Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 48 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre VIII.

Du nom de M. de Monts, Pierre Du Gas. C'est probablement la rivière Charles;

mais elle vient du sud-ouest, plutôt que du côté des Iroquois.

 

Continuation des descouvertures de la coste des Almouchiquois, & de ce

qu'y avons remarqué de particulier.

 

CHAPITRE VIII.

 

Le lendemain doublasmes le cap S. Louys, ainsi nommé par le sieur de

Mons, terre médiocrement basse, soubs la hauteur de 42 degrez 3 quarts de

latitude 103; & fismes ce jour deux lieues de coste sablonneuse, & passant le

long d'icelle, nous y vismes quantité de cabannes & jardinages. Le vent

nous estans contraire, nous entrasmes dedans un petit cu de sac, pour

attendre le temps propre à faire nostre routte. Il vint à nous 2 ou 3 canaux,

qui venoient de la pesche de morue, & autres poissons, qui sont là en

quantité, qu'ils peschent avec des aims faits d'un morceau de bois, auquel ils

fichent un os qu'ils forment en façon de harpon, & lient fort proprement, de

peur qu'il ne sorte: le tout estant en forme d'un petit crochet: la corde qui y

est attachée est d'escorce d'arbre. Ils m'en donnèrent un, que je prins par

curiosité, où l'os estoit attaché de chanvre, à mon opinion, comme celuy de

France, & me dirent qu'ils en cueilloient l'herbe dans leur terre sans la

cultiver, en nous monstrant la hauteur comme de 4 à 5 pieds. Ledict canau

s'en retourna à terre avertir ceux de son habitation, qui nous firent des

fumées, & apperçeusmes 18 ou 20 sauvages, qui vindrent sur le bort de la

coste, & se mirent à danser. Nostre canau fut à terre pour leur donner

quelques bagatelles, dont ils furent fort contens. Il en vint aucuns devers

nous qui nous prièrent d'aller en leur riviere. Nous levasmes l'ancre pour ce

faire, mais nous n'y peusmes entrer à cause du peu d'eau que nous y

trouvasmes estans de basse mer, & fusmes contraincts de mouiller l'ancre à

l'entrée d'icelle. Je descendis à terre, où j'en vis quantité d'autres qui nous

reçeurent fort gratieusement: & fus recognoistre la riviere, où n'y vey autre

chose qu'un bras d'eau qui s'estant quelque peu dans les terres, qui sont en

partie desertées; dedans lequel il n'y a qu'un ruisseau qui ne peut porter basteaux, sinon de pleine mer. Ce lieu peut avoir une lieue de circuit. En

l'une des entrées duquel y a une manière d'icelle couverte de bois, &

principalement de pins, qui tient d'un costé à des dunes de sable, qui sont

assez longues: l'autre costé est une terre assez haute. Il y a deux islets dans

ladicte baye, qu'on ne voit point si l'on n'est dedans, où autour la mer

asseche presque toute de basse mer. Ce lieu est fort remarquable de la mer,

d'autant que la coste est fort basse, horsmis le cap de l'entrée de la baye,

qu'avons nommé, le port du cap sainct Louys104, distant dudict cap deux

lieues, & dix du cap aux isles. Il est environ par la hauteur du cap S. Louys.

 

Note 103: (retour)

 

La latitude de la pointe Brandt est d'environ 42° 6'.

 

Note 104: (retour)

 

Ce port Saint-Louis est précisément le lieu où abordaient, quinze ans plus tard,

les fondateurs de la Nouvelle-Angleterre, appelés les Pèlerins (Pilgrim Fathers).

Ils lui donnèrent le nom de Plymouth, en mémoire de la ville d'où ils étaient

partis pour l'Amérique. (Holme's Annals, an. 1620.)

 

Port St-Louis

 

Les chifres montrent les brasses d'eau.

 

A Monstre le lieu où posent les vaisseaux.

B L'achenal.

C Deux Isles.

D Dunes de sable

E Basses.

F Cabannes où les sauvages labourent la terre.

G Le lieu où nous fusmes eschouer nostre barque.

H Une manière d'isle remplie de bois tenant aux dunes de

sable.

I Promontoire assez haut qui paroist de 4 à 5 lieux à la mer.

 

Le 19 du mois nous partismes de ce lieu. Rengeant la coste comme au su,

nous fismes 4 à 5 lieues, & passames proche d'un rocher qui est à fleur

d'eau. Continuant nostre route nous apperçeusmes des terres que jugions

estre isles, mais en estans plus prés nous recogneusmes que c'estoit terre

ferme, qui nous demeuroit au nord nordouest, qui estoit le cap d'une grande baye contenant plus de 18 à 19 lieues de circuit, où nous nous

engouffrasmes tellement, qu'il nous falut mettre à l'autre bort pour doubler

le cap qu'avions veu, lequel nous nommasmes le cap blanc 105, pour ce que

c'estoient sables & dunes, qui paroissent ainsi. Le bon vent nous servit

beaucoup en ce lieu: car autrement nous eussions esté en danger d'estre

jettés à la coste. Cette baye est fort seine, pourveu qu'on n'approche la terre

que d'une bonne lieue, n'y ayant aucunes isles ny rochers que celuy dont j'ay

parlé, qui est proche d'une riviere, qui entre assez avant dans les terres, que

nommasmes saincte suzanne du cap blanc 106, d'où jusques au cap S. Louis

y a dix lieues de traverse. Le cap blanc est une pointe de sable qui va en

tournoyant vers le su quelque six lieues. Ceste coste est assez haute eslevée

de sables, qui sont fort remarquables venant de la mer, où on trouve la

sonde à prés de 15 ou 18 lieues de la terre à 30, 40, 50 brasses d'eau jusques

à ce qu'on vienne à 10 brasses en approchant de la terre, qui est très seine. Il

y a une grande estendue de pays descouvert sur le bort de la coste devant

que d'entrer dans les bois, qui sont fort aggreables & plaisans à voir. Nous

mouillasmes l'ancre à la coste, & vismes quelques sauvages, vers lesquels

furent quatre de nos gens, qui cheminant sur une dune de sable, advisèrent

comme une baye & des cabannes qui la bordoient tout à l'entour. Estans

environ une lieue & demye de nous, il vint à eux tout dansant (à ce qu'ils

nous ont raporté) un sauvage qui estoit descendu de la haute coste, lequel

s'en retourna peu après donner advis de nostre venue à ceux de son

habitation.

 

Note 105: (retour)

 

Sans aucun doute, l'auteur n'avait pas eu connaissance du voyage du capitaine

Gosnold, qui, un peu plus de deux ans auparavant, s'était comme lui engouffré

dans la même baie, et qui avait, dès 1602, donné à ce cap le nom de cap Cod,

parce qu'on y avait pris grande quantité de morue (cod).

 

Note 106: (retour)

 

Ce que l'auteur appelle la rivière de Sainte-Suzanne du cap Blanc, est

probablement la baie de Wellfleet, à l'entrée de laquelle se trouve la batture de

Billingsgate.

 

Le lendemain 20 du mois fusmes en ce lieu que nos gens avoient aperçeu,

que trouvasmes estre un port fort dangereux, à cause des basses & bancs, où

nous voiyons briser de toutes parts. Il estoit presque de basse mer lors que

nous y entrasmes, & n'y avoit que quatre pieds d'eau par la passée du nort; de haute mer il y a deux brasses. Comme nous fusmes dedans nous vismes

ce lieu assez spatieux, pouvant contenir 3 à 4 lieues de circuit, tout entouré

de maisonnettes, à l'entour desquelles chacun a autant de terre qu'il luy est

necessaire pour sa nourriture. Il y descend une petite riviere, qui est assez

belle, où de basse mer y a quelque trois pieds & demy d'eau. Il y a deux ou

trois ruisseaux bordez de prairies. Ce lieu est tresbeau, si le havre estoit

bon. J'en prins la hauteur, & trouvé 42 degrez de latitude & 18 degrez 40

minuttes de declinaison 107 de la guide-aymant. Il vint à nous quantité de

sauvages, tant hommes que femmes, qui accouroient de toutes parts en

dansant. Nous avons nommé ce lieu le port de Mallebarre108.

 

Note 107: (retour)

 

La déclinaison aujourd'hui n'y est que de 7° environ.

 

Note 108: (retour)

 

Aujourd'hui le havre de Nauset, dont la latitude est de 41° 50'.

 

Le lendemain 21 du mois le sieur de Mons prit resolution d'aller voir leur

habitation, & l'accompaignasmes neuf ou dix avec nos armes: le reste

demeura pour garder la barque. Nous fismes environ une lieue le long de la

coste. Devant que d'arriver à leurs cabannes, nous entrasmes dans un champ

semé de bled d'Inde à la façon que nous avons dit cy dessus. Le bled estoit

en fleur de la hauteur de 5 pieds & demy. Il y en avoit d'autre moins avancé

qu'ils sement plus tart. Nous vismes force febves du Bresil, & force

citrouilles de plusieurs grosseurs, bonnes à manger, du petun & des racines,

qu'ils cultivent, lesquelles ont le goust d'artichaut. Les bois sont remplis de

chesnes noyers & de tresbeaux cyprès, qui sont rougeastres & ont fort

bonne odeur 109. Il y avoit aussi plusieurs champs qui n'estoient point

cultivez: d'autant qu'ils laissent reposer les terres. Quand ils y veulent

semer, ils mettent le feu dans les herbes, & puis labourent avec leurs bêches

de bois. Leurs cabannes sont rondes, couvertes de grosses nattes, faictes de

roseaux, & par enhaut il y a au milieu environ un pied & demy de

descouvert, par où sort la fumée du feu qu'ils y font. Nous leur

demandasmes s'ils avoient leur demeure arrestée en ce lieu, & s'il y negeoit

beaucoup; ce que ne peusmes bien sçavoir, pour ne pas entendre leur

langage, bien qu'ils s'y efforçassent par signe, en prenant du sable en leur

main, puis l'espandant sur la terre, & monstrant estre de la couleur de nos rabats, & qu'elle venoit sur la terre de la hauteur d'un pied: & d'autres nous

monstroient moins, nous donnant aussi à entendre que le port ne geloit

jamais: mais nous ne peusmes sçavoir si la nege estoit de longue durée. Je

tiens neantmoins que le pays est tempéré, & que l'yver ny est pas rude.

Pendant le temps que nous y fusmes, il fit une tourmente de vent de nordest,

qui dura 4 jours, avec le temps si couvert que le soleil n'aparoissoit presque

point. Il y faisoit fort froid: ce qui nous fit prendre nos cappots, que nous

avions delaissez du tout: neantmoins je croy que c'estoit par accident,

comme l'on void souvent arriver en d'autres lieux hors de saison.

 

Note 109: (retour)

 

La couleur rougeâtre et l'odeur de l'arbre mentionné en cet endroit, font voir que

l'auteur parle du cèdre rouge (juniperus virginiana). C'est une nouvelle preuve

que ce qu'il appelle cyprès dans son voyage de 1603, n'est rien autre chose que

notre cèdre ordinaire (thuja)

 

Le 23 dudict mois de Juillet, quatre ou cinq mariniers estans allés à terre

avec quelques chaudières, pour quérir de l'eau douce, qui estoit dedans des

dunes de sable, un peu esloignée de nostre barque, quelques sauvages

desirans en avoir aucunes, espierent l'heure que nos gens y alloyent, & en

prirent une de force entre les mains d'un matelot, qui avoit puisé le premier,

lequel n'avoit nulles armes: Un de ses compagnons voulant courir après,

s'en revint tout court, pour ne l'avoir peu atteindre, d'autant qu'il estoit plus

viste à la cource que luy. Les autres sauvages voyans que nos matelos

accouroient à nostre barque en nous criant que nous tirassions quelques

coups de mousquets sur eux, qui estoient en grand nombre, ils se mirent à

fuir. Pour lors y en avoit quelques uns dans nostre barque qui se jetterent à

la mer, & n'en peusmes saisir qu'un. Ceux en terre qui s'en estoient fuis les

appercevant nager, retournèrent droit au matelot 110 à qui ils avoient osté la

chaudière, & luy tirèrent plusieurs coups de flèches par derrière &

l'abbatirent, ce que voyant ils coururent aussitost sur luy & l'acheverent à

coups de cousteau. Cependant on fit diligence d'aller à terre, & tira on des

coups d'arquebuse de nostre barque, dont la mienne creva entre mes mains

& me pença perdre. Les sauvages oyans cette escopeterie se remirent à la

fuite, qu'ils doublèrent quand ils virent que nous estions à terre: d'autant

qu'ils avoient peur nous voyans courir après eux. Il n'y avoit point

d'apparence de les attraper: car ils sont vistes comme des chevaux. L'on

apporta le mort qui fut enterré quelques heures après: Cependant nous tenions tousjours le prisonnier attaché par les pieds & par les mains au bort

de nostre barque, creignant qu'il ne s'enfuist. Le Sieur de Mons se resolut de

le laisser aller, se persuadant qu'il n'y avoit point de sa faute, & qu'il ne

sçavoit rien de ce qui s'estoit passé, ny mesme ceux qui estoient pour lors

dedans & autour de nostre barque. Quelques heures après il vint des

sauvages vers nous, faisant des excuses par signes & demonstrations, que ce

n'estoit pas eux qui avoient fait ceste meschanceté, mais d'autres plus

esloignez dans les terres. On ne leur voulut point faire de mal, bien qu'il fut

en nostre puissance de nous venger.

 

Note 110: (retour)

 

C'était, suivant Lescarbot, un charpentier malouin. (Liv. IV, ch. VII.)

 

Tous ces sauvages depuis le cap des isles ne portent point de robbes, ny de

fourrures, que fort rarement, encore les robbes sont faites d'herbes & de

chanvre, qui à peine leur couvrent le corps, & leur vont jusques aux jarrets.

Ils ont seulement la nature cachée d'une petite peau, & les femmes aussi,

qui leur descendent un peu plus bas qu'aux hommes par derrière; tout le

reste du corps est nud. Lors que les femmes nous venoient voir, elles

prenoient des robbes ouvertes par le devant. Les hommes se coupent le poil

dessus la teste comme ceux de la riviere de Chouacoet. Je vey entre autres

choses une fille coiffée assez proprement, d'une peau teinte de couleur

rouge, brodée par dessus de petites patenôtres de porceline: une partie de

ses cheveux estoient pendans par derrière, & le reste entrelassé de diverses

façons. Ces peuples se peindent le visage de rouge, noir, & jaune. Ils n'ont

presque point de barbe, & se l'arrachent à mesure qu'elle croist. Ils sont bien

proportionnez de leurs corps. Je ne sçay quelle loy ils tiennent, & croy qu'en

cela ils ressemblent à leurs voisins, qui n'en ont point du tout. Ils ne sçavent

qu'adorer ny prier. Ils ont bien quelques superstitions comme les autres, que

je descriray en leur lieu. Pour armes, ils n'ont que des picques, massues,

arcs & flèches. Il semble à les voir qu'ils soient de bon naturel, & meilleurs

que ceux du nort: mais tous à bien parler ne vallent pas grande chose. Si

peu de fréquentation que l'on ait avec eux, les fait incontinent cognoistre. Ils

sont grands larrons; & s'ils ne peuvent attraper avec les mains, ils y taschent

avec les pieds, comme nous l'avons esprouvé souventefois. J'estime que s'ils

avoient dequoy eschanger avec nous, qu'ils ne s'adonneroient au larrecin. Ils

nous troquèrent leurs arcs, flèches & carquois, pour des espingles & des boutons, & s'ils eussent eu autre chose de meilleur ils en eussent fait autant.

Il se faut donner garde de ces peuples, & vivre en mesfiance avec eux

toutefois sans leur faire apperçevoir. Ils nous donnèrent quantité de petum,

qu'ils font secher, & puis le reduisent en poudre111. Quand ils mangent le

bled d'Inde ils le font bouillir dedans des pots de terre qu'ils font d'autre

manière que nous 112. Ils le pilent aussi dans des mortiers de bois & le

reduisent en farine, puis en font des gasteaux & galettes, comme les Indiens

du Pérou.

 

Note 111: (retour)

 

Il n'y a aucun doute que les Almouchiquois préparaient leur tabac, ou petun,

comme les sauvages du Canada, c'est-à-dire, qu'après l'avoir fait sécher, comme,

dit Champlain, ils le broyaient assez menu pour pouvoir en charger

commodément leurs pipes ou petunoirs, mais non pas si fin que le tabac râpé.

C'est ce que prouvent du reste les intéressantes découvertes que vient de faire

monsieur J. C. Taché. Le riche musée d'antiquités huronnes que l'université

Laval doit à la générosité de cet infatigable antiquaire, renferme des échantillons

parfaitement conservés de pipes qui ont été trouvées encore toutes chargées de

leur tabac, et par lesquelles on peut constater que cette espèce de poudre que les

sauvages mettaient dans leurs calumets n'était guère plus fine que notre tabac

haché.

 

Note 112: (retour)

 

Ces vases de terre n'étaient point faits au tour, comme les poteries européennes,

ni cuits au four, mais à feu libre. Voici, d'après Sagard, comment les femmes

huronnes, et sans doute aussi les femmes almouchiquoises, s'y prenaient pour

fabriquer leur poterie: «Elles ont l'industrie de faire de bons pots de terre, qu'elles

cuisent dans leur foyer fort proprement, & sont si forts qu'ils ne se cassent point

au feu sans eau comme les nostres, mais ils ne peuvent aussi souffrir longtemps

l'humidité ny l'eau froide, qu'ils ne s'attendrissent & ne se cassent au moindre

heurt qu'on leur donne, autrement ils durent beaucoup. Les Sauvagesses les font

prenans de la terre propre, laquelle elles nettoyent & petrissent très bien entre

leurs mains, & y mestent, je ne sçay par quelle science, un peu de grais pillé

parmy; puis la masse estant réduite comme une boulle, elles y font un trou au

milieu avec le poing, qu'elles agrandisent tousjours en frappant par dehors avec

une petite palette de bois, tant & si longtemps qu'il est necessaire pour les

parfaire: ces pots sont de diverses grandeurs, sans pieds & sans ances, & tous

ronds comme une boulle, excepté la gueulle qui sort un peu dehors.» (Hist. du

Canada, liv. II, ch. XIII.) L'université Laval doit encore au même monsieur J. C.

Taché le plus bel échantillon que l'on connaisse de cette ancienne poterie

huronne.

 

Malle Baiye

Les chifres montrent les brasses d'eau.

 

A Les deux entrées du port.

B Dunes de sable où les sauvages tuèrent un Matelot de la

barque du

sieur de Mons.

C Les lieux où fut la barque du sieur de Mons audit port.

D Fontaine sur le bort du port.

E Une riviere descendant audit port.

F Ruisseau.

G Petite riviere où on prend cantité de poisson.

H Dunes de sable où il y a un petit bois & force vignes.

I Isle à la pointe des dunes.

L Les maisons & habitations des sauvages qui cultivent la

terre.

M Basses & bancs de sable tant à l'entrée que dedans ledit

port.

O Dunes de sable.

P La coste de la mer.

q La barque du sieur de Poitrincourt quand il y fut deux

aprés le sieur

de Mons.

R Dessente des gens du sieur de Poitrincourt.

 

En ce lieu, & en toute la coste, depuis Quinibequi, il y a quantité de

figuenocs 113, qui est un poisson portant une escaille sur le dos, comme la

tortue: mais diferente pourtant; laquelle a au milieu une rangée de petits

piquants de couleur de fueille morte, ainsi que le reste du poisson: Au bout

de laquelle escaille il y en a une autre plus petite, qui est bordée d'esguillons

fort piquans. La queue est longue selon qu'ils sont grands ou petits du bout

de laquelle ces peuples ferrent leurs flèches, ayant aussi une rangée

d'esguillons comme la grande escaille sur laquelle sont les yeux. Il a huict

petits pieds comme ceux d'un cancre, & derrière deux plus longs & plats,

desquels il se sert à nager. Il en a aussi deux autres fort petits devant, avec

quoy il mange: quand il chemine ils sont tous cachez, excepté les deux de

derrière qui paroissent un peu. Soubs la petite escaille il y a des membranes

qui s'enflent, & ont un battement comme la gorge des grenouilles, & sont les unes sur les autres en façon des facettes d'un pourpoint. Le plus grand

que j'aye veu, a un pied de large, & pied & demy de long.

 

Note 113: (retour)

 

C'est le Limule Polyphène (limulus poltphemus, LAMARCK). La femelle, qui

est plus grande que le mâle, a ordinairement une vingtaine de pouces de

longueur, et un peu moins de dix pouces de large. «Cette espèce, commune dans

nos parages», dit M. James-E. De Kay (New-York Fauna), «est connue ici sous le

nom vulgaire de pied-de-cheval (horse-foot), à cause de sa forme, et retient

encore dans quelques districts le nom de king-crab que lui donnaient les premiers

colons anglais.» Jean de Laët fait aussi de ce singulier crustacé, une description

détaillée et accompagnée d'une figure.

 

Nous vismes aussi un oiseau marin 114 qui a le bec noir, le haut un peu

aquilin, & long de quatre poulces, fait en forme de lancette, sçavoir la partie

inférieure representant le manche & la superieure la lame qui est tenue,

trenchante des deux costez & plus courte d'un tiers que l'autre, qui donne de

l'estonnement à beaucoup de personnes, qui ne peuvent comprendre comme

il est possible que cet oiseau puisse manger avec un tel bec115. Il est de la

grosseur d'un pigeon, les ailles fort longues à proportion du corps, la queue

courte & les jambes aussi, qui sont rouges, les pieds petits & plats: Le

plumage par dessus est gris brun, & par dessous fort blanc. Il va tousjours

en troupe sur le rivage de la mer, comme font les pigeons pardeçà.

 

Note 114: (retour)

 

Le Bec-en-ciseaux ou Coupeur-d'eau (rhynchops nigra, LATHAM). La

singularité de ses habitudes et l'étrange conformation de son bec, lui ont valu

différents noms populaires surtout chez les navigateurs anglais, comme ceux de

cutwater, shearwater, razorbill, black skimmer, flood gull, skippang et autres. Il a

le bec noir à l'extrémité, et tirant sur le rouge près de la tête. Cependant l'on

rencontre des individus qui ont le bec entièrement noir, comme celui dont parle

ici l'auteur; mais ce n'est probablement qu'une variété d'âge. Il se trouve

principalement sur les rivages de la Caroline du Sud, et du Texas, et quelquefois

par volées immenses.

 

Note 115: (retour)

 

Avec un bec en apparence si incommode, cet oiseau sait fort bien trouver sa vie.

Quand il veut pêcher, il rase lentement la surface de la mer, et, coupant l'eau avec

la partie inférieure de son bec, il saisit en dessous le poisson, qui fait sa

nourriture habituelle.