Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 18 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre IV.

Pour ce qui est de leurs enterremens, quand un homme ou femme meurt, ils

font une fosse, ou ils mettent tout le bien qu'ils auront, comme chaudrons,

fourrures, haches, arcs & flesches, robbes & autres choses; & puis ils

mettent le corps dedans la fosse, & le couvrent de terre, où ils mettent

quantité de grosses pièces de bois dessus, & un bois debout qu'ils peignent

de rouge par le haut. Ils croyent l'immortalité des âmes & disent qu'ils vont

se resjouïr en d'autres pays avec leurs parents & amis, quand ils sont morts.

 

Riviere du Saguenay & son origine.

 

CHAPITRE IV.

 

Le 11e jour de juin, je fus à quelques douze ou quinze lieues dans le

Saguenay, qui est une belle riviere, & a une profondeur incroyable: car je

croy, selon que j'ay entendu deviser d'où elle procède, que c'est d'un lieu

fort hault, d'où il descend un torrent d'eau 26 d'une grande impetuosité; mais

l'eau qui en procède n'est point capable de faire un tel fleuve comme celuy-

là, qui néantmoins ne tient que depuis cedict torrent d'eau, où est le premier

fault, jusques au port de Tadousac, qui est l'entrée de la ditte riviere du

Saguenay, où il y a quelques quarante-cinq ou cinquante lieues, & une

bonne lieue & demye de large au plus, & un quart au plus estroict; qui faict

qu'il y a grand courant d'eau. Toute la terre que j'ay veu, ce ne sont que

montaignes de rochers la pluspart couvertes de bois de sapins, cyprez &

boulle, terre fort malplaisante, où je n'ay point trouvé une lieue de terre

plaine tant d'un costé que d'autre. Il y a quelques montagnes de sable &

isles en laditte riviere, qui sont haultes eslevées. Enfin ce sont de vrais

deserts inhabitables d'animaux & d'oiseaux; car je vous asseure qu'allant

chasser par les lieux qui me sembloient les plus plaisans, je ne trouvay rien

qui soit sinon de petits oiseaux, qui sont comme rossignols & airondelles,

lesquelles viennent en esté, car autrement je croy qu'il n'y en a point, à cause de l'excessif froid qu'il y faict, ceste riviere venant de devers le

Norouest.

 

Note 26: (retour) On serait porté à croire d'abord qu'il est ici question de la

décharge du lac Saint-Jean; mais le contexte indique assez que les sauvages lui

ont décrit la route ordinaire des voyageurs, c'est-à-dire, la rivière Chicoutimi, les

lacs Kinogomi, Kinogomichiche et la Belle-Rivière; et alors il est tout naturel

que Champlain n'ait pas trouvé de proportion entre la Décharge et le Saguenay.

 

Ils me firent rapport qu'ayant passé le premier sault, d'où vient ce torrent

d'eau, ils passent huict autres saults, & puis vont une journée sans en

trouver aucun, puis passent autres dix saults, & viennent dedans un lac 27, où

ils sont deux jours à rapasser; en chasque jour ils peuvent faire à leur aise

quelques douze à quinze lieues. Audict bout du lac, il y a des peuples qui

sont cabannez 28, puis on entre dans trois autres rivieres, quelques trois ou

quatre journées dans chascune; ou, au bout desdittes rivieres, il y a deux ou

trois manières de lacs, d'où prend la source du Saguenay, de laquelle source

jusques audict port de Tadousac il y a dix journées de leurs canots 29. Au

bord desdittes rivieres, il y a quantité de cabannes, où il vient d'autres

nations du costé du Nort, trocquer avec lesdicts Montagnés des peaux de

castor & martre, avec autres marchandises que donnent les vaisseaux

françois aux dicts Montagnés. Lesdicts sauvages du Nort disent qu'ils

voyent une mer qui est salée. Je tiens que si cela est, que c'est quelque

goulfe de ceste mer qui desgorge par la partie du Nort dans les terres 30; &

de vérité il ne peut estre autre chose. Voylà ce que j'ay apprins de la riviere

du Saguenay.

 

Note 27: (retour) Le lac Saint-Jean, que les sauvages appelaient Piécouagami.

 

Note 28: (retour) La nation du Porc-Épic (ou des Kakouchaki) demeurait au lac

Saint-Jean probablement dès ce temps-là.

 

Note 29: (retour)

 

«Voilà,» dit Lescarbot (liv. III, ch. IX) «ce qu'a écrit Champlain dés l'an six cens

cinq» (lisez mil six cent trois) «de la rivière de Saguenay. Mais depuis il dit en sa

dernière relation que du port de Tadoussac jusques à la mer que les Sauvages de

Saguenay descouvrent au nort, il y a quarante à cinquante journées; ce qui est

bien éloigné des dix que maintenant il a dit.»

 

Si Lescarbot avait examiné les choses plus attentivement, il aurait remarqué que

Champlain ne dit pas qu'il y ait dix journées de Tadoussac à cette mer du nord