Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 148 sur 232

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Oeuvres de Champlain

De par le Roy.

 

Chers & bien-aimez, Sur l'advis qui nous a esté donné, qu'il y a eu

cy-devant du mauvais ordre en l'establissement des familles & ouvriers

que l'on a menez en l'habitation de Quebec, & autres lieux de la

Nouvelle France, Nous vous escrivons ceste lettre, pour vous déclarer

le desir que nous avons que toutes choses aillent mieux à l'advenir: &

vous mander, que nous aurons à plaisir que vous assistiez, autant que

981 vous le pourrez commodément, le sieur de Champlain, des choses

requises & necessaires pour l'execution du commandement qu'il a

receu de Nous, de choisir des hommes expérimentez & fidèles pour

employer à descouvrir, habiter, défricher, cultiver, & ensemencer les

terres, & faire tous les ouvrages qu'il jugera necessaires pour

l'establissement des Colonies que nous desirons de planter audit pays,

pour le bien de nostre service, & l'utilité de nos Subjects, sans que pour

raison desdites descouvertures & habitations, vos Facteurs, Commis, &

Entremetteurs au faict: du trafic de la pelleterie, soient troublez ny

empeschez en aucune façon & manière que ce soit, durant le temps que

nous vous avons accordé. Et à ce ne faites faute. Car tel est nostre

plaisir. Donné à Paris le 12e jour de Mars, 1618.

 

Ainsi signé LOUIS. Et plus bas, POTIER.

 

Ils ne voulurent rien dire davantage que ce qu'ils m'avoient escrit; ce qui

m'occasionna de faire ma protestation, & m'en retournay à Paris. Ils font

leur voyage497, & ledit du Pont hyverna ceste année à l'habitation, pendant

que je plaide mon droict au Conseil de sa Majesté.

 

Note 497: (retour)

 

On voit que Champlain ne vint point au Canada en 1619.

 

Je presente requeste avec la copie des articles, afin de les faire venir. Nous

voila à chicaner, & Boyer qui n'en devoit rien à personne, cecy me donna

sujet de suivre le Conseil à Tours, où je fais voir la malice de leur plaidoyé, assez recogneuë d'un chacun. Et après avoir bien débattu, j'obtiens un arrest

de Messieurs du conseil, par lequel il estoit dit que je commanderois tant à

Québec, qu'autres lieux de la nouvelle France, & defenses aux Associez de

ne me troubler, ny empescher en la fonction de ma charge, à peine de tous

despens, dommages & interests, & d'amende arbitraire, & hors de despens:

Lequel arrest je leur fais signifier en plaine Bourse de Rouen. Ils s'excusent

sur ledit Boyer, & disent qu'ils n'y avoient pas consenty: mais j'estois tres-

asseuré du contraire.

 

En ce temps Monseigneur le Prince estant mis en liberté498, on luy donne

mille escus, desquels il en donna cinq cents aux Pères Recollets, pour aider

à faire leur Séminaire, qui ne firent pas grand' chose. Estant r'entré en

possession de sa commission pour la nouvelle France, Monsieur le

Mareschal de Thémines hors de ses prétentions, le Sieur de Villemenon qui

dés long temps avoit desir que ceste affaire tombast entre les mains de

Monseigneur l'Admiral, pource qu'il croyoit que toutes choses seroient

mieux réglées à l'honneur de Dieu, du service du Roy, & bien dudit pays; &

qu'ayant l'intendance de l'Admirauté, tout se feroit avec advancement; Il en

parle à Monseigneur de Montmorency, qui monstroit le desirer par les

ouvertures que led. Sieur de Villemenon luy donna. Mond. Seigneur en

parle à Monseigneur le Prince, qui remet ceste affaire au Sieur Vignier, qui

fait en sorte qu'il tire de Monseigneur de Montmorency unze mille escus

pour ses prétentions, & promet souz le bon plaisir du Roy, luy donner la

commission de Vice-roy aud. pays de la nouvelle France, qui en donne

l'intendance à Monsieur Dolu, grand Audiancier de France, pour y apporter

quelque bon règlement: lequel s'y employe de toute son affection, bruslant

d'ardeur de faire quelque chose à l'advancement de la gloire de Dieu, & du

pays, & mettre nostre Société en meilleur estat de bien faire qu'elle n'avoit

fait. Je le veis sur ceste affaire, & luy fis cognoistre ce qui en estoit, & luy

en donnay des memoires pour s'en instruire.

 

Note 498: (retour)

 

Le prince de Condé fut mis en liberté le 20 octobre 1619; la lettre de grâce du roi

est du 9 novembre, et elle ne fut vérifiée en parlement que le 26 suivant. (MERC.

FRANC.)

 

Mond. Seigneur de Montmorency me continuant en l'honneur de sa

Lieutenance en lad. nouvelle France, me commande de faire le voyage, & d'aller à Québec m'y fortifier au mieux qu'il me seroit possible, & luy

donner advis de tout ce qui se passeroit, pour y apporter l'ordre requis. Donc

je partis de Paris avec ma famille, équipé de tout ce qui m'estoit necessaire.

Estant à Honnefleur, il y eut encore quelque brouillerie sur le

commandement que je devois avoir audit pays, & ceste compagnie receut

un extrême desplaisir de ce changement. J'en escris à Monseigneur, & aud.

Sieur Dolu, qui leur mandent que le Roy & Monseigneur entendoient que

j'eusse l'entier & absolu commandement en toute l'habitation, & sur tout ce

qui y seroit, horsmis pour ce qui estoit du magazin de leurs marchandises,

desquelles leurs commis ou facteurs pouvoient disposer. Que sa Majesté

avoit promis de nous donner armes & munitions de guerre, pour la defense

du fort que je ferois bastir. Et s'ils ne vouloient obeir aux volontez de sa

Majesté, & de mond. seigneur que je fisse arrester le vaisseau, jusques à ce

que cela fust exécuté. On en r'escrit au sieur de Brécourt, maistre d'hostel de

mond. Seigneur, & Receveur de l'Admirauté, & aux Officiers nos associez,

bien faschez de tout cecy, mais en fin ils acquiescerent à la raison. Au

mesme temps sa Majesté me fit l'honneur de m'escrire ceste lettre sur mon

partement.

 

CHAMPLAIN, Ayant sceu le commandement que vous aviez receu

de mon cousin le Duc de Montmorency, Admiral de France, & mon

Vice-roy en la nouvelle France, de vous acheminer audit païs, pour y

estre son Lieutenant, & avoir soin de ce qui se presentera pour le bien

de mon service, j'ay bien voulu vous escrire ceste lettre, pour vous

asseurer que j'auray bien agreables les services que me rendrez en

ceste occasion, surtout si vous maintenez led. païs en mon obeissance,

faisant vivre les peuples qui y sont, le plus conformément aux loix de

mon Royaume, que vous pourrez, & y ayant le soin qui est requis de la

Religion Catholique, afin que vous attiriez par ce moyen la bénédiction

divine sur vous, qui sera reussir vos entreprises & actions à la gloire de

Dieu, que je prie (Champlain) vous avoir en sa saincte & digne garde.

Escrit à Paris le 7e jour de May, 1620.

 

Signé, LOUIS. Et plus bas, BRULART.