Oeuvres de Champlain
Chapitre 8
Que foible on la verroit dans leurs murs
enfermée
Mais pour vaincre la faim, on ne craint le
trespas.
8
Il est vray chers enfans, mais ne faites vous
compte
De l'honneur, qui le temps & sa force surmonte?
Qui seul peut faire vivre en immortalité?
Ha! je sçay que luy seul vous plaist pour
recompense,
Allés donc courageux, ne souffrez, ceste offense,
De souffrir tels affrons, ce ferait lascheté.
9
Je n'en sentirois pas la passion si forte,
Si nature n'ouvroit à ce dessein la porte,
Car puis qu'elle a voulu me bagner les costés
De deux si larges mers: c'est pour vous faire
entendre
Que guerriers il vous faut mes limites estendre
Et rendre des deux parts les peuples surmontés.
10
C'est trop, c'est trop long temps se priver de
l'usage,
D'un bien que par le Ciel vous eustes en
partage,
Allés donc courageux, faites bruire mon los,
Que mes armes par vous en ce lieu soyent
portées
Rendés par la vertu les peines surmontées