Oeuvres de Champlain
Notice Biographique de Champlain
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.
Qu'il nous soit maintenant permis d'offrir nos remerciements les plus
sincères à un grand nombre d'amis qui ont bien voulu nous aider de leurs
conseils, ou de leur puissant concours, en particulier à M. l'abbé Verreau, à
M. J.-C. Taché, à M. l'abbé H.-R. Casgrain et à M. Ant. Gérin-Lajoie.
Nous devons encore un large tribut de reconnaissance à la mémoire de deux
personnes que nous avons bien des raisons particulières de regretter: M.
l'abbé Ferland, sur les lumières et l'expérience duquel nous avions appris à
compter, et M. l'abbé E.-G. Plante, qui a tant contribué à cette présente
édition par la générosité avec laquelle il a toujours mis complètement à
notre disposition sa riche collection d'ouvrages sur le Canada et l'Amérique.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
DE
CHAMPLAIN
On peut dire que la vie de Champlain est tout entière dans ses oeuvres. Il
semblera donc peut-être superflu de mettre sa notice biographique en tête de
ses ouvrages, surtout quand déjà tant d'écrivains de mérite lui ont consacré
des pages remarquables.
Cependant, comme ces auteurs n'avaient à en parler que d'une manière plus
ou moins incidente, suivant le cadre qu'ils s'étaient prescrit, nous avons cru
devoir essayer de compléter leurs observations, et même de les corriger au
besoin, tout en résumant ici ce qui se trouve trop épars dans nos notes, et en
y ajoutant des remarques que le temps ou l'espace ne pouvaient alors nous
permettre.
Champlain naquit en l'année 1567, si l'on en croit la Biographie
Saintongeoise. Il est regrettable que cet ouvrage n'indique pas la source où
cette date a été puisée; car, jusque aujourd'hui, les chercheurs les plus
infatigables n'ont encore pu réussir à trouver son acte de naissance. Une
chose digne de remarque, c'est que notre auteur, dans le cours de toutes ses
oeuvres, à travers le récit de tant d'événements divers, n'ait pas une seule
fois trouvé l'occasion, ou jugé à propos de parler de son âge, même lorsqu'il
était opportun de faire valoir ou de rappeler ses services passés. Cependant,
si l'on n'a pas de preuve directe de l'exactitude de cette date donnée par la
Biographie Saintongeoise, on peut établir d'une manière au moins
approximative, qu'elle n'est pas loin de la vérité.
Champlain nous apprend lui-même 1 qu'il était maréchal des logis dans
l'armée de Bretagne, sous le maréchal d'Aumont, qui mourut au mois d'août
1595. De là on peut conclure, que, peu de temps auparavant, vers 1592
peut-être, il devait avoir vingt-cinq ans ou environ; puisqu'il occupait déjà
un poste de confiance qui d'ordinaire ne se donne qu'à une personne de
quelque expérience. Suivant ce calcul, sa naissance aurait donc eu lieu vers
1567.
Note 1: (retour) Voyage aux Indes-Occidentales, p. 5.>
La différence d'âge entre Pont-Gravé et Champlain, vient encore ajouter un
certain degré de probabilité à la date assignée par le même ouvrage. Cette
différence, quoiqu'elle ne soit nulle part donnée positivement, peut se
déduire avec assez d'exactitude de plusieurs passages et entre autres de
celui-ci: Pour le sieur du Pont, dit Champlain en 1619, son âge me le ferait
respecter comme mon père. Cette manière de s'exprimer donne évidemment
à entendre que Pont-Gravé avait au moins dix ou douze ans de plus que lui.
Or, d'après Sagard, Pont-Gravé avait alors environ soixante-cinq ans. Si l'on
suppose que Champlain avait douze ans de moins, on trouve qu'il était, en
1619, âgé de cinquante-deux ans environ, ce qui reporte sa naissance à
1567.
Champlain naquit à Brouage en Saintonge. Suivant la même Biographie
Saintongeoise, il était issu d'une famille de pêcheurs. Si cette assertion est
fondée, il faut en conclure que ses parents réussirent, par leur mérite
personnel ou par leur industrie, à s'élever au-dessus de leur humble profession; car, dans le contrat de mariage de Champlain, passé en 1610,
son père, Antoine de Champlain, est qualifié 2 capitaine, de la marine. Le
même document nous apprend que sa mère s'appelait Marguerite Le Roy. Il
reçut au baptême le nom de Samuel 3; du moins, c'est le seul qu'il prenne
dans le titre de ses ouvrages, et les documents contemporains s'accordent à
ne lui en point donner d'autre.
Note 2: (retour) C'est là, suivant nous, toute la noblesse du père de Champlain.
L'auteur de l'Histoire de la Colonie française en Canada prétend que, si Henri
IV anoblit le fils, il anoblit aussi le père; et, pour le prouver, il invoque le
passage suivant du même contrat de mariage: noble homme Samuel de
Champlain... fils de feu Antoine de Champlain vivant capitaine de la Marine,
qu'il cite comme suit: homme noble de Champlain, fils de Noble Antoine. On
remarquera que le texte du contrat ne dit pas homme noble, mais noble homme.
A peu près toutes les familles du Canada, en recourant à leurs anciens titres,
pourront constater qu'elles descendent de même d'un noble homme qui ne reçut
jamais de lettres de noblesse.
Note 3: (retour) De ce que le nom de Samuel, donné à Champlain, était, parait-il,
inusité alors chez les catholiques, et en honneur chez les protestants, l'auteur de
l'Histoire de la Colonie française en Canada insinue que Champlain aurait bien
pu naître calviniste. Il y avait, ce semble, une insinuation plus naturelle à faire:
c'est que, dans cette hypothèse, le père et la mère de Champlain avaient dû
apostasier, car son père s'appelait Antoine, et sa mère Marguerite, deux noms
tout à fait catholiques.
Dès ses premières années, Champlain se sentit une vocation particulière
pour la carrière aventureuse de la navigation. «C'est cet art,» dit-il dans une
épître adressée à la reine régente, et imprimée au commencement de son
édition de 1613, «qui m'a dès mon bas âge attiré à l'aimer, et qui m'a
provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de
l'océan.» Ce qui ne l'empêcha pas de profiter des occasions de s'instruire,
comme le prouvent suffisamment ses écrits. On y trouve en effet, presque à
toutes les pages, des observations judicieuses, qui attestent à la fois et de la
variété de ses connaissances, et de la rectitude de son jugement.
La faveur constante dont il jouissait à la cour dès 1603; la pension et les
grades dont le roi se plut à l'honorer, l'amitié et la protection d'hommes
aussi distingués que le commandeur de Chaste, le comte de Boissons, le
Prince de Condé, le duc de Montmorency, le duc de Ventadour, le cardinal
de Richelieu et beaucoup d'autres, montrent assez que son mérite et ses
services ne tardèrent pas à être hautement appréciés. Avant même que le maréchal d'Aumont fût mort, c'est-à-dire, vers 1594, il était déjà maréchal
des logis, et il continua à occuper ce poste sous les maréchaux de Saint-Luc
et de Brissac, jusqu'à la pacification de la Bretagne en 15984.
Note 4: (retour) Voyage aux Indes-Occidentales, p. 5.>
Se trouvant sans emploi, et dans un désoeuvrement qui n'allait guère à son
âme active et aventurière, Champlain forma le projet de se rendre en
Espagne, dans l'espérance d'y trouver l'occasion de faire un voyage aux
Indes-Occidentales.
Un de ses oncles, le capitaine Provençal, «tenu pour un des bons mariniers
de France, et qui pour cette raison avait été entretenu par le roi d'Espagne
comme pilote général de ses armées de mer», se trouvait alors à Blavet, et
venait de recevoir du maréchal de Brissac l'ordre de conduire en Espagne
les navires qui devaient repasser la garnison que les Espagnols avaient alors
dans cette place. Il résolut de l'y accompagner.
La flotte étant arrivée en Espagne, le Saint-Julien, «reconnu comme fort
navire et bon voilier», fut retenu au service du roi. Le capitaine Provençal
en garda le commandement, et son neveu demeura avec lui.
Les quelques mois que Champlain passa en Espagne ne furent point un
temps perdu. Il avait déjà, dans le trajet, levé une carte soignée des lieux où
la flotte avait fait escale, le cap Finisterre et le cap Saint-Vincent avec les
environs, pendant son séjour à Cadix, il utilisa ses loisirs en traçant un plan
exact de cette ville; ce qu'il fit également pour San-Lucar-de-Barameda, où
il demeura trois mois.
Pendant cet intervalle, le roi d'Espagne, ayant reçu avis que Porto-Rico était
menacé par une flotte anglaise, ordonna une expédition de vingt vaisseaux,
du nombre desquels devait être le Saint-Julien. Champlain, accompagnant
son oncle, se voyait ainsi sur le point de pouvoir réaliser son projet; lorsque,
au moment où la flotte allait faire voile, on reçut la nouvelle que Porto-Rico
avait été pris par les Anglais. Il fallut donc attendre une autre occasion, pour
faire le voyage des Indes.
Dans le même temps, arriva à San-Lucar-de-Barameda le général Dom
Francisque Colombe, pour prendre le commandement des vaisseaux que le
roi envoyait annuellement aux Indes. Voyant le Saint-Julien tout appareillé,
et connaissant ses excellentes qualités, il résolut de le prendre au fret
ordinaire. Le capitaine Provençal, dont on requérait les services ailleurs,
commit, de l'agrément du général, la charge de son vaisseau à Champlain.
Le général espagnol en parut fort aise, il lui promit sa faveur, et n'y manqua
point dans les occasions.
Enfin au commencement de janvier 1599, Champlain partit pour l'Amérique
espagnole.
Le voyage dura deux ans et deux mois. Champlain dans cet intervalle, eut le
loisir de visiter en détail les lieux les plus intéressants tant aux Antilles, qu'à
la Nouvelle-Espagne.
C'est ici que l'on commence à remarquer en notre auteur une qualité
infiniment précieuse, celle d'observateur scrupuleux et intelligent, qui ne
manque aucune occasion de servir la louable ambition de la science, aussi
bien que les intérêts de la patrie. Non-seulement il tient journal comme s'il
était déjà chef de l'expédition; mais encore il note sur son passage la
position des lieux, les productions du pays, les moeurs et les coutumes des
habitants. Le Mexique surtout paraît avoir captivé toutes ses affections. «Il
ne se peut voir, dit-il, ni désirer un plus beau pays que ce royaume de la
Nove-Espaigne: grandes campagnes unies à perte de vue, chargées d'infinis
troupeaux de bestial, qui ont les pâtures toujours fraîches; décorées de fort
beaux fleuves et rivières, qui traversent presque tout le royaume;
diversifiées de belles forêts remplies des plus beaux arbres que l'on saurait
souhaiter. Mais, ajoute-t-il, tous les contentements que j'avais eus à la vue
de choses si agréables n'étaient que peu au regard de celui que je reçus,
lorsque je vis cette belle ville de Mexique» (Mexico). Puis il fait une
description détaillée de toutes les richesses naturelles de ce royaume. Le
plan de Mexico (pris en 1599) n'est pas le moins intéressant des soixante et
quelques dessins qui accompagnent le Voyage aux Indes.
Champlain était de retour en Espagne vers le commencement de mars 1601.
Le vaisseau dont il s'était chargé, dut être retenu encore quelque temps,
avant de pouvoir faire voile pour un autre port. De manière qu'il ne rentra probablement en France que vers la fin de cette année, sinon au
commencement de 1602.
Le rapport consciencieux et fidèle de son voyage aux Indes-Occidentales,
fut sans doute ce qui engagea le roi Henri IV à accorder une pension à
Champlain 5, et ce fut peut-être aussi pour la même raison que le
commandeur de Chaste jeta les yeux sur lui pour l'accomplissement des
grands desseins qu'il avait formés, et «dont je pourrais, dit Champlain 6,
rendre de bons témoignages, pour m'avoir fait l'honneur de m'en
communiquer quelque chose.»
Note 5: (retour) Il semble, en effet, qu'au moment de son départ pour l'Espagne,
il s'était décidé de lui-même sans alléguer aucun motif d'obligation particulière
pour le roi, comme il le fait quand il s'agit d'entreprendre le voyage de 1603,
mais simplement «pour ne demeurer oisif, se trouvant sans aucune charge ni
emploi.» Il est vrai qu'il s'était proposé d'en «faire rapport au vrai à Sa Majesté»;
mais ce pouvait être là précisément le moyen qui lui parût alors le plus propre à
obtenir quelque faveur de la cour.
Note 6: (retour) Édit. 1632, p. 45.
Après la mort du sieur Chauvin, M. de Chaste, ayant obtenu une nouvelle
commission, chargea Pont-Gravé de la conduite d'un premier voyage
d'exploration, «pour en faire son rapport, et donner ordre ensuite à un
second embarquement», auquel il se joindrait lui-même en personne, décidé
à consacrer le reste de ses jours à l'établissement d'une bonne colonie
chrétienne dans cette partie du nouveau monde.
«Sur ces entrefaites, dit Champlain, je me trouvai en cour, venu fraîchement
des Indes-Occidentales 7. Allant voir de fois à autre le sieur de Chaste,
jugeant que je lui pouvais servir en son dessein, il me fit cette faveur,
comme j'ai dit, de m'en communiquer quelque chose, et me demanda si
j'aurais agréable de faire le voyage, pour voir ce pays, et ce que les
entrepreneurs y feraient.»
Note 7: (retour) M. de Chaste dut commencer à s'occuper de son entreprise dès
1602, et Champlain ne fut probablement de retour en France que vers le
commencement de cette même année.
Pareille démarche, de la part d'un homme de l'âge et de l'expérience du
commandeur de Chaste, était un témoignage bien flatteur de l'estime qu'il faisait de son mérite.
A cette demande, Champlain, à qui le roi avait depuis peu assuré une
pension, répondit au commandeur que cette commission lui serait très-
agréable, pourvu que Sa Majesté y donnât son consentement, ce que M. de
Chaste se chargea volontiers d'obtenir. M. de Gesvre, secrétaire des
commandements du roi, lui expédia en forme une lettre d'autorisation,
«avec lettre adressante à Pont-Gravé, pour que celui-ci le reçût en son
vaisseau, lui fît voir et reconnaître tout ce qu'il pourrait, et l'assistât de ce
qui lui serait possible en cette entreprise.»
«Me voilà expédié, dit-il, je pars de Paris, et m'embarque dans le vaisseau
de du Pont, l'an 1603.» Le vaisseau partit de Honfleur le 15 de mars, et
relâcha au Havre-de-Grâce, d'où il put remettre à la voile dès le lendemain.
Le voyage fut heureux jusqu'à Tadoussac, comme s'exprime l'édition de
1632, c'est-à-dire, que la traversée se fit sans accident ou sans malheur bien
Gravé, car du reste elle fut passablement orageuse, et dura plus de deux
mois, le vaisseau n'entra dans le havre de Tadoussac que le 24 de mai8.
Note 8: (retour) Édit. 1603, p. i et suivantes.
Quelques bandes de Montagnais et d'Algonquins, cabanes à la pointe aux
Alouettes au bas d'un petit coteau, attendaient l'arrivée des Français. Pont-
Gravé, dans un voyage précédent, avait emmené en France deux sauvages,
et il les ramenait cette année, afin qu'ils fissent à leurs compatriotes le récit
de tout ce qu'ils avaient vu au-delà du grand lac. Le lendemain, il alla, avec
Champlain, les reconduire à la cabane du grand sagamo, Anadabijou.
C'est ici que commence cette alliance que la plupart de nos historiens n'ont
pas assez remarquée, alliance qui nous donne la clef d'une des grandes
difficultés de notre histoire, et la raison véritable de l'intervention des armes
françaises dans les démêlés des nations indigènes.
«L'un des sauvages que nous avions amenés, dit Champlain, commença à
faire sa harangue, de la bonne réception que leur avait fait le Roi, et le bon
traitement qu'ils avaient reçu en France, et qu'ils s'assurassent que sa dite
Majesté leur voulait du bien, et désirait peupler leur terre, et faire paix avec leurs ennemis, qui sont les Iroquois, ou leur en- voyer des forces pour les
vaincre. Il fut entendu avec un silence si grand qu'il ne se peut dire de plus.»
Jusqu'ici, on pourrait croire que l'orateur n'agit que comme simple
particulier, et que ce silence profond n'est que l'effet d'une curiosité toute
naturelle. Mais, que l'on pèse bien toutes les circonstances du récit de
Champlain, et l'on y verra autre chose que des discours de bienvenue.
«La harangue achevée, le grand sagamo, l'ayant attentivement ouï,
commença à prendre du petun, et en donner à Pont-Gravé et à Champlain,
et à quelques autres sagamos qui étaient auprès de lui. Ayant bien petuné, il
fit sa harangue à tous,» dans laquelle il insista sur les grands avantages que
leur apporteraient l'amitié et la protection du grand chef des Français. Tout
se termina par un grand festin, ou tabagie et des danses solennelles.
Ces harangues prononcées devant une assemblée de mille personnes9, cette
cérémonie surtout de la présentation du calumet, suivant la coutume des
sauvages, sont des preuves évidentes, que l'on entendait, de part et d'autre,
s'engager à une alliance offensive et défensive que l'on regardait comme les
préliminaires indispensables d'une tentative d'établissement comme le
voulait faire le commandeur de Chaste.
Note 9: (retour) Édit. 1603, p. 10.
Pont-Gravé et Champlain, avec quelques matelots, lots, se jetèrent dans un
petit bateau fort léger, et remontèrent le fleuve jusqu'au grand saut (Saint-
Louis), afin d'examiner conjointement les lieux les plus favorables à une
habitation, décidés à pousser leurs investigations, s'il était possible,
jusqu'aux sources mêmes de la grande, rivière de Canada; ce qu'aucun
européen n'avait encore pu exécuter.
Malgré la résolution de nos voyageurs, leur esquif, si léger, qu'il fût, ne put
franchir les bouillons impétueux du grand saut, et, il leur fallut mettre pied à
terre pour en voir la fin. «Tout ce que nous pûmes faire, ajoute Champlain,
en résumant lui-même ce voyage, fut de remarquer les difficultés, tout le
pays, et le long de la dite rivière, avec le rapport des sauvages de ce qui
était dans les terres, des peuples, des lieux, et origines des principales
rivières, notamment du grand fleuve Saint-Laurent.»
De retour à Tadoussac, comme la saison n'était pas encore bien avancée,
Champlain voulut employer le temps qui lui restait, à explorer ce qu'il
pourrait du bas du fleuve. En attendant que la traite fût terminée, il
descendit à Gaspé, pour y recueillir quelques renseignements sur les mines
de l'Acadie, et sur les différents postes de traite et de pêche. Ce petit voyage
lui donna occasion de relever une bonne partie de la côte du nord depuis
Moisie jusqu'au Saguenay.
Enfin le 16 d'août, le vaisseau quitta le havre de Tadoussac, et arrêta à
Gaspé, pour avoir le rapport du sieur Prévert, sur les mines qu'il s'était
chargé d'aller examiner par lui-même.
Arrivé à Honfleur, Champlain eut le chagrin d'apprendre la mort du
commandeur de Chaste, dont les généreux desseins lui avaient donné de si
belles espérances. «En cette entreprise, disait-il en 1632, avec son
expérience de trente ans, je n'ai remarqué aucun défaut, pour avoir été bien
commencée.»
Il ne tarda pas à se rendre auprès du roi, pour lui présenter le rapport de son
voyage, avec une carte, qui malheureusement ne se retrouve plus
aujourd'hui. Henri IV l'accueillit fort bien, et lui promit non-seulement de
ne point abandonner le Canada, mais encore de prendre l'affaire sous sa
protection.
Malheureusement, les jalousies et les rivalités menaçaient déjà, dès cette
époque, de ruiner toute entreprise qui ne pourrait compter, pour se soutenir,
que sur les profits de la traite. M. de Monts, successeur de M. de Chaste, fut
le premier à en faire la triste expérience.
Le voyage qu'il avait fait avec M. Chauvin dès 1599; les souffrances et les
privations auxquelles avaient été condamnés les quelques malheureux qui
avaient consenti à hiverner à Tadoussac, l'avaient décidé à chercher un
climat moins rigoureux. Champlain, qui avait encore présentes à son
souvenir toutes les beautés du Mexique et des Antilles, ne dut pas être loin
d'approuver ses idées. «M. de Monts, dit-il, me demanda si j'aurais agréable
de faire ce voyage avec lui. Le désir que j'avais eu au dernier, s'était accru
en moi, ce qui me fit lui accorder, avec la licence que m'en donnerait Sa
Majesté, qui me le permit, pour toujours lui en faire fidèle rapport.»
Au printemps de 1604, Champlain fut donc chargé de conduire la petite
colonie vers des régions plus méridionales, et M. de Monts, pour mieux
assurer son choix, voulut suivre l'expédition en personne. Le temps fut si
favorable, qu'au bout d'un mois on était au cap de La Hève. Mais, M. de
Monts n'ayant pas eu, comme M. de Chaste, la précaution de faire explorer
les lieux à l'avance, la grande moitié de l'été se passa à chercher un lieu qui
fût du goût de tout le monde.
Enfin, après avoir parcouru avec l'auteur toutes les côtes d'Acadie, pénétré
jusqu'au fond de la baie Française (Fundy), il s'arrêta à une petite île «qu'il
jugea d'assiette forte et à proximité d'un terroir qui paraissait très-bon 10.»
Mais le manque d'eau douce et les ravages du scorbut le firent bientôt
changer de résolution, et transporter ses colons au port Royal, dont il avait
déjà, avec l'auteur, remarqué les avantages et les beautés naturelles.
Note 10: (retour) Cette île est située à quelques milles au-dessus de
l'embouchure de la rivière Scoudic. On donna le nom de Sainte-Croix tant à l'île
qu'à la rivière.
Pendant les trois années qu'il passa à l'Acadie, Champlain donna de
nombreuses preuves de l'infatigable activité de son esprit. Dès l'automne de
1604, il avait visité, avec M. de Monts lui-même, la côte des Etchemins,
c'est-à-dire, une bonne partie du littoral de la Nouvelle-Angleterre. Le
printemps suivant, il continua cette exploration jusqu'au-delà du cap Cod.
Mais, dans toute cette étendue de pays, M. de Monts ne trouva rien de
préférable au port Royal, où dès lors il résolut de transporter son habitation
(1605). L'année suivante, Champlain recommença le même voyage avec M.
de Poutrincourt, qui trouvait peut-être M. de Monts trop difficile, et qui
voulait du reste pousser les découvertes encore plus loin. Cette fois, nos
voyageurs doublèrent le cap de Malbarre, et s'en revinrent sans être guère
plus avancés.
L'hiver passé à Port-Royal fut beaucoup moins pénible, grâce aux
précautions que l'on prit, et au bon ordre qui régna constamment dans
l'habitation. «Nous passâmes, dit Champlain, cet hiver fort joyeusement, et
fîmes bonne chère, par le moyen de l'ordre de Bon-Temps que j'y établis,
que chacun trouva utile pour la santé, et plus profitable que toutes les
médecines dont on eût pu user.» Cet ordre consistait à faire passer à tour de rôle par la charge de maître-d'hôtel tous ceux de la table de M. de
Poutrincourt, ce qui ne manqua pas de créer une espèce d'émulation, à qui
ferait à la compagnie le meilleur traitement.
Malheureusement pour M. de Monts, les affaires n'allaient pas si bien de
l'autre côté de l'Océan. Son privilège lui avait suscité un orage auquel il
était moralement impossible de résister. Les Bretons et les Basques se
répandirent en plaintes amères, prétendant qu'on allait ruiner le commerce
et la navigation, amoindrir le revenu des douanes du royaume, et réduire à
la mendicité un grand nombre de familles qui n'avaient point d'autre moyen
de subsistance. «Le sieur de Monts ne sut si bien faire, que la volonté du roi
ne fût détournée par quelques personnages qui étaient en crédit, qui lui
avaient promis d'entretenir trois cents hommes au dit pays. Donc, en peu de
temps, sa commission fut révoquée, pour le prix de certaine somme qu'un
certain personnage eut sans que Sa Majesté en sût rien.» Comme
compensation de plus de cent mille livres qu'il avait dépensées depuis trois
ans, et des peines infinies qu'il s'était données pour fonder un établissement
solide et durable en Amérique, «il lui fut accordé six mille livres, à prendre
sur les vaisseaux qui iraient trafiquer des pelleteries. C'était, remarque
Champlain, lui donner la mer à boire, la dépense devant surmonter la
recette. Hé, bon Dieu! qu'est-ce que l'on peut plus entreprendre, si tout se
révoque de la façon, sans juger mûrement des affaires, premier que d'en
venir là?»
De retour en France en 1607, Champlain alla trouver M. de Monts, lui fit un
rapport fidèle de ses voyages et de tout ce qui s'était passé à Port-Royal
depuis son départ. Il avait pris un plan de l'habitation de Sainte-Croix, de
celle de Port-Royal, et fait en même temps la carte de tous les lieux les plus
remarquables qu'il avait visités, tant avec lui qu'avec M. de Poutrincourt:
l'île Sainte-Croix, le port Royal, le port aux Mines (Havre-à-l'Avocat),
l'entrée de la rivière Saint-Jean et du Kénébec, la baie de Saco, de
Gloucester, de Plymouth, de Nauset et de Chatam, sans compter plusieurs
havres de la côte d'Acadie, comme La Hève, le port au Mouton et le port
Rossignol.
Malgré toutes ses pertes et ses désappointements, M. de Monts ne se
découragea point. Il fit part à Champlain des nouveaux desseins qu'il avait formés. Celui-ci, qui avait maintenant une juste idée de la position des lieux
et des avantages qu'on pouvait y trouver, lui conseilla cette fois «de s'aller
loger dans le grand fleuve Saint-Laurent, où le commerce et trafic
pouvaient faire beaucoup mieux qu'en l'Acadie, mal aisée à conserver à
cause du nombre infini de ses ports, qui ne se pouvaient garder que par de
grandes forces; joint qu'il y a peu de sauvages, et que l'on ne pourrait, de ce
côté, pénétrer jusque parmi les nations sédentaires qui sont dans l'intérieur
du pays, comme on pourrait faire par le Saint-Laurent.»
M. de Monts, reconnaissant la sagesse de cet avis, suivit le parti que lui
proposait Champlain. Le privilège exclusif de la traite lui fut accordé de
nouveau, quoique pour un an seulement, et, au printemps de 1608, il équipa
deux vaisseaux.
Pont-Gravé, «député pour les négociations avec les sauvages du pays, prit
les devants pour aller à Tadoussac; Champlain, que M. de Monts honora de
sa lieutenance, partit après lui avec toutes les choses nécessaires à une
habitation.»
Champlain arriva à Québec le 3 juillet; «où étant, dit-il, je cherchai lieu
propre pour notre habitation; mais je n'en pus trouver de plus commode, ni
de mieux situé, que la pointe de Québec 11, ainsi appelé des sauvages,
laquelle était remplie de noyers.»
Note 11: (retour) L'auteur de l'Hist. de la Colonie française en Canada, tome I,
p. 125 et suivantes, prétend que «Champlain se fût probablement établi à
Montréal en 1608, s'il en eût connu alors les avantages.»—Sans doute,
Champlain ne pouvait connaître à fond dès cette époque, tous les avantages et la
richesse naturelle de Montréal, ou du Grand-Saut, comme on disait alors.
Cependant nous croyons qu'il en savait assez pour se décider sagement sur le
choix qu'il avait à faire. «L'air. dit-il entre autres choses des 1603, y est plus
doux et tempéré, et de meilleure terre qu'en lieu que j'eusse vu.» Il est donc
évident que, s'il eût cherché avant tout un terroir uni et facile à cultiver, il
suffisait de remonter soixante lieues plus haut; mais, comme il fallait tenir
compte de bien D'autres difficultés, il jugea que Québec était déjà assez loin de
Tadoussac, et présentait d'ailleurs une position unique pour s'y fortifier et s'y
maintenir contre un coup de main. Ces raisons seules étaient d'un grand poids, et
Champlain en avait peut-être encore bien d'autres que nous ne pouvons
qu'entrevoir, ou même que nous ne connaissons pas.
Aussitôt une partie des ouvriers est employée à abattre les arbres pour y
faire l'habitation, à scier le bois, à creuser les caves et les fossés; les autres furent envoyés à Tadoussac, pour en rapporter le reste des
approvisionnements.
Pendant qu'on jetait ainsi les fondations de la ville de Québec, un
malheureux complot faillit étouffer la colonie dès son berceau. Un serrurier
normand, nommé Jean Duval, mécontent de la nourriture et dégoûté du
travail, forma le projet d'assassiner Champlain, et d'aller ensuite se donner
«aux Basques ou Espagnols qui étaient pour lors à Tadoussac.» Il réussit à
s'assurer le concours de quatre autres, «qui promirent chacun de faire en
sorte d'attirer le reste à leur dévotion.» Ils en étaient à chercher l'occasion
favorable, lorsqu'un des conjurés, Antoine Natel, découvrit toute la trame.
On saisit les quatre coupables, Champlain institua une espèce de jury,
composé de Pont-Gravé, du capitaine du vaisseau, du chirurgien, du maître,
du contre-maître et de quelques autres. Le chef de la conspiration fut
exécuté, pour servir d'exemple, et les autres renvoyés en France, pour y
subir leur procès. «Depuis qu'ils furent hors, tout le reste se comporta
sagement en son devoir.»
Pont-Gravé reconduisit les vaisseaux en France, et Champlain demeura
avec vingt-sept ou vingt-huit personnes pour continuer les travaux
commencés.
«Le site que choisit Champlain, dit M. l'abbé Ferland, convenait
admirablement à son dessein de créer et d'organiser une France Nouvelle
dans l'Amérique. Placé à cent trente lieues de l'embouchure du Saint-
Laurent, Québec possède un havre magnifique, qui peut contenir les flottes
les plus nombreuses, et où les plus gros vaisseaux peuvent arriver
facilement de la mer. A ses pieds coule le grand fleuve, qui fournit une large
voie pour pénétrer jusqu'au centre de l'Amérique Septentrionale. Sur ce
point, le Saint-Laurent se rétrécit considérablement, n'ayant au plus qu'un
mille de largeur; de sorte que les canons de la ville et de la citadelle peuvent
foudroyer les vaisseaux qui tenteraient de franchir le passage. Québec est
donc la clef de la vallée du grand fleuve, dont le cours est de près de huit
cents lieues; il est la sentinelle avancée de l'immense empire français que
rêva Louis XIV, et qui devait se prolonger depuis le détroit de Belle-Isle
jusques au golfe du Mexique.»
Québec avait encore une autre épreuve à subir. Le scorbut et la dissenterie
lui enlevèrent, pendant l'hiver, les trois quarts de ses premiers fondateurs.
Quand les vaisseaux revinrent au printemps, vingt personnes avaient
succombé à cette cruelle maladie.
Le 7 juin 1609, Champlain, laissant pour commander à sa place le sieur
Desmarais, alla rejoindre Pont-Gravé à Tadoussac.
Ce n'était pas tout d'avoir fondé, à plus de cent lieues dans le fleuve, une
frêle habitation qu'un souffle pouvait anéantir; il fallait étudier le pays, lier
de nouvelles connaissances avec les tribus environnantes, sans l'amitié ou le
concours desquelles tout essai d'établissement était absurde et impossible.
C'est pourquoi, dès l'arrivée des vaisseaux, Champlain ne voulut rien
entreprendre sans avoir l'avis de Pont-Gravé, dont il connaissait mieux que
personne la longue expérience. Il fut résolu qu'il suivrait, avec une chaloupe
de vingt hommes, les Montagnais et les nations alliées jusqu'au pays des
Iroquois, tant pour les assister contre ces ennemis irréconciliables, que pour
continuer les découvertes commencées.
Les Montagnais ne manquèrent pas de représenter à Champlain, qu'on leur
avait promis solennellement (dès 1603) du secours contre les Iroquois. En
1608, il en avait été empêché par les travaux qu'il fallait surveiller; mais,
cette année, les Algonquins et les Hurons se joignirent aux Montagnais pour
lui rappeler que Pont-Gravé et lui leur avaient témoigné, il n'y avait pas
encore dix lunes, le désir de les assister dans une guerre regardée comme
indispensable. C'était en effet le moment ou de se concilier ces nombreuses
et puissantes tribus, ou de se les aliéner peut-être pour toujours. Champlain
les suivit donc avec ses quelques français 12. La petite armée remonta la
rivière des Iroquois (ou de Sorel), et s'avança avec précaution jusqu'à une
assez grande distance dans le lac qui depuis a toujours porté le nom de
Champlain.
Note 12: (retour) L'auteur de l'Hist. de la Colonie française en Canada suppose
à Champlain, dans cette expédition et les suivantes, des motifs qu'on ne prêterait
pas même à un marchand honnête. «On ne sera pas étonné, dit-il, que l'intérêt
des marchands l'ait détermine à s'armer contre ces barbares, si l'on considère ce
qu'il raconte lui-même à l'occasion du vaisseau rochelois... qui se perdit, et qui
n'aurait pu être pris, dit Champlain, qu'avec la perte de nombre d'hommes. Si,
pour quelques pelleteries, on était résolu de verser le sang français, il n'est pas
étonnant que, dans l'espérance de s'assurer le commerce de cette sorte de
marchandise, Champlain n'ait pas craint de répandre le sang des sauvages.» Puis,
au lieu de résumer impartialement ces deux expéditions, il n'en cite isolément
que juste deux passages, qui, séparés du contexte, sont de nature À laisser croire
au lecteur, que Champlain était allé à la guerre autant pour le plaisir cruel de
répandre le sang, que pour remplir un devoir envers les nations alliées.—Nous
avons relevé en son lieu (Édit. 1632, première partie, p. 239) l'injuste
appréciation que cet auteur fait du passage dont il s'appuie. Qu'il nous suffise ici
de faire une comparaison qui, suivant nous, ne manque pas de justesse. Le
commandant de la Canadienne est chargé de croiser dans le golfe tout l'été pour
y protéger nos pêcheries; s'il attaque un vaisseau pris en flagrant délit, ou
méprisant son droit et son autorité, dira-t-on qu'il est prêt à verser le sang
américain pour l'appât de quelques morues? Il est une chose, au reste, qu'on ne
devrait pas oublier, quand il s'agit des premières tentatives d'établissement en
Amérique: c'est que le commerce de la pêche et de la traite des pelleteries était
alors le seul moyen de soutenir de pareilles entreprises. La France, à cette
époque, ne s'occupait guère plus du Canada, que le Canada lui-même ne se
préoccupe aujourd'hui de fonder une colonie à la baie d'Hudson; et, si l'on
accorda des commissions à M. Chauvin, à M. de Chaste, à M. de Monts, c'est
uniquement parce qu'ils le demandèrent.
Le soir du 29 juillet, sur les dix heures, on rencontra l'ennemi. Les Iroquois
mirent à terre, et se barricadèrent de leur mieux, les alliés rangèrent leurs
canots attachés les uns contre les autres, et gardèrent l'eau, à portée d'une
flèche, jusqu'au lendemain matin. «La nuit se passa en danses et chansons,
avec une infinité d'injures de part et d'autre.» Le jour venu, on prit terre, en
cachant toujours soigneusement les français, pour ménager une surprise.
Les Iroquois, au nombre de deux cents hommes forts et robustes,
s'avancèrent avec assurance, au petit pas, trois des principaux chefs à leur
tête. Les alliés, de leur côté, marchaient pareillement en bon ordre, ils
comptaient avant tout sur l'effet foudroyant des armes à feu, dont les
Iroquois n'avaient encore aucune idée. Champlain «leur promit de faire ce
qui serait en sa puissance, et de leur montrer, dans le combat, tout son
courage et sa bonne volonté; qu'indubitablement ils les déferaient tous.»
Quand les deux armées furent à la portée du trait, l'armée alliée ouvrit ses
rangs. Champlain s'avança jusqu'à trente pas des ennemis, qui demeurèrent
interdits à la vue d'un guerrier si étrange pour eux. Mais leur surprise fut au
comble, quand, du premier coup d'arquebuse, ils virent tomber deux de
leurs chefs, avec un autre de leurs compagnons grièvement blessé.
Champlain n'avait pas encore rechargé, qu'un des français caché dans le
bord du bois, tira un second coup, et les ieta dans une telle épouvante, qu'ils prirent la fuite en désordre. Les alliés firent dix à douze prisonniers, et
n'eurent que quinze ou seize des leurs de blessés.
M. de Monts avait écrit à Champlain toutes les difficultés que lui suscitaient
les marchands bretons, basques, rochelois et normands; l'habitation, du
reste, lui demeurait, par convention faite avec ses associés. Champlain crut
donc à propos de repasser en France, et laissa à Québec, de l'avis de Pont-
Gravé, «un honnête homme appelé le capitaine Pierre Chavin, de Dieppe,
pour commander en sa place.»
La commission de M. de Monts venait d'être une seconde fois révoquée.
Cependant, il ne se rebuta pas encore, le rapport que lui fit Champlain de
ses nouvelles découvertes, et des heureuses dispositions des sauvages,
l'engagea à ne point renoncer à un si noble dessein. «Il se délibéra d'aller à
Rouen trouver ses associés, les sieurs Collier et Legendre, pour aviser à ce
qu'ils avaient à faire l'année suivante. Ils résolurent de continuer
l'habitation, et parachever de découvrir dans le grand fleuve Saint-Laurent,
suivant les promesses des Ochatéguins (ou Hurons), à la charge qu'on les
assisterait en leurs guerres, comme on leur avait promis.»
M. de Monts s'en retourna à Paris avec Champlain, et essaya d'obtenir
privilège au moins pour les «nouvelles découvertes que l'on venait de faire,
où personne auparavant n'avait encore traité; ce qu'il ne put gagner, quoique
les demandes et propositions fussent justes et raisonnables. Il ne laissa pas
pourtant de poursuivre son dessein, pour le désir qu'il avait que toutes
choses réussissent au bien et honneur de la France.»
Avant de repartir pour le Canada, Champlain voulut savoir de M. de Monts
s'il n'était point d'avis qu'il hivernât à Québec; celui-ci remit le tout à sa
discrétion.
Il s'embarqua à Honfleur dès le 7 de mars 1610, «avec quelque nombre
d'artisans.» Les Montagnais l'attendaient à Tadoussac, impatients de savoir
s'il les accompagnerait dans une nouvelle campagne contre les Iroquois. Il
les assura qu'on était toujours dans la disposition de leur prêter main-forte,
pourvu que de leur côté ils tinssent la parole qu'ils lui avaient donnée, «de le
mener découvrir les Trois-Rivières, jusqu'à une grande mer dont ils lui
avaient parlé, pour revenir par le Saguenay à Tadoussac.» Ils répondirent qu'ils avaient encore cette volonté, mais que ce voyage ne pouvait se faire
que l'année suivante. Ce retard contrariait Champlain. «Toutefois, dit-il,
j'avais deux cordes à mon arc, les Algonquins et les Ochatéguins m'ayant
aussi promis de me faire voir leur pays, le grand lac, quelques mines de
cuivre et autres choses, si je consentais à les aider dans leurs guerres.»
Il monta donc aux Trois-Rivières, où étaient déjà rendus les Montagnais.
Un parti d'Algonquins devait venir les rejoindre à la rivière des Iroquois.
Cette fois, on trouva les ennemis fortifiés, et entourés d'une barricade «faite
de puissants arbres arrangés les uns sur les autres en rond.» La résistance
fut longue et vigoureuse. Champlain, dès le commencement du combat, fut
blessé d'un coup de flèche, qui lui fendit le bout de l'oreille, et pénétra dans
le cou, ce qui ne l'empêcha pas cependant «de faire le devoir.» Enfin nos
guerriers, encouragés par un renfort que leur amena le brave Des Prairies,
parvinrent à rompre la barricade, tout fut tué, ou noyé dans la rivière, à la
réserve de quinze, qui furent faits prisonniers13.
Note 13: (retour) Qui croirait qu'un auteur s'est bien donné la peine de faire toute
une dissertation pour prouver, ou du moins pour faire semblant de prouver,
«comment on peut justifier Champlain du meurtre des Iroquois», dans ces deux
premières expéditions?—Voir Hist. de la Colonie française en Canada, tome I,
p. 138 et suiv.
Les Algonquins consentirent à emmener avec eux un jeune français, à
condition que Champlain accepterait en échange un jeune sauvage, nommé
Savignon, pour lui faire voir la France.
Après avoir fait achever la palissade de l'habitation, Champlain, qui avait
appris la nouvelle des troubles arrivés à Brouage, et de la mort du roi (Henri
IV), se décida à repasser la mer encore cette année. Du Parc, qui avait déjà
hiverné avec le capitaine Pierre Chavin, demeura commandant de la place.
Toute sa garnison se composait de seize hommes.
Dans les derniers jours de l'année 1610, Champlain, engagé depuis plus de
dix ans dans de longs voyages ou des expéditions aventureuses, conclut une
alliance qui semble avoir été ménagée par le concours de M. de Monts. «Le
27 décembre, il signa à Paris son contrat de mariage avec demoiselle
Hélène Boullé, fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la chambre du roi, et de dame Marguerite Alix. A cet acte assistèrent, comme témoins, le sieur de
Monts, qui portait encore le titre de lieutenant-général du roi, et plusieurs
membres de sa compagnie qui avaient contribué à la fondation de Québec.
Le mariage se fit probablement vers le commencement de l'année 1611.
Hélène Boullé n'avait encore que douze ans, et elle avait été élevée dans le
calvinisme, tandis que Champlain était parvenu à un âge mûr, et se faisait
gloire d'être catholique sincère; cette union fut cependant heureuse. Il
instruisit lui-même la jeune personne, et eut le bonheur de la convertir à la
foi catholique, à laquelle elle demeura toujours fermement attachée pendant
le reste de sa vie. A cause de son extrême jeunesse, elle demeura à Paris
auprès de ses parents, et ce ne fut que dix ans plus tard qu'elle suivit son
mari au Canada» 14.
Note 14: (retour) Ferland, cours d'Hist. du Canada.—Voir Pièces justificatives, n.
xxxi, et Chroniques de l'Ordre des Ursulines, Vie de madame de Champlain.
Dès le premier mars 1611, Champlain et Pont-Gravé repartirent pour le
Canada. La traversée fut longue et périlleuse. En approchant du Grand-
Banc, le vaisseau se trouva enveloppé de brumes épaisses, au milieu
d'énormes banquises de glaces. Nos voyageurs furent ainsi entre la mort et
la vie pendant plus de deux mois, et n'arrivèrent à Tadoussac que le 13 de
mai.
A Québec, Du Parc et ses compagnons avaient passé un fort bon hiver, sans
maladie, ni accident.
Champlain se rendit immédiatement au Grand-Saut, où il arriva le 28,
ramenant avec lui Savignon. Les Algonquins devaient y être rendus dès le
20, mais n'arrivèrent que le 13 de juin.
Les traiteurs, qui, l'année précédente, étaient montés au-devant des
sauvages, jusqu'au cap de la Victoire 15, se rendirent cette année (1611)
jusqu'au Grand-Saut. Une des raisons qui les fit aller si loin, fut sans doute
d'épargner à ceux qui descendaient à la traite les dangers d'un long voyage
et les attaques des Iroquois; mais la rivalité des marchands était surtout ce
qui les faisait courir à la rencontre de ces barbares, pour enlever plus tôt
leurs riches pelleteries.
Note 15: (retour) Ainsi a-t-on désigné longtemps l'une des pointes voisines de
Sorel du coté de l'ouest, et, par extension, les environs de Sorel. C'était
apparemment en mémoire de la victoire de 1610, remportée à une petite distance
de l'entrée de la rivière.
En attendant l'arrivée des sauvages, Champlain s'occupa à faire une
exploration plus complète des environs du Grand-Saut, «afin de trouver un
lieu convenable pour la situation d'une habitation, et d'y préparer une place
pour y bâtir 16. Je considérai, dit-il, fort particulièrement le pays; mais en
tout ce que je vis, je ne trouvai point de lieu plus propre, qu'un petit endroit
qui est jusques où les barques et chaloupes peuvent monter aisément,
néanmoins avec un grand vent, ou à la cirque, à cause du grand courant
d'eau; car, plus haut que le dit lieu (qu'avons nommé la Place-Royale), y a
quantité de petits rochers, et basses qui sont fort dangereuses... Ayant donc
reconnu fort particulièrement et trouvé ce lieu un des plus beaux qui fût en
cette rivière, je fis aussitôt couper et défricher le bois de la dite Place-
Royale, pour la rendre unie et prête à y bâtir.»
Note 16: (retour) Édit. 1613, p. 242.
Sans paraître regretter sa fondation première, Champlain prévoyait le
moment où il deviendrait nécessaire d'établir de nouvelles habitations; et, en
désignant d'avance l'emplacement de la florissante ville de Montréal, il ne
montra pas moins de sagesse et de hauteur de vue que dans son premier
choix. Malheureusement, l'état de dénuement dans lequel on le laissa
pendant plus de vingt ans, ne lui permit pas de réaliser toute la grandeur de
ses projets.
L'affection et la confiance que lui témoignèrent, cette année, tous les
sauvages qui vinrent à la traite, est une preuve frappante que la conduite
qu'il avait tenue, était en effet le vrai moyen de s'attacher ces nations, et par
suite de les amener insensiblement à la connaissance de l'évangile, et à la
lumière de la civilisation.
Aussitôt arrivé en France, Champlain se hâta d'aller trouver M de Monts,
pour lui faire connaître les belles espérances qu'on pouvait se promettre des
Algonquins et des Hurons, pourvu qu'on leur prêtât du secours dans leurs
guerres, comme il leur avait été promis. Mais les associés, fatigués des
dépenses, ne voulurent plus continuer l'association, parce que, sans privilège, le commerce devenait ruineux. «M. de Monts convint alors avec
eux de ce qui restait en l'habitation de Québec, moyennant une somme de
deniers qu'il leur donna pour la part qu'ils y avaient, et envoya quelques
hommes pour la conservation de la place, en attendant qu'il pût obtenir une
commission. Mais des affaires de conséquence lui firent abandonner sa
poursuite,» et il remit la chose entre les mains de Champlain.
Sur ces entrefaites, arrivèrent les vaisseaux de la Nouvelle-France (1612).
Ils rapportèrent que les sauvages, cette année, étaient descendus au saut
Saint-Louis au nombre de plus de deux cents, avec l'espérance d'y
rencontrer l'auteur; qu'ils avaient paru fort contrariés de ne pas l'y voir,
après les espérances qu'il leur avait données. On les avait assurés qu'il
tiendrait sa promesse, et reviendrait l'année suivante, ce qu'il fit en effet.
Mais certains traiteurs, poussés par la jalousie et l'esprit de lucre, ne
manquèrent pas de profiter de cette circonstance, pour faire courir de faux
bruits, et allèrent jusqu'à assurer à ces peuples que Champlain était mort, et
qu'ils ne devaient plus compter sur son retour.
Champlain, cependant, travaillait activement à remédier à tous ces
désordres. Il jugea que le plus sûr moyen de faire réussir une entreprise qui
intéressait l'honneur de la religion et de la France, était de mettre la
nouvelle colonie sous la protection de quelque personnage d'influence, et
s'adressa au comte de Soissons, «prince pieux et affectionné en toutes
saintes entreprises, lui remontrant l'importance de l'affaire, les moyens de la
régler, et la ruine totale dont elle etait menacée au grand déshonneur du
nom français, si Dieu ne suscitait quelqu'un qui la voulût relever. Le comte
promit, sous le bon plaisir du roi, d'en prendre la protection.»
Champlain présenta, en conséquence, une requête au roi et à son conseil; et
obtint que le comte de Soissons serait nommé gouverneur et lieutenant-
général de la Nouvelle-France. Celui-ci reçut ses lettres de commission en
date du 8 octobre 1612 17, et, le 15 du même mois, l'auteur était nommé son
lieutenant. Malheureusement, le comte de Soissons mourut quelques jours
après, et le prince de Condé, qui lui succéda, était trop impliqué dans les
troubles politiques, pour être bien utile à l'avancement de la colonie.
Note 17: (retour) Moreau de Saint-Méry, Lettres du duc d'Anville. (Voir Édit.
1613, p. 285, note I.)
De nouvelles difficultés, suscitées «par quelques brouillons, qui n'avaient
cependant aucun intérêt en l'affaire,» retardèrent tellement la publication du
privilège et des règlements de la nouvelle association, qu'il fut impossible à
Champlain de rien faire encore cette année (1613) pour l'habitation de
Québec, «dans laquelle il désirait mettre des ouvriers pour la réparer et
l'augmenter.» De sorte, qu'il fallut, pour le moment, se contenter de
passeports, que le prince donna pour quatre vaisseaux prêts à faire voile,
lesquels s'engageaient à fournir chacun quatre hommes pour la continuation
des découvertes.
Le voyage de 1613 fut pour l'auteur une déception, quoiqu'il n'ait pas été un
des moins utiles. Champlain eut un moment l'espoir de trouver enfin le
fameux passage du Nord-Ouest tant cherché par tous les navigateurs.
Un de ceux qui étaient retournés du Canada en 1612, nommé Nicolas de
Vignau, lui assura que le lac où l'Outaouais prenait sa source, se déchargeait
dans la mer du Nord, sur le rivage de laquelle il disait avoir vu de ses
propres yeux les débris d'un vaisseau et les chevelures de quatre-vingts
anglais qui formaient l'équipage. Ce récit paraissait d'autant plus
vraisemblable, que les Anglais avaient tout récemment poussé leurs courses
aventureuses jusque dans les profondeurs de la baie d'Hudson. Le
chancelier de Sillery, le maréchal de Brissac, le président Jeannin et autres
personnes graves, furent d'avis que Champlain ne devait pas négliger de
voir la chose en personne.
Il partit donc de l'île Sainte-Hélène le 27 de mai 1613 avec quatre français
et un sauvage, et remonta l'Outaouais jusqu'à la résidence de Tessouat, chef
des Algonquins de l'isle, c'est-à-dire jusqu'à l'île des Allumettes. Tessouat,
qui avait déjà fait la connaissance de l'auteur les années précédentes, reçut
cette visite inattendue et inespérée avec toutes les marques de la plus vive
satisfaction. Il prépara un grand festin, pour souhaiter la bienvenue à ces
hôtes extraordinaires. Tous les principaux chefs devaient s'y trouver, et là
Champlain leur ferait connaître ses intentions et le but de son voyage.
Le repas fini, il fallut, suivant la coutume, fumer le calumet pendant une
demi-heure, après quoi, Champlain leur exposa, qu'il était venu d'abord
pour les visiter et lier avec eux une amitié encore plus durable, mais aussi
pour leur demander ce qu'ils lui avaient déjà promis, c'est-à-dire, de lui faciliter le voyage de la mer du Nord, que de Vignau prétendait avoir vue
l'année précédente.
De Vignau, qui n'avait jamais été plus loin que la cabane de Tessouat, ne
pouvait plus échapper à une conviction des plus humiliantes et des plus
terribles. Tessouat et les autres capitaines, indignés d'une si impudente
imposture, s'écrièrent «qu'il le fallait faire mourir, ou qu'il dît celui avec
lequel il y avait été, et qu'il déclarât les lacs, rivières et chemins par lesquels
il avait passé.» De Vignau n'avait garde d'accepter un pareil défi, il avait
toujours compté que les difficultés incroyables d'un pareil voyage
effraieraient Champlain, où qu'enfin quelque obstacle insurmontable finirait
par lasser son courage, et qu'ainsi, après avoir fait sans dépense le voyage
du Canada, il n'en toucherait pas moins la récompense promise à sa
prétendue découverte.
«Après avoir songé à lui,» il se jeta à genoux aux pieds de Champlain, et
demanda son pardon. «Ainsi transporté de colère, dit l'auteur, je le fis
retirer, ne le pouvant plus endurer devant moi.» Les Algonquins voulaient
absolument en faire bonne justice, et, si Champlain ne leur eût défendu de
lui faire aucun mal, ils l'eussent infailliblement mis en pièces.
Cette expédition, quoique manquée dans son objet principal, eut néanmoins
un excellent résultat. Tous ces peuples, l'année précédente, avaient été si
mécontents des traiteurs, qu'ils avaient pris la résolution de ne plus
descendre; et il fallut tout l'ascendant que Champlain avait sur eux pour les
ramener à de meilleures dispositions.
De retour en France, Champlain s'occupa de mener à bonne fin les
négociations qui n'avaient pu se terminer avant le départ des vaisseaux, et
réussit enfin à former une puissante compagnie, qui devait se composer des
marchands de Saint-Malo, de Rouen et de la Rochelle; mais les Rochelois
furent si longtemps à accepter les conditions, qu'on les laissa de côté; les
Normands et les Bretons «prirent l'affaire moitié par moitié.»
A peine cette société des marchands était-elle formée, que quelques
malouins incommodes, fâchés de ne s'être pas présentés à temps, et ne
pouvant contester les droits de la compagnie, eurent l'adresse de faire
insérer «au cahier général des états» un article demandant que la traite fût libre pour toute la province. Champlain, voyant encore sur le point
d'échouer un projet qui semblait promettre un meilleur avenir à sa chère
colonie, alla trouver le prince de Condé, et lui représenta l'intérêt qu'il avait
à ne point laisser annuler un privilège aussi nécessaire. Il plaida si bien la
cause, que la société fut maintenue dans ses droits.
Non content d'assurer le progrès matériel de la Nouvelle-France, Champlain
s'occupait en même temps à lui procurer un bien encore plus précieux que
tous les avantages temporels. Le spectacle de tant de peuples sans foi, ni loi,
sans dieu et sans religion, comme il avait pu le constater dans tous ses
voyages, avaient excité dans son âme une immense compassion pour ces
pauvres et malheureux infidèles. «Je jugeai à part moi, dit-il, que ce serait
faire une grande faute, si je ne m'employais à leur préparer quelque moyen
pour les faire venir à la connaissance de Dieu.» Ce qui l'avait empêché
jusque-là d'exécuter ce saint projet, «c'est qu'il fallait faire une dépense qui
eût excédé ses moyens», et il comprenait mieux que personne la difficulté
de pourvoir aux frais et à l'entretien d'une mission, surtout avec une
compagnie dont plusieurs des membres étaient calvinistes.
Ayant eu occasion de s'en ouvrir à plusieurs, et entre autres au sieur Houel,
celui-ci lui suggéra de s'adressa aux Récollets, lui promettant son appui et
toute l'influence qu'il pouvait avoir auprès du provincial, le P. du Verger.
Afin de faciliter cette bonne oeuvre, Champlain alla lui-même trouver les
cardinaux et les évêques qui s'étaient rendus à Paris pour la tenue des états
généraux, et réussit à recueillir une somme de près de quinze cents livres
pour l'achat des choses les plus nécessaires.
Toute l'année 1614 fut ainsi employée à consolider les règlements de la
compagnie des marchands, et à préparer les voies aux missionnaires. Enfin,
au printemps de 1615, Champlain repartit de France avec quatre religieux
récollets: le P. Denis Jamay, commissaire, le P. Jean Dolbeau, le P. Joseph le
Caron et un frère, nommé Pacifique du Plessis. Ils arrivèrent à Tadoussac le
25 de mai.
Aussitôt que les barques furent prêtes, Champlain se rendit à Québec, où, de
concert avec le P. Dolbeau, il détermina l'emplacement de la première église
du pays, et du logement des Pères qui devaient la desservir.
L'habitation occupait tout le milieu de la pointe de Québec, c'est-à-dire, le
terrain renfermé entre la Place et les rues Notre-Dame, Sous-le-Fort et
Saint-Pierre. Impossible de loger une chapelle dans l'enceinte; elle contenait
déjà le magasin, trois corps de logis et quelques petites dépendances, et la
plus petite bâtisse eût complètement absorbé tout l'espace qui servait de
cour intérieure. Du côté du fleuve, il ne restait guères que la largeur de la
rue Saint-Pierre, en arrière il fallait laisser un passage. Enfin du côté du
Saut-au-Matelot, il n'y avait qu'une petite lisière de terre qui venait mourir
au pied de la côte actuelle de la basse ville, une chapelle, placée de ce côté