Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 155 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre VII.

 

Le 15 de Juin arriverent lesdits du Pont & de la Ralde, avec 4 barques

chargées de vivres & marchandises, ausquels je fis la meilleure réception

qu'il me fut possible, & ne trouverent que toute sorte de paix, ce que

plusieurs ne croyoient pas, suivant ce qui s'estoit passé. Ils ne sçavoient

point que le subject en estoit osté, occasion pourquoy toutes choses

s'estoient passées avec douceur, ils furent quelques huict jours à faire leurs

affaires, où durant ce temps, je leurs fis entendre comme ces sauvages

avoient esleu un chef par nostre consentement, & le bien qui en pouvoit

reussir, pourveu qu'on l'entretienne en ceste amitié.

 

Mahigan aticq vient voir ces messieurs qui le receurent fort humainement

sur ce que je leurs en avois dit.

 

Lesdits du Pont & de la Ralde, partirent pour monter amont ledit fleuve aux

trois rivieres, où ils trouverent quelque nombre de sauvages, en attendant un

plus grand. Quelques jours après arriva 1e Sire, commis, qui nous apporta

nouvelle de l'arrivée dudit sieur de Caen à Tadoussac, qui m'escrivoit qu'en

bref il s'achemineroit par devers nous, après sa barque montée: me priant

luy envoyer quelques scieurs d'aiz, & un canau en diligence audit du Pont &

de la Ralde, ce que je fis, & ledit le Sire partit ce mesme jour pour retourner

le treuver à Tadoussac.

 

Trois tours après arriva une barque des trois rivieres, qui alloit audit

Tadoussac, suivant l'ordre qui luy avoit donné.

 

Le Vendredy 15 de Juillet sur le soir, arriva ledit sieur de Caen dedans une

chalouppe, craignant n'estre assez à temps à la traitte des trois rivieres:

ayant laissé charge de despescher sa barque à Tadoussac, pour l'aller treuver

aux trois rivieres, je le receus au mieux qu'il me fut possible, me faisant

entendre tout ce qui s'estoit passé en toutes les affaires, tant de la Nouvelle

que de l'ancienne societé, à quoy je satisfis au mieux qu'il me fut possible. Il

me rendit la lettre suivante de sa Majesté.

Monsieur de Champlain, voulant conserver mon cousin le Duc de

Montmorency aux droits & pouvoirs que je luy ay cy-devant accordez

en la Nouvelle France, suivant les lettres patentes que je luy ay fait

expédier, j'ay treuvé bon que la contestation qui estoit à mon Conseil,

entre l'ancienne compagnie, faite par les precedents Gouverneurs, pour

faire les voyages audit païs de la Nouvelle France, establis par mon

cousin, suyvant son pouvoir; que ladite Nouvelle soit conservée au

traitté, joignant en icelle ceux de l'ancienne qui y voudront entrer, ainsi

que vous verrez par l'arrest de mon Conseil, qui vous sera envoyé par

le sieur Dolu, suivant lequel je veux & entend que vous vous

gouverniez avec lesdits nouveaux associez, maintenant le païs en paix,

en y conservant mon auctorité, en tout ce qui sera de mon service, à

quoy m'asseurant que vous ne manquerez, je prie Dieu qu'il vous ayt

Monsieur de Champlain en sa saincte garde, escrit à Paris le 20 de

Mars 1622. signé Louis, & plus bas Potier.

 

Ledit de Caen fut deux jours à Québec, & delà s'en alla aux trois rivieres.

Le lendemain sa barque arriva de Tadoussac, qui l'alla treuver.

 

Le dernier dudit mois de Juillet, passa ledit de la Ralde, qui s'en retournoit à

Tadoussac, pour apprester son vaisseau, & delà aller à Gaspey, voir si n'y

avoit point de vaisseaux, qui contrevinsent aux defences de sa Majesté.

 

Ledit de la Ralde arrive à Tadoussac, & eut quelques paroles avec Hébert,

que ledit sieur de Caen avoit laissé en sa place pour commander à son

vaisseau bien qu'arrivant ledit de la Ralde, le commandement estoit à luy

comme lieutenant dudit de Caen, & l'autre estoit son enseigne, qui ne voulut

cognoistre ledit de la Ralde, & leur dispute vint sur le fait de la religion,

bien que tous deux catholiques: car quand ledit de Caen qui estoit de la

religion prétendue reformée, faisoit faire les prieres sur le derriere en sa

chambre, & les catholiques sur le devant: & durant que ledit Hébert

demeura au vaisseau, les prieres s'y continuoient, comme quand son chef y

estoit: mais quand ledit de la Ralde y fut arrivé comme lieutenant, &

commandant audit vaisseau, il voulut que les catholiques vinssent faire

leurs prières en la chambre, & que les prétendus reformez fussent en leur

rang, sur le devant pour prier, Hébert s'y opposa, disant, que son capitaine ne l'entendoit, & ne luy en avoit donné Charge, ledit de la Ralde dit, quand

le chef y est, il fait comme il l'entend, Mais quand j'y suis en son absence, je

fais comme il me semble, & sur ce sujet il s'esmeut une grande dispute, qui

s'appaisa par le moyen de quelques peres Recolets, comme d'autres

personnes qui s'y treuverent. Hébert eut le tort de ceste dispute, & n'avoit

pas de raison.

 

Ledit sieur de Caen arriva des trois rivieres, le 19 d'Aoust, & le mercredy

24, je fis lire & publier les articles de messieurs les Associez, arrestez par le

Roy en son Conseil.

 

Le Jeudy 25, ledit de Caen partit de Québec pour aller à Tadoussac, & je fus

avec luy jusques à son departement qui fut le 5e jour de Septembre 1622.

 

Ledit du Pont fut laissée à l'habitation, pour principal commis de Messieurs

les Associez, & hyvernasmes ensemble.

 

En cet hyvernement estoient, tant hommes que femmes, & enfans cinquante

personnes.

 

Ledit de Caen estant party, nous eschouasmes quelque chalouppe, & sur le

soir, qui fut le 6, levasmes les ancres pour aller à Québec, où fusmes

contrariez de si mauvais temps, que nous nous pensasmes perdre au port

aux saumons sur nos ancres, ne pouvant appareiller: mais le vent venant à

s'appaiser au 13 dudit mois, nous nous mismes sous voilles, & arrivasmes à

Québec le 20. Le lendemain nous eschouasmes nostre barque, & fismes

descharger le reste des commoditez, & aussi tost que tout fut deschargé,

Desdame fut despesché avec ne chalouppe luy septiesme, pour aller à

Tadoussac mener des matelots, & ramener une barque que l'on avoit laissée

avec quelques cinq hommes, pour la garder, attendant que l'on y fust pour la

ramener, d'autant qu'il n'y avoit point de matelots, pour esquipper les deux

barques.

 

Le 10 d'Octobre arriva la barque de Tadoussac, qui nous dit qu'un vaisseau

de 50 à 60 tonneaux, estoit arrivé à Tadoussac pour faire pesche de baleine,

laquelle il n'avoit peu faire à la grande Baye, ny en autre port, & qu'il avoit

esté mis hors, à ce qu'ils dirent, par monsieur de Grandmont, comme ils

firent paroistre par leur commission qu'ils montrèrent au Baillif ayde de sous commis, qui estoit resté audit Tadoussac: il estoit armé de quatre

pièces de canon de fonte verte, d'environ de sept à huict cens pesant

chacune, deux breteuils, & le vaisseau bien armé avec vingt quatre

hommes, un bon pont de corde bien pouessé, tout à l'espreuve du mousquet,

ayant à la valeur de six à sept cens escus de marchandises, pour traitter, au

reste tres-mal amunitionnez de vivres, qui les contraignit de prendre du

Bailly deux barils de pois, demy baril de lard, qu'ils payèrent en chaudière

de cuivre rouge, celuy qui y commandoit s'appelloit Guerard basque, qui

s'estoit associé avec un Flamant, pour ce qui touchoit la marchandise de

traitte.

 

Ledit Guerard escrivit un mot de lettre audit du du Pont, par laquelle il luy

demandoit des castors, pour la moictié moins que l'on traittoit, pour les

marchandises qu'il avoit, luy en envoyant le memoire. Voila ce que nous

apprismes. De plus ils dirent qu'il venoit un vaisseau espagnol audit

Tadoussac de deux cens tonneaux, pour faire sa pesche de balaine, & dit

que durant que les vaisseaux estoient à Tadoussac, qui estoit 537 à l'Isle

verte, & avoit veu partir ledit vaisseau de la Ralde de Tadoussac, & que

presque toutes les nuicts il venoit avec une chalouppe au port, & oyoit la

plus part des discours qui se disoyent au vaisseau dudit sieur de Caen,

jusques à son départ.

 

Note 537: (retour)

 

Qu'il estoit.

 

De pouvoir y remédier il estoit impossible, pour n'avoir des matelots ny des

hommes de main, affin de s'en servir en telles affaires, car il eut fallu au

moins huict matelots d'ordinaire en l'habitation, & quelques dix ou douze

quand il est question d'aller attaquer un ennemy, avec une vingtaine

d'hommes, qui sceussent ce que c'est d'aller à la guerre, c'est ce qui ne se

voit point à Québec, l'on pense estre trop fort, & que personne ne seroit 538

entreprendre en ces lieux, mais la meffiance est la mère de seureté, c'est

pourquoy suivant les advis que souvent je donnois, l'on devoit remédier à la

conservation du pays, & à l'asseurance des hommes qui y demeurent, qui

estoit d'achever le fort ja commence, & y avoir de bonnes armes &

munitions, & garnison suffisante qui s'y entretiendroit pour peu de chose,

autrement rien ne se peut maintenir que par la force.

Note 538: (retour)

 

Lisez n'oseroit.

 

L'on employa les ouvriers aux choses les plus necessaires de l'habitation.

Ledit du Pont tomba malade de la goute le 27 de Septembre, jusques au 21

d'Octobre, & l'incommodité qu'il en sentoit, fit que pendant l'hyver il ne

sortit point de l'habitation, pour son indisposition.

 

Je passay le temps à faire accommoder des jardins, pour y semer en

l'Automne, & voir ce qui en reussiroit au printemps, ce que je fis y prenant

un singulier plaisir, cette occupation n'estoit point inutille pour la

commodité qu'en recevoit toute l'habitation, à quoy personne n'avoit fait

d'espreuve, car la plus part des hommes voudroient bien cueillir, mais rien

semer, ce qui ne se peut, car l'on ne sçauroit dire en ces lieux combien on

reçoit d'utilité des jardinages: un peu de soing & vigilance sert beaucoup à

un homme de commandement, car s'il n'a de l'affection qu'à de certaine

chose, malaisément peut il avoir beaucoup de commoditez sans main

mettre, ou commander de ce faire, nos peres y estoient assez vigilans

n'ayant autre soing que de prier Dieu & jardiner.

 

L'un de nos peres appellé le père Irenée539, se resolut le 13 Décembre d'aller

hyverner avec les sauvages, pour apprendre leur langue, & profiter quelque

chose s'il pouvoit pour l'amour de Dieu: mais le 22 dudit mois, il retourna à

son habitation, pour ne se pouvoir accommoder à la vie de ces peuples 540:

Ledit père y retourna pour la seconde fois 541, mais ne pouvant supporter la

fatique, il s'en revint, & le père Joseph plus robuste & accoustumé à ceste

vie, se délibera d'y aller passer trois mois de temps, qui estoit en bon temps,

d'autant que la chasse de l'eslan se faisoit en quantité, où l'on ne mange que

de la viande, bien que ce ne soit qu'à cinq ou six lieues de nostre habitation,

& partit le mesme jour qu'arriva ledit père Irenée qui fut le 17 de Janvier

1623.

 

Note 539: (retour)

 

Le P. Irénée Piat.

 

Note 540: (retour)

 

La cause de son retour, suivant Sagard, fut un peu différente. Le frère du sauvage

qui s'était chargé du Père étant tombé malade, le pilotois décida que, «le mal

ayant esté donné par un sauvage fort esloigné de là, on l'enverroit tuer par l'un

des frères du malade... Le P. Irénée, estonné d'un si meschant conseil, & que sa

presence ny ses remonstrances ne pouvoient en rien modérer ny divertir ces

mauvais desseins (comme nouveau Apostre parmy un peuple gentil) il quitta là

tout & s'en retourna au Convent pour y cathéchiser les François...» (Sagard, Hist.

du Canada, p. 99.)

 

Note 541: (retour)

 

Quoique le P. Irénée eût, sans aucun doute, l'intention de se former et s'habituer

aux fatigues des missions, il paraîtrait, d'après Sagard, que ce second voyage

n'était pas précisément une mission. Il allait avec le Frère Charles, à quelques

lieues de Québec, chercher un élan, dont les sauvages avaient fait présent aux

missionnaires. (Sagard, Hist. du Canada, p. 101 et suiv.)

 

Le 23 de Mars ledit du Pont retomba malade de ses gouttes ou il fut très-

mal avec de si grandes douleurs, que l'on n'osoit presque le toucher, quelque

remède que le Chirurgien luy peust apporter, & fut ainsi tourmenté jusques

au septiesme de May qu'il sortit de sa chambre.

 

Le 19 de Mars il fit un temps fort violent accompagné de vens, tonnerre,

gresle & esclairs, bien qu'en ce temps l'air est encore froid, & le pays

remply de neiges & glaces.

 

Le 19 d'Avril l'on commença à accommoder une barque, pour aller à

Tadoussac, ce qu'estant achevée le premier de May, elle partit avec

Desdames sous-commis & hommes, & ledit du Pont n'y peust aller pour son

indisposition. Le 16 d'Avril il y avoit un pied de neige en quelques endroits.

Je semé toutes sortes de grains le 20 dudit mois derrière l'habitation, où les

neges estoient plustost fondues qu'ailleurs, pour estre au midy & à l'abry du

vent de Nortouest, qui est fort dangereux.

 

Le lundy 8 de May, nos ouvriers allant coupper du bois pour scier, le mal-

heur en voulut à un jeune homme nommé Jean le Cocq, qu'une bûche

roulant d'un lieu à autre passa par dessus luy, qui luy rompit le col, & luy

escrasa la teste, & ainsi mourut pauvrement.

 

Le 10 dudit mois, le père Irenée se resolut d'aller à Tadoussac, pour essayer

de faire quelque fruict aux sauvages de par delà, cela m'estonnoit, voyant

qu'il avoit assez à faire, & de quoy s'employer par deçà, à ce que je luy

remonstré: mais ne le pouvant dissuader de ce voyage, il s'embarqua dans

une chalouppe avec des sauvages qui le devoient mener: mais estant à

Tadoussac il changea de resolution 542, & s'en revint à Québec le 22 dudit

mois, & son entreprise fut rompue, & ne pût demeurer à Tadoussac avec

nos gens, pour n'estre accommodé comme il eust desiré.

 

Note 542: (retour)

 

«Les Sauvages du Père, dit Sagard, ayant esté abouchez par un autre plus grand

nombre qui estoient là attendans d'autres de leurs amis pour aller à la guerre, ils

furent persuadez d'estre de la partie, & de renvoyer ledit Père dans son Convent,

jusques à un autre temps, qu'ils le reprendroient pour son dessein, tellement qu'il

fallut qu'il s'en retournast dans un canot de Montagnais sans pouvoir passer plus

outre, marry que son voyage ne luy avoit mieux succedé.» (Hist. du Canada, p.

109.)

 

Voyant que jusques au 14 de juin l'on n'avoit point nouvelle des vaisseaux,

& craignant que quelque accident ne fut arrivé, l'on délibéra d'envoyer une

chalouppe à Tadoussac, ce qui fut fait avec cinq hommes, & Olivier543

Truchement pour faire revenir la barque si les vaisseaux n'estoient arrivez,

pour retourner & aller à Gaspey, recouvrir des vivres pour ceux qui

resteroient à l'habitation, & rapasser dans les vaisseaux pescheurs, partie

des gens les moins utiles. En ce temps je fis paver la cour de l'habitation,

avec quelques réparations au logis.

 

Note 543: (retour)

 

Olivier le Tardif, qui devint plus tard commis de la Compagnie générale des

Cent-Associés, et seigneur en partie de la côte de Beaupré.

 

Le Vendredy 16 arriva une chalouppe avec la nostre, où estoit un matelot

appellé Jean Paul 544 qui nous dit l'arrivée du sieur Deschesnes à Tadoussac,

dans une barque, & avoit laissé son vaisseau à Gaspey, pour taire pesche de

poissons.

 

Note 544: (retour)

 

Peut-être Jean-Paul Godefroy.

 

Le 28 arriva Desdames avec la Realle, & deux Religieux, l'un apellé le père

Nicolas545 546 , & l'autre 1623. le frère Gabriel, qui nous dirent que ledit

sieur de Caen, n'estoit point encore arrivé, qui nous mettoit en peine.

 

Note 545: (retour)

«Le P. Nicolas Viel, qui faisoit de grandes instances depuis trois ans» pour venir

en Canada, «en reçut à Montargis la permission.» (Le Clercq, Premier Etabliss.

de la Foy, I, 246.)

 

Note 546: (retour)

 

Gabriel Sagard, Théodat. Voici comme il raconte lui-même son arrivée. «Pendant

que j'admirois» ce saut (de Montmorency), «un doux zephir enflant

favorablement nos voiles, nous portoit à Kebec, où nous arrivames la veille de S

Pierre S. Paul, sur les cinq heures du soir en très-bonne santé & assez bien

mouillez d'une pluye qui nous tomboit du Ciel, de quoy nous louâmes Dieu, &

prîmes port au lieu accoustumé. Ayans posé l'anchre, & mis ordre à ce qui nous

concernoit, nous descendismes à terre, saluames les Chefs de l'habitation, qui

nous estoient venu recevoir au Port & nous entrames dans la Chapelle, où nous

rendîmes actions de grâce à nostre Seigneur de sa divine assistance; & en suitte

poussez d'un desir extrême de voir nos Frères dans leur petit Convent, nous

pensames prendre congé du sieur de Champlain pour nous y rendre au plustost,

mais sa charité, outre les pluyes continuelles & l'obscurité du temps nous en

empescherent, & nous retint à coucher jusques au lendemain matin, que nous y

fusmes conduits par un des Matelots de l'habitation.» (Hist. du Canada, p. 159,

l60.)

 

Le 2 de Juillet, arriva un Canau où estoit Estienne Bruslé truchement, avec

Desmarests, qui nous apporta nouvelle qu'il estoit arrivé, il n'arresta à

Québec qu'une nuict partant plus outre, pour advertir les sauvages, & aller

au devant d'eux pour les haster de venir.

 

Le 4 dudit mois arriva Loquin commis, dans une barque pour aller en

traitte, qui estoit à ce voyage lieutenant dudit sieur de Caen en son vaisseau,

où montant haut, fit rencontre dudit du Pont, qui avoit esté avec une

chalouppe à la riviere des Yrocois, pour persuader les sauvages de

descendre à Québec, ce qu'il asseura audit Loquin, qui fit qu'ils

rebrousserent chemin & s'en revindrent audit Québec sur ceste esperance,

que véritablement ce seroit une bonne chose s'ils pouvoient descendre à

ladite habitation, que cela releveroit de grandes peines & risques que l'on

court. En ce temps un sauvage appellé la Foyriere 547, donna advis que la

plus grande partie des sauvages avoient deliberé de nous surprendre, en

mesme temps tant à Tadoussac qu'à Québec, & assommer tout, à la

sollicitation du meurtrier, auquel advis l'on donna tel ordre, que depuis ledit

meurtrier a desnié fort & ferme qu'il n'eust voulu faire ce mal, disant que

l'autre estoit un imposteur. Lesdits Deschesnes & Loquin voyant que les

sauvages ne venoient point comme ils avoient promis audit du Pont,

partirent avec deux barques le 9 de juillet, pour aller à mont ledit fleuve, & rencontrèrent seize canaux proche de Québec, qui les fit retourner pour

traitter ce qu'ils avoient, pour puis après suivre leur première délibération.

 

Note 547: (retour)

 

Ou la Forière, suivant Sagard.

 

Le 13 dudit mois arriva ledit sieur de Caen avec deux barques, où je le

receus au mieux qu'il me fut possible, estant arrivé il se délibéra d'envoyer

une barque, pour essayer d'amener lesdits sauvages s'ils les rencontroient, &

ledit Deschesnes partit pour cet effect.

 

Le 16 dudit mois, ledit de Caen ne tarda gueres qu'il ne suivit ledit

Deschesnes, je m'embarquay en la barque qu'il me donna, & s'en vint en

une autre: nous fismes voille avec quatre barques, chargées de

marchandises pour la traitte.

 

Arrivée de l'Autheur devant la riviere des Yrocois. Advis du Pilote Doublet

au sieur de Caen, de quelques Basques retirez en l'isle S. Jean. Plainte des

Sauvages accordées. Le meurtrier est pardonné. Ceremonies observées en

recevant le pardon du Roy de France. Accord entre ces nations sauvages &

les François. Retour du sieur du Pont en France. L'Autheur fait faire de

Nouveaux édifices.