attignaouantan, ou des Ours, se composait principalement de

cette pointe du comté actuel de Simcoe, qui s'étend de cinq à six lieues vers le

nord-ouest dans la baie Géorgienne, entre la baie de Matchidache et celle de

Nataouassagué.

 

Note 414: (retour)

 

Otouacha, qui est probablement le même que Toanché, ou Toanchain, paraît

avoir été situé à environ un mille du fond de la baie du Tonnerre. Il ne faut pas

confondre ce premier emplacement d'Otouacha, ou de Touanché, avec le second

dont parle la Relation de 1635, qui était encore un mille plus loin de la baie.

(Voir 1619, p. 26, notes 3 et 4.)

 

Ces lieux me semblerent tres-plaisans, au regard d'une si mauvaise contrée

d'où nous venions de sortir. Le lendemain je fus à un autre village appelle

Carmaron415, distant d'iceluy d'une lieue, où ils nous receurent fort amiablement, nous faisans festin de leur pain, citrouilles, & poisson. Pour la

viande, elle y est fort rare. Le chef dudit village me pria fort d'y sejourner,

ce que je ne peus luy accorder, ains m'en retournay à nostre village 416.

 

Note 415: (retour)

 

A environ trois ou quatre milles au sud-est d'Otouacha, l'on trouve encore les

restes d'un village qui doit avoir été Carmaron. Ce nom, que l'auteur semble

donner comme huron, a probablement été mal lu par le typographe, la langue

huronne n'ayant pas de labiales. Il est très-possible que Champlain ait écrit

Cannaron, ou Connarea, mot qui se rapproche beaucoup de Kontarea,

mentionné dans les Relations et dans la carte de Ducreux; or la position de ce

dernier village pourrait répondre à celle de Carmaron. (Voir 1619, p. 27, note 2.)

 

Note 416: (retour)

 

Conf. 1619, p. 27.

 

Le lendemain 417 je partis de ce village pour aller à un autre, appellé

Touaguainchain 418 419 , & à un autre appellé Tequenonquiaye , esquels nous

fusmes receus des habitans desdits lieux fort amiablement, nous faisans la

meilleure chere qu'ils pouvoient de leurs bleds d'Inde en plusieurs façons,

tant ce pays est beau & bon, par lequel il fait beau cheminer.

 

Note 417: (retour)

 

Probablement le 3 d'août.

 

Note 418: (retour)

 

Il semble que Touaguainchain soit le nom huron de ce que les Pères Jésuites

appelèrent plus tard Sainte-Madeleine. Il devait être à environ quatre milles au

sud d'Otouacha, et deux milles à l'ouest de Carmaron. (Voir 1619, p. 28, note 2.)

 

Note 419: (retour)

 

«Autrement nommé, dit Sagard, Quieuindohian, par quelques François la

Rochelle, & par nous la ville de sainct Gabriel.» (Hist. du Canada, p. 208.)

Quelques années plus tard, la Rochelle portait le nom d'Ossossané, et les Jésuites

y établirent la résidence de la Conception. (Voir 1619, p. 28, note 3.) Ce village

était à environ quatre lieues au sud-sud-est d'Otouacha, et par conséquent deux

lieues plus au sud que Carmaron. (Sagard, et Relations des Jésuites.)

 

De là je me fis conduire à Carhagouha420, fermé de triple pallissade de bois,

de la hauteur de trente-cinq pieds, pour leur defense & leur conservation.

Estant en ces lieux421 422 423 le 12 d'Aoust , j'y trouvay 13 à 14 François qui estoient partis devant moy de ladite riviere des Prairies. Et voyant que les

Sauvages apportoient une telle longueur à faire leur gros, & que j'avois du

temps pour visiter leur pays, je deliberay de m'en aller à petites journées de

village en village à Cahiagué424, où devoit estre le rendez-vous de toute

l'armée, distant de Carantouan 425 de 14 lieues, & partis de ce village le 14

d'Aoust avec dix de mes compagnons. Je visitay cinq des principaux

villages 426, fermez de pallissades de bois, jusques à Cahiagué, le principal

village du pays, où il y a deux cents cabannes assez grandes, où tous les

gens de guerre se devoient assembler. Par tous ces villages ils nous

receurent fort courtoisement & humainement. Ce païs est très-beau, souz la

hauteur de quarante quatre degrez & demy de latitude, & fort deserté, où ils

sement grande quantité de bleds d'Inde, qui y vient très-beau, comme aussi

des citrouilles, herbe au Soleil, dont ils font de l'huile de la graine, de

laquelle ils se frottent la teste. Il est fort traversé de ruisseaux qui se

deschargent dedans le lac: & y a force vignes & prunes, qui sont très-

bonnes, framboises, fraises, petites pommes sauvages, noix, & une manière

de fruict qui est de la forme & couleur de petits citrons, comme de la

grosseur d'un oeuf. La plante qui le porte a de hauteur deux pieds & demy,

& n'a que trois à quatre fueilles pour le plus, de la forme de celle du figuier,

& n'apporte que deux pommes chaque plante. Les chesnes, ormeaux, &

hestres y sont en quantité, comme aussi force sapinieres, qui est la retraite

ordinaire des perdrix & lapins. Il y a aussi quantité de petites cerises 427, &

merises, & les mesmes especes de bois que nous avons en nos forests de

France, sont en ce pays là. A la vérité ce terroir me semble un peu

sablonneux, mais il ne laisse pas d'estre bon pour cet espece de froment. Et

en ce peu de pays j'ay recogneu qu'il est fort peuplé d'un nombre infiny

d'ames, sans en ce comprendre les autres contrées où je n'ay pas esté, qui

sont (au rapport commun) autant ou plus peuplées que ceux cy-dessus: me

representant que c'est grand pitié que tant de créatures vivent & meurent,

sans avoir la cognoissance de Dieu, & mesmes sans aucune religion, ny loy,

soit divine, politique, ou civile, establie parmy eux. Car ils n'adorent & ne

prient en aucune façon, ainsi que j'ay peu recognoistre en leur conversation.

Ils ont bien quelque espece de cérémonie entr'eux, que je descriray en son

lieu, comme pour ce qui est des malades, ou pour sçavoir ce qui leur doit

arriver, mesme touchant les morts; mais ce sont de certains personnages qui

s'en veulent faire accroire, tout ainsi que faisoient, ou se faisoit du temps

des anciens Payens, qui se laissoient emporter aux persuasions des enchanteurs & devins: neantmoins la plus-part de ces peuples ne croyent

rien de ce qu'ils font, & disent. Ils sont assez charitables entr'eux, pour ce

qui est des vivres, mais au reste fort avaricieux, & ne donnent rien pour

rien. Ils sont couverts de peaux de cerfs, & castors, qu'ils traittent avec les

Algommequins & Nipisierinij, pour du bled d'Inde, & farines d'iceluy.

 

Note 420: (retour)

 

Voir 1619, p. 28, note 4.

 

Note 421: (retour)

 

Conf. 1619, p. 28, 29. Les détails omis ici, dans l'édition de 1632, ont rapport au

P. le Caron. Cette suppression est assez significative, et prouve jusqu'à l'évidence

que l'éditeur tenait à ne point nuire à la cause des Pères Jésuites. Voilà pourquoi,

sans doute, le Mémoire des Récollets de 1637 insiste sur ce point d'une manière

remarquable.

 

Note 422: (retour)

 

Champlain arriva à Carhagouha vers le 4 ou le 5 d'août. (Voir 1619, p. 28, 29.)

 

Note 423: (retour)

 

Le P. Joseph était parti avec douze français, non pas précisément de la rivière des

Prairies, mais du saut Saint-Louis. (1619, p. 18, 19.)

 

Note 424: (retour)

 

Cahiagué ne peut être autre chose que le nom huron du village que les

missionnaires appelèrent plus tard Saint-Jean-Baptiste. Ce village devait être

situé vers le centre de la presqu'île entourée par la rivière Matchidache ou

Sévern. (Voir 1619, p. 20 note 4.)

 

Note 425: (retour)

 

Il faut lire Carhagouha. (Voir 1619, p. 19.)

 

Note 426: (retour)

 

À part Tequenonkiayé et Carhagouha, qu'il venait de visiter, il dut passer par

Scanonahenrat, Teanaustayaé, et Taenhatentaron. (Voir 1619 p. 30 note l.)

 

Note 427: (retour)

 

L'édition de 1640 a remis le texte de 1619: «cerises petites.»

Nostre arrivée à Cahiagué. Description de la beauté. du pays: naturel des

Sauvages qui y habitent, & les incommodités que nous receusmes.