Oeuvres de Champlain
Chapitre VII.
Le 15 de Juin arriverent lesdits du Pont & de la Ralde, avec 4 barques
chargées de vivres & marchandises, ausquels je fis la meilleure réception
qu'il me fut possible, & ne trouverent que toute sorte de paix, ce que
plusieurs ne croyoient pas, suivant ce qui s'estoit passé. Ils ne sçavoient
point que le subject en estoit osté, occasion pourquoy toutes choses
s'estoient passées avec douceur, ils furent quelques huict jours à faire leurs
affaires, où durant ce temps, je leurs fis entendre comme ces sauvages
avoient esleu un chef par nostre consentement, & le bien qui en pouvoit
reussir, pourveu qu'on l'entretienne en ceste amitié.
Mahigan aticq vient voir ces messieurs qui le receurent fort humainement
sur ce que je leurs en avois dit.
Lesdits du Pont & de la Ralde, partirent pour monter amont ledit fleuve aux
trois rivieres, où ils trouverent quelque nombre de sauvages, en attendant un
plus grand. Quelques jours après arriva 1e Sire, commis, qui nous apporta
nouvelle de l'arrivée dudit sieur de Caen à Tadoussac, qui m'escrivoit qu'en
bref il s'achemineroit par devers nous, après sa barque montée: me priant
luy envoyer quelques scieurs d'aiz, & un canau en diligence audit du Pont &
de la Ralde, ce que je fis, & ledit le Sire partit ce mesme jour pour retourner
le treuver à Tadoussac.
Trois tours après arriva une barque des trois rivieres, qui alloit audit
Tadoussac, suivant l'ordre qui luy avoit donné.
Le Vendredy 15 de Juillet sur le soir, arriva ledit sieur de Caen dedans une
chalouppe, craignant n'estre assez à temps à la traitte des trois rivieres:
ayant laissé charge de despescher sa barque à Tadoussac, pour l'aller treuver
aux trois rivieres, je le receus au mieux qu'il me fut possible, me faisant
entendre tout ce qui s'estoit passé en toutes les affaires, tant de la Nouvelle
que de l'ancienne societé, à quoy je satisfis au mieux qu'il me fut possible. Il
me rendit la lettre suivante de sa Majesté.
Monsieur de Champlain, voulant conserver mon cousin le Duc de
Montmorency aux droits & pouvoirs que je luy ay cy-devant accordez
en la Nouvelle France, suivant les lettres patentes que je luy ay fait
expédier, j'ay treuvé bon que la contestation qui estoit à mon Conseil,
entre l'ancienne compagnie, faite par les precedents Gouverneurs, pour
faire les voyages audit païs de la Nouvelle France, establis par mon
cousin, suyvant son pouvoir; que ladite Nouvelle soit conservée au
traitté, joignant en icelle ceux de l'ancienne qui y voudront entrer, ainsi
que vous verrez par l'arrest de mon Conseil, qui vous sera envoyé par
le sieur Dolu, suivant lequel je veux & entend que vous vous
gouverniez avec lesdits nouveaux associez, maintenant le païs en paix,
en y conservant mon auctorité, en tout ce qui sera de mon service, à
quoy m'asseurant que vous ne manquerez, je prie Dieu qu'il vous ayt
Monsieur de Champlain en sa saincte garde, escrit à Paris le 20 de
Mars 1622. signé Louis, & plus bas Potier.
Ledit de Caen fut deux jours à Québec, & delà s'en alla aux trois rivieres.
Le lendemain sa barque arriva de Tadoussac, qui l'alla treuver.
Le dernier dudit mois de Juillet, passa ledit de la Ralde, qui s'en retournoit à
Tadoussac, pour apprester son vaisseau, & delà aller à Gaspey, voir si n'y
avoit point de vaisseaux, qui contrevinsent aux defences de sa Majesté.
Ledit de la Ralde arrive à Tadoussac, & eut quelques paroles avec Hébert,
que ledit sieur de Caen avoit laissé en sa place pour commander à son
vaisseau bien qu'arrivant ledit de la Ralde, le commandement estoit à luy
comme lieutenant dudit de Caen, & l'autre estoit son enseigne, qui ne voulut
cognoistre ledit de la Ralde, & leur dispute vint sur le fait de la religion,
bien que tous deux catholiques: car quand ledit de Caen qui estoit de la
religion prétendue reformée, faisoit faire les prieres sur le derriere en sa
chambre, & les catholiques sur le devant: & durant que ledit Hébert
demeura au vaisseau, les prieres s'y continuoient, comme quand son chef y
estoit: mais quand ledit de la Ralde y fut arrivé comme lieutenant, &
commandant audit vaisseau, il voulut que les catholiques vinssent faire
leurs prières en la chambre, & que les prétendus reformez fussent en leur
rang, sur le devant pour prier, Hébert s'y opposa, disant, que son capitaine ne l'entendoit, & ne luy en avoit donné Charge, ledit de la Ralde dit, quand
le chef y est, il fait comme il l'entend, Mais quand j'y suis en son absence, je
fais comme il me semble, & sur ce sujet il s'esmeut une grande dispute, qui
s'appaisa par le moyen de quelques peres Recolets, comme d'autres
personnes qui s'y treuverent. Hébert eut le tort de ceste dispute, & n'avoit
pas de raison.
Ledit sieur de Caen arriva des trois rivieres, le 19 d'Aoust, & le mercredy
24, je fis lire & publier les articles de messieurs les Associez, arrestez par le
Roy en son Conseil.
Le Jeudy 25, ledit de Caen partit de Québec pour aller à Tadoussac, & je fus
avec luy jusques à son departement qui fut le 5e jour de Septembre 1622.
Ledit du Pont fut laissée à l'habitation, pour principal commis de Messieurs
les Associez, & hyvernasmes ensemble.
En cet hyvernement estoient, tant hommes que femmes, & enfans cinquante
personnes.
Ledit de Caen estant party, nous eschouasmes quelque chalouppe, & sur le
soir, qui fut le 6, levasmes les ancres pour aller à Québec, où fusmes
contrariez de si mauvais temps, que nous nous pensasmes perdre au port
aux saumons sur nos ancres, ne pouvant appareiller: mais le vent venant à
s'appaiser au 13 dudit mois, nous nous mismes sous voilles, & arrivasmes à
Québec le 20. Le lendemain nous eschouasmes nostre barque, & fismes
descharger le reste des commoditez, & aussi tost que tout fut deschargé,
Desdame fut despesché avec ne chalouppe luy septiesme, pour aller à
Tadoussac mener des matelots, & ramener une barque que l'on avoit laissée
avec quelques cinq hommes, pour la garder, attendant que l'on y fust pour la
ramener, d'autant qu'il n'y avoit point de matelots, pour esquipper les deux
barques.
Le 10 d'Octobre arriva la barque de Tadoussac, qui nous dit qu'un vaisseau
de 50 à 60 tonneaux, estoit arrivé à Tadoussac pour faire pesche de baleine,
laquelle il n'avoit peu faire à la grande Baye, ny en autre port, & qu'il avoit
esté mis hors, à ce qu'ils dirent, par monsieur de Grandmont, comme ils
firent paroistre par leur commission qu'ils montrèrent au Baillif ayde de sous commis, qui estoit resté audit Tadoussac: il estoit armé de quatre
pièces de canon de fonte verte, d'environ de sept à huict cens pesant
chacune, deux breteuils, & le vaisseau bien armé avec vingt quatre
hommes, un bon pont de corde bien pouessé, tout à l'espreuve du mousquet,
ayant à la valeur de six à sept cens escus de marchandises, pour traitter, au
reste tres-mal amunitionnez de vivres, qui les contraignit de prendre du
Bailly deux barils de pois, demy baril de lard, qu'ils payèrent en chaudière
de cuivre rouge, celuy qui y commandoit s'appelloit Guerard basque, qui
s'estoit associé avec un Flamant, pour ce qui touchoit la marchandise de
traitte.
Ledit Guerard escrivit un mot de lettre audit du du Pont, par laquelle il luy
demandoit des castors, pour la moictié moins que l'on traittoit, pour les
marchandises qu'il avoit, luy en envoyant le memoire. Voila ce que nous
apprismes. De plus ils dirent qu'il venoit un vaisseau espagnol audit
Tadoussac de deux cens tonneaux, pour faire sa pesche de balaine, & dit
que durant que les vaisseaux estoient à Tadoussac, qui estoit 537 à l'Isle
verte, & avoit veu partir ledit vaisseau de la Ralde de Tadoussac, & que
presque toutes les nuicts il venoit avec une chalouppe au port, & oyoit la
plus part des discours qui se disoyent au vaisseau dudit sieur de Caen,
jusques à son départ.
Note 537: (retour)
Qu'il estoit.
De pouvoir y remédier il estoit impossible, pour n'avoir des matelots ny des
hommes de main, affin de s'en servir en telles affaires, car il eut fallu au
moins huict matelots d'ordinaire en l'habitation, & quelques dix ou douze
quand il est question d'aller attaquer un ennemy, avec une vingtaine
d'hommes, qui sceussent ce que c'est d'aller à la guerre, c'est ce qui ne se
voit point à Québec, l'on pense estre trop fort, & que personne ne seroit 538
entreprendre en ces lieux, mais la meffiance est la mère de seureté, c'est
pourquoy suivant les advis que souvent je donnois, l'on devoit remédier à la
conservation du pays, & à l'asseurance des hommes qui y demeurent, qui
estoit d'achever le fort ja commence, & y avoir de bonnes armes &
munitions, & garnison suffisante qui s'y entretiendroit pour peu de chose,
autrement rien ne se peut maintenir que par la force.
Note 538: (retour)
Lisez n'oseroit.
L'on employa les ouvriers aux choses les plus necessaires de l'habitation.
Ledit du Pont tomba malade de la goute le 27 de Septembre, jusques au 21
d'Octobre, & l'incommodité qu'il en sentoit, fit que pendant l'hyver il ne
sortit point de l'habitation, pour son indisposition.
Je passay le temps à faire accommoder des jardins, pour y semer en
l'Automne, & voir ce qui en reussiroit au printemps, ce que je fis y prenant
un singulier plaisir, cette occupation n'estoit point inutille pour la
commodité qu'en recevoit toute l'habitation, à quoy personne n'avoit fait
d'espreuve, car la plus part des hommes voudroient bien cueillir, mais rien
semer, ce qui ne se peut, car l'on ne sçauroit dire en ces lieux combien on
reçoit d'utilité des jardinages: un peu de soing & vigilance sert beaucoup à
un homme de commandement, car s'il n'a de l'affection qu'à de certaine
chose, malaisément peut il avoir beaucoup de commoditez sans main
mettre, ou commander de ce faire, nos peres y estoient assez vigilans
n'ayant autre soing que de prier Dieu & jardiner.
L'un de nos peres appellé le père Irenée539, se resolut le 13 Décembre d'aller
hyverner avec les sauvages, pour apprendre leur langue, & profiter quelque
chose s'il pouvoit pour l'amour de Dieu: mais le 22 dudit mois, il retourna à
son habitation, pour ne se pouvoir accommoder à la vie de ces peuples 540:
Ledit père y retourna pour la seconde fois 541, mais ne pouvant supporter la
fatique, il s'en revint, & le père Joseph plus robuste & accoustumé à ceste
vie, se délibera d'y aller passer trois mois de temps, qui estoit en bon temps,
d'autant que la chasse de l'eslan se faisoit en quantité, où l'on ne mange que
de la viande, bien que ce ne soit qu'à cinq ou six lieues de nostre habitation,
& partit le mesme jour qu'arriva ledit père Irenée qui fut le 17 de Janvier
1623.
Note 539: (retour)
Le P. Irénée Piat.
Note 540: (retour)
La cause de son retour, suivant Sagard, fut un peu différente. Le frère du sauvage
qui s'était chargé du Père étant tombé malade, le pilotois décida que, «le mal
ayant esté donné par un sauvage fort esloigné de là, on l'enverroit tuer par l'un
des frères du malade... Le P. Irénée, estonné d'un si meschant conseil, & que sa
presence ny ses remonstrances ne pouvoient en rien modérer ny divertir ces
mauvais desseins (comme nouveau Apostre parmy un peuple gentil) il quitta là
tout & s'en retourna au Convent pour y cathéchiser les François...» (Sagard, Hist.
du Canada, p. 99.)
Note 541: (retour)
Quoique le P. Irénée eût, sans aucun doute, l'intention de se former et s'habituer
aux fatigues des missions, il paraîtrait, d'après Sagard, que ce second voyage
n'était pas précisément une mission. Il allait avec le Frère Charles, à quelques
lieues de Québec, chercher un élan, dont les sauvages avaient fait présent aux
missionnaires. (Sagard, Hist. du Canada, p. 101 et suiv.)
Le 23 de Mars ledit du Pont retomba malade de ses gouttes ou il fut très-
mal avec de si grandes douleurs, que l'on n'osoit presque le toucher, quelque
remède que le Chirurgien luy peust apporter, & fut ainsi tourmenté jusques
au septiesme de May qu'il sortit de sa chambre.
Le 19 de Mars il fit un temps fort violent accompagné de vens, tonnerre,
gresle & esclairs, bien qu'en ce temps l'air est encore froid, & le pays
remply de neiges & glaces.
Le 19 d'Avril l'on commença à accommoder une barque, pour aller à
Tadoussac, ce qu'estant achevée le premier de May, elle partit avec
Desdames sous-commis & hommes, & ledit du Pont n'y peust aller pour son
indisposition. Le 16 d'Avril il y avoit un pied de neige en quelques endroits.
Je semé toutes sortes de grains le 20 dudit mois derrière l'habitation, où les
neges estoient plustost fondues qu'ailleurs, pour estre au midy & à l'abry du
vent de Nortouest, qui est fort dangereux.
Le lundy 8 de May, nos ouvriers allant coupper du bois pour scier, le mal-
heur en voulut à un jeune homme nommé Jean le Cocq, qu'une bûche
roulant d'un lieu à autre passa par dessus luy, qui luy rompit le col, & luy
escrasa la teste, & ainsi mourut pauvrement.
Le 10 dudit mois, le père Irenée se resolut d'aller à Tadoussac, pour essayer
de faire quelque fruict aux sauvages de par delà, cela m'estonnoit, voyant
qu'il avoit assez à faire, & de quoy s'employer par deçà, à ce que je luy
remonstré: mais ne le pouvant dissuader de ce voyage, il s'embarqua dans
une chalouppe avec des sauvages qui le devoient mener: mais estant à
Tadoussac il changea de resolution 542, & s'en revint à Québec le 22 dudit
mois, & son entreprise fut rompue, & ne pût demeurer à Tadoussac avec
nos gens, pour n'estre accommodé comme il eust desiré.
Note 542: (retour)
«Les Sauvages du Père, dit Sagard, ayant esté abouchez par un autre plus grand
nombre qui estoient là attendans d'autres de leurs amis pour aller à la guerre, ils
furent persuadez d'estre de la partie, & de renvoyer ledit Père dans son Convent,
jusques à un autre temps, qu'ils le reprendroient pour son dessein, tellement qu'il
fallut qu'il s'en retournast dans un canot de Montagnais sans pouvoir passer plus
outre, marry que son voyage ne luy avoit mieux succedé.» (Hist. du Canada, p.
109.)
Voyant que jusques au 14 de juin l'on n'avoit point nouvelle des vaisseaux,
& craignant que quelque accident ne fut arrivé, l'on délibéra d'envoyer une
chalouppe à Tadoussac, ce qui fut fait avec cinq hommes, & Olivier543
Truchement pour faire revenir la barque si les vaisseaux n'estoient arrivez,
pour retourner & aller à Gaspey, recouvrir des vivres pour ceux qui
resteroient à l'habitation, & rapasser dans les vaisseaux pescheurs, partie
des gens les moins utiles. En ce temps je fis paver la cour de l'habitation,
avec quelques réparations au logis.
Note 543: (retour)
Olivier le Tardif, qui devint plus tard commis de la Compagnie générale des
Cent-Associés, et seigneur en partie de la côte de Beaupré.
Le Vendredy 16 arriva une chalouppe avec la nostre, où estoit un matelot
appellé Jean Paul 544 qui nous dit l'arrivée du sieur Deschesnes à Tadoussac,
dans une barque, & avoit laissé son vaisseau à Gaspey, pour taire pesche de
poissons.
Note 544: (retour)
Peut-être Jean-Paul Godefroy.
Le 28 arriva Desdames avec la Realle, & deux Religieux, l'un apellé le père
Nicolas545 546 , & l'autre 1623. le frère Gabriel, qui nous dirent que ledit
sieur de Caen, n'estoit point encore arrivé, qui nous mettoit en peine.
Note 545: (retour)
«Le P. Nicolas Viel, qui faisoit de grandes instances depuis trois ans» pour venir
en Canada, «en reçut à Montargis la permission.» (Le Clercq, Premier Etabliss.
de la Foy, I, 246.)
Note 546: (retour)
Gabriel Sagard, Théodat. Voici comme il raconte lui-même son arrivée. «Pendant
que j'admirois» ce saut (de Montmorency), «un doux zephir enflant
favorablement nos voiles, nous portoit à Kebec, où nous arrivames la veille de S
Pierre S. Paul, sur les cinq heures du soir en très-bonne santé & assez bien
mouillez d'une pluye qui nous tomboit du Ciel, de quoy nous louâmes Dieu, &
prîmes port au lieu accoustumé. Ayans posé l'anchre, & mis ordre à ce qui nous
concernoit, nous descendismes à terre, saluames les Chefs de l'habitation, qui
nous estoient venu recevoir au Port & nous entrames dans la Chapelle, où nous
rendîmes actions de grâce à nostre Seigneur de sa divine assistance; & en suitte
poussez d'un desir extrême de voir nos Frères dans leur petit Convent, nous
pensames prendre congé du sieur de Champlain pour nous y rendre au plustost,
mais sa charité, outre les pluyes continuelles & l'obscurité du temps nous en
empescherent, & nous retint à coucher jusques au lendemain matin, que nous y
fusmes conduits par un des Matelots de l'habitation.» (Hist. du Canada, p. 159,
l60.)
Le 2 de Juillet, arriva un Canau où estoit Estienne Bruslé truchement, avec
Desmarests, qui nous apporta nouvelle qu'il estoit arrivé, il n'arresta à
Québec qu'une nuict partant plus outre, pour advertir les sauvages, & aller
au devant d'eux pour les haster de venir.
Le 4 dudit mois arriva Loquin commis, dans une barque pour aller en
traitte, qui estoit à ce voyage lieutenant dudit sieur de Caen en son vaisseau,
où montant haut, fit rencontre dudit du Pont, qui avoit esté avec une
chalouppe à la riviere des Yrocois, pour persuader les sauvages de
descendre à Québec, ce qu'il asseura audit Loquin, qui fit qu'ils
rebrousserent chemin & s'en revindrent audit Québec sur ceste esperance,
que véritablement ce seroit une bonne chose s'ils pouvoient descendre à
ladite habitation, que cela releveroit de grandes peines & risques que l'on
court. En ce temps un sauvage appellé la Foyriere 547, donna advis que la
plus grande partie des sauvages avoient deliberé de nous surprendre, en
mesme temps tant à Tadoussac qu'à Québec, & assommer tout, à la
sollicitation du meurtrier, auquel advis l'on donna tel ordre, que depuis ledit
meurtrier a desnié fort & ferme qu'il n'eust voulu faire ce mal, disant que
l'autre estoit un imposteur. Lesdits Deschesnes & Loquin voyant que les
sauvages ne venoient point comme ils avoient promis audit du Pont,
partirent avec deux barques le 9 de juillet, pour aller à mont ledit fleuve, & rencontrèrent seize canaux proche de Québec, qui les fit retourner pour
traitter ce qu'ils avoient, pour puis après suivre leur première délibération.
Note 547: (retour)
Ou la Forière, suivant Sagard.
Le 13 dudit mois arriva ledit sieur de Caen avec deux barques, où je le
receus au mieux qu'il me fut possible, estant arrivé il se délibéra d'envoyer
une barque, pour essayer d'amener lesdits sauvages s'ils les rencontroient, &
ledit Deschesnes partit pour cet effect.
Le 16 dudit mois, ledit de Caen ne tarda gueres qu'il ne suivit ledit
Deschesnes, je m'embarquay en la barque qu'il me donna, & s'en vint en
une autre: nous fismes voille avec quatre barques, chargées de
marchandises pour la traitte.
Arrivée de l'Autheur devant la riviere des Yrocois. Advis du Pilote Doublet
au sieur de Caen, de quelques Basques retirez en l'isle S. Jean. Plainte des
Sauvages accordées. Le meurtrier est pardonné. Ceremonies observées en
recevant le pardon du Roy de France. Accord entre ces nations sauvages &
les François. Retour du sieur du Pont en France. L'Autheur fait faire de
Nouveaux édifices.