Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 21 sur 232

Pages du PDF

Oeuvres de Champlain

Chapitre VII.

Note 53: (retour) Le lac Saint-Pierre.

 

Note 54: (retour) Le Saint-Maurice a sa source sur les mêmes hauteurs que

plusieurs des rivières qui se déchargent dans le lac Saint-Jean, considéré comme

la source du Saguenay.

 

Note 55: (retour) Le lac Saint-Jean.

 

Longueur, largeur & profondeur d'un lac, & des rivieres qui entrent

dedans, des isles qui y sont, quelles terres l'on void dans le pays, de la

riviere des Irocois, & de la forteresse des sauvages qui leur font la

guerre.

 

CHAPITRE VII.

 

Le samedy ensuyvant, nous partismes des Trois Rivieres, & vinsmes

mouiller l'ancre à un lac, où il y a quatre lieues. Tout ce pays depuis les

Trois Rivieres jusques à l'entrée dudict lac, est terre à fleur d'eau, & du

costé du Su quelque peu plus haulte. Laditte terre est très bonne, & la plus

plaisante que nous eussions encores veuë. Les bois y sont assez clairs, qui

faict que l'on pourroit y traverser aisément.

 

Le lendemain, 29 de juin 56, nous entrasmes dans le lac, qui a quelques

quinze lieues de long 57, & quelques sept ou huict lieues de large. A son

entrée du costé du Su environ une lieue, il y a une riviere 58 qui est assez

grande, & va dans les terres quelques soixante ou quatre-vingts lieues, &

continuant du mesme costé, il y a une autre petite riviere qui entre environ

deux lieues en terre, & fort de dedans un autre petit lac 59 qui peut contenir

quelques trois ou quatre lieues. Du costé du Nort, où la terre y paroist fort

haulte, on void jusques à quelques vingt lieues; mais peu à peu les

montaignes viennent en diminuant vers l'Ouest comme païs plat. Les

sauvages disent que la pluspart de ces montaignes sont mauvaises terres.

Ledict lac a quelques trois brasses d'eau par où nous passasmes, qui fut presque au millieu. La longueur gist d'Est & Ouest, & de la largeur du Nort

au Su. Je croy qu'il ne laisseroit d'y avoir de bons poissons, comme les

especes que nous avons par deçà. Nous le traversasmes ce mesme jour, &

vinsmes mouiller l'ancre environ deux lieues dans la riviere qui va au hault,

à l'entrée de laquelle il y a trente petites isles 60. Selon ce que j'ay pu veoir,

les unes sont de deux lieues, d'autres de lieue & demye, & quelques unes

moindres, lesquelles sont remplies de quantité de noyers, qui ne sont gueres

differens des nostres, & croy que les noix en sont bonnes à leur saison; j'en

veis en quantité sous les arbres, qui estoient de deux façons, les unes

petites, & les autres longues comme d'un pouce; mais elles estoient

pourries. Il y a aussi quantité de vignes sur le bord desdittes isles; mais

quand les eaux sont grandes, la pluspart d'icelles sont couvertes d'eau. Et ce

païs est encores meilleur qu'aucun autre que j'eusse veu.

 

Note 56: (retour) Le jour de la Saint-Pierre. C'est pour cette raison sans doute

que ce lac a été appelé lac Saint-Pierre. Il avait porté précédemment le nom

d'Angoulême (Thévet, Cosmographie Universelle, t. II).

 

Note 57: (retour) Dans sa plus grande longueur il n'a que neuf ou dix lieues.

 

Note 58: (retour) Probablement la rivière de Nicolet; mais elle ne va pas si loin

dans les terres.

 

Note 59: (retour) Il semble ici que l'auteur parle de ce que nous appelons

aujourd'hui baie de La Valière.

 

Note 60: (retour) Les îles de Sorel, que l'on a appelées aussi îles de Richelieu.

 

Le dernier de juin, nous en partismes, & vinsmes passer à l'entrée de la

riviere des Iroquois, où estoient cabannez & fortifiez les sauvages qui leur

alloient faire la guerre. Leur forteresse est faicte de quantité de bastons fort

pressez les uns contre les autres, laquelle vient joindre d'un costé sur le bord

de la grande riviere, & l'autre sur le bord de la riviere des Iroquois, & leurs

canots arrangez les uns contre les autres sur le bord pour pouvoir

promptement fuyr, si d'adventure ils sont surprins des Iroquois: car leur

forteresse est couverte d'escorces de chesnes, & ne leur sert que pour avoir

le temps de s'embarquer.

 

Nous fusmes dans la riviere des Iroquois quelques cinq ou six lieues 61, &

ne peusmes passer plus outre avec nostre barque, à cause du grand cours

d'eau qui descend, & aussi que l'on ne peut aller par terre, & tirer la barque, pour la quantité d'arbres qui sont sur le bord. Voyans ne pouvoir advancer

davantage, nous prinsmes nostre esquif, pour veoir si le courant estoit plus

adoucy; mais, allant à quelques deux lieues, il estoit encores plus fort, & ne

peusmes advancer plus avant. Ne pouvant faire autre chose, nous nous en

retournasmes en notre barque. Toute cette riviere est large de quelques trois

à quatre cens pas, fort saine. Nous y veismes cinq isles, distantes les unes

des autres d'un quart ou demye lieue ou d'une lieue au plus, une desquelles

contient une lieue, qui est la plus proche, & les autres sont fort petites.

 

Note 61: (retour) Champlain aurait donc, dès cette année 1603, remonté la

rivière de Chambly jusqu'au-delà de l'endroit où l'on a construit la dame de

Saint-Ours, laquelle a fait disparaître les rapides que Champlain trouva plus haut.

 

Toutes ces terres sont couvertes d'arbres, & terres basses comme celles que

j'avois veuës auparavant; mais il y a plus de sapins & de cyprez qu'aux

autres lieux. La terre ne laisse d'y estre bonne, bien qu'elle soit quelque peu

sablonneuse. Ceste riviere va comme au Sorouest 62.

 

Note 62: (retour) Il faudrait: comme au Sud.

 

Les sauvages disent qu'à quelques quinze lieues d'où nous avions esté, il y a

un sault 63 qui vient de fort hault, où ils portent leurs canots pour le passer

environ un quart de lieue, & entrent dedans un lac 64, où à l'entrée il y a

trois isles, & estans dedans, ils en rencontrent encores quelques unes. Il peut

contenir quelques quarante ou cinquante lieues de long, & de large quelques

vingt-cinq lieues, dans lequel descendent quantité de rivieres, jusques au

nombre de dix, lesquelles portent canots assez avant. Puis, venant à la fin

dudict lac, il y a un autre sault, & rentrent dedans un autre lac 65, qui est de

la grandeur dudict premier 66, au bout duquel sont cabannez les Iroquois. Ils

disent aussi qu'il y a une riviere 67 qui va rendre à la coste de la Floride, d'où

il y peut aveoir dudict dernier lac quelques cent ou cent quarante lieues.

Tout le pays des Iroquois est quelque peu montagneux, neantmoins païs très

bon, tempéré, sans beaucoup d'hyver, que fort peu.

 

Note 63: (retour) Le rapide de Chambly.

 

Note 64: (retour) Champlain découvrit lui-même ce lac six ans plus tard, et lui

donna son nom.